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Governor McAuliffe Vetoes Bill Defunding Planned Parenthood

Virginia Governor Terry McAuliffe vetoed a measure today that would have defunded Planned Parenthood in the state.

House Bill (H.B.) 1090, which passed earlier this month, would have prohibited the Virginia Department of Health from funding health clinics that also provide abortions. As a result, the bill threatened to eliminate funding for sex education, STI testing, and family planning.

The Feminist Majority Foundation joined with reproductive rights groups across Virginia to call on Governor McAuliffe to veto H.B. 1090. Since the law’s passage, allied organizations delivered nearly 5,000 petition signatures to the Governor before his veto.

In his veto message, Governor McAuliffe said, “If we are going to build a new, more vibrant Virginia economy, we need to be opening up doors to quality, affordable health care, not closing them. I have promised to stand in the way of any and all attempts to interfere with a woman’s right to make her own health care decisions.”

“In a time when our neighboring states are rolling back the clock on civil rights and reproductive freedom, we are fortunate to have a Governor that is willing to stand firm in support of Virginia’s women and families,” said Tarina Keene, executive director of NARAL Pro-Choice Virginia. “Unfortunately, Governor McAuliffe is the only person right now standing between Virginia women and ever-increasing attacks on our rights, health, and dignity.” She continued, “Make no mistake: this bill is not an outlier. Instead, it is part of a well-documented pattern of anti-abortion legislators chipping away at Virginia women’s constitutional rights and access to health care.”

During the 2016 legislative session in Virginia, anti-abortion politicians proposed a slew of bills to limit abortion rights and compromise women’s health care. In addition to H.B. 1090, these politicians proposed a 20-week ban, a bill to create fetal rights, a measure to criminalize fetal tissue donation, and a bill that would require a person who obtains an abortion or suffers a miscarriage to arrange to bury or cremate the remains. All of these proposals were ultimately defeated.

Media Resources: Office of Governor Terry McAuliffe Veto Statement 3/29/16; Virginia’s Legislative Information System; NARAL Pro-Choice Virginia Press Release 3/29/16

Entre Charlie et le Bataclan. Regards internationaux sur la France (Joelle Fiss)

L’année 2015 a été particulièrement critique pour la France. Dès le début de l’année, en janvier, les attentats parisiens contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher ont propulsé le pays sous les projecteurs du monde entier, rappelant son influence et son pouvoir de mobilisation. La France s’est alors unie autour de valeurs qu’elle entend défendre, telles la liberté d’expression, le droit au blasphème ou la laïcité. Puis, en fin d’année, cette bataille d’idées s’est transposée en conflit géopolitique avec les événements du 13 novembre, quand une série d’attaques simultanées a visé le cœur de Paris, dans les Xe et XIe arrondissements, et le Stade de France, à Saint-Denis.

L’année a donc débuté dans la singularité – et ce texte explore les éléments inattendus de l’attentat contre Charlie Hebdo – et s’achève en un tournant historique. En janvier, tandis que la France profite d’un capital mondial de sympathie, dans le même temps des protestations « anti-Charlie » mobilisent une partie du monde islamique. D’autres, dans la presse anglophone notamment, portent un regard critique sur Charlie Hebdo et remettent en cause le « modèle français ». On y évoque alors l’histoire anticléricale de la France, sa conception de la liberté et de la démocratie, l’héritage des Lumières, mais aussi sa vision de la laïcité, son intolérance, son racisme et la présence de cellules extrémistes dans le pays.

La période allant de janvier au 13 novembre 2015 aura été une période ambiguë, où l’opinion a tâtonné : on débat pour savoir « qui est Charlie », on s’interroge sur la liberté d’expression et ses limites, avec parfois le sous-entendu que la violence contre Charlie Hebdo peut se rationaliser, voire s’expliquer. Cette phase a été celle des questionnements, avant le basculement des attentats de Paris en novembre. Cette note analyse les regards internationaux portés sur la France et retrace les différentes réactions qui ont eu lieu tout au long de l’année afin de réfléchir, de manière plus large, à l’image de la France dans le monde. Avec des points d’entrée qui examinent quelques questions conceptuelles qui « fâchent » : le blasphème, la liberté d’expression, l’incitation à la haine .

Une première partie jettera quelques jalons d’analyse sur cette année écoulée : pourquoi les événements de janvier sont-ils singuliers pour la France ? En quoi la mouvance planétaire face à l’actualité française dépasse le vécu national ? Quelles sont les leçons à méditer sur les attentats de 2015 ? Une deuxième partie explorera les colères « anti-Charlie » à travers le monde afin d’examiner les divisions qui sont apparues, en dépit d’un consensus politique international contre l’État islamique. La troisième partie examinera de plus près les réactions outre-Atlantique : les débats apparus dans la presse, la question de la liberté d’expression « à l’anglo-saxonne » et la diplomatie américaine autour de ces questions. Enfin, pour conclure, la République n’est pas toujours bien comprise, mais pour peser dans le monde, elle devra analyser cette phase comprise entre les attentats de Charlie Hebdo et ceux du 13 novembre et s’efforcer de s’ouvrir au débat, d’écouter, de comprendre et de convaincre, jusqu’à peut-être même aller à changer certaines de ses positions.

Les retentissements internationaux des attentats de 2015

En janvier 2015, alors qu’au même moment, le groupe terroriste Boko Haram massacre 2 000 personnes au Nigeria dans l’indifférence de la communauté internationale , le monde entier va avoir les yeux fixés sur Paris. Le rassemblement du 11 janvier réveille un sentiment de fraternité universelle, dans lequel on souligne l’importance de l’unité et où l’on refuse la division. Quarante-quatre chefs d’État et de gouvernement se dépêchent à Paris pour conduire un cortège de plus de 1 million de personnes . Une vague de solidarité universelle se met en marche. Le message qui rassemble la planète peut se résumer ainsi : jamais aucun sang ne peut être versé en réponse à des mots, la valeur de la vie doit rester au cœur de l’idéologie démocratique et nul sentiment ne doit jamais justifier le recours à la violence. Tuer parce que l’on s’est senti offensé n’est pas excusable. Tout le monde semble alors d’accord avec cette idée. Que l’on soit Charlie ou non. Endeuillée, souffrante et universelle, la France attire alors vers elle toute la sympathie mondiale. Et durant tout le reste de l’année, aux quatre coins du monde on arborera des « Je suis… » pour affirmer sa solidarité à des causes diverses. Il est même annoncé que la cinquième saison de la série télévisée américaine Homeland comprendra un épisode sur les attentats de janvier.

Cet instant d’union contre la haine va quelque peu s’effriter au cours de l’année, pour revenir en force suite aux attentats du 13 novembre 2015, lorsque l’État islamique revendique pour la première fois par communiqué officiel des attentats sur sol européen. Et, cette fois, alors que la France est à nouveau destinataire d’un mouvement de solidarité mondiale, les Français revendiquent avant tout leur liberté : leur culture, la musique, l’humour, l’audace, les terrasses de cafés et le plaisir divers et pluriel d’une jeunesse métissée. Avec ces attentats, chaque Français prend conscience qu’il peut être individuellement une cible directe et une victime potentielle d’agresseurs qui en veulent à son mode de vie. Certes, déjà, en janvier, la République avait été poignardée en son cœur. Même si des journalistes, des humoristes, des policiers, des athées ou des Juifs avaient été les principales cibles, des femmes et des musulmans avaient également été tués. Quelles que soient ses origines ou ses convictions, chaque Français pouvait donc s’identifier au drame. Mais si certains ont pu qualifier les événements des 7-9 janvier de « 11-Septembre culturel  », le vendredi 13 novembre, lui, peut-être qualifié de « 11-Septembre géopolitique », puisque la France se déclare alors officiellement en guerre. En somme, chaque attentat a provoqué un choc collectif différent, qui a réveillé à chaque fois une prise de conscience nouvelle. En janvier, il s’agissait avant tout de la liberté d’expression et de la sécurité des Juifs de France. En novembre, la réflexion s’est déplacée de façon plus générale sur le mode de vie libérale des démocraties occidentales et la sur la menace de l’État islamique.

Zoom sur les attentats de Charlie Hebdo : incident de la « lutte anti-blasphème » ou prélude au 13 novembre ?

Avant les attentats parisiens de janvier 2015, des actes dits « de blasphème » avaient déjà provoqué réactions et violences à un niveau international. On se souvient notamment de la fatwa lancée par l’ayatollah Khomeini contre le romancier Salman Rushdie en 1989 ou encore des caricatures du prophète Mahomet parus en 2005 dans le quotidien danois Jyllands-Posten suscitant des violences et des appels au boycott du Danemark. En 2012, la diffusion sur Internet d’extraits de la vidéo anti-islam L’Innocence des musulmans (Innocence of Muslims) avait montré avec quelle vitesse pouvaient se développer les réactions de colère sur l’ensemble de la planète : des manifestations s’enchaînent, des missions diplomatiques américaines sont attaquées (au Caire, à Benghazi, à Tunis) et provoquent la mort de dizaines de personnes .

Toutefois, les événements de janvier 2015 se distinguent des cas précédents. D’abord, la mobilisation des forces de l’ordre est suivie en directe par la population et ces attaques sont les premières sur sol européen depuis la conquête de Mossoul, en juin 2014, par l’État islamique. Amedy Coulibaly, l’auteur de la fusillade de Montrouge et des assassinats à l’Hyper Cacher, a prêté allégeance à l’État islamique, tandis que les frères Kouachi revendiquent l’attentat contre Charlie Hebdo au nom de la branche yéménite d’al-Qaida. Les tueurs se connaissaient et ont coordonné leurs actions. Dans la confusion des premières heures, on a craint une coopération institutionnelle entre les deux cellules rivales. L’un des frères Kouachi a passé du temps en 2011 dans un camp d’entraînement au Yémen et la branche al-Qaida revendique l’attentat contre Charlie Hebdo , mais Amedy Coulibaly est-il un loup solitaire ou a-t-il bénéficié d’un soutien concret de l’État islamique ? Dès mai 2015, le procureur de Paris évoque l’hypothèse que le tueur aurait reçu des instructions de l’étranger. Cette hypothèse semble se confirmer , mais il n’y a pas de revendication officielle, contrairement aux attentats de novembre. Par vidéo, l’État islamique félicite Coulibaly pour son crime et continue à héberger sa femme en Syrie . Les acteurs djihadistes associés aux attentats de janvier ont certainement élevé le niveau de préoccupation mondiale face au terrorisme, mais lorsque l’État islamique revendique officiellement les attentats coordonnés du 13 novembre, cette crainte s’amplifie de façon considérable. Cette revendication formelle révèle la nouvelle tactique de guerre de l’organisation islamique. Afin de parvenir à organiser son « califat », la guerre est pour elle nécessaire, au-delà des territoires conquis en Syrie et en Irak. Au lendemain des attentats de novembre, l’État islamique cite dans son communiqué officiel « les frappes aériennes françaises en Syrie » et « l’insulte au Prophète  ».

L’attentat contre Charlie Hebdo est autant un incident de « lutte anti-blasphème » qu’un prélude au 13 novembre. Les justificatifs militaires et culturels sont les deux faces d’une même médaille car ils s’inscrivent dans le même objectif. Tout comme les démocraties évoquent les libertés individuelles dans leurs discours politiques, les militants djihadistes évoquent le blasphème par conviction et marque identitaire. Dans les deux cas, ce ne sont pas des paroles creuses mais le fondement de ce que représentent ces conceptions et de ce qu’elles visent à promouvoir et à défendre.

Des éléments atypiques qui ont rendu l’attentat contre Charlie Hebdo historiquement insolite pour la France et pour le monde

Voici quelques leçons, à méditer :

L’improbabilité que Charlie Hebdo rassemble la planète

Comment imaginer qu’un journal satirique de gauche, féministe et anti-système allait unir la communauté internationale ? Les combats de Charlie Hebdo sont à contre-courant des tendances générales observées dans le monde, où l’on observe une montée du conservatisme, un retour à l’ordre prônée par l’extrême droite (y compris en France) et l’explosion de violences commises au nom de la religion. Alors que dans près d’un pays sur deux on châtie le crime de blasphémer , c’est paradoxalement un journal athée et idéologiquement marginalisé qui va fédérer les réactions : après le 11 janvier, tout le monde veut « être Charlie » et l’unité est au rendez-vous. Et le timing est bon car la planète est prête à se rassembler. Ce besoin se décline en fonction des différents contextes nationaux.

La France plongée au cœur d’un débat planétaire qui lui est étranger

Autre fait curieux : la France se retrouve propulsée au cœur d’un débat qui lui est insolite, c’est-à-dire celui de la criminalisation du « blasphème ». En 1766, le chevalier de La Barre, accusé de « blasphème et de sacrilège » et défendu par Voltaire, fut condamné à être décapité, mais les lois « anti-blasphème » sont formellement abrogées pendant la Révolution française . La France est donc sans doute l’un des seuls pays au monde à souffrir de violences « anti-blasphème » sans avoir une loi qui les sanctionne . Dans nombre d’autres pays, des accusations de « blasphème » sont proférées par des factions conservatrices afin de réaffirmer des valeurs religieuses au niveau national. Or, en France, ce n’est pas le cas puisque toutes les factions politiques, sans exception, considèrent que le blasphème ne constitue pas un délit. On peut même dire que, dans l’Hexagone, le fait de critiquer l’Église est historiquement ancré dans la tradition républicaine.

Se moquer de la religion en France reviendrait à réaffirmer ses valeurs anticléricales et démocratiques – c’est en tout cas l’image extérieure que projette la France à l’étranger, et cela créé des malentendus tout au long de 2015. D’ailleurs, en novembre 2015, lorsque le slogan « Pray for Paris » apparaît sur les réseaux sociaux pour soutenir les Français suite aux attentats, le dessinateur Joann Sfar reflète bien l’esprit de cette France anticléricale en écrivant : « Friends from the whole world, thank you for #pray for Paris, but we don’t need more religion! Our faith goes to music ! Kisses ! Life ! Champagne and JOY! #Paris is about life . »

Il est étonnant, et somme toute paradoxal, de voir la France engagée dans un débat mondial autour des moqueries sur la religion, car si la planète s’interroge sur le fait de savoir si « blaguer sur Dieu » est une offense ou non, l’héritage français, lui, répond sans hésitation par un non catégorique qui ne connaît pas de remise en cause dans le pays. La République est emportée dans une bataille culturelle qui n’est pas sienne. Et c’est sans doute parce qu’elle est indifférente, voire insolente, à ce débat qu’elle est justement visée. En 2005, les positions courageuses prises par Charlie Hebdo en soutien aux journalistes du Jyllands-Posten menacés de mort dans l’affaire des caricatures de Mahomet avaient parfaitement illustré cette « excentricité » française.

En 2015, la France, pays phare de la liberté d’expression

Tout au long de l’année 2015 s’est déroulé un débat général sur la liberté d’expression. Journalistes, universitaires, politiques et intellectuels se sont interrogés sur ses limites en se référant au cas concret de Charlie Hebdo et, par conséquent, à la position du gouvernement français par rapport à cette liberté d’expression. La France devient le pays phare de la liberté d’expression alors que ce statut était habituellement réservé aux États-Unis. D’un point de vue juridique, le Premier Amendement de la Constitution américaine hisse les États-Unis à un seuil de liberté d’expression maximal, où quasiment toute opinion est tolérée  et les sanctions pénales à l’européenne sont perçues comme antilibérales. Dans l’arène diplomatique, les États-Unis jouaient un rôle beaucoup plus visible que la France sur les dossiers liés à la liberté d’expression.

Le double langage sur la liberté d’expression

De nombreux chefs d’État à la tête de régimes où ont lieu de flagrantes violations de la liberté d’expression ont tenu à être présents à la manifestation parisienne du 11 janvier 2015. Cette hypocrisie est clairement apparue, mais il n’y a pas que les dirigeant politiques qui se sont retrouvés en décalage de cette façon. Ainsi, moins de deux semaines après avoir publié une déclaration passionnée sur l’importance de la liberté d’expression, Facebook s’est mis à censurer des images représentant le prophète Mahomet en Turquie  en contradiction flagrante avec Mark Zuckerberg qui avait déclaré au lendemain des attentats que « Facebook a toujours été un endroit où les gens à travers le monde partagent leurs points de vue et des idées » et ne laisserait jamais « un pays ou un groupe de personnes dicter ce que les gens peuvent partager à travers le monde  ».

En revanche, le rôle de Facebook a été très précieux lors des attentats de novembre 2015, grâce à la fonctionnalité Safety Check qui a permis à 5 millions de Parisiens de signaler à leurs amis qu’ils étaient en sécurité .

Les attentats de Copenhague

Le 14 janvier 2015, le journal Libération interview un expert sur les attentats et pose la question suivante : « L’impact extraordinaire de cette action contre Charlie ne risque-t-il pas d’avoir un effet d’imitation ?  » Un mois plus tard, jour pour jour, la même terreur frappe la ville de Copenhague, de façon spectaculaire dans la ressemblance. À nouveau, ce sont des Juifs et des journalistes qui sont visés. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius exprime bien les similitudes entre Paris et à Copenhague : « Je suis frappé par le mimétisme de la séquence, d’abord une attaque contre le symbole de la liberté d’expression, ensuite une attaque contre des Juifs, et puis l’affrontement par rapport aux policiers . » À Copenhague, l’assassin s’est également préparé à mourir en martyr en ouvrant le feu sur les forces de l’ordre.

« Dis moi ce que tu penses de Charlie Hebdo, et je te dirai comment tu vois la France »

Jusqu’en novembre, le débat sur Charlie Hebdo qui a suivi les attentats a parfois aussi renvoyé à des images négatives de la France. Peu après le rassemblement du 11 janvier, la solidarité s’est quelque peu effritée et l’examen du cas précis du journal Charlie Hebdo a polarisé certaines prises de position. La presse internationale s’est ainsi interrogée sur les caricatures publiées par l’hebdomadaire : le journal parisien est-il raciste ou antiraciste ? S’il est raciste, pourquoi des millions de Français sont-ils alors descendus dans les rues de Paris le 11 janvier ? Le débat, qui oppose souvent des dirigeants politiques français à une partie de l’opinion publique anglo-saxonne, s’intensifie au printemps. La tradition légale française prête parfois à confusion outre-Atlantique : on s’interroge sur le paradoxe qui existe entre le fait de criminaliser l’incitation à la haine tout en autorisant l’insulte à la religion. Mais, surtout, Charlie Hebdo donne l’opportunité à chaque commentateur de dresser son propre portrait de la France. On évoque son histoire anticléricale, sa liberté, sa démocratie, son héritage des Lumières, mais aussi sa « tyrannie » de la laïcité, son intolérance, son racisme et la présence de cellules extrémistes dans le pays. Cette discussion cesse brusquement après les attentats de novembre, lorsque l’attention se porte sur les représailles militaires contre l’État islamique. Mais il est fort probable que ces débats autour du « modèle français » réapparaîtront à l’avenir.

Les attentats de janvier 2015 confirment des phénomènes politiques qui auraient dû être interprétés et compris depuis longtemps. Mais, désormais, pour ceux à qui ces conclusions auraient échappé, le paysage après les 7 et 9 janvier ne se prête plus à aucune ambiguïté.

La lutte contre le blasphème, champ de bataille des djihadistes

L’attentat contre Charlie Hebdo confirme à quel point la lutte contre les « blasphémateurs » reste prioritaire pour les djihadistes. Alors que de nombreuses traditions religieuses ont des tabous concernant le sacré – et ce n’est en rien un phénomène exclusif à l’islam –, les violences propagées par les islamistes radicaux sont les plus remarquées. La lutte contre le délit de blasphème doit mettre en lumière la corruption morale des « infidèles » et, plus largement, celle de l’Occident. Dans le contexte national, les militants anti-blasphème visent à déstabiliser le statu quo de régimes jugés trop modérés. Combattre le blasphème permet de remplir plusieurs objectifs : réaffirmer une interprétation islamiste ultraconservatrice, polariser davantage les clivages entre populations laïques et islamiques, et recruter davantage d’« offensés » à la cause du djihad. Des colères sont préfabriquées pour éveiller l’agitation sociale jusqu’au point de provoquer des débordements. Lorsqu’un gouvernement est affaibli par ces scènes de violences, son pouvoir s’effrite un peu plus. À ce « jeu », les radicaux sont toujours plus gagnants que les modérés, au détriment des libertés civiles . Les interprétations religieuses les plus restrictives renforcent la crédibilité des islamistes, renvoyant une image ardente des « vrais » défenseurs de l’islam offensé et s’érigeant en protecteurs de la dignité des musulmans.

Quel lien entre djihadisme et lutte contre le blasphème ?

En revendiquant les attentats de novembre, l’État islamique accuse la France d’avoir « osé » insulter le Prophète . Mais la question de la lutte anti-blasphème est présente dans tous les cercles djihadistes, sans exception. Pour les militants extrêmes, ceux qui insultent la religion sont les véritables terroristes, menaçant la paix et la sécurité mondiales. Par exemple, au Pakistan, Hafiz Muhammad Saeed – le chef d’une organisation officiellement reconnue comme terroriste par les Nations unies, le Jamatud Dawa – affirme que le blasphème est « le plus grand terrorisme dans le monde ». En janvier 2015, il déclare : « L’Occident a déclenché un choc des civilisations. Les dirigeants de quarante pays se sont unis pour exprimer leur solidarité avec les blasphémateurs . » De tels discours façonnent le débat national, aggravent des tensions existantes et légitiment des émeutes. Il est difficile d’évaluer si la colère populaire n’implique qu’une minorité de l’opinion ou s’il reflète la pensée de la majorité ; souvent, ceux qui crient le plus fort sont les plus entendus, mais dans les deux cas les politiques rendent l’indignation « acceptable » par leurs discours enflammés. Autre exemple, mais cette fois-ci en Europe, le mollah Krekar (de son vrai nom Najmeddine Faraj Ahmad), avant d’être arrêté en Norvège pour s’être félicité de l’attentat contre Charlie-Hebdo, déclare : « Le dessinateur est devenu un infidèle en guerre, et donc il est permis de le tuer . » En mai 2015, al-Qaida en Asie du Sud-Est publie des directives pour cibler les blasphémateurs qu’il faut assassiner et énumère les cibles de prédilection : ceux qui insultent le prophète Mahomet, les gens qui n’autorisent pas l’application des décisions de la charia, ceux qui présentent l’islam à tort, ceux qui tentent de détruire les valeurs sociales musulmanes par la propagation de la nudité et du zina (les relations sexuelles en dehors du mariage) et enfin ceux qui visent à supprimer la mise en place de règles islamiques (charia). Il est précisé également que le blasphémateur peut « être un écrivain bien connu […], un poète ou libre-penseur ou soi-disant intellectuel. Il/Elle peut être un éditeur d’un journal ou d’un magazine. Il/Elle peut être un acteur, journaliste, producteur, réalisateur ou acteur, etc. ».

La persistance de la haine des Juifs

L’attentat contre Charlie est souvent mis en avant pour décrire les événements survenus à Paris en janvier 2015. Or la prise d’otages et le massacre à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes ont eu des conséquences tout aussi importantes. Alors que l’attentat contre Charlie Hebdo ciblait le métier de caricaturiste et la satire politique, les Juifs, eux, ont été visés simplement parce qu’ils existaient. L’attentat confirme de façon définitive ce que les Juifs français savaient déjà, à savoir que l’antisémitisme n’est pas un débat théorique mais bien une menace pour la sécurité physique de chaque membre de leur communauté. Déjà, en 2013, une étude notait que 85 % des Juifs français estimaient que « l’antisémitisme est un problème dans leur pays », contre 66 % au niveau européen . Alors que les violences augmentent en nombre, elles s’accélèrent aussi dans le temps . Les attaques qui s’ensuivent à Copenhague, dont le meurtre de Dan Uzan qui protégeait la synagogue au moment du drame, plongent les Juifs d’Europe dans un questionnement tout à la fois existentiel et très pratique sur la viabilité de leur avenir sur le continent.

Notre note se concentre sur les effets de l’attentat contre Charlie Hebdo, mais on retient de la tuerie de l’Hyper Cacher que l’obsession antijuive des islamistes est incessante. Là où les valeurs libérales sont traquées, les Juifs le sont aussi. Le destin de l’Europe est donc lié au leur. Notons que, depuis la Révolution française, la France est l’un des épicentres où les Juifs ont partie liée avec les valeurs libérales, en ayant acquis, par exemple, le droit à la citoyenneté. Et selon l’écrivain américain Leon Wieseltier, c’est aussi en France que s’est produit « l’un des grands engagements du libéralisme avec les Juifs  ». Le discours du Premier ministre Manuel Valls prononcé à l’Assemblée nationale le 13 janvier 2015 n’est pas un événement franco-français, mais un acte politique d’envergure internationale. Le Premier ministre ne s’adressait pas seulement aux élus français, mais s’ouvrait directement à la communauté internationale : « Disons-le à la face du monde : sans les Juifs de France, la France ne serait plus la France . » Ce discours, réconfortant et réécouté par les Juifs du monde entier, aurait-il pu être prononcé sans le contexte particulier créé par l’attentat contre Charlie Hebdo ? L’opinion publique aurait-elle ressenti la gravité de l’heure pour les Juifs de France si cet attentat n’avait pas suscité une telle émotivité ? Et lors des attentats de novembre 2015, toutes les victimes, incarnation d’un certain nombre de valeurs libérales parisiennes (la musique, la culture, le football, un certain art de vivre…), sont devenues « juives », autrement dit une cible potentielle des assassins. Manuel Valls avait raison : « Quand on s’attaque aux Juifs de France, on s’attaque à la France et on s’attaque à la conscience universelle, ne l’oublions jamais !  »

Que confirment les attentats du 13 novembre ? Il est certes encore trop tôt pour prétendre savoir tout ce que révèlent ces événements. Les effets militaires, politiques, diplomatiques et sociaux émergeront peu à peu avec le temps, mais une observation peut déjà être faite à l’échelle européenne : l’efficacité de l’Union européenne est résolument testée. À l’heure de la publication de ce papier, le président de la République française songe à déclencher la clause de solidarité du traité européen pour la première fois de l’histoire européenne. Cette disposition exceptionnelle est activée lorsque les capacités d’un pays ne sont pas suffisantes pour réagir face à une attaque terroriste ou à une catastrophe naturelle. Que l’on soit « euro-enthousiaste » ou « eurosceptique », les attentats de Paris obligent à un constat très pragmatique : le terrorisme sur le sol européen est impossible à vaincre sans un renforcement de la coopération des États de l’Union européenne à tous les niveaux – renseignements, contrôle des frontières (tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Union), police, justice…

La globalisation exige plus de liberté et plus de sécurité – et pour remplir cette double exigence, les défis de l’Union européenne sont gigantesques. À Bruxelles, les solutions proposées sont souvent techniques : on appelle à réviser des cadres juridiques, à créer des nouvelles structures, de nouvelles agences, ou à augmenter des budgets. Mais peu importe les modalités de la coopération européenne, auxquelles on accorde parfois trop d’importance, car ce sont bien les résultats pratiques qui comptent. Cette réussite sécuritaire est indispensable à la jouissance de toutes nos libertés fondamentales : si l’Union européenne ne peut assurer la sécurité de ses citoyens, les nombreuses libertés qu’elle leur offre quotidiennement ne seront plus comprises. L’Europe doit se renforcer et s’unir encore plus, ou alors elle s’éteindra dans la confusion et l’incompréhension. Les attentats de novembre démontrent qu’un partage plus libre des données sensibles dans l’espace Schengen n’est pas une simple « plus-value » de la construction européenne, mais une absolue nécessité.

Tout le monde est d’accord qu’il convient de tracer les mouvements des combattants étrangers qui reviennent en Europe et également ceux des djihadistes européens qui profitent de la libre circulation pour prendre la fuite après une attaque. Mais, comble du paradoxe, cette réalité exige que l’Union européenne se comporte comme un État souverain alors qu’elle n’est finalement qu’une organisation… régionale ! Comment résoudre ce dilemme inédit ? Le débat se prolongera sans doute au cours de l’année 2016.

Les colères mondiales contre Charlie Hebdo

« Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux »

Alphonse Allais

Peu après les attentats de janvier 2015, des réactions de solidarité avec la France ont eu lieu aux quatre coins du monde et des manifestations ont parfois rassemblé plusieurs milliers de personnes. Mais on a noté aussi des scènes anti-Charlie dans un certain nombre de villes (Abidjan, Alger, Amman, Le Caire, Dakar, Gaza, Istanbul, Khartoum, Londres , Nouakchott, Sanaa, Srinagar, Sydney, Téhéran…). Ces réactions anti-Charlie permettent de jeter un regard inhabituel sur le phénomène des militants « anti-blasphème », sur les sensibilités internationales par rapport à cette question, mais aussi de voir comment la France a été perçue dans le monde entre janvier et novembre 2015, au cours de ce que l’on peut appeler une « phase de questionnement ».

Il est impossible de faire un compte rendu exhaustif de toutes les réactions internationales, mais nous avons rassemblé ci-après un échantillon de faits notables afin de tenter de leur donner un sens. Car, en dépit de l’unité internationale contre l’État islamique, il ne faut pas occulter le fait que, durant la période comprise entre les attentats contre Charlie Hebdo et ceux du Bataclan, la France a été perçue dans certains pays comme le « symbole d’un Occident détesté  ». À l’occasion de rassemblements, on a exigé que le gouvernement français présente formellement des excuses à tous les « musulmans offensés ». Parfois, le drapeau français ou même l’effigie de François Hollande ont été brûlés. Les manifestations ont pu être pacifiques, non violentes, mais d’autres ont connu des affrontements entre policiers et contestataires. Dans les cas plus extrêmes, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly ont pu être présentés comme des « résistants » contre la France impérialiste. Les caricaturistes, eux, étaient jugés « responsables » d’avoir causé la violence en raison de leur haine contre les musulmans. Critiquer la religion était donc dans ce cas assimilé à de la violence, ce qui justifiait moralement le recours à des émeutes ou à des attentats. Sur la colère préfabriquée des islamistes, tout semble résumé par l’écrivain algérien Kamel Daoud dans ces interrogations : « Qui a vu la vidéo du pilote jordanien brûlé vif dans une cage ? […] Pourquoi “je suis Charlie” semble plus choquant pour certains que la vidéo de ce pilote brûlé vif ?  »

Dans certains pays, le nombre élevé de personnes mobilisées a pu surprendre. En Afghanistan, jusqu’à 20 000 personnes manifestent dans la ville de Herat, troisième ville de pays . À Kaboul, les affrontements avec la police provoquent 2 morts et 24 blessés . Au Niger, les débordements sont d’une extrême violence : les manifestations anti-Charlie provoquent 10 morts et 173 blessés, ce qui génère un deuil national de trois jours dans le pays. À Niamey, la capitale, 45 églises sont incendiées ainsi que 5 hôtels, l’orphelinat et l’école chrétienne. L’ambassade de France appelle même ses ressortissants à éviter toute sortie . Autre fait notable : la mobilisation des Tchétchènes pour rallier le camp anti-Charlie à Grozny convoqué par le président Ramzan Kadyrov lui-même. La Tchétchénie devient un épicentre de la contestation anti Charlie Hebdo et selon des décomptes officiels, entre 800 000 et 1 million de personnes se rassemblent pacifiquement devant la grande mosquée de la capitale .

Au Pakistan, la population se mobilise très vite dans les principales villes du pays. Des milliers de personnes marchent à Lahore, Karachi, Quetta, Peshawar et Multan. À Karachi, des incidents ont lieu lors d’un rassemblement au cours desquels un photographe de l’AFP est blessé, un autre rassemblement réunit 30 000 personnes et plusieurs manifestants attaquent une école chrétienne . À Lahore, on brandit des affiches : « We are all Said Kouachi . » À Islamabad, la capitale, 15 000 personnes défilent lors d’un rallye dirigé par le parti fondamentaliste Jamaat-e-Islami. On y évoque le « terrorisme journalistique  ». À Bannu, ville située non loin des fiefs talibans des zones tribales, des étudiants pakistanais saccagent une école chrétienne, dont ils exigent la fermeture . Un président de district du Jamaat-e-Islami, Sheikh Mushtaq, déclare : « Nous pouvons supporter de voir nos enfants abattus devant nos yeux, mais nous ne pouvons pas supporter le blasphème . » Par ailleurs, un ancien ministre pakistanais, Ghulam Ahmad Bilour, annonce qu’il met la tête de l’actuel propriétaire de Charlie Hebdo à prix, pour 200 000 dollars. Il propose aussi 100 000 dollars aux héritiers des frères Kouachi, et d’Amedy Coulibaly . Et son parti, le Parti national Anawi, ne prend aucune mesure disciplinaire contre de telles tactiques d’intimidation. Le Parlement pakistanais adopte une résolution à l’unanimité contre les caricatures, expliquant le phénomène comme une tentative délibérée d’« élargir les malentendus entre les civilisations » et d’incitation à la violence . La Lahore High Court Bar Association demande même au gouvernement de poser l’affaire devant la Cour internationale de justice .

En Iran, un concours international de bande dessinée est lancé autour du thème de l’Holocauste en réponse à la publication de caricatures dans Charlie Hebdo. Une compétition similaire avait déjà été organisée en réponse aux caricatures du journal danois Jyllands-Posten .

Les théories du complot foisonnent aussi, notamment en Russie et en Turquie. En Russie, des commentateurs pro-Kremlin désignent les États-Unis comme les véritables auteurs des attentats. Le Komsomolskaïa Pravda, l’un des principaux tabloïds russes, va jusqu’à titrer : « Les Américains ont-ils semé la terreur à Paris ? » Dans l’article qui suit, les auteurs s’acharnent à montrer comment Washington aurait pu organiser les attentats de janvier 2015 . D’une façon plus générale, l’opinion publique et la presse russe sont très partagées sur le soutien à apporter au journal français . Des positions curieuses autour de Charlie Hebdo viennent s’insérer dans les affaires intérieures du pays. Le 27 février 2015, au moment de l’assassinat de Boris Nemtsov, un opposant à Vladimir Poutine, les autorités soulignent qu’il avait reçu des menaces à la suite de son soutien au journal Charlie Hebdo. Parmi une abondance de théories spéculatives et de multiples pistes d’investigation du meurtre (dont l’une liée au conflit ukrainien), une enquête formelle est menée autour de ce soutien au journal français. Alors que l’assassinat incarne une lutte de pouvoir entre les différentes forces en Russie, le soutien de Nemtsov à Charlie Hebdo nourrit les fantasmes des complotistes . En novembre 2015, lorsque le journal français publie des caricatures concernant le crash d’un avion russe dans le Sinaï ayant causé 224 victimes, le dirigeant du parti Russie Juste en déduit que cela « témoigne de la profondeur de la crise morale dans la société occidentale et française  ». Et la porte-parole de la diplomatie russe de s’interroger : « Y a-t-il encore quelqu’un qui est Charlie ?  »

En Turquie, les spéculations complotistes foisonnent également . Melih Gökçek, le maire d’Ankara, assure que le Mossad (les services de renseignement israéliens) est « certainement derrière ces incidents  ». Il lie les attentats à la reconnaissance de l’État palestinien par la France. Ali Sahin, membre du parlement turc et porte-parole du parti AK, soupçonne que ces massacres ont été « mis en scène comme au cinéma  ». Selon un sondage réalisé en Turquie , 20 % des sondés pensent que les satiristes du Prophète « ont obtenu la réponse qu’ils méritaient ». À la question : « Qui a vraiment fait ces attentats ? », seulement 31 % répondent que ce sont les « islamistes radicaux ». La réponse la plus importante (44 %) cible « les services de renseignement étrangers ». Lorsque l’on demande qui est la véritable victime, seulement 22 % estiment que les satiristes assassinés sont les « vraies victimes », tandis que 24 % sont d’avis que ce sont les musulmans vivant en Europe et 43 % définissent les victimes comme « le monde islamique ». À la question : « Croyez-vous que les croisades contre l’islam sont toujours en cours ? », 55 % des sondés répondent oui, avec un taux de 66 % parmi les électeurs de l’AKP .

En Inde, Shirin Dalvi, rédactrice en chef de l’édition Mumbai ourdou Avadhnama, est arrêtée pour avoir publié la caricature du Prophète (« Tout est pardonné ») qui avait fait la une de Charlie Hebdo après les attentats . Elle présente ses excuses publiquement. Elle est libérée sous caution, mais le harcèlement continue et, pour fuir la pression, doit cacher son visage derrière une burqa .

En Chine, le gouvernement utilise les attentats comme exemple des risques que peut engendrer une presse libre et indépendante. Un éditorial signé par l’agence Xinhua explique ainsi qu’il y aurait sans doute moins de tragédies dans le monde s’il y avait des limites à la liberté d’expression. Le système chinois, qui « encadre » la liberté d’expression, serait donc le meilleur système .

Au Vatican, le pape condamne le blasphème en déclarant : « Si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing . » Ces mots, empathiques envers les croyants offensés, renvoient un signal désastreux sur le terrain où des chrétiens continuent à être abattus au nom du blasphème et d’insultes à la religion dans plusieurs pays islamiques. Le discours du pape, contre-productif car légitimant en quelque sorte le recours à la violence, serait donc une invitation directe à la persécution des chrétiens au Pakistan, par exemple .

En Allemagne, le 11 janvier 2015, les bureaux du tabloïd Hamburger Morgenpost sont incendiés, sans doute en représailles pour la publication de plusieurs caricatures reprises de Charlie Hebdo . Parfois aussi, l’effet pervers de l’autocensure se met en marche. Un char « Charlie Hebdo », prévu en hommage à la liberté d’expression, est ainsi retiré du cortège du festival de Cologne, tandis qu’en Belgique le musée Hergé annule une exposition-hommage à Charlie Hebdo pour des raisons de « sécurité  ». En Irlande du Nord, la Queen’s University de Belfast annule une table ronde sur le thème et l’on évoque des raisons liées à la sécurité des invités, mais aussi à « la réputation de l’université  », même si l’événement finira par avoir lieu . En Finlande, la présence d’un stand « Je suis Charlie » prévue au festival World Village de Helsinki est annulée pour des raisons de sécurité .

Made in France but lost in translation : lorsque le message français ne passe pas outre-Atlantique

Incitation à la haine ou blasphème : la position juridique de la France

Quelle est la différence entre « incitation à la haine » et « blasphème » ? En 2015, pourquoi condamner Dieudonné mais soutenir Charlie Hebdo * ? Lorsqu’il s’agit de la liberté d’expression et ses limites, la France exprime une position très marquée, truffée de nuances juridiques. « Inciter à la haine » est un crime qui entraîne des sanctions pénales, justifiées lorsque les mots déclarés peuvent déclencher des actes violents à l’encontre d’une personne physique (en raison de sa race, de sa couleur, de son ascendance, de son origine nationale ou de son origine ethnique, par exemple). Une parole qui met en danger la sécurité physique d’un citoyen est interdite. En revanche, le « blasphème » est autorisé parce que critiquer une religion n’est pas considéré comme compromettant la sécurité physique d’une personne appartenant à une communauté religieuse. D’ailleurs, dans le cas de la criminalisation du blasphème, l’accent n’est jamais mis sur le préjudice physique que les mots ou les images peuvent déclencher, mais plutôt sur le degré auquel il a causé offense. La position de la France est très « morale » sur l’incitation, mais plutôt « moqueuse » sur le blasphème.

* En novembre 2015, le dernier recours juridique de Dieudonné a été rejeté par la Cour européenne des droits de l’homme. Faire applaudir sur scène un négationniste notoire ne relève pas de la liberté du spectacle, mais d’une démonstration de haine et d’antisémitisme, a tranché la Cour (voir Hugo-Pierre Gausserand, « Dieudonné débouté par la Cour européenne des droits de l’homme », lefigaro.fr, 10 novembre 2015.

Tout au long de l’année, Charlie choque et divise – même entre amis

Dès janvier 2015, c’est dans la presse anglo-saxonne que le débat concernant la publication de dessins de Charlie Hebdo se fait le plus aigu. Alors que 76 % des Américains ont entendu parler des attentats, 28 % ne soutiennent pas la publication des caricatures . Au pays du Premier Amendement, l’éditeur du New York Times Dean Baquet avoue « avoir passé la moitié de sa journée » à y réfléchir et avoir « changé deux fois d’avis ». Il finit par expliquer sa décision : « Nous avons une norme longtemps tenue et qui nous sert bien, à savoir qu’il y a une différence entre l’insulte gratuite et la satire . » De leur côté, le New York Daily News, les agences Reuters et Associated Press font largement écho aux événements parisiens mais ne diffusent pas les dessins pour autant . Les grandes chaînes américaines CNN et MSNBC refusent également de les montrer. En Grande-Bretagne, la chaîne d’information Sky News n’hésite pas à couper la journaliste Caroline Fourest en direct alors qu’elle essaye de montrer la une du premier numéro de Charlie Hebdo reparu après les attentats . Quant à Tarik Kafala, chef de BBC Arabic, il souhaite que le mot « terroriste » ne soit pas utilisé pour décrire les tueurs de Charlie Hebdo, car le terme lui semble « trop chargé  ». En revanche, de nombreux sites Web – The Huffington Post, Gawker, Buzzfeed, Vox… – n’hésitent pas à reproduire les dessins . D’après Slate.fr, parmi les journaux qui publient la caricature « Tout est pardonné » de la première une de Charlie Hebdo après les attentats, on trouve le Wall Street Journal, le Los Angeles Times et The Guardian .

Par la suite, les examens de conscience se multiplient. Certains journalistes craignent que le journal français soit antimusulman et nombre d’entre eux s’interrogent : comment couvrir l’actualité des attentats sans glorifier pour autant une publication intolérante ? Est-il nécessaire de publier ces caricatures pour commenter l’actualité des attentats parisiens ? Faut-il être solidaire avec Charlie Hebdo pour dénoncer le terrorisme ? Les dessins sont décortiqués et analysés : sont-ils insensibles, antimusulmans, antiracistes, antidjihadistes ?… On tente également de deviner les véritables intentions des dessinateurs et leurs raisons. Ces questionnements diffèrent de la crise survenue au moment de la circulation du film L’Innocence des musulmans. La vidéo, ardemment hostile à l’islam, dépeignait alors carrément le prophète Mahomet comme un pédophile sanguinaire, mais la presse américaine, à l’époque, ne s’était pas focalisée pas sur le contenu du clip, mais sur l’absurdité des violences qui avaient suivi , car le réalisateur de la vidéo, décrit comme un égaré solitaire et marginal, n’était censé ne représenter que lui-même. Or, en revanche, Charlie Hebdo est perçu comme un organe de presse établi, représentatif d’un courant d’opinion en France, sinon même typiquement français.

En 2015, interpréter les dessins de Charlie Hebdo revient en fait à se pencher sur la situation sociale et politique de la France. On analyse alors les effets de la discrimination et de l’exclusion des musulmans de France ; on commente aussi l’aspect coercitif de sa laïcité. Lorsque les questions du racisme et des tensions communautaires sont évoquées, la France n’obtient jamais le bénéfice du doute. Chacun interprète les caricatures selon sa grille de lecture socioculturelle qu’il a de l’Hexagone. En septembre 2015, une nouvelle controverse confirme à quel point les satires de Charlie Hebdo ne passent pas outre-Atlantique : le journal satirique est accusé par des internautes de tourner en dérision la mort d’Aylan, l’enfant syrien retrouvé mort sur une plage turque, alors que les dessins visent avant tout à se moquer de l’inertie de l’Europe. Le hashtag #JenesuispasCharlie revient en force sur Twitter.

En mai 2015, le monde littéraire américain se plonge dans la dispute « qui est Charlie ? ». À l’occasion du gala de l’association d’écrivains PEN, plus de 200 auteurs  annoncent dans une lettre ouverte qu’ils s’opposent à la remise du prix Courage et Liberté d’expression à Charlie Hebdo. Deux camps s’affrontent alors : ceux qui approuvent la récompense et ceux qui s’y opposent . Sur Twitter, Salman Rushdie, ancien président du PEN, traite ses confrères outre-Atlantique de « lâches » et il déclare : « Si PEN, en tant qu’organisation défendant la liberté d’expression, ne peut pas protéger et célébrer ceux qui ont été assassinés pour des caricatures, alors, franchement, cette association est indigne de son nom . »

Puis, un nouvel incident éclate et suscite des amalgames. Deux hommes armés sont tués alors qu’ils ouvrent le feu sur une exposition anti-islam au Texas organisée par un mouvement d’extrême droite. L’opinion publique compare le contexte français à l’incident américain alors que l’exposition texane ne visait pas les djihadistes mais incitait directement à la haine contre tous les musulmans . Suzanne Nossel, la directrice de PEN America (qui a accordé le prix à Charlie Hebdo) et ancienne diplomate américaine ayant travaillé de près sur ces questions, a tenté d’expliquer cet écart : « Le discours de l’intolérance peut faire le tour du globe, avant même que le contexte des caricatures puisse avoir le temps de s’y installer. L’absence de paysage contextuel a causé la tornade initiale. Puis le débat a été rattrapé par la mise en contexte de la satire politique en France, grâce à des centaines d’articles et d’analyses écrits dans la presse mondiale. Que l’on soit d’accord ou non, le débat a généré plus informations et une meilleure compréhension mutuelle. Ce débat fut utile, dès lors que la tornade s’est dissipée . »

La diplomatie américaine pendant les évènements de janvier 2015

À la consternation des observateurs, lorsque le secrétaire d’État américain John Kerry a commenté les attaques de novembre 2015, il les a moralement distingués de ceux de janvier : « Il y a quelque chose de différent par rapport à ce qui est arrivé au moment des attentats Charlie Hebdo, et je pense que tout le monde peut sentir cela. […] Il y avait alors une sorte de focus particulier, et peut-être même une légitimité en termes de… pas une légitimité mais une rationalisation à laquelle on pouvait s’accrocher et dire d’une certaine manière : “OK, ils sont vraiment en colère à cause de cela et cela .” » Ces mots suscitent la fureur dans la presse américaine, mais au fond les propos de John Kerry ne font que réveiller un profond malentendu entre la France et le États-Unis, latent depuis le début de l’année.

Le 11 janvier 2015, aucun responsable de premier plan de l’administration Obama n’est présent au grand rassemblement, alors même que le ministre de la Justice Eric Holder se trouve pourtant aussi à Paris pour d’autres affaires. Très vite, le 16 janvier, le secrétaire d’État John Kerry se rend en France et la Maison-Blanche, par la voix de son porte-parole Josh Earnest, avoue : « Nous aurions dû envoyer quelqu’un de plus haut niveau . » Dix mois plus tard, comme pour rattraper ce retard, le président américain sera le premier chef d’État à réagir aux attaques du 13 novembre – avant même avant la prise de parole de François Hollande.

Les signaux ambigus donnés par les États-Unis à plusieurs reprises en 2015 sont d’autant plus étonnants qu’historiquement les États-Unis jouent un rôle primordial sur la scène internationale lorsqu’il s’agit de lutter contre les violences « anti-blasphème ». Champions de la liberté d’expression, de la liberté de religion et de conviction, ces valeurs forment un socle essentiel de l’identité américaine. L’idéalisme du Premier Amendement de la Constitution américaine y contribue sans aucun doute. Mais une bonne dose de réalisme accompagne aussi sa diplomatie de grande puissance et l’administration prend en compte les dangers sécuritaires que peuvent engendrer les violences commises par des militants « anti-blasphème ». En 2012, les États-Unis ont vécu cela de près à l’occasion de la diffusion de la vidéo L’Innocence des musulmans qui a déclenché des émeutes dans le monde islamique similaires à celle de janvier 2015, avec en plus les tentatives de prises d’assaut des ambassades américaines en Égypte et Tunisie . À Genève, au Conseil des droits de l’homme, les diplomates américains se sont toujours acharnés à trouver un consensus sur ce dossier du « blasphème » qui empoisonne les rapports avec l’Organisation de la coopération islamique. En 2011, un accord très fragile avait été obtenu .

Malgré cette diplomatie vigoureuse, les États-Unis ont-ils pleinement saisi le symbolisme des attentats de janvier ? Dix mois plus tard, lorsque John Kerry « rationalise » dans ses propos l’attentat contre Charlie Hebdo, cette question garde toute sa pertinence. Il semble tout d’abord que l’administration américaine a sous-estimé la réaction mondiale qui a accompagné le drame français : comment imaginer un tel élan de sympathie envers la France alors qu’à la même heure Boko Haram massacre 2 000 personnes au Nigeria ? Par ailleurs, l’information autour des attentats de janvier ne semble pas avoir correctement circulé à Washington. Barack Obama commet même une gaffe sur les meurtres commis à l’Hyper Cacher : lors d’une interview, il évoque « des fanatiques qui […] tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris  ». Alors qu’il avait déjà dénoncé le caractère antisémite de l’attentat, son entourage continue à transformer ses mots maladroits en fiasco politique. Interrogé, son porte-parole réplique : « Il n’y avait pas que des Juifs qui se trouvaient dans cette épicerie . » Et lorsque la porte-parole du département d’État est interrogée pour savoir si l’attaque fut un acte antisémite, elle répond : « Je ne pense pas que nous allons répondre au nom des autorités françaises et dire comment elles voient la situation . » Toutes ces déclarations ajoutées à l’absence remarquée au rassemblement de Paris sont des indices qui peuvent faire douter de la juste appréciation américaine du poids de l’événement.

D’autre part, on peut peut-être également penser que les États-Unis ne souhaitaient pas rallumer de nouvelles tensions avec le monde islamique autour du thème des « insultes à la religion » alors que, comme on l’a vu, de nombreuses discussions diplomatiques avaient eu lieu autour de cette question. L’administration américaine a sans doute estimé que la lutte contre l’État islamique nécessitait une large coalition, bousculant le jeu d’alliances dans la région, et que le moment n’était pas adéquat pour froisser certains des régimes de cette coalition « hypersensibles » au sujet du « blasphème ».

La position américaine autour de la liberté d’expression et de la liberté religieuse

Selon la tradition américaine, le principe de la liberté d’expression fonctionne seulement en pratique s’il s’accompagne également d’une dose de responsabilité individuelle. La « responsabilité de chacun » régule le modèle multiculturel et permet de célébrer la diversité. Car plus une société est culturellement hétérogène, plus il y a le risque de « vexer » d’autres groupes que le sien. La précaution dans l’usage de la parole est donc encouragée afin de mieux coexister. Pour les idéalistes, l’histoire américaine prouve qu’au cours des époques différents groupes ont subi des discriminations avant de s’intégrer pleinement dans la société. Les normes de ce qui est socialement acceptable évoluent, le respect progresse. C’est un processus d’apprentissage graduel qui cumule en un happy end. Politiques et membres de la société civile font attention de ne pas froisser les sensibilités des diverses communautés religieuses. Par exemple, lorsque le pasteur chrétien Terry Jones brûle un Coran – juste pour réaffirmer son droit constitutionnel de le faire et pour attiser la haine –, de nombreuses personnalités le condamnent publiquement, y compris le président Barack Obama, la secrétaire d’État Hillary Clinton, le procureur Eric Holder, le commandant des forces en Afghanistan Général David Petraeus ainsi que des gouverneurs et sénateurs, tant démocrates que républicains. Le Council on American-Islamic Relations répond aux provocations de Terry Jones en distribuant des millions de copies du Coran aux Américains dans le but de se réapproprier le message de l’islam. La religion est utilisée comme une force de « bien » pour combattre le « mal », ce qui serait impensable en France. Pourtant, tout n’est pas rose : la rhétorique virulente antimusulmane lors des primaires du Parti républicain aux États-Unis en 2015 a semblé montrer une inversion de cette tendance. Affaire à suivre en 2016.

Après les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, le monde entier a eu les yeux tournés vers la France. Ensuite, tout au long de l’année, l’attention dans la presse mondiale a oscillé et a formé comme une courbe en U. Au départ, les attentats de janvier ont provoqué une solidarité politique, puis des émeutes antifrançaises se sont enchaînées dans le monde islamique. Ailleurs, notamment dans la presse anglophone, certains ont jeté un regard critique sur le journal Charlie Hebdo, ce qui quelque peu affaiblit l’unité initiale des réactions de soutien. Jusqu’en novembre, aux quatre coins du monde, on a débattu des questions « qui fâchent » : le droit au blasphème, la laïcité, la liberté d’expression, l’incitation à la haine, les minorités religieuses en France, la radicalisation… Les spécificités historiques, juridiques et culturelles françaises ont largement été examinées. Ces discussions n’ont cessé de façonner l’image extérieure de la France.

Depuis le 13 novembre, les enjeux internationaux ne sont plus conceptuels, mais géopolitiques. L’année 2015 se termine par une union planétaire contre l’État islamique. Ce qui était impensable avant novembre devient une réalité : une coalition disparate, imbriquée d’agendas nationaux contradictoires, s’unit pourtant autour d’un seul objectif, l’éradication de l’État islamique. De nombreux pays doivent faire face à une vague de violence commanditée par l’État islamique – avion russe abattu dans le Sinaï (224 morts), double attentat à Beyrouth (43 morts), attentat à Tunis (12 morts) –ou par al-Qaida Maghreb – prise d’otages dans un hôtel de Bamako (21 morts). L’année 2016 devrait mesurer la solidité de cette entente militaire. L’avenir jugera de l’efficacité de cet éventail d’initiatives militaires, politiques, juridiques, diplomatiques et sociales pour combattre le djihadisme, mais il importe de ne pas perdre de vue la phase qui s’est déroulée de janvier à novembre 2015, car cette période a mis en lumière de façon exceptionnelle l’acquis culturel et politique de la France : sa liberté, son audace, sa laïcité, sa culture, ses minorités, son racisme, son antiracisme, ses forces et ses failles. La République n’est pas toujours bien comprise, mais pour peser dans le monde elle devra s’efforcer d’écouter ces débats afin de mieux convaincre et se rénover là où c’est nécessaire.

Joëlle Fiss

Chercheuse et consultante

en politique internationale

fissjoelle@gmail.co

Pour le 8 mars, L’Obs loue le féminisme fondamentaliste et raille le féminisme laïque

D’habitude, ils mettent Simone de Beauvoir les fesses à l’air en couverture… Surtout, ne changez rien. ‪#‎OnVautMieuxQueCa‬

Capture d’écran 2016-03-07 à 13.22.20

Communiqué du Comité laïcité République

Féminisme et islam : l’inversion des valeurs d’E. Aeschimann et M. Vaton   

Dans un article publié par l’Obs en ligne le 5 mars 2016, les journalistes Eric Aeschimann et Marie Vaton nous assurent que non seulement l’islam ne serait pas incompatible avec l’égalité entre hommes et femmes, mais qu’il serait un vecteur de cette égalité. Et que toute critique de cette position en forme d’oxymore serrait une fois de plus la manifestation de la pensée étriquée de notre pays, pensée véhiculée entre autre par ces deux dangereuses féministes occidentales que seraient Elisabeth Badinter et Caroline Fourest.

Ils tentent de nous démontrer à quel point notre laïcité est ringarde, face à l’intelligence du dialogue interreligieux et aux avancées majeures des féministes américaines, conciliant Coran et liberté des femmes.

Face à un tel océan d’effarante absurdité, nous rappellerons les mots de Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, à propos de l’attaque qu’a subie Kamel Daoud : « Quand on choisit Tariq Ramadan comme partenaire et Bernard Cazeneuve comme cible ou que l’on affirme comme Edwy Plenel, que Manuel Valls c’est pire que Marine Le Pen, il y a clairement un problème d’inversion des valeurs. »

Disons à notre tour que lorsque l’on choisit le voile et les textes religieux comme illustration du chemin des femmes vers la liberté et Elisabeth Badinter et Caroline Fourest comme cibles, laissant entendre qu’elles sont d’une grande pauvreté conceptuelle, il y a clairement un problème d’inversion des valeurs.

Procès pour homosexualité en Tunisie

En décembre dernier, en Tunisie, six étudiants étaient condamnés par la justice tunisienne pour homosexualité. Ils seront de nouveau jugés le 25 février prochain. SOS homophobie leur apporte tout son soutien.
Au cours des derniers mois, les actions contre les personnes lesbiennes, gays, bi-e-s et trans (LGBT) se multiplient en Tunisie : agressions, harcèlement, menaces de mort, arrestations, emprisonnements. Le 10 décembre 2015, six étudiants étaient condamnés à la peine maximale de prison prévue par le code pénal tunisien pour homosexualité. Fait rarissime, ils sont également bannis pour cinq ans de la ville de Kairouan. Dans le même temps, les activités de l’association Shams, qui milite en faveur des droits et des libertés des personnes LGBT, étaient suspendues pour une durée de trente jours.

La situation en Tunisie illustre malheureusement la triste réalité des droits et libertés des personnes LGBT dans de nombreux pays dans le monde. Aujourd’hui, l’homosexualité reste pénalisée dans 76 Etats et est punie de mort dans 12 d’entre eux. Seule une minorité de pays dans le monde n’imposent pas la stérilisation des personnes trans.

SOS homophobie appelle de ses vœux une forte mobilisation en faveur des six étudiants tunisiens jugés pour homosexualité le 25 février prochain. Plus largement, l’association en appelle aux pouvoirs publics français pour qu’ils apportent leur soutien plein et entier aux personnes lesbiennes, gays, bi-e-s et trans qui, dans le monde, sont victimes de discriminations et de violences en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Contact presse :
Yohann Roszéwitch, président
06 28 32 02 50 – yohann.roszewitch@sos-homophobie.org

Viols, armes de guerre : 9 mars 2016, pour un tribunal pénal international en République Démocratique du Congo (RDC)

 Viols, armes de guerre : 9 mars 2016, pour un tribunal pénal international en République Démocratique du Congo (RDC) »

Mercredi 9 mars 2016 de 14 H. à 18 H.
Mairie de Paris Salon des Arcades 5 rue Lobau 75004 Paris

Initiative de la Campagne des 52 personnalités féminines, organisée par le Réseau Féministe « Ruptures », dans le cadre de la Journée internationale de solidarité avec les luttes des femmes

Présentation

En juillet 2013, à l’initiative de Maître Hamuli Réty, 52 personnalités féminines lancent une campagne pour la création d’un Tribunal Pénal International en République Démocratique du Congo (RDC).
Les indicibles souffrances consécutives aux maltraitances, aux tortures et aux viols subis par les femmes en RDC demeurent impunis.

Indignées par le silence des instances internationales, ces 52 marraines poursuivent leur action pour que ces crimes, utilisés comme armes de guerre, puissent être jugés par un TPI, seule instance permettant aux femmes victimes de ces atrocités d’être reconnues comme telles. Cette impunité dure depuis vingt ans, il est temps que l’ONU mette cette revendication à l’ordre du jour de ces débats.

Programme

13 H. 30 : Accueil.

14 H. : Présentation et animation, Monique Dental, Réseau Féministe « Ruptures »

14 H. 15 : Accueil par la Mairie de Paris.

14 H. 30 : Hamuli Réty, initiateur de la campagne des 52 marraines pour un TPI en RDC : Actions passées et à venir.

14 H. 45 : Bâtonnier Jean-Claude Bagayamukwe : La défense au quotidien des femmes violées. Rôle du Barreau de Bukavu.

15 H. : Caddy Aszuba, journaliste, lauréate du Prix Princesses d’Asturie pour la Paix : Audition auprès du Roi et de la Reine d’Espagne pour la création d’un Tribunal Pénal International pour la RDC : quelles suites ?

15 H. 15 : Echanges avec la salle.

15 H. 45 : Dr Mukwege : Les différentes formes d’action sociales, juridiques et médicales de la Fondation Panzi de Bukavu.

16 H. : Echanges avec la salle.

16 H. 30 : « Rentrez chez vous et racontez » : création théâtrale à partir des témoignages de femmes aux corps meurtris, interprétée par Claudia Mongumu, auteure, comédienne, metteure-en-scène et Charles Meunier, comédien.

17 H. 15 : Echanges avec les comédiens.

Exposition de photos d’archives sur les femmes violées au Congo, de Marie Ponchelet et Marie-Hélène Le Ny.

Contacts et inscription courriel : monique.dental@orange.fr

Indiquer Nom, prénom, organisme, adresse, tél, mail.

Laïcité : les 4 fautes de l’Observatoire (Jean Glavany)

L’Observatoire de la Laïcité créé opportunément il y a trois ans par le Président de la République traverse une grave crise.
Ce qui doit nous importer c’est le débat d’idées et l’efficacité de l’action publique au service de la République. C’est parce que je m’inscris dans cette optique que j’ai refusé de signer la pétition –exprimant pourtant une exaspération légitime- demandant la démission de Jean-Louis Bianco : là n’est pas la question et une démission ajouterait de la crise à la crise ; la question tient au fond des choses.
Sans agressivité aucune, avec le souci de faire progresser le débat, je veux regarder lucidement les quatre fautes de l’Observatoire de la Laïcité : une faute juridique, une faute déontologique, une faute politique et une faute morale.
  • La faute juridique. Le Président de l’Observatoire dit « nous sommes indépendants, le Premier Ministre n’a pas à s’exprimer sur notre action ».
Un observatoire placé, selon l’article 1 du décret le créant « auprès du Premier Ministre » et chargé de « conseiller le gouvernement » serait indépendant ?
Un observatoire dont la composition réunit, outre des parlementaires et des personnalités qualifiées, plusieurs représentants des ministères serait indépendant ?
Je me souviens que, du temps de Jean-Marc Ayrault, à propos du dossier Baby-Loup, le Président de l’Observatoire avait fait arbitrer Matignon pour que tous les fonctionnaires présents votent dans son sens ! Bonjour l’indépendance…
Voilà déjà une bonne raison pour laquelle le « rappel à l’ordre » de Manuel Valls était bienvenu.
  • La faute déontologique : l’Observatoire étant « divers », il m’apparaît qu’il devait s’en tenir à une certaine neutralité, un certain devoir de réserve :
Loin de ça, l’Observatoire se mêle d’un débat public, signe des pétitions, condamne… Et voilà le pire : la crise éclate à propos d’un tweet de son rapporteur général critiquant Elisabeth Badinter pour une intervention respectable sur une radio publique. J’avais attiré l’attention de Bianco sur le double risque des tweets : 140 signes pour traiter de sujets si sensibles et complexes ajoutés à la tentation de « faire le buzz », c’était tellement risqué que ça courait droit à la catastrophe. Nous y sommes.
J’ajoute, et je le maintiens avec fermeté qu’il me semble que ça n’est pas la mission d’une institution de la République, quelle qu’elle soit, de polémiquer avec une intellectuelle honorable, quelle qu’elle soit, a fortiori sans en avoir délibéré collectivement. La République ce sont aussi des principes de comportements, des interdits qu’il faut rappeler de temps en temps. Deuxième bonne raison du rappel à l’Ordre du Premier Ministre.
  • La faute politique. Continuons à être clair : les responsables de l’Observatoire voudraient nous faire croire qu’il s’agirait du retour du débat de 1905 entre Aristide Briand, tenant de la liberté de conscience et Combes, l’antireligieux célèbre. Aujourd’hui, entre l’Observatoire et les « intégristes laïques » qui voudraient interdire aux religions de s’exprimer sous quelque forme que ce soit dans l’espace public.
Cette présentation des choses est caricaturale et fallacieuse. D’abord parce que je ne sais pas ce qu’est un « intégriste laïque » quand il s’agit d’affirmer la plus belle de nos libertés, la liberté de conscience. Le « laïcisme intégriste » est un concept artificiel inventé pour combattre, en les dévaluant, les défenseurs d’une laïcité sans adjectif.
Ensuite parce que je me sens aussi proche d’Aristide Briand (et de Ferdinand Buisson ! et de Jaurès !) qu’éloigné du père Combes et que je ne me reconnais donc pas dans cette présentation.
De quoi s’agit-il ? La Gauche républicaine et laïque depuis plus d’un siècle a toujours été traversée par deux courants de pensée : l’un plus attaché aux droits de l’homme et à la diversité ; l’autre plus républicain, attaché à l’unité et au commun. Comme le dit Régis Debray dans Le Monde du 27 janvier « qu’il y ait dans notre tradition, deux gauches comme il y a trois droites, cela s’apprend en 1ère année de Sciences Po » ! Pour moi être socialiste, c’est conjuguer les deux, c’est tenir les deux bouts de la chaîne, qui réunit ces deux courants qui sont, l’un et l’autre, authentiquement de gauche. Car la Laïcité, c’est le respect des spécificités ET leur dépassement, c’est la conjugaison de la diversité ET l’unité, ce sont les droits ET les devoirs.
Si l’on oublie le « ET », on ampute la laïcité : le communautarisme respecte les différences ! Mais il ne cherche pas à les dépasser…
Or, depuis la création de l’Observatoire de la Laïcité, son Président n’a cessé de dresser ces deux familles l’une contre l’autre et, pour être plus précis, pour donner systématiquement raison à l’une contre l’autre. On aura deviné laquelle.
Là est la faute politique car cela divise le monde laïque. Et toute division est un affaiblissement. Troisième bonne raison pour Manuel Valls…
  • Reste la quatrième faute, qui touche à la situation de notre pays en ces heures douloureuses. La France est en guerre avec un intégrisme religieux particulier, l’intégrisme islamiste, le fanatisme djihadiste de barbares qui assassinent nos fils et nos compagnes jusque dans nos rédactions, nos épiceries, nos bistrots et nos salles de spectacles et qui menacent à présent jusqu’à nos écoles et nos enseignants. Face à cette agression terrible, il faut avoir les idées claires et les paroles justes.
Nous, Républicains, laïques et progressistes ne pouvons pas répondre à un amalgame par un autre !
Face à l’amalgame irresponsable et dangereux du Front National devant l’Islam et les musulmans, les assimilant à un danger global et indistinct, nous ne devons pas répondre par un autre amalgame sur le thème « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » !
Ne qualifions pas le Front National de tenant d’une « laïcité dure » alors qu’il n’est pas laïque du tout, pour inventer je ne sais quelle « laïcité molle » par souci de se différencier de lui. Soyons la laïcité tout simplement.
« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » disait Camus et, justement, la démocratie ce n’est pas l’amalgame, c’est la différenciation. Notre devoir, c’est aujourd’hui de distinguer, de différencier l’immense majorité des musulmans de France qui sont républicains et laïques, et qu’il faut aider, d’une minorité d’intégristes, fanatiques et dangereux qu’il faut combattre.
Notre devoir c’est de critiquer l’islam, comme toute autre religion, non pas par principe mais quand il porte atteinte aux droits universels et, notamment à l’égalité hommes-femmes.
Il n’est pas indifférent que ce débat explose après qu’Elisabeth Badinter ait justement démontré que le concept d’islamophobie a été inventé, construit et promu par les intégristes musulmans et leurs prédicateurs obscurs pour coaliser les musulmans de France autour d’eux en leur faisant croire que la République et la Laïcité seraient antireligieux. « Il n’y a rien à espérer de la République, elle nous combat, elle nous empêche de croire librement » veulent-ils convaincre. Avant de convaincre de l’étape suivante…
Ce raisonnement d’Elisabeth Badinter a été, avant elle, fort bien démontré par Gilles Kepel dans son dernier ouvrage ou par Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans leurs travaux depuis plus de 10 ans. Ou bien –encore lui !- Régis Debray qui disait cette semaine que « le chantage à l’islamophobie est insupportable ».
C’est pourquoi il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe si c’est le prix à payer pour être libre de dénoncer ce stratagème mortifère. Si c’est le prix à payer pour être efficaces dans notre lutte sans merci. Allons ! Serons-nous assez aveugles pour ne pas voir que l’islam radical mène, contre la laïcité, le même combat que l’église catholique en 1905 ?
Et c’est pourquoi il peut être dangereux de signer des textes avec des personnalités et des organisations, notamment religieuses, qui ne s’étaient pas manifestées après les attentats de janvier parce qu’elles pensaient à voix à peine basse que ceux de Charlie « l’avaient bien cherché » en se permettant de critiquer et de caricaturer une religion, les religions, bref en se permettant d’être libres. Pourquoi ces appels, pourquoi ces signatures aujourd’hui et pas hier ?
Etre laïque aujourd’hui ça n’est pas tout accepter des religions sous prétexte que la laïcité n’est pas et ne sera jamais antireligieuse. C’est être critique et exigeant avec elles, notamment pour qu’elles se démarquent sans ambigüité de leurs intégrismes respectifs. C’est ainsi qu’elles montreront leur fidélité à la République.
Ces questions il faut se les poser et y répondre clairement, hors de toute confusion. Il est temps de réparer ces quatre fautes et de se remettre au travail avec le seul souci du rassemblement dans la clarté pour le meilleur service de la Laïcité.

Civitas ne se financera plus avec nos impôts !

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Communiqué

Aucun complot derrière cette victoire, seulement le résultat d’une pétition qui alertait les services fiscaux et qui aboutit au respect des règles fiscales dont s’affranchissait en toute connaissance de cause Civitas. Il ne s’agit nullement d’une victoire de la “République maçonnique“, mais de la République tout court, et des citoyens.

En effet, les intégristes de Civitas incitaient au financement de leurs méfaits en sollicitant des dons de particuliers et de sociétés, dons qui faisaient bénéficier les donateurs de déduction fiscale. Cette possibilité étant réservée aux associations d’intérêt général, ou d’utilité publique, nous avions lancé une pétition pour que l’administration fiscale fasse cesser cette forfaiture, Civitas ayant pour seul objet la lutte, parfois violente (1), contre la République.

L’UFAL se réjouit de cette décision et salue le travail de l’administration fiscale.

« Coexister » : l’association qui influence (mal) l’Observatoire de la laïcité

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De nombreux laïques reprochent à l’Observatoire de la laïcité de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène d’avoir presque systématiquement choisi de défendre une approche relevant de l’oecuménisme angélique (rôle que devraient tenir plutôt les leaders religieux) au lieu de défendre la laïcité contre ceux qui la déforment ou la mettent en danger.

Cette approche est liée à la philosophie même de ses animateurs mais aussi à l’influence, de plus en plus visible, de l’association « Coexister ».

Créé sous les auspices d’un journaliste de La Vie, proche de l’Eglise catholique, l’organisation part de bons sentiments : « militer pour le vivre ensemble entre les trois grandes religions monothéistes. » Elle fait, de ce point de vue, un bon travail de terrain en faveur du dialogue inter-religieux. Y compris en allant dialoguer ou faire dialoguer des jeunes ou des militants qui peuvent aller de la Manif pour tous aux militants proches des Frères musulmans…

C’est ainsi que, juste après le 13 novembre, l’Observatoire de la laïcité s’est retrouvé à partager des intiatives avec le rappeur Médine (qui veut « crucifier les laïques » dans ses chansons) ou encore le CCIF (Collectif contre l’islamophobie… qu’il voit dans toute défense de la laïcité).  Une gaffe typique de l’esprit « Coexister ».

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Est-ce la mission de l’Observatoire de la laïcité ? C’est là où les avis divergent .  L’association Coexister dit défendre la « neutralité de  l’Etat » en matière de la laïcité, mais « neutre » jusqu’à quel point ? Jusqu’à n’avoir rien à dire quand des croyants affirment leur foi au détriment d’autres principes ? Jusqu’à collaborer avec ceux qui traitent d »islamophobes » ceux qui défendent la loi de mars 2004 ou l’Etat quand il lutte contre le terrorisme ? Jusqu’à ne pas enseigner une « morale laïque » qui puisse éventuellement contredire les dogmes religieux ou certaines croyances ?

Pas de supériorité des sciences sur les croyances à l’école ?

C’est ce qu’il faut peut-être comprendre en lisant ce tweet de Samuel Grzybowski, l’un des animateurs de Coexister. Il semble laisser penser que l’école n’a pas à enseigner la supériorité des sciences sur les croyances… Et donc, par exemple, la théorie de l’évolution comme étant supérieure (car scientifique) aux croyances créationnistes.

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Voilà qui interroge quand on sait que l’Education  nationale n’a pas toujours été maladroite sur ce point et qui chagrine quand on apprend que L’Observatoire de la laïcité a co-écrit l’ouvrage L’après Charlie en partenariat avec… « Coexister ».  Ce qui relève de l’ambition pédagogique  minimum.

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Heureusement, le ministère de l’Education nationale a aussi engagé d’autres projets, comme avec l’association « Dessinez, créez, liberté » (plus ambitieuse et plus proche de l’esprit Charlie).

En revanche, l’Observatoire de la laïcité, lui, gagnerait à s’occuper vraiment de défendre la laïcité… Au lieu de se contenter de « Coexister » avec ses adversaires.

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Pétition pour un véritable Observatoire de la laïcité

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(Pétition sur Change.Org)

M. Jean-Louis Bianco doit démissionner de la présidence de l’Observatoire national de la laïcité

Depuis sa création, l’Observatoire national de la laïcité, sous l’impulsion de son président, M. Jean-Louis Bianco, n’a cessé de privilégier les accommodements irraisonnables et le repli communautariste au détriment de la véritable République diverse et métissée que dessinent la loi de 1905 et l’application stricte des lois de 2004 sur le port des signes religieux ostentatoires à l’école et de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public.

La loi du 15 mars 2004, par exemple, contrairement à ce que prétendent les islamistes dans leur propagande, a eu des résultats positifs, protégeant nombre de jeunes filles de cette atteinte à leur émancipation et délivrant nombre de directeurs d’établissement de problématiques insolubles. Autrement dit, les conditions d’une éducation laïque et républicaine pour l’ensemble des jeunes citoyens ont été assurées. Et c’est ce que s’emploient à remettre en cause des associations liées aux Frères musulmans. Or, M. Bianco a nié ce problème dans Le Monde des Religions, le 12 mai 2014.

Quelques semaines plutôt, le 3 février 2014, dans une interview donnée à Mediapart, dont on connaît la croisade antilaïque, M. Bianco affirmait, avec tout l’aplomb et l’autorité de sa charge : « La France n’a pas de problème avec sa laïcité ».

Pire encore, le 15 novembre 2015, alors que notre Nation était sous le choc des attentats sanglants dont ses enfants ont fait l’objet de la part de barbares se réclamant de l’islam le plus fondamentaliste et le plus belliqueux, il a cosigné une tribune, « Nous sommes unis », avec une partie du gratin de l’islam politique en France, au nombre duquel Samy Debah et Yasser Louati, respectivement directeur et porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), association dont le but avoué est de faire abroger ces lois. Parmi les signataires se trouve aussi la présidente de l’association interconfessionnelle Coexister, Radia Bakkouch, qui voudrait remplacer la neutralité laïque de l’espace public par la coexistence des religions. Nabil Ennasri, Frère musulman lui aussi, factotum du Qatar en France – doit-on rappeler d’où proviennent les financements des djihadistes ? – est également signataire. Enfin, le rappeur Médine, triste auteur de la chanson « Don’t laïk », qui appelle à la crucifixion des « laïcards » et à l’application de la charia, figure parmi les premiers signataires de cette tribune. Comment la France peut-elle accepter que les responsables de l’Observatoire national de la laïcité collaborent avec les représentants les plus virulents de l’islam politique ?

Alors que 8 Français sur 10 jugent que la laïcité est en danger (sondage IFOP pour le Comité national d’action laïque, antérieur au 13 novembre 2015), M. Bianco ne trouve rien de mieux à faire que d’entretenir cette confusion que portent les thèses d’une partie de la gauche victimaire ou clientéliste associée à des islamistes notoires parfaitement antirépublicains, quand ils ne sont pas ouvertement en guerre contre le gouvernement, contre les Institutions, contre la France.

Les positions de M. Bianco, affirmées sans discontinuer depuis des années et qu’ont dénoncées à plusieurs reprises des membres mêmes de l’Observatoire (Jean Glavany, Françoise Laborde, Patrick Kessel, par exemple dans leur communiqué de presse commun du 15 janvier 2015), le disqualifient. À l’heure où notre pays subit de nouvelles menaces d’attentats et d’assassinats précisément contre l’école et les militants laïques, il n’est plus possible que la laïcité soit représentée et « défendue » en France par M. Bianco, l’un de ses contempteurs.

En conséquence, les signataires demandent qu’il soit mis fin aux fonctions de M. Bianco à la tête de l’Observatoire national de la laïcité, ainsi qu’à celles de son délégué général M. Cadène, pour qu’ils soient remplacés par des personnalités dont la préoccupation réelle sera bien l’affirmation d’une laïcité dynamique et intégratrice, plutôt que la crainte paralysante d’un amalgame que la population française dans son immense majorité ne pratique pas et la propagation d’une laïcité de compromission, dont elle ne veut pas.

Laurence Marchand-Taillade, présidente de l’Observatoire de la laïcité du Val d’Oise, et Mohamed Sifaoui

Pour signer la pétition

Pour comprendre qui est le CCIF

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Autre initiative, venant de membres de l’Observatoire

Le 11 janvier 2016
Communiqué de Jean GLAVANY, Patrick KESSEL, Françoise LABORDE

« La réaction du Rapporteur Général de l’Observatoire de la Laïcité, par Twitter, à l’interview sur France Inter de Elisabeth Badinter le 6 janvier dernier est à la fois dérisoire, risible et inacceptable.
Dérisoire et risible car le travail de ce Monsieur en matière de Laïcité, n’arrivera jamais à la cheville de celui d’Elisabeth Badinter. Un petit Monsieur qui s’attaque à une grande dame, c’est dérisoire et risible.
Mais c’est aussi inacceptable car ce Monsieur est un fonctionnaire, payé par l’argent des contribuables et tenu au devoir de réserve. Ses propos sur une intellectuelle engagée, respectable et estimable ne sont en rien acceptables.
C’est pourquoi, nous décidons de suspendre notre participation aux travaux de l’Observatoire de la Laïcité tant que le Rapporteur Général ne se sera pas excusé ou qu’il n’aura pas été désavoué.

Jean Glavany, Patrick Kessel, Françoise Laborde

« Ensemble » : l’alibi de gauche des intégristes

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Le courant « Ensemble » de Clémentine Autain ne comprend décidément rien à l’intégrisme. Entre les deux tours, il n’a rien trouvé de mieux que de relayer l’annonce du meeting de Tariq Ramadan et ses amis, « Ni Charlie ni Paris », à qui la mairie de Saint-Denis a prêté la salle pour dénoncer la politique antiterroriste du gouvernement.

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Et cela n’a rien d’une première.

En 2004, Clémentine Autain avait signé l’appel des Indigènes de la République, puis retiré sa signature en découvrant celle de Tariq Ramadan. Sans comprendre que l’ensemble du texte attaquait les féministes laïques !

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Elle participe d’ailleurs volontiers aux « Y a bon Awards » attaquant toute personne défendant la laïcité comme raciste…

Clémentine Autain et « Ensemble » ont également participé à la Marche de la dignité, organisée par les réseaux proches d’Indigènes de la République.

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Ensemble a également signé l’appel du meeting du 6 mars 2015 dénonçant « l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire » après les attentats de Charlie et de l’Hyper Casher. En compagnie de l’UOIF (à qui Ensemble reproche simplement d’être contre le mariage pour tous !), mais aussi de Participation et Spiritualité musulmane, du CCIF, du Parti des Indigènes de la République, les Indivisibles, Oumma.com, et la Junta islámica….

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Le communiqué d’Ensemble est alors co-signé par Laurent Lévy… L’un des animateurs d’Ensemble et l’un des plus farouches opposants à la loi de mars 2004 sur les signes religieux à l’école publique. Ses deux filles, militantes voilées, Lila et Alma Lévy, ont mené campagne contre cette loi. Elles ont écrit un livre où elles expliquent leur dégoût des homosexuels ou encore défendu que la lapidation était un « choix ».

A propos des anti-laïcs qui invoquent l’esprit Charlie pour tenter ironiquement de décrédibiliser les laïcs :

La manifestation historique en réponse aux attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, réunissant plus de 4 millions de français dans la rue, a laissé amers certains éternels adeptes du laïcité-bashing. Entendre des manifestants scander « Je Suis Charlie », sentir cette compassion et ce soutien spontané et non-violent envers ces 12 personnes assassinées de sang-froid a en effet de quoi les irriter.

Il était donc prévisible qu’une fois passées ces démonstrations de solidarité, des voies discordantes allaient profiter de l’espace médiatique (télévision ou radio pour les plus connus, mais aussi les réseaux sociaux) pour reprendre les attaques contre Charlie Hebdo. Emmanuel Todd et ses « catholiques zombis » dans Qui est Charlie ? est certainement un des meilleurs ambassadeurs de cette gauche islamo-complaisante. Le refrain « je suis contre ces attentats… MAIS ils l’ont quand même un peu cherché » prend peu à peu de l’ampleur et de l’espace.

Au-delà de ces attaques qui confondent victimes et terroristes, qui ont au moins le mérite d’être reconnaissables, d’autres attaques plus sournoises et moins directes prennent place. Et bizarrement, elles viennent le plus souvent des spécialistes de la rhétorique du « deux poids, deux mesures » entre le traitement médiatique ou judiciaire des musulmans (qu’ils considèrent toujours forcément opprimés, même les plus extrémistes), et les laïcs (ou les Juifs).

Il s’agit pour ces personnes de dénoncer les partisans du « Je Suis Charlie », qui ne seraient selon eux en faveur de la liberté d’expression que lorsqu’il s’agit du journal satirique. La supercherie serait donc dévoilée, les Charlie ne seraient que de dangereux censeurs dès lors qu’une personne ne se dit pas Charlie, ou dès qu’ils émettent des critiques envers ces défenseurs de l’islamisme, même pour défendre les droits des femmes ou des minorités sexuelles. Selon eux, si X est Charlie et émet un argument critique envers une opinion intégriste de Y, il serait donc contre la liberté d’expression de Y. Et donc « Je Suis Charlie » ne serait qu’une immense arnaque à la fois « raciste » et « anti-liberté d’expression ».

Un peu de pédagogie s’impose face à cette tendance tendant à imposer la confusion intellectuelle.

Mettons de coté l’indécence et le cynisme de ces personnes qui osent comme seul argument en appeler à l’esprit Charlie, esprit satirique et irrévérencieux envers les religions qu’ils ont combattu depuis tant d’années.

La liberté d’expression en France permet le droit à la critique des institutions religieuses, des textes religieux, et donc le droit au blasphème, mais la loi interdit l’incitation à la haine envers les individus et donc l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse, l’apologie de crimes de guerre, les propos discriminatoires à raison d’orientations sexuelles, d’un handicap, ou le négationnisme. C’est ce pourquoi Dieudonné est régulièrement condamné. L’esprit Charlie n’est pas la liberté d’exprimer des idées haineuses pénalement répréhensibles, qu’il a par ailleurs toujours combattues.

Charlie Hebdo et ses journalistes et dessinateurs n’ont jamais demandé à supprimer la parole des intégristes de l’espace médiatique. C’est au contraire un journal de débats, qui milite pour la confrontation des idées sans tabou, et en toute clarté. Ce qui implique d’inviter l’extrême droite-religieuse ou politique dans les médias, en présentant ces invités comme tels, et en apportant des contradicteurs. En aucun cas de les bâillonner, malgré ce que ces champions de la victimisation espéreraient.

Enfin, comment ne pas évoquer l’hypocrisie de ces rhétoriques ? Si ces personnes invoquent la liberté d’expression pour défendre la diffusion des idées anti-laïques, elles ne peuvent donc pas rejeter les laïcs qui utilisent également leur liberté d’expression à juste titre pour critiquer ces idées…
Carla Parisi

http://carla-parisi.blogspot.fr/2015/12/a-propos-des-anti-laics-qui-invoquent.html

Loubna Abidar, violemment agressée

Loubna Abidar, personnage principal du dernier long métrage de Nabil Ayouch, « Much Loved », a été agressée le 5 novembre 2015 dans la soirée à Casablanca.

L’information a été diffusée par HuffPost Maroc et les réseaux sociaux.

Dans un post, l’actrice qui a décroché le Valois de la meilleure actrice pour son rôle de prostituée dans « Much Loved » raconte :

« J’ai été victime d’une agression à Casablanca. Aucun commissariat ni hôpital n’a voulu m’accepter. Je me suis rendue à la Wilaya de Casablanca. Tout le monde se moquait de moi et disait: ‘Tu es enfin venue, Abidar! » Tout cela parce que j’ai fait un film que vous n’avez pas regardé. Vous avez regardé ce qu’ils ont voulu vous montrer », témoigne l’actrice dans une vidéo publiée sur Facebook.

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 Loubna Abidar, avait reçu plusieurs  menaces de mort suite à la publication d’extraits du films sur Internet.

 

Lettre ouverte aux journalistes ayant couvert la « marche de la dignité »

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Vous devez vous demander pourquoi ils n’étaient pas plus nombreux, ce week-end, à marcher contre les violences policières et le racisme à Paris ? Entre 10 000 selon les organisateurs et 3500 selon la police.

Même entre les deux, c’est peu au vu du climat. Une époque où Nadine Morano réduit la France à un pays de « race blanche », Robert Ménard part en guerre contre les kebabs, où l’avocat de Riposte laïque tire sur des magistrats, le tout à la veille d’élections où plusieurs régions risquent de tomber aux mains de l’extrême droite

Cette actualité n’était pas l’objet de cette marche, surtout préoccupée par les violences policières anti-Noirs aux Etats-Unis. Des militants sincères s’y sont associés sans connaître vraiment ses buts et ses intentions. A la suite d’un battage médiatique enthousiaste, qui n’a jamais pris le temps, ou presque, de dire qui se cachait derrière la figure d’Angela Davis et les quelques visages mis en avant. Ni pourquoi aucune grande organisation antiraciste ne pouvait, en connaissance de cause, s’associer à cette manifestation.

Sans doute certains journalistes étaient-ils trop occupés à cracher sur le Prix laïcité ayant rendu hommage à Charlie et à Charb quelques jours auparavant. A écrire, sans avoir enquêté, qu’on y avait sommé une journaliste voilée non accréditée de retirer son voile… Alors qu’il s’agissait d’une remarque balayée par les organisateurs et qu’elle a bien pu entrer, même sans accréditation, malgré les mesures de sécurité qu’impliquent un événement si sensible. Comment les mêmes journaux, toujours les mêmes, auraient-ils trouvé le temps d’enquêter sur la « Marche de la dignité » ?

Ils n’avaient pas de mots assez joyeux pour décrire cette manifestation où l’on a mis, nous a-t-on bien précisé, « les femmes en avant ». Sans que l’on comprenne en quoi « les femmes » étaient particulièrement visées par les violences policières, qui concernent plutôt les hommes… Les réseaux à la pointe de cette manifestation écrivant que le racisme post-colonial utilise la cause des femmes pour attaquer en fait « le garçon arabe », nous en déduisons qu’il s’agit d’une technique marketing pour appâter les médias. Force est de constater qu’elle a bien marché.

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Le PIR à la manœuvre

Mais de quelles « femmes » parlons-nous, si du moins leurs idées et non leur genre ont encore une importance aux yeux de certains médias ? De militantes pro-voile emmenées par Houria Bouteldja des Indigènes de la République, au premier rang, et à la manœuvre depuis des semaines avec les signataires pro-islamistes, antiféministes et antilaïques, de l’appel.

Il suffisait de jeter un œil à la liste des premiers signataires pour y trouver tous les faux nez des associations proches de Tariq Ramadan, qui n’a pas ménagé ses efforts pour battre le rappel.

Les journalistes ont omis de préciser que le Parti des Indigènes de la République n’est pas contre toutes les  violences… Il soutient par exemple volontiers l’intifada des couteaux et manifeste avec ceux qui réclament « des armes pour le Hamas ». Cela explique peut-être pourquoi cette marche de « la dignité » était couverte de drapeaux palestiniens. Mais surtout pourquoi le texte d’appel de la marche a oublié d’inclure la lutte contre l’antisémitisme… Alors qu’un Juif a encore été agressé au couteau il y a quelques jours en France, par un « déséquilibré » selon les journaux. Forcément, quand on glisse au point de tomber avec un couteau sur un Juif, parce que Juif, c’est qu’on a bien dû perdre l’équilibre à un moment donné…

Visiblement, cela ne méritait pas de faire l’objet de l’appel à la manifestation. Seulement de quelques pancartes. Peut-être des manifestants égarés, qui ne devaient pas bien savoir où ils mettaient les pieds.

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Une manifestation surtout anti-Charlie

Voltuan, militant régulier des manifs de la capitale,  a bien failli se faire lyncher pour avoir brandi « All lives matters », et non seulement « Black lives matters ». Aux Etats-Unis, ce slogan peut-être douteux s’il est porté par la droite refusant de voir qu’on tue surtout des Noirs lors des contrôles policiers… Mais à Paris, porté parmi d’autres slogans, dans un esprit universaliste, il n’y avait quand même pas de quoi s’énerver. Il a été éjecté.

Sur Twitter, une marcheuse se présentant comme « queer » et « afro-féministe » s’est également plaint qu’un homme blanc se permette de manifester contre le racisme derrière elle…. Avant de se féliciter des slogans criés contre le « Charlisme d’Etat » et « l’intégration par le jambon ». Mais ça non plus, on ne pouvait pas le lire dans les comptes-rendus de l’AFP.

Au micro des organisateurs, on a passé quelques minutes — tout de même — à huer le racisme et de longues minutes à huer la loi sur les signes religieux à l’école publique, Femen et Charlie : « les ‘je suis Charlie’, on en veut pas! Les femens, on en veut pas! L’islamophobie,  on en veut pas! »

Des manifestantes voilées portaient même une pancarte « Fourest, ta race ». D’autres disaient « Morano ta race », toujours en utilisant le mot « race » sans guillemets. Preuve, s’il en était besoin, que les racistes et les racialistes ont le même vocabulaire. Un vocabulaire dénoncé par les antiracistes universalistes, qu’il faut bien abattre si l’on veut substituer le combat confessionnel et « racial » au combat social et antiraciste.

Sihame Assbague, grande fan de Tariq Ramadan et du rappeur Médine, a le mérite d’être claire : « je suis pour le démantèlement de Sos racisme » a-t-elle déclaré à Mediapart.

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Les antiracistes laïques, voilà l’ennemi !

C’était bien l’objet sous-jacent de cette marche. Importer la violence et le communautarisme à l’américaine. Monter les victimes d’« islamophobie » et de « négrophobie » contre les juifs et laïques, qu’ils soient juif, arabe ou noir.

Pour le comprendre, il ne faut pas se contenter de tendre le micro à deux ou trois porte-parole poussés en avant pour faire oublier les dizaines d’organisations ayant rédigé l’appel. Il faut lire leurs textes, leur doctrine. Le PIR (Parti des Indigènes de la République), écrit par exemple : « Comme il existe un rapport de force entre les #races, le but de notre organisation est de le politiser pour le faire basculer en notre faveur ».

Des consignes que les ceux qui couvraient la manifestation n’ont pas non plus jugé utile de rapporter, pas plus que les slogans entendus. La parole des « Indigènes », c’est bien connu, compte moins que leur couleur et leur jolie diversité…

S’ils avaient délaissé deux secondes leur paternalisme post-colonial et leur exotisme, ou s’ils faisaient simplement leur métier, ils auraient expliqué en quoi cette marche ne représente pas le camp de l’antiracisme mais sa division entre antiracistes communautaristes et antiracistes laïques. Et pourquoi beaucoup ne s’y sont pas associés.

Même Esther Benbassa s’y est rendue en se bouchant le nez ! Edwy Plenel, lui, prenait des selfies avec son nouveau public, découvert grâce aux conférences avec Tariq Ramadan. Sergio Coronado des Verts, qui n’a jamais ménagé son enthousiasme pour le prédicateur ultra-puritain, n’allait pas rater la fête. Quant à Clémentine Autain, dont le courant au Front de gauche est à la pointe de l’alliance avec les anti-Charlie, elle s’est précipitée et a tweeté d’émerveillement sur le cortège de « femmes » mené par Houria Bouteldja.

C’est tout le problème de certains politiques. A force de ne traiter les électeurs que comme des indigènes, ils vont finit par croire qu’il s’agit d’un peuple.

Aline Baïf, ProChoix

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