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La ‘mode pudique’ des nouvelles bigotes

Nous sommes en 2017 et la « mode pudique » is the new « mode islamique », qui devenait trop marquée religieusement. Pour certains, la « mode pudique » est désormais également un nouveau féminisme, complètement dépolitisé, mais surtout sharia-compatible.

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En 2016, l’expression « mode pudique » est apparue progressivement dans les médias après que plusieurs grandes marques telles que H&M, Zara, Dolce & Gabbana ou encore Uniqlo aient sorti une ligne de vêtements à destination des femmes voilées. Le marché est en plein essor : les prévisions envisagent un marché à 327 milliards de dollars en 2020. La ministre des Droits des Femmes, Laurence Rossignol s’en était émue, jugeant ces marques « irresponsables ». Rokhaya Diallo s’était alors indignée des propos de la ministre dans Jeune Afrique :

« Et pour moi, la première victoire des femmes est de pouvoir disposer de leur corps librement. Et je trouve ça scandaleux qu’une ministre du Droit des femmes considère qu’elle doive protéger une partie des femmes seulement. Elle manque de respect à ces femmes qui font le choix de porter le foulard : elle ne considère pas que leur droit à s’habiller comme elles le souhaitent soit un droit ».

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Ce qui était précédemment considéré comme « mode islamique » devient « mode pudique ». Citons également les Hijab Day, organisés notamment à Sciences Po, promus de la même manière. La « mode pudique » est alors plutôt défendue au nom du libre choix de se vêtir, puisque le voile et les vêtements amples et longs seraient des « vêtements comme les autres ». La dépolitisation du religieux est alors en route. Dans la présentation du Hijab Day à Sciences Po on peut lire :

« Si toi aussi tu trouves que ce serait sympa d’essayer la décence, le respect de l’autre, l’échange et la compréhension mutuelle, tout ça, tout ça… dans notre société tristounette»

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Récemment, lorsque la polémique autour de Lallab a éclaté, il est apparu que cette association promouvait elle aussi la « mode pudique », ou « modest fashion » en anglais, tout en se revendiquant ouvertement féministe. Il n’est plus seulement question de revendiquer le droit de se vêtir de façon « pudique » au nom des libertés individuelles, mais également de considérer que la « mode pudique », c’est féministe.

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Il est nécessaire de lever les ambiguïtés volontairement introduites dans le débat par les militant(e)s de la « mode pudique ». Les féministes universalistes ne remettent pas en question le droit des femmes de se vêtir selon leurs goûts, ne militent pas pour que les vêtements « pudiques » soient interdits. Pourtant, elles sont taxées d’ « islamophobes » et de mauvaises féministes car en critiquant la « mode pudique », elles s’attaqueraient aux femmes musulmanes. Si tout féminisme est critiquable, y compris le féminisme universaliste et matérialiste, ce dont ne se privent pas ces militantes, la « mode pudique » l’est aussi. Les universalistes exercent un de leur droit, à la liberté d’expression, pour rappeler plusieurs points essentiels.

Tout d’abord, la pudeur, comme le fait de couvrir les femmes, n’a rien de subversif. Le Larousse désigne la pudeur comme une « Disposition à éprouver de la gêne devant ce qui peut blesser la décence, devant l’évocation de choses très personnelles et, en particulier, l’évocation de choses sexuelles ». Faut-il préciser que gêne, décence, et timidité sexuelle font partie des stéréotypes associés et demandés au genre féminin ? Être féministe, n’est-ce pas revendiquer le droit de ne pas vivre sous les complexes et les tabous, d’assumer son corps, d’occuper l’espace public, de façon égale aux hommes ?

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Les prescriptions religieuses n’ont jamais été sources de féminisme. L’escroquerie du « féminisme chrétien » n’a pas eu de mal à être démasquée lorsqu’il s’agissait de femmes chrétiennes revendiquant en leur nom le droit de rester au foyer, et d’être anti-avortement. Personne n’a songé à affirmer qu’il s’agissait de l’avant-garde des féministes car c’était des femmes qui s’exprimaient. Il existe bien évidemment des féministes musulmanes, plus ou moins croyantes, qui ambitionnent d’élargir les droits des femmes dans un contexte précis, et sans intrusion du religieux. Le « féminisme islamique », qui englobe la « mode pudique », fait plutôt l’effet inverse : il emmène plus de religion dans les droits des femmes de par ses références littéraires et politiques ou de par la promotion du voile, qui est par essence sexiste car ne s’appliquant pas aux hommes.

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Enfin, la « mode pudique » n’est pas une « mode comme les autres ». Cette façon de décontextualiser et dépolitiser la mode islamique permet de la relativiser pour la confondre avec les autres vêtements. Comme nous l’avons vu, elle s’inscrit dans un cadre religieux et dans un contexte général où la pression religieuse au niveau français comme international devient de plus en plus présente. Vouloir faire passer la promotion du voile ou des tenues « pudiques » comme similaire aux autres tenues est habile… si l’on masque les références religieuses et politiques, il n’y a plus de « problème », et les féministes universalistes sont tout simplement racistes. Seul ennui pour les partisans de la « mode pudique » : user de cet argument pour dépolitiser et « dé-religioser » cette mode rentre en contradiction avec l’argument précédent comme quoi le « féminisme islamique », ou issu des prescriptions islamiques, existerait…

La boussole féministe des partisans de la « mode pudique » est comme déréglée. L’aiguille n’indique plus l’égalité femme-homme, mais vacille dans tous les sens, puisque tout n’est qu’affaire de choix pour que ce soit considéré comme « féministe ». Ainsi, Lila et Alma Lévy, les deux lycéennes qui avaient fait les gros titres en 2003 en refusant d’enlever leur voile pendant les cours, avaient par la suite ensuite également évoqué sur le plateau de l’émission Campus le « libre choix »… de se faire lapider pour adultère.

Il est ainsi plus que nécessaire de combattre l’analogisme ambiant qui voudrait que toute critique de la « mode pudique » = « islamophobie ». Tous les féminismes sont susceptibles de faire l’objet de critiques, du féminisme le plus ambitieux au féminisme le plus religieux. Y compris donc celui qui voudrait imposer un panneau STOP aux féministes universalistes, de toutes nationalités, qui tentent depuis tant d’années de repousser petit à petit les limites des inégalités sexuelles, le puritanisme et les interprétations sexistes des textes religieux.

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La subversion et l’émancipation féministes s’inscrivent-elle contre la nudité féminine, qui est pourtant non acquise, considérée comme vulgaire, sexuelle, menaçante et provocante, à la différence de celle des hommes ? Cette nudité est pourtant dénoncée comme « dominante » aussi bien par les promoteurs de la « mode pudique » que par des militants de l’islam politique. Ou la subversion et l’émancipation féministes s’inscrivent-elle contre la maîtrise du corps des femmes par quelque institution que ce soit, contre le puritanisme et les tabous sexuels, dans un objectif d’ égalité femme/homme ?

Il semblerait que répéter en boucle que la «mode pudique » est un « choix » féministe in-jugeable ne résiste pas à l’épreuve du temps, de la critique et de la contextualisation. Certaines associations féministes, comme certaines qui se sont précipitées pour signer dans Libération une pétition de soutien à Lallab, ou pour apporter leur soutien sur les réseaux sociaux, trouveraient une idée salutaire en clarifiant leur position et ligne directrice vis-à-vis de ce concept qui mute petit à petit du domaine religieux au féminisme.

   Catherine Hervé

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« J’aimerai retirer leur vagin » : une nouvelle façon d’être féministe.

« J’aimerai leur retirer le vagin ». Ce genre de tweet relève habituellement de la production littéraire d’un boutonneux prépubère dans le sous-sol de ses parents. Et bien pas du tout. L’auteur de ce tweet est féministe. Enfin c’est ce qu’elle dit, et le questionner pourrait vous valoir quelques oukases.

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Linda Sarsour n’est pas n’importe qui. C’est égérie et la co-organisatrice de la Marche des femmes anti-Trump. Une marche historique et nécessaire, mais qui a gêné de nombreuses féministes américaines et à l’étranger. A la tribune, ce jour-là, Linda Sarsour s’est contenté de revendiquer le succès de la marche, mais elle l’incarne depuis. Et cela risque de se retourner contre lui et toute l’opposition progressiste américaine, au moment où le monde en a le plus besoin.
 
Qui est Linda Sarsour ?
Dans ses tweets, Linda Sarsour n’hésite pas à dire que des enfants musulmans étaient « exécutés » aux Etats-Unis ou que la CIA était derrière chaque terroriste islamiste.
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Elle mêle n’hésite pas à user de sa popularité pour promouvoir sa amis politiques. Rien de très surprenant puisque la famille de Linda Sarsour est liée au Hamas.
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Quand des progressistes ont osé émettre des doutes sur le choix de cette organisatrice comme égérie pour incarner la résistance des femmes (également symbolisée par un poster de femme portant le voile), ils ont immédiatement été pris en chasse et diffamés comme « islamophobes » membres du Ku Klux Klan.
 
Quelques bonnes âmes ont même lancé le hashtag « Je marche avec Linda » ( #IMarchWithLinda) pour soutenir l’égérie intégriste et antiféministe.
 Human Rights Watch a même relayé la campagne.  Bernie Sanders l’a retweeté.
 
En quelques heures, « Je marche avec Linda » est devenu viral
Les féministes ne forment pas un bloc monolithique, évidemment. Dans tous les pays, dans toutes les couches sociales il y a des débat, des empoignades. Et c’est tant mieux, c’est comme ça qu’un courant de pensée s’enrichit.
Il y a même des antiféministes qui se revendiquent féministes. On a eu celà dans les années 90, des militantes opposées à l’avortement qui se revendiquaient féministes contre méchant médecins hommes qui voulaient les avorter. Elles se revendiquaient féministes, d’où parlions-nous pour le contester ? (Ici)
Une nouvelle mode est apparue. Seules les femmes qui expérimentaient une situation pouvaient en parler. Par exemple seules les prostituées avaient le droit de parler de la prostitution. Seules les femmes voilées pouvaient parler du voile. Exit dans ce paradigme, les prostituées qui témoigneraient de ce qu’elles ont vécu, si elles ont cessé d’être prostituées. Idem, seules les femmes voilées sont habilitées à parler du voile. Exit, là aussi, les femmes musulmanes qui ne le portent pas, ou plus. Et évidemment celles qui ont été forcées à le porter.
Ce moment d’irrationalité a perduré, renforcé par d’autres postures amalgamant islam et islamisme, musulmans et islamistes, musulmans libéraux et intégristes. Cette autre posture a le vent en poupe grace à nos petites pudeurs exotiques. Elle a pris place à Washington ou elle décritorera les faibles avancées de ce monde et appliquera avec la délicatesse d’un grutier les revendications biliaires d’un peuple en colère.
Est ce une raison pour la personne qui a écrit « J’aimerai leur retirer le vagin » soit le parangon de la gauche.
Ayaan Hirsi Ali ou Linda Sarsour ?
Juste pour ceux qui l’ignorent, Ayaan Hirsi Ali, a qui Linda Sarsour voudrait retirer le vagin est une somalienne qui lutte contre l’islamisme. Enfant, elle a été excisée.
Les relativistes vous diront que toutes les exicisions ne se valent pas, que certaines sont moins violentes que d’autres. L’excision d’Ayaan Hirsi Ali fait bien partie des plus violentes. Celles dont peu de petites filles ressortent. Comme ses compagnes d’école, Ayaan Hirsi Ali a vu un jour sa vie changer. On lui a rasé totalement le clitoris. Découpé les petites lèvres et les grandes lèvres. Ensuite, on lui a cousu l’entrée du vagin jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une fine ouverture pour les écoulements menstruels. Pendant la mutilation, on a appliqué, dans son vagin de petite fille, une crème abrasive. Une crème qui a pour conséquence un rétrécissement du vagin. Elle a survécu à cela, pendant que la plupart de ses amies mourraient de septicémie. Adulte, elle a subit plusieurs opérations pour simplement arrêter de hurler quand elle urinait. Uriner. Juste uriner.
 
Pouvez-vous imaginer ce que signifie se tordre de douleur plusieurs fois par jours. Se rappeler du rasoir, des épines d’acacia tenant la suture  ? Pouvez-vous imaginer arriver en Occident et qu’une gauche féministe et progressiste adoube comme héroïne des droits des femmes, une femme qui voudrait finir le travail. 
 
Le grand n’importe quoi est le credo de notre temps. 
Sommes-nous obligés de tous y céder ?
Le besoin de gauche est pressant face aux partisans de la vérité alternative, au prix de céder nous aussi au grand n’importe quoi ?
Est-il possible de résister en marchant avec Linda ?
Et les vraies victimes ? Doivent-elles venir avec ou sans vagin ?
Fiammetta Venner. 

Une Marche pour la vie bénie par le Pape

Alors que Donald Trump s’apprête à signer un décret pour dé-subventionner le planning familial, la Marche pour la vie s’élance dans les rues de Paris, ravie de cette nouvelle.

 

La Marche pour la vie est un moment clef de la mobilisation des association anti-IVG. Pour ces militants, il s’agit de « promouvoir un modèle de société qui ne banalisera plus l’IVG »

Le Pape François, a salué dans une lettre aux organisateurs, le 18 janvier « cordialement les participants (…) à cette légitime manifestation en faveur de la défense de la vie humaine ». 

La Marche a les moyens, puisque des pages de publicité ont été achetée dans le Figaro et Valeurs actuelles.

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Au premier rang, derrière une bannière géante « IVG tous concernés », Christine Boutin, Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Méné et quelques élus mènent la Marche.

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Le char derrière diffuse de la musique branchée. Des ballons de toutes les couleurs sont accrochés dessus. Un organisateur y inscrit des expressions (plus ou moins encore à la mode) telles que « swag », « frère ». Les organisateurs essaient au maximum de faire jeune. Ils invitent les participants à revêtir des vêtements de couleurs, et distribuent d’innombrables pancartes jaunes bleues ou rose fluos.

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Deux jeunes femmes venus pacifiquement sur le trottoir avec un drapeau LGBT, un t-shirt « We can do it » et un papier crayonné « mon corps mes droits » sont prises à partie, leur papier aussitôt déchiré.

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À la Tribune, un discours victimaire et apocalyptique est délivré : on y parle d' »enjeu de civilisation », de « privation grave du droit de parler d’avortement en France ». Les intervenants finissent tous leurs discours par une référence à Dieu : « que Dieu bénisse cette Marche », « que Dieu vous bénisse ». Des hommages au professeur Lejeune et à Jean-Paul II se succèdent. Un prêtre américain a même été dépêché pour l’occasion. Parmi les slogans on entend :

« La France catholique va disparaître »

« On va abolir la loi Veil avec l’aide de Dieu ».

Dans la Marche, un monsieur distribue une lettre ouverte au Président de la République. Il voit derrière l’avortement le « plus grand complot du gigantesque système de corruption de Bruxelles » et de « la superclasse mondiale ». Il dénonce la « république laïciste », la « lesbian and gay association, d’une puissance insoupçonnée et dont le siège est à Bruxelles », Manuel Valls qui « est influencé par les sionistes », « les francs-maçons », « la religion satanique de l’Islam gauchiste qui enlève et viole les femmes », « les illuminatifs ».

En fin de cortège, statique sur la place Denfert-Rochereau, Xavier Dor dirige une prière de rue, face aux militants de son association SOS tout petits. On y prie Marie et le Seigneur pour venir en aide.

 

Alain Escada arrive ensuite aux côtés de Xavier Dor, avec un prêtre en soutane pour conduire la prière.

On aperçoit dans le cortège quelques drapeaux royalistes, ou faisant référence aux rois de France. Les militants de l’Action française étaient très présents.

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Parmi les personnalités présentes on a pu voir :

Phillipe de Villiers qui a longtemps fait subventionner une structure anti-IVG.

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Mais aussi Émile Duport, leader des « Survivants ».

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Tugdual Derville d’Alliance Vita, souvent présent dans les médias

 

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Grégor Puppinck, directeur de l’European Centre for Law and Justice (ECJL) est aussi annoncé. Lobbyiste européen, il a, à plusieurs reprises tenté de bloquer les droits des femmes.

 

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Jean-Marie Le Mené de la Fondation Jerôme Lejeune fait lui aussi partie des organisateurs.

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Jean-Frédéric Poisson a, lui,  annoncé sa participation sur twitter.

Madeleine Bazin de Jessey, soutien de François Fillon et responsable durant la campagne de la « France périphérique », a elle aussi annoncé sa participation. Elle avait confondé les Veilleurs et elle est porte-parole de Sens Commun.

On notera par ailleurs l’absence regrettée mais excusée d’Hugues Foucault qui se présente comme Maire de Bretagne et incidemment royaliste et favorable à Trump pour qui  « Une société qui tue ses enfants perd son âme. »

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Catherine Hervé

Edgar Morin et les lanceurs d’alertes réactionnaires

Pour les moins de 30 ans, Edgar Morin restera comme l’homme des mauvais choix. Exit la critique du monothéisme, et les engagements passés de celui qui a perdu la minimale vigilance qu’on attendrait d’un « penseur de la complexité ». Après s’être fourvoyé dans la défense de Tariq Ramadan, il vient d’adouber un autre paragon de l’intégrisme, chrétien cette fois : Henri Joyeux. Si sur Ramadan, certains de ces vieux compagnons pouvaient excuser un orientalisme béat (à l’égard d’un citoyen suisse), sur la béatification d’Henri Joyeux, les explications sociologiques seront plus difficiles à trouver.

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Confondre progressistes et réactionnaires grâce à Tariq Ramadan

Tariq Ramadan, comme la plupart des prédicateurs fréristes à destination des Occidentaux a pour quasi unique objectif d’anihiler la pensée critique de ces derniers. Edgar Morin était une cible idéale. Comme lui, d’autres (animateurs, journalistes, patrons de presse…) ont abdiqué leur sens critique, ce qui était plus facile vis à vis de certaines cibles que pour d’autres. Pour ferrer Edgar Morin, plusieurs gages ont été necessaires. Une énième émission chez Frédéric Taddei ou les deux hommes ont « débattu ». Un débat avec Léa Salamé « dans un bel hôtel de Marrakech, sous les orangers » selon les propres termes de l’animatrice qui se concluera par un affligeant « il-s’est-créé-une-amitié-entre-nous ».

L’amitié entre les deux hommes est gravée dans le marbre lorsqu’il devient l’Invité-vedette du  « Centre de Recherche de la Sharia et de l’Éthique Islamique » du Qatar, le 29 octobre 2013. L’ancien intellectuel de gauche y pérorera quelques absurdités comme son désir de remplacer les professeurs par des « mondiologues, des professeurs capables d’enseigner l’être humain, et avec lui, la famille, la consommation, les médias, internet… tout ce qui concerne la vie personnelle ». Une volonté qui figure dans le programme des propagandistes frèristes qui, à l’instar de Tariq Ramadan, veulent développer des enseignements alternatifs, plus conformes aux désirs des communautés.

A aucun moment, Edgar Morin ne semble avoir pris le temps de feuilleter les milliers de pages ou même écouter les enquêtes qui décryptent la doctrine de Tariq Ramadan. (Ici, Ici, Ici)

Notamment lorsque Tariq Ramadan revendique l’héritage de son grand père, fondateur des Frères musulmans : « J’ai étudié en profondeur la pensée de Hassan al-Banna et je ne renie rien de ma filiation. »

Ou lorsqu’il se prononce contre la mixité des piscines.

Sans parler des termes que Tariq Ramadan emploie. « Opération » pour les attentats du 11 spétembre. « Exécution » pour l’assassinat de Sadate. Ou quand il recommande à ses partisans de « ne pas être naïf » concernant les attentats de Paris. Ou encore quand il dit n’être « Ni Charlie, Ni Paris ».

 Après autant de concessions à l’intégrisme, l’ancienne égérie de gauche était mur, pour s’émoustiller devant tout intégriste un tant soit  peu populaire.

 

Qui est le nouveau coup de cœur d’Edgar Morin ?

Dans son tweet, Edgar Morin nous vend le professeur Joyeux comme « notre lanceur d’alerte-santé dont le rôle est unique, précieux, indispensable va être radié de l’Ordre des Medecins. » La première question que l’on se pose en lisant ce tweet est de savoir qui est ce « nous » ?

Au milieu de twittos anonymes, au profil souvent proche de l’extrême-droite catholique, certains soutiens sont révélateurs. Parmi eux :

 Les sites complotistes / d’extrême droite:

− Égalité et Réconciliation, d’Alain Soral

− Le Libre Penseur

− Réseau International

− Le Salon Beige

− Media Presse Info

− Terre Et Peuple…

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L’académie de Médecine a rappelé assez clairement que les propos du Pr. Joyeux ne se fondent sur aucune preuve scientifique, voire alignent des contre-vérité ; cependant il existe des fans du Professeur Joyeux. 450 000 personnes reçoivent sa liste de diffusion gratuite. Ses articles sont massivement relayés sur les réseaux sociaux. A ses futurs lecteurs, il explique : Le « Professeur Henri Joyeux est une encyclopédie vivante de connaissances, validées par la pratique médicale, de conseils sur la santé. En cinquante ans de pra- tique, il s’est aperçu que les moyens de prévention sont, de loin, les plus ef caces. Il a pu faire le tri entre ce qui marche et ce qui ne marche pas. Il pense en particulier que les cinq principaux cancers (sein, prostate, poumon, côlon et rectum) sont aussi les plus faciles à prévenir ! »

Le Pr Joyeux n’hésite pas à faire des propositions en matière de santé publique. Une habitude qu’il a prise quand il représentait Familles de France. Il propose par exemple de faire moins de Frottis vaginaux. Ou sur la question de l’IVG, le Pr Joyeux explique : « Ce sont 220 000 gosses qui partent à la poubelle, alors qu’il y a des de- mandes d’adoption. Souvent, c’est la faute des pères, qui n’assument pas. Les femmes sont trop gentilles, elles se font avoir par les hommes. » Quel beau lanceur d’alerte.

A Montpellier, Henri Joyeux fonde les Ecoles de la Vie et de l’Amour, où il enseigne des cours d’éducation sexuelle aux enfants et adolescents. Il y affirme entre autre : « Il faut absolument que je vous explique ce qu’est l’homosexualité… c’est une blessure du cœur ». Ses discussions sont mises en 2003 sous forme de livre : Les bouillonnements de l’adolescence. Dans la même collection, paraîtra Ne Deviens pas Gay tu Seras Triste. Il multiplie les conférences et les propos homophobes depuis les années 80. En 2015, il maintient : l’homosexualité est due à « une éducation sexuelle inexistante, une grande sensibilité de l’adolescent, et une absence du père », à laquelle on pourrait remédier.

Pédagogue, il n’hésite pas à expliquer sa vision des choses aux en-fants. Dans Sentiments, sexualité, sida (13-15 ans), la petite Amélie demande:

-Pourquoi appelle-t-on “sexualité” la sodomie?

-Réponse d’Henri Joyeux: Comme vous le savez, dans l’Ancien Testament, à Sodome, les mœurs étaient telles que les hommes n’allaient plus avec les femmes. On pense donc que les hommes restaient entre eux pour développer des relations homosexuelles et utilisaient leur sexe masculin en pénétrant l’anus et donc le rectum des hommes, des femmes et même des animaux. (…) On peut imaginer facilement que ceux qui réalisaient ces pratiques avaient certainement reçu une éducation sexuelle insuffisante.”

Henri Joyeux a longtemps été directeur d’une collection intitulée « écologie humaine ». Il a édité et préface les ouvrages de Bruno Comby, le promotteur de Guy-Claude Burger pape de la secte de l’instinctothérapie, condamné pour exercice illégal de la médecine et pour attouchement sexuels sur mineurs.

Lorsque le Vatican cherche un scientifique pour cautionner un “miracle”, c’est à Joyeux que l’on pense. En 1996, il a été choisi pour conduire une équipe médicale à Medjugorje, une ville où des en- fants disent avoir eu une vision. Joyeux a confirmé que les enfants n’avaient pas halluciné.

Au delà de ses prises de positions complotistes autour de la vaccination (débunkées ici), la revue Prochoix a déjà dénoncé ses propos rétrogrades et homophobes, ainsi que ses liens avec l’extrême-droite catholique. ici et ici

Ces liens sont concrétisés dés 1989 lorsqu’il se présente en tête de liste du parti politique ultra-conservateur Alliance : « Ces hommes et ces femmes s’appuient sur les valeurs de la civilisation chrétienne de l’Europe. Pour l’enfant, pour la famille, pour l’Europe ». André Nester, le fondateur d’Alliance, reçoit le soutien de Bruno Mégret ou encore d’Henri de Lesquen. 

Henri Joyeux est également un habitué des conférences anti-avortement. Il a écrit dans les très conservateurs et anti-IVG Cahiers Saint-Raphaël, a parrainé la Fête pour la Vie, un rassemblement anti-choix, a publié de nombreuses vidéos Youtube où il pourfend l’usage de la pilule… avec toujours des propos alarmistes aux accents complotistes.

Les débats sur le mariage pour tous et les ABCD de l’égalité seront pour Henri Joyeux l’occasion de revenir dans le débat public. Présidant l’ultra-conservatrice association Famille de France de 2001 à 2013, il milite aux cotés de la Manif pour Tous contre ce qu’il nomme le « lobby gay » et « la théorie du genre ». Il affirme même que « la bisexualité, c’est ce qu’on essaie de nous injecter ». On remarquera encore une fois son attrait pour la dénonciation de soi-disant « complots ». Il se présente par ailleurs à cette époque comme un « résistant ».

Officiellement en retraite depuis plusieurs années et maintenant radié de l’Ordre des Médecins, il continue d’intervenir lors de conférences payantes. Le 1er et 2 octobre 2016, il se rendra au Congrès International de Santé Naturelle à Paris. Pour la somme de 110 euros, L’Institut pour la Protection de la Santé Naturelle (IPSN) propose l’autoproclamé « plus grand congrès de santé grand public en Europe ». Henri Joyeux est invité aux cotés de Philippe Even, pneumologue interdit d’exercer la médecine pendant 1 an, suite à un ouvrage ultra-critique sur les traitements anti-cholestérol, jugé anti-déontologique, dangereux pour les patients et pourvu de visées commerciales. L’IPSN est également l’organisme qui diffuse les pétitions anti-vaccins du professeur Joyeux. L’IPSN est financé en partie par Santé, Nature, Innovation (SNI Édition), une société également partenaire du Congrès International de Santé Naturelle à Paris. Son fondateur, Vincent Laarman, a également fondé en 2011 SOS Éducation (une association s’opposant au thème de l’IVG dans les classes d’école, et à la participation de syndicats de professeurs à la Gay Pride) et en 2007 le pro-répression Institut pour la Justice. Toutes ces organismes récoltent des données personnelles par le biais de vidéos alarmistes et de pétitions, puis fonctionnent sous forme de mailings.

Les réseaux d’Henri Joyeux au sein des milieux d’extrême-droite catholique et des milieux complotistes ne datent pas d’aujourd’hui. Aujourd’hui les réseaux d’Henri Joyeux vont au delà. Il a réussi à convaincre d’autres dirigeants intégristes qui eux même ont réussi à anihiler la pensée critique  de quelques intellos. Le parcours et le coup de cœur d’Edgar Morin est a analyser ainsi.

Carla Parisi

 

 

 

 

Envoyé de mon iPhone

Les « survivants » anti-IVG de retour, 20 ans après.

Samedi 4 juin, un drôle de cortège d’un soixantaine de personnes défilait à Paris autour du centre Pompidou. Les « survivants » se sont enroulés de papier adhésif où était inscrit « conforme » et distribuaient des tracts anti-IVG aux passants. Sur fond de musique pop, vêtus de casquettes et vestes branchées, aux cris de « nous sommes tous des survivants », l’image se veut jeune et moderne malgré la présence de femmes plus âgées quelques peu en retrait qui surveillent le bon déroulement de l’opération. Le quartier du Marais a été redécoré d’affiches anti-IVG de l’association SOS Tous Petits, connue pour ses prières de rues et ses commandos dans les planning familiaux, et qui ont valu la condamnation de son président Xavier Dor à 10 000 euros d’amende en 2014 pour entrave à l’IVG.

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Face aux « survivants », presque autant de contre-manifestants issus de divers mouvements féministes sont venus dénoncer ce happening avec des pancartes « mon corps, mon droit », « lâche mes ovaires », « Simone Veil(le) », « droit de l’enfant à être désiré et non imposé » ou encore « je bénis l’avortement ». Le happening des « survivants » devait rester secret quant à l’heure et le lieu choisi, mais des informations ont fuité sur les réseaux sociaux. Ce face-à-face a donné lieu à plusieurs échauffourées avec le service d’ordre des « survivants », ainsi qu’avec certains « survivants » qui portaient des foulards sur la bouche et des casques de moto. Le Petit Journal est sur place pour couvrir l’affrontement.

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Les « survivants », en majorité des garçons, d’une vingtaine d’années, se sont préparés à l’événement. Ils ont reçu une liste des questions fréquentes des journalistes et des passants, avec des réponses toutes-faites également consultables sur leur site internet. Les femmes sont poussées devant les caméras pour tenter de cacher leur infériorité numérique, mais les garçons restaient majoritaires et en tête de cortège.

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D’ou viennent –ils ?

Les « survivants » sont initialement une émanation de l’association catholique d’extrême-droite La Trêve de Dieu, qui organise à partir de 1987 des opérations commandos, allant jusqu’à s’enchaîner dans les blocs opératoires des centres IVG pour en troubler le fonctionnement. (Voir ici l’enquête de Prochoix)

En 1997, le bulletin de la Trêve de Dieu nomme ses militants les plus jeunes « les survivants ». Dans la fin des années 1990, la Trêve de Dieu perd une partie du contrôle de ses « survivants », qui pour des raisons marketing, refusent d’afficher clairement leur étiquette catholique et politique. L’objectif est resté le même : introduire le concept de « syndrome du survivant » pour désigner toute personne… vivante, donc dont la mère « n’a pas avorté ». Leur signe de ralliement est de lever la main en baisant l’annulaire, de façon à symboliser par ce doigt baissé l’embryon qui est mort pour les quatre autres qui statistiquement restent dans le ventre de la mère.

Le message délivré lors de leur manifestation, quasi inaudible, est très bien expliqué sur leur site internet.

Quatre catégories de « survivants » sont décrites : les enfants qui n’auraient pas dû naître, les enfants qui sont nés par hasard, les enfants « remplaçants » d’un frère ou d’une sœur avortés, ainsi que les survivants statistiques. Cette dernière catégorie désigne les « enfants nés dans un pays ou une région où l’avortement est courant », victimes de la « loterie » de l’avortement… donc au final, tous les enfants du globe.

Puisque tout le monde vivant est un « survivant », nous apprenons que nous sommes tous atteints de « culpabilité existentielle, angoisse existentielle, attachement anxieux, connivence pseudo-secrète, méfiance, manque de confiance en soi, culpabilité ontologique ». Pour régler leurs difficultés, les survivants «  tombent facilement dans l’usage de la drogue ». Ce qui expliquerait peut-être certaines choses.

Une vision apocalyptique des droits des femmes est décrite, où l’avortement est responsable de tous les maux de notre société : « l’avortement est lié à l’exclusion et au mal-être de notre société. Les jeunes voient leur avenir avec pessimisme ;  le taux de chômage des jeunes est élevé ; les gens ne sont plus capables de se mobiliser pour de grandes causes ; l’exclusion ne cesse d’augmenter ; les sondages montrent que les fossés entre générations continuent inexorablement de se creuser ; la violence augmente régulièrement, spécialement celle exercée sur des enfants ; la fécondité est descendue en-deçà du seuil de remplacement des générations, ce qui veut dire que notre population est amenée à diminuer dans les prochaines années; les gens ne croient plus à l’amour vrai et durable ; un couple sur trois divorce en France, un sur deux à Paris, etc. Il est capital d’avoir conscience que l’avortement a sa part de responsabilité dans cette évolution, et que tu es concerné directement, c’est ton avenir qui est en jeu ».

Sous forme de questions-réponses, ces jeunes personnes veulent revenir sur la loi de 1975 légalisant l’avortement, quelque soit la situation, ainsi que culpabiliser la contraception. Tous les cas de figures sont envisagés, mêmes les plus graves, sous un angle moraliste pro-vie assumé. Le best-of :

  • à propos de l’avortement après un viol :
    • « Il faut savoir que les cas de fécondation après un viol sont excessivement rares. Le corps de la femme est fait de telle sorte qu’il y a un phénomène naturel bloquant la fécondation lors du viol », « sa mère croira exorciser son viol en avortant, certes ; mais c’est un faux raisonnement »,
    • « plaçons-nous maintenant du côté de l’enfant. Il n’a rien demandé, il est innocent du crime que son père a commis même s’il en est le fruit. De quel droit paierait-il de sa vie ce crime ? »,
  • à propos des viols conjugaux, qui seraient dus au droit à l’avortement : 
    • « les violeurs sont aujourd’hui pour un tiers le mari ou le petit ami de la victime. Pourquoi ? Parce que la femme est trop souvent considérée comme un objet de consommation, et sa féminité est très peu respectée ».
  • à propos de la contraception : 
    • « le danger est grand, lorsqu’on banalise le geste contraceptif, de se sentir déresponsabilisé vis-à-vis de la valeur de la vie, et d’en arriver à envisager l’avortement comme un moyen extrême de contraception. Lorsqu’une femme qui pratique la contraception oublie de prendre sa pilule, un soir, et le préservatif n’étant pas fiable à 100%, le risque de fécondation existe toujours. Lorsqu’une grossesse accidentelle survient, elle est en général non désirée, personne ne s’y attend, mais ce n’est pas une raison pour passer à l’avortement ».
    • « certains moyens considérés comme contraceptifs sont eux aussi abortifs. C’est ce qu’on appelle « l’avortement camouflé ». Ainsi en est-il de la « pilule du lendemain ». Cette pilule, qui se prend le lendemain d’un rapport non protégé, est destinée à empêcher l’œuf fécondé (si œuf il y a) de s’implanter dans l’utérus », « et il est tout aussi éthiquement inacceptable de supprimer un embryon de quelques heures que de supprimer un fœtus de 10 semaine ou même de 9 mois ».
  • « le stérilet (petit fil de cuivre installé dans l’utérus) est un moyen abortif, qui empêche l’œuf déjà fécondé, de se fixer à la paroi utérine. L’embryon, qui n’a que quelques jours, meurt sans que personne ne le sache, et c’est bien un avortement qui se passe en silence. Chaque année, en France, plusieurs millions d’êtres humains sont ainsi privés du droit à la vie, sans que personne ne s’en émeuve ».
  • à propos de l’IMG (interruption médicale de grossesse, pour les cas de pathologie grave pour l’enfant) :
    • « l’IMG conduit à l’enfant objet et à l’eugénisme actif, qui n’est pas et ne pourra jamais être un progrès de la médecine. Nous dédouaner de notre propre souffrance en lui supprimant le droit de naître est une solution qui, si elle peut se comprendre, ne peut être légitimée et acceptée comme bonne ».
  • à propos de la régulation des naissances, notamment dans les pays du Tiers-Monde, où l’avortement clandestin tue près de 50 000 femmes par an :
    • « Nous ne sommes pas trop nombreux sur terre! On nous abreuve de cette vision malthusienne de la surpopulation. Il y a assez de ressources naturelles sur terre pour nourrir encore 10 fois la population mondiale ».
    • « pour des raisons de santé publique, on a instauré l’avortement légalisé, sous prétexte de faire du « travail propre ».
    • « Les femmes africaines ont 10 enfants chacune ? C’est que leur pauvreté est telle que leurs enfants sont une assurance retraite pour elles. Il en meurt beaucoup, et, elles le savent seuls les enfants les plus résistants arrivent à survivre dans ce monde sans pitié ».

Et enfin, une vision on ne peut plus paternaliste des droits des femmes : « Qu’une femme choisisse ou non la maternité, d’accord ; qu’elle supprime ou qu’on supprime son enfant, je ne suis plus d’accord. Qu’elle prenne la pilule si elle y tient, qu’elle assume sa féminité, et que les hommes assument et respectent eux aussi la féminité de la femme ». « En somme, c’est incontestablement la femme qui est la personne la plus concernée par le bébé qu’elle porte, mais la décision d’avorter ne lui appartient pas pour autant ».

Malgré un marketing assurément jeune et moderne et un logo en forme de super-héros, les « survivants » ne passent pas l’épreuve du debunkage féministe.

 

Carla Parisi 

Festival « viking » ou pro-nazi ?

Du 21 au 24 juillet 2016, le petit village de Simandre sur Suran dans l’Ain accueille pour la 2ème année consécutive le « festival viking » Ragnard Fest.

Au-delà des animations folkloriques (combats, présentation d’armes ou de troupes slaves), la presse locale s’interroge timidement sur la présence du groupe ukrainien Nokturnal Mortum qui affichait il y a quelques années ses sympathies pour le IIIème Reich. Quels sont actuellement les liens entre musique viking, fascisme, et nazisme ?

Il y a une vingtaine d’années, Nokturnal Mortum assumait son appartenance à la scène NSBM (National Socialist Black Metal), et plus largement à l’idéologie « nazie » du Pagan Front tout en se distançant du “nazisme vaincu” d’Hitler.

Le groupe a bâti sa renommée à l’aide de croix gammées et de chansons ouvertement antisémites :

  • “Everything I Own Is Given To The damned jewish tribe My Blood Is Calling Me, And I Won’t Calm Down Until I Taste The Smell Of their blood The Moon Whispers About The Darkness The Stars Are Leading Me Through The Clouds Silver People With White Skin Are Gathering To Perform A Rite The Wisemen Are Cursing On The jewish scum And I See The WHITE MAN’S POWER! Spit In jewish faces, Cut them Into Pieces Let them Choke With their Lie Let The Woods Grow Up On their corpses ONLY WHITE MAN’S POWER! We Are The Only Ones To Have The Right For This Land!” « The Call of Aryan Spirit » de l’album NeChrist (Нехристь), 1999, réédité 14 fois depuis.

Depuis quelques années, le groupe a supprimé ses références au nazisme, mais a conservé ses déguisements macabres et son public.

Ce n’est pas le seul groupe sulfureux. Le leader Rob Darken alias Robert Fudali alias Lord Wind du groupe polonais Graveland est connu pour ses déclarations en faveur de la suprématie de la « race aryenne », contre la « judéo-chrétienté », et pour de nombreux propos antisémites sur la prétendue existence d’un « complot juif ».

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Cela n’empêche pas les organisateurs de faire figurer Graveland en tête d’affiche, aux cotés de Nokturnal Mortum, Kroda, ou de Naer Mataron. Ce dernier est connu en Grèce comme le groupe de métal du député Giorgos Germenis, à la fois bassiste du groupe, coupable d’agression à tendance raciste, et numéro trois… du Parti criminel et néonazi Aube Dorée.

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Germenis n’hésite pas à poser en cartouchières, armé de couteaux, … Avec sa bande, Il a agressé des vendeurs a la sauvette en septembre 2012, puis attaqué le maire d’Athènes en mais 2013 . Le 28 septembre 2013, un militant d’Aube Dorée assassine Pavlos Fyssas, encerclé de 10 complices. 4000 armes ont été découvertes suite aux perquisitions.

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Les liens entre certains groupes de métal présents et l’idéologie antisémite nazie sont multiples. Cependant, on aurait tord de considérer que ces musiciens sont de « simples admirateurs » d’Hitler. Ils s’inscrivent dans la mouvance « Folkish », et plus largement dans l’idéologie Odaliste.

« Folkish » est la contraction des termes « Folk » et « Volkish ». Cette mouvance entend mêler musique Folklorique pré-chretienne, Métal et mouvement Volkisch, courant intellectuel issu de l’Allemagne de la fin du XIXème siècle qui mêlait spiritualité païenne, mythologie germanique, anti-monothéisme et antisémitisme. Les courants néo-Volkisch se revendiquent de cet héritage, en affirmant une identité blanche, païenne et mystique en opposition thématiques contemporaines comme la modernité, le libéralisme ou encore l’immigration.

Les paroles ont souvent pour thèmes la nature, la guerre, le passé médiéval et mythologique, dans une rhétorique romantique. La radicalité n’est pas omniprésente, voir absente dans les paroles de certains groupes. Elles mettent toutefois toujours en valeur la Weltanschauung, qui désigne la conception du monde selon sa sensibilité, c’est-à-dire selon une grille de lecture identitaire et xénophobe. Les disques sont parfois présents au coté de grands groupes de métal, dans les grandes surfaces culturelles, les disquaires spécialisés, les disquaires VPC complaisants, depuis 20 ans, mais maintenant la musique Folkish est très majoritairement distribuée par le biais d’internet et les plateformes de téléchargement légal de musiques populaires actuelles : itunes, … tout cela jouant un rôle « validant ».

Les pères conceptuels de la musique Folkish sont les meurtiers Kristian Vikernes (également terroriste (destructions d’églises) et créateur de jeu de rôle odaliste) et Hendrik Möbus, dans les années 1990. Ils sont également considérés comme les pères du NSBM. Idéologues païens, identitaires, ultranationalistes « patriotes », « dissidents » « anti-système », ils ont développé leur influence même derrière les barreaux de leur prison en Norvège et en Allemagne.

La mouvance Folkish s’inscrit dans l’idéologie Odaliste, née dans les années 1990 également. Issue de la rune « othalan » de la mythologie germanique, elle signifie « propriété, domaine », et désigne l’idée que les traditions ancestrales d’une communauté sont supérieures aux cultures extérieures, en se basant sur les croyances de la mythologie germanique, et par extension, scandinave, grecque, slave ou romaine. L’Odalisme a pour objectif de faire renaître les cultures européennes polythéistes, qui seraient toutes issues d’une même religion datant de la Préhistoire, et qui aurait évolué avec les peuples (vikings, aryens slaves, ariens germaniques, aryens latins, celtes…) et les déplacements.

L’Odalisme s’inspire du nationalisme « Blut und Boden » (le sang et le sol) de la fin du XIXème siècle en Allemagne, qui considère l’ascendance (le sang) et la paysannerie (le sol) comme origine raciale essentielle du peuple. Le « Blut und Boden », tout comme l’idéologie Volkish, ont fortement imprégné l’idéologie nazie, en justifiant la « pureté de la race » allemande, la destruction d’autres peuples et l’appropriation d’autres territoires.

L’Odalisme est ainsi violement antisémite et xénophobe. Les juifs sont perçus comme un peuple à part, comme un « autre Volk » libéral et insoluble dans les « peuples blancs européens », reprenant ainsi les théories Volkish du XIXème siècle. Pour préserver la pureté de la « race » et les traditions ancestrales propres, l’immigration et le métissage sont également rejetés.

Pendant la 2nde guerre mondiale, la rune Odal fut utilisée comme emblème de la 7ème division SS de volontaires de montagne Prinz Euge, ou encore dans les images de propagandes des Jeunesses Hitlériennes. De 1952 jusqu’à leur interdiction en 1994, elle était l’emblème des Wiking Jugend, une organisation néo-nazie basée sur les Jeunesses Hitlériennes.  Odal était également le nom d’un magazine néo-nazi de l’idéologue Richard Walther Darré. Mais Vikernes se défend et assume la paternité de la définition actuelle de l’Odalisme : « il n’est pas un terme entaché par l’Histoire »…

Cette idéologie Odaliste est actuellement présente dans de nombreux pays européens, via le « Pagan Front », directement inspiré du « Heathen Front ». Le « Heathen Front » est resté en lien avec le « Pagan Front » via différents concerts conjoints et soutiens publics.

La branche norvégienne est la plus ancienne (Norvegian Heathen Front, ou NHF) : elle a été fondée en 1993, dans la proximité de Vikernes qui a gardé contact avec le NHF même durant son emprisonnement en lui transmettant plusieurs articles. C’est Mobus qui fonde la branche allemande, la plus active, en 1998 (Allgermanische Heidnische Front, ou AHF). Des sections en Suède, Danemark, Hollande, Canada, Russie et Etats-Unis apparaissent dans la fin des années 1990 et le début des années 2000.

Le « Pagan Front » fédère historiquement les groupes slaves tels que Graveland, Nokturnal Mortum ou Kroda, et la scène grecque radicale, via Der Sturmer, groupe de NSBM de Georgios Germinis. Son album culte, « The Blood Calls for W.A.R. » comporte l’acronyme assumé de « White Aryan Race ». Le « Pagan Front » permet de rassembler Volkish metal et NSBM, et d’en assurer la publicité et la diffusion.

Flyer du pagan front militant pour la libération de Hendrik Mobus :

  • « nous comprenons notre musique comme un moyen adapté de transmettre un message qui peut aller au-delà du simple plaisir esthétique. L’auditeur devrait être encouragé à penser. Nous voudrions qu’il se réfère au paganisme, entendu et compris comme nous l’entendons et le comprenons. Et c’est pour cela que nous cherchons à motiver nos compagnons et nos fans sur l’activisme politique »

(Pagan front, Ablaze n°4, mai/juin 2008) 

Le Pagan Front a publié une série d’anthologies-manifeste qui, avec ses trois volumes (1999, 2003, 2007) définit ouvertement les bases du mouvement :

  • Le premier de ces disques a en partie officialisé le terme de « National Socialist Black Metal »
  • Le deuxième a précisé les intentions et les origines à travers l’article reproduit à l’intérieur (intitulé : the Pagan Front – Return of the Iron Reich of Black Metal)
  • Le troisième est accompagné d’une liste de « commandements » : « Fiers Nationaux-Socialistes, Contre toute influence judéo-chrétienne, Tolérance zéro pour les ennemis de notre race, Unissons-nous sous le vaisseau du svastika, et ainsi de suite, pour poser les fondements idéologico-politiques qui sont à la base de l’organisation et que les groupes affiliés supportent ».

La stratégie du mouvement païen Odaliste via le Pagan Front pour s’élargir est métapolitique. Il s’agit d’investir les domaines idéologiques et culturels (notamment la musique), en partant du « peuple », avant de pouvoir à terme influencer naturellement les sphères du pouvoir à présenter une élite blanche ultra-nationaliste. L’objectif n’est pas à priori politique, mais cherche à influencer le peuple pour un retour des valeurs polythéistes pré-chrétiennes.

Dans cette perspective, où les idées influencent les valeurs sur lesquelles se réfèrent la société, la diffusion de musique Folkish par Internet, la diffusion de supports enregistrés vynils, cassettes, dvd, compact disc, la création de jeu de rôle (Vikernes), le blogging (Vikernes), tout comme la tenue d’un Festival dans l’Ain, peut être un moyen d’approche et de diffusion d’idéaux néo-nazis auxquels beaucoup de ces groupes se réfèrent directement. Ce festival Folkish, surnommé naïvement « Festival Viking », représente un danger pour un public qui n’est pas informé, participe à propager des idéaux néo-nazis au grand public, et se traduit comme une démonstration de force des idéologues Odalistes.

Carla Parisi

 

 

 

Ces chercheurs fort peu laïques qui soutiennent Jean-Louis Bianco

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L’Observatoire de la laïcité est contesté pour son approche orientée de la laïcité et sa collaboration avec des réseaux intégristes organisant la chasse aux militants laïques.

Une pétition rassemblant près de 5000 laïques demandait déjà son départ. Quatre membres éminents de l’Observatoire de la laïcité ont claqué la porte. Le Premier ministre lui-même s’est inquiété des lignes franchies par son président et son rapporteur.

Se sentant sur la sellette, Jean-Louis Bianco a cherché a mobiliser ses soutiens… Ils sont définitivement compromettants.

Après avoir tenté d’obtenir le retrait de la pétition le critiquant sur Change.org, donné une interview au Monde où il s’est dit victime d’une cabale « laïciste intégriste », après un passage au Grand Journal troublant d’incompétence où il a dit ne pas comprendre la polémique sur le mot « islamophobie », il est allé mobiliser ses partisans sur le site islamiste SaphirNews.

De fait, ses premiers soutiens venaient des cercles islamistes (dont la proximité avec l’Observatoire est démontrée). Marwan Muhammed, figure de proue du CCIF (Collectif contre l’islamophobie), sans doute l’une des organisations les plus ouvertement agressives envers la laïcité et ses défenseurs, a même écrit une tribune dans Libération pour soutenir Jean-Louis Bianco.

A l’origine de cet  appel désespéré

Pour compenser la radicalité de ces soutiens, le président de l’Observatoire est allé chercher l’appui d’universitaires plus présentables. Il a sollicité deux de ses proches pour monter un appel : Jean Baubérot et Raphaël Liogier.

Ce n’est pas un hasard s’il s’agit de deux chercheurs voulant importer une laïcité à l’anglo-saxonne, plus « ouverte » aux accommodements déraisonnables face aux revendication religieuses et sectaires.

En toute hâte, ils ont convoqué leurs contacts en demandant à ce que l’on résiste à la « normalisation » de l’Observatoire par les « capitulards gouvernementaux ».

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Jean-Baubérot est le seul membre de la Commission Stasi à ne pas avoir voulu soutenir l’idée d’une loi réglementant les signes ostensibles à l’école publique. Il milite depuis des années au sein des cercles américains qualifiant la laïcité française d’atteinte à la liberté religieuse en raison de sa loi de mars 2004 et de sa législation anti-sectes. Il intervient notamment au CICNS, un mouvement qui milite pour la reconnaissance des sectes comme « nouvelles spiritualités ». Sans le moindre état d’âme, il intervient dans l’association néo-soralienne : Fils de France.

Jean Baubérot réclame ouvertement, dans plusieurs de ses ouvrages, une inflexion de la laïcité à la canadienne, pourtant en crise à cause « d’accommodements raisonnables » avec la loi commune ayant favorisé des dérogations voire des privilèges à la demande d’organisations religieuses intégristes. Jean Baubérot intervient aussi volontiers dans les cercles Frères musulmans de l’UOIF. Il n’hésite pas, lorsqu’un chercheur le dérange, à demander qu’il soit exclu de son laboratoire.

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Voir aussi : La concorde fait rage. Sur le « nouveau pacte laïque » par Jeanne Favret-Saada

Raphaël Liogier est encore plus radical. Il décrit Alain Vivien (auteur du rapport de vigilance envers les sectes) comme un « grand inquisiteur » et reproche aux féministes un « racisme esthétique » envers le voile. Il est l’un des chercheurs les plus invités dans les cercles pro-sectes ou Frères musulmans comme le Rassemblement annuel du Bourget de l’UOIF.

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Le texte consensuel qu’ils ont rédigé pour soutenir Jean-Louis Bianco masque l’orientation de leur démarche. Il a pu séduire des chercheurs n’ayant pas mesuré l’enjeu de cette polémique. Mais à quelques exceptions près, la liste des 150 chercheurs parle d’elle-même. Elle comporte presque tous les chercheurs les plus contestables du point de vue laïque.

La plupart sont des spécialistes des religions et non des spécialistes de la laïcité. Plusieurs sont partisans d’une la laïcité « ouverte » à la renégociation et au dialogue avec les intégristes (islamistes ou évangéliques).

Au vu de la plupart de ces soutiens et de l’orientation sectaire que prend l’Observatoire de la laïcité, le doute n’est plus permis. Il doit changer de président et de rapporteur ou être dissous.

Des chercheurs très orientés

Parmi les signataires soutenant Jean-Louis Bianco, on trouve…

Kader ABDERRAHIM, maître de conférences, IEP Paris, chercheur IRIS

En 2006, dans l’une de ses notes à l’IRIS, il ironise sur l’inquiétude des Occidentaux concernant la victoire du Hamas à Gaza a et prédit, au contraire, qu’elle aura un effet bénéfique:

« En Occident, évidemment, le ton était, au mieux à l’inquiétude après les résultats, au pire à la menace. L’Union Européenne demandait des garanties et les Etats-Unis indiquaient qu’ils ne verseraient plus d’aide à l’Autorité palestinienne. En oubliant au passage de rappeler que le projet de démocratisation du Grand Moyen-Orient est né dans le bureau ovale occupé par George Bush. On ne peut pas appeler à une démocratisation du monde arabe et être surpris qu’il s’exprime selon ses critères, pour ensuite contester le choix populaire. Ce qui est frappant, c’est la symétrie des concepts et du vocabulaire employé pour parler du Hamas : souvent qualifié de terroriste, comme le fut l’OLP avant d’être accepté comme partenaire, et ses dirigeants sont souvent diabolisés, comme le fut Yasser Arafat tout au long de sa vie. Il est probable que le Hamas, au contact de la gestion quotidienne se révèle pragmatique et réaliste, et que son évolution l’amènera inévitablement à engager des négociations avec Israël. » *

 

Esther BENBASSA, directeur d’études à l’EPHE (Sorbonne), titulaire de la Chaire « histoire du judaïsme moderne », Sénatrice du Val de Marne

Au moment de la loi de mars 2004, à un colloque aux côtés de Tariq Ramadan, elle reprochait à la France de se comporter avec les Musulmans comme elle s’est comportée sous Vichy avec les Juifs.

 

Pascal BONIFACE, géopolitologue, université Paris-8

Le directeur de l’IRIS, auteur d’un note polémique invitant le Parti Socialiste à préférer l’électorat musulman à l’électorat juif, condamné pour « contre façon » pour avoir plagié un livre de collaborateurs, il est aussi et surtout l’un des chercheurs les plus proches du Hezbollah, du Hamas et des Frères musulmans. Il a  écrit un livre avec le rappeur Médine qui chante « crucifions les laïques ».

Et un autre pour traiter de « faussaires » toute personne ayant contesté sa complaisance envers les islamistes, notamment envers Tariq Ramadan. Son imposture complète a été dévoilée dans un livre.

 

François BURGAT, directeur de recherche au CNRS, IREMAM

Sous couvert de recherche, ses livres militent depuis des années en faveur des Frères musulmans. Pendant les années noires en Algérie, il a pris le parti du FIS (Front islamique du salut). C’est un des intervenants du Rassemblement annuel de l’UOIF.

 

Christine DELPHY, directrice de recherche émérite au CNRS, spécialiste des féminismes

Après avoir été une grande figure féministe, Christine Delphy a été critiquée par la revue ProChoix pour avoir un publié dans la Revue NQF un texte très douteux d’Andrea Dworkin sur les Juifs. Au moment de la loi de mars 2004, elle s’est rapprochée des cercles islamistes, avec qui elle fait désormais des conférences. Elle fait partie des compagnons de route des Indigènes de la République.

 

Eric FASSIN, professeur de sociologie, université Paris-8

Partisan d’une approche antiraciste à l’anglo-saxonne, Eric Fassin a démissioné de la revue Prochoix en raison de son soutien à la loi laïque de mars 2004. Au moment de l’affaire des caricatures, il considérait la démarche de Charlie Hebdo comme raciste et il a expliqué récemment que les agressions sexuelles à Cologne étaient avant tout une lutte de « pouvoir » (ARTE, 2016).

 

Franck FREGOSI, directeur de recherche CNRS, professeur à Sciences-Po Aix, directeur du Master Religions et Société, responsable du certificat Pluralité religieuse, droit, laïcité et société, membre de la commission départementale laïcité et liberté religieuse des Bouches du Rhône.

Il est membre de l’Observatoire du Religieux militant en faveur d’une laïcité plus « ouverte » aux religions et aux mouvements sectaires.

 

Vincent GEISSER, CR à l’Institut de recherches sur le monde arabe et musulman, président du Centre d’information et d’études sur les migrations internationales, directeur de la revue Migrations Société

C’est sans doute l’un des hommes les moins bien placés pour soutenir un Observatoire de la laïcité. Son livre La nouvelle islamophobie est l’un des pamphlets les plus violents écrits contre les laïques. Il amalgame volontairement le droit au blasphème ou même le droit de critiquer les islamistes avec du racisme anti-musumans. Pour lui, les plus grands « islamophobes » sont SOS Racisme, les journalistes algériens et la Mosquée de Paris. Et pour cause, comme un aveu, Vincent Geisser explique qu’il vise en réalité ceux faisant preuve «d’islamistophobie »… mais que le mot était trop long. « Spécialiste de la Tunisie », il s’est pratiquement trompé sur tout sur l’après printemps tunisien et a longtemps soutenu l’approche du parti islamiste d’Ennahdha. C’est l’un des intervenants du Rassemblement annuel de l’UOIF (Frères musulmans).

Lire notamment :  Nouvelle islamophobie ou nouvelle imposture ?

 

Nacira GUENIF, professeure de sociologie, université Paris-8

Auteure de livres exotiques sur les « beurettes » puis d’ouvrages accusant les féministes critiques envers le voile de racisme, Nacira GUENIF est la sociologue du PIR : le Parti des Indigènes de la République.

voir notamment : Les noces enchantées du « post-féminisme » et de l’archéomachisme, à propos du livre  » »Les féministes et le garçon arabe » » (Liliane Kandel)

Camille Rigault 

27 janvier 2016

 

Croatie : Extrême droite et négationnisme entrent au gouvernement

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Extrême droite et négationnisme font de l’entrisme au sein du nouveau gouvernement du 28ème membre de l’Union européenne. Les toutes dernières évolutions politiques en Croatie sont particulièrement préoccupantes. Dans ce petit pays « sans conséquences » pour reprendre l’expression d’un politologue hongrois, l’imitation dans une forme extrême des mauvais exemples hongrois et polonais, consolide un pôle de contestation radicale du modèle européen misant sur un échec politique, économique, voire moral du projet de construction européenne, dans l’espoir d’un retour d’une Europe des nationalismes fondé sur des contre-valeurs. 

Le 22 janvier, après deux mois de tergiversation (les élections législatives ont départagé dans une proportion presque égale droite et gauche), c’est finalement un gouvernement de droite qui s’est mis en place avec l’appui d’un nouveau mouvement « Most »,( « Pont » en croate) ; formation « faux-nez » de l’aile cléricale la plus extrémiste pour laquelle nombre d’électeurs de sensibilité centriste en toute sincérité ont voté sans mesurer l’ampleur de la manipulation. Le nouveau cabinet résulte d’un accord entre le mouvement citoyen MOST et le HDZ (Communauté démocratique croate) de retour au pouvoir après 4 années d’opposition. Le HDZ est le mouvement nationaliste fondé par Franjo Tudjman, « le père » de l’indépendance croate.

Ce nouveau gouvernement croate formé le 22 janvier, apparemment hétéroclite mais étroitement lié à l’église croate dans sa version radicale, fait la part belle à quelques figures venues de l’extrême droite et des courants révisionnistes.

Le cas le plus emblématique est celui du nouveau ministre de la Culture

Zlatko Hasanbegovic, jeune historien (né en 1973) est notamment connu pour son engagement passé au sein de l’organisation néo-oustachi HOP (Hrvatski oslobodilački pokret/ Mouvement de Libération Croate) fondée par le chef de l’Etat génocidaire[1] Ante Pavelic lors de ses années d’exil.

Zlatko Hasanbegovic, d’origine bosniaque, membre du Conseil exécutif de la communauté musulmane de Zagreb, est chercheur et spécialiste du XXème siècle et plus particulièrement de la problématique des mouvements musulmans dans les Balkans, question à laquelle il a consacré nombre d’ouvrages et d’études.

Le chercheur devenu ministre a développé l’ensemble de ses travaux de recherche sur «  l’hypothèse » que l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans aurait été établie par les vainqueurs, soulignant la date tragique que représente pour la nation croate 1945. Il insiste sur la nécessité d’écrire de nouvelles pages de recherche notamment relatives à l’Etat dit indépendant croate (1941-45) connu des historiens sérieux pour son rôle déterminant dans le processus génocidaire en Europe du Sud-Est. Dans ses publications et entretiens, l’historien vante les mérites du projet du chef oustachi Ante Pavelic[2], en particulier dans son ambition racialiste de créer un nouveau peuple croate unissant catholiques et musulmans, ces derniers considérés comme « Fleur de la nation » par les leaders oustachis.

L’historien prône aussi une réhabilitation du tristement célèbre Mufti de Jérusalem, Al-Husseini[3], allié de Hitler et condamné à mort par le régime titiste avant d’être amnistié à l’occasion du rapprochement dans les années 1950 entre la Yougoslavie socialiste et l’Egypte de Nasser, pays dans lequel, ce chef spirituel des SS-Handjar avait trouvé refuge.

Le ministre de la culture désigné, est aussi l’un des co-fondateurs du Comité Bleiburg, village à la frontière austro-slovène où avait eu lieu, au printemps 1945, l’élimination des collaborateurs et considéré à ce titre par les nostalgiques de l’Etat oustachi comme emblématique de l’ampleur de l’épuration anti-nazie conduite par les partisans titistes. Les courants radicaux de la droite ainsi que le clergé croate considèrent aussi ce lieu comme le symbole du martyrologe des victimes du communisme.

Zlatko Hasanbegovic a publié et préfacé plusieurs ouvrages tendancieux parmi lesquels, dans sa traduction croate, l’oeuvre largement controversée du sulfureux essayiste américain Norman G. Finkelstein « L’industrie de l’holocauste ». Le chercheur croate, soulignant le poids des lobbies dans la lecture de l’histoire contemporaine, dénonce dans divers interviews « ceux qui sous couvert de s’en prendre à l’islamo-fascisme » sont de fait « les relais de l’opinion publique juive internationale » dont l’objectif serait de porter atteinte à l’ensemble des musulmans et leurs justes causes.

Fidèle à la particularité de l’extrême droite croate idéologisée par le chef oustachi Ante Pavelic, Zlatko Hasanbegovic est à la fois un sympathisant de l’islamisme historique bosniaque et proche de l’Eglise croate dans son aile la plus radicale. A ce titre, il est l’une des personnalités à l’initiative du référendum tenu en 2013 organisé par l’association «  Au nom de la famille » et inscrivant dans la constitution croate le seul mariage hétérosexuel. Dans ses déclarations les plus récentes, le nouveau ministre, au nom de la réconciliation nationale, propose d’effacer de la constitution le premier article qui fonde la République de Croatie sur les valeurs de l’antifascisme et promet aussi une vision unitaire de la culture qui s’opposera au cosmopolitisme. IL s’est exprimé dans un passé récent en faveur de la fermeture du musée Jasenovac[4], relique mémorielle du communisme selon lui, et proposera un nouveau musée de l’histoire croate.

A noter la solidarité paradoxale des extrémismes : La nomination de Zlatko Hasanbegovic a été applaudie ce week-end par des nationalistes de Serbie. [5]

En outre, dans ce climat délétère, il faut noter que le chef de la nouvelle coalition au pouvoir en Croatie, Tomislav Karamarko, s’est félicité pour sa part d’un gouvernement composé de personnes qui savent « enfin faire le signe de croix correctement (terminologie d’un autre âge utilisée à l’époque oustachie pour stigmatiser les « fraichement » convertis (orthodoxes et juifs) qui cherchaient à fuir les persécutions). Dans une surenchère religieuse, la ministre des affaires sociales a proposé avec succès que chaque ministre fasse serment devant la croix. Le nouveau ministre croate des anciens combattants, promet quant à lui la mise en place d’un registre des traîtres à la patrie reprenant une nouvelle fois à son compte la terminologie des années 1941-45.

Après plusieurs mois de flottement politique, les premiers jours de ce gouvernement s’inscrivent dans une surenchère ultra dont on ne sait où elle s’arrêtera. La société civile s’organise avec ses maigres moyens dans un pays de transition. L’opposition politique est encore sonnée par sa défaite et règle ses comptes même s’il ne faut pas sous-estimer ses capacités de mobilisation inscrite dans l’histoire de la gauche yougoslave (plus de 100.000 résistants croates anti-fascistes pendant la seconde guerre mondiale, soit le chiffre le plus élevé proportionnellement dans l’Europe occupé).

La réaction dans l’Union européenne qui reste pour le moment silencieuse sera déterminante face à cette situation inédite en son sein ; un ministre négationniste dans un gouvernement d’un Etat membre.

François Bacharach et Claude Jardin.

[1] Les Oustachis de 1941 à 45 ont directement organisé l’assassinat de 26 000 Juifs, 340 000 Serbes dont 197 000 civils, 26 000 Roms et Sinti et 50 000 opposants Croates (sources : V. Zerjavic, Gubici stanovnistva Jugoslavije u drugom svjetskom ratu Jugoslavensko viktimolosko drustvo (1989) et B. Kocovic, Žrtve drugog svetskog rata u Jugoslaviji, Veritas Foundation Press, Londres, 1985, Musée mémorial de l’Holocauste à Washington).

[2] Dirigeant de l’État indépendant de Croatie créé le 10 avril 1941et inféodé de fait à l’Allemagne et à l’Italie. Exilé d’abord en Argentine après avoir bénéficié dans sa fuite des réseaux de l’église catholique, suite à des tentatives d’élimination des services secrets yougoslaves, pour sa sécurité, Ante Pavelic s’installe définitivement dans l’Espagne franquiste et meurt en 1959.

[3] Le rôle de ce mufti collaborationniste et pro-nazi dans la mise en œuvre de la Solution finale dans sa globalité a fait l’objet de polémiques récentes. Quoi qu’il en soit, son appui à la mise en oeuvre des divisions SS dans les Balkans confirme son rôle déterminant dans le processus génocidaire qui a martyrisé l’Europe du Sud-Est.

[4] Le camp de Jasenovac a été créé entre août 1941 et février 1942 par les autorités de l’Etat indépendant de Croatie. On estime actuellement que le régime oustachi assassina plus de 110 000 personnes à Jasenovac entre 1941 et 1945. Il est considéré comme le seul camp d’extermination qui n’ait pas été créé et supervisé par l’Allemagne nazie.

[5] Par exemple, Bojan Dimitrijevic, historien serbe, promoteur de la réhabilitation de Milan Nedic, figure de la collaboration serbe et maître d’œuvre à la demande des nazis de l’assassinat des juifs de Serbie se félicite de la nomination en Croatie du nouveau ministre de la culture, lui même révisionniste et thuriféraires des réalisations de l’Etat oustachi.

La ligue de l’enseignement fête la laïcité avec les amis de Tariq Ramadan

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Il ne faut pas s’étonner si les enseignants ont du mal à reconquérir les territoires perdus de la République.

Fidèle à sa dérive, la Ligue de l’enseignement a décidé de fêter ses 150 ans et la laïcité en compagnie d’Edwy Plenel et du European Muslim network : le think tank grâce auquel Tariq Ramadan fait du lobby à Bruxelles. Bien sûr, aucune des grandes voix ayant défendu la laïcité contre les intégristes n’a été invitée.

Ce n’est pas surprenant. Le noyautage de cette institution, l’une des plus influentes et l’une des plus subventionnées,  a commencé en 1997. Caroline Fourest le raconte dans son livre sur Tariq Ramadan.

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Voici l’extrait de FRERE TARIQ de Caroline Fourest (Grasset, Paris 2004)

Pour réussir son entrée dans la gauche laïque, Ramadan a bien vite compris qu’il lui faudrait une autre caution que celle fournie par le dialogue interreligieux. Il doit absolument pouvoir se revendiquer d’une structure insoupçonnable du point de vue laïque. L’occasion se présente en 1997 avec l’instauration d’une « Commission islam et laïcité » au sein de la Ligue de l’enseignement, l’institution d’éducation populaire laïque par excellence. Du pain bénit.

La Ligue a le profil idéal. L’un de ses présidents a présidé la commission chargée d’établir la loi de 1905. Mais l’association est complexée par une autre histoire, moins glorieuse, celle de son attitude lors de la colonisation. Un autre président, Albert Bayet, a eu une position très ambiguë sur l’Algérie. Il était même plutôt du côté de l’Algérie française. Ce qui embarrasse tous ses successeurs et héritiers. Voilà pour le terrain favorable, sur lequel vient se greffer le parcours individuel de deux militants mêlant marxisme et mysticisme : Michel Morineau et Pierre Tournemire, tous deux à l’origine de la commission, d’abord intitulée « La France, l’islam, perspective d’avenir » avant de devenir « Islam et laïcité » en 1997.

Michel Morineau est un autodidacte qui a reçu une éducation catholique. Il se définit comme « agnostique » mais milite au nom de sa foi chrétienne pour les bonnes causes (il a notamment été président de Chrétiens et sida). Secrétaire général de la Ligue, il est entre autres chargé des relations avec les jésuites.

Ce dirigeant syndical a entendu parler de Ramadan au moment de son interdiction de séjour par Jean-Louis Debré. Depuis, il rêve de le rencontrer. La création de cette commission va servir de prétexte à cette rencontre. C’est le début d’une amitié qui ne s’est jamais démentie depuis. Tariq Ramadan a même dédié son dernier livre d’entretiens au militant de la Ligue : « A Michel Morineau, de « coeur et d’intelligence » sur la route »… Ramadan peut le remercier. Depuis son passage à la Ligue de l’enseignement, il a incroyablement gagné en légitimité et en contacts. Mais Morineau le défend de toute arrière-pensée : « Ceux qui prétendent qu’il a fait de l’entrisme à la Ligue de l’enseignement se trompent. C’est moi qui l’ai invité à participer à la commission « Islam et laïcité ». Il était l’un des rares musulmans à connaître le véritable sens du mot laïcité. Pendant trois ans, nous avons tenu près de 40 réunions. Il n’en a pratiquement manqué aucune. » Il faut dire que les réunions se faisaient souvent en fonction de ses disponibilités…

Quel est l’objectif de cette Commission ?

« Faire l’analyse circonstanciée de la présence musulmane dans la société française pour chercher les voies d’une intégration harmonieuse dans le cadre intangible de la laïcité et de sa philosophie politique. »

Voilà pour la déclaration d’intention. Dans les faits, l’influence croissante d’un Tariq Ramadan va peu à peu renverser la vapeur. Au final, la Commission va surtout permettre au prédicateur de se faire accepter par la gauche laïque, notamment grâce à des colloques organisés avec le Cercle Condorcet, proche des francs-maçons, avec l’UNESCO, ou encore avec la revue Confluences Méditerranées. Au départ, bien entendu, toutes les tendances de l’islam ont été conviées, même celles que Morineau juge visiblement moins fines connaisseuses de la laïcité… comme les musulmans laïques par exemple !

Pendant des mois, sous l’arbitrage de militants de gauche fascinés par l’ambassadeur des Frères musulmans, des musulmans modernistes et anti-islamistes comme Soheib Bencheikh, Leïla Babès ou des représentants de la Mosquée de Paris ont dû faire semblant de pouvoir dialoguer avec les relais des islamistes en France : Larbi Kechat de la Mosquée Adawa et les troupes de Ramadan, – dont Farid Abdelkrim (l’auteur de Maudite soit la France ? !), Fouad Imarraine et Yamin Makri des éditions Tawhid. Les réunions attirent environ 35 personnes, allant des musulmans les plus modernes et rationalistes à ceux qui les traitent dans leur dos de « colonisés » et d’« assimilés » en passant par Hanifa Cherifi, Betoule Fekkar Lambiotte, Gaye Petek, des militants du MRAP et de la Ligue des droits de l’homme comme Michel Tubiana, Serge Jakobowicz, Driss el-Yazami, le père Maurice Lelong, Gilles Couvreur et bien sûr Alain Gresh.

Sans surprise, l’ambiance n’est pas au beau fixe entre les musulmans libéraux et les intégristes. Mais du côté des militants de la Ligue, c’est l’incompréhension.

Jean Offredo, membre du Cercle Condorcet, ne comprend toujours pas pourquoi les uns et les autres étaient incapables de s’entendre : « C’est toujours difficile de savoir s’il ne s’agit pas de querelles personnelles. » En l’occurrence, si querelles personnelles il y avait, elles cachaient surtout un enjeu autrement plus politique : qui des partisans de l’islam laïque ou de ceux de l’islam intégriste aura droit à la reconnaissance de la gauche laïque ?

Grâce au manque de vigilance de certains militants de gauche, ce sont les intégristes qui emportent le morceau. Les musulmans libéraux ne supportent plus de passer pour des intolérants à force de devoir assister, sans broncher, au numéro qu’ils ont connu en Algérie. Ils sont épuisés de voir que les militants de gauche français ne comprennent rien à ce qui est en train de se jouer, ulcérés de devoir endurer les colères de Ramadan chaque fois que l’on évoque al-Azhar, Mohammed Charfi ou Abdel Raziq.

Au lieu de quoi, c’est le petit-fils du fondateur des Frères musulmans qui joue la vedette. La plupart ne viennent plus. Le mufti de Marseille fait savoir pourquoi. Mais les piliers de la Commission n’en tiennent pas compte. Chaque départ de musulman laïque est compensé par l’arrivée d’un émule de Ramadan, notamment issu du milieu lyonnais, montant à Paris aux frais de la Ligue de l’enseignement pour y tenir réunion avec leur maître à penser. Car il faut préciser que, durant trois ans, cette organisation a payé les déplacements (avion + hôtel), non seulement à l’ambassadeur des Frères musulmans mais aussi à ses partisans de l’UJM, du JALB ou de l’UOIF !

Les islamistes pouvaient donc organiser leurs réunions à Paris aux frais de la Ligue, qui est décidément bonne nourricière.

Un jour enfin, les militants de la fédération du Rhône de la Ligue protestent. Ils sont bien placés pour connaître le caractère intégriste parfaitement nocif des groupes que leur organisation est en train de subventionner, mais leurs objections sont ignorées par Paris, où l’ambiance est plus que cordiale entre les islamistes et les militants de la Ligue. Il n’est pas rare que les ligueurs et certains jeunes islamistes aillent au restaurant ensemble après les réunions. Tariq Ramadan s’y rend plus rarement. Comme il le dit lui-même, la « collaboration ce n’est pas le mariage » ! Et puis, il ne goûte pas vraiment les ripailleries et les repas arrosés de vin. Heureusement, lorsqu’une rencontre est prévue sur toute une journée,  Morineau veille à ce qu’il n’y ait pas de porc au buffet et à ce que tout se termine à 16 heures.

Cette mascarade aurait pu continuer longtemps sans l’intervention de Jacqueline Costa-Lascoux, qui préside à l’époque la Ligue de l’enseignement. Ancienne membre du Haut Conseil à l’intégration, elle a fait dix ans de théologie musulmane. Avec elle, le numéro d’esbroufe de Ramadan ne prend pas vraiment. Même si elle est obligée de respecter sa présence au sein de la Commission islam et laïcité, elle supporte de moins en moins l’évolution de la Commission vers un tremplin pro-Ramadan : « Je me suis battue contre ce resserrement sur un seul courant. J’ai vu progressivement ces jeunes changer de relations avec Ramadan, qui devenait le maître, le gourou. Les femmes, elles, venaient de moins en moins. » Elle se souvient aussi de cette réponse, cinglante, faite par le prédicateur le jour où elle lui a demandé de se situer par rapport à la loi de 1905 : « C’est une loi auxiliaire. »

Autant de détails qui n’ont visiblement jamais choqué d’autres ligueurs restés fidèles à Ramadan. Jacqueline Costa-Lascoux a fini par arriver à un constat sévère sur la raison de tant de lâcheté. Elle parle de « comportement naïf et d’ignorance parfois dus à une certaine fascination pour des comportements totalitaires, en tout cas globalisants ». Heureusement, il existe de vrais laïques à gauche et ceux-là vont finir par obtenir l’arrêt de la Commission. En 2000, c’est décidé, la présidente et le trésorier de l’association mettent un terme à la Commission. Un peu tard. Le mal est fait.

En quelques mois, Tariq Ramadan a réussi à approcher tout ce que la place de Paris compte de militants laïques naïfs et il a déjà trouvé des repreneurs.

Michel Tubiana propose d’héberger la Commission au nom de la Ligue des droits de l’homme. Jacqueline Costa-Lascoux accepte mais le met en garde : « O.K. On te refile la patate chaude mais je te préviens, il coûte plus cher qu’une danseuse ! » Ce n’est pas un problème. Alain Gresh, au nom du Monde diplomatique, s’engage à parrainer la Commission.

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L’ « Etat Islamique » et la théologie du viol : l’enquête édifiante du New York Times

Affirmant qu’il a le soutien du Coran, l’Etat Islamique codifie l’esclavage sexuel dans les régions conquises d’Irak et de Syrie et utilise cette pratique comme un outil de recrutement. La journaliste Rukmini Callimachi a publié son enquête dans le New York Times du 13 août. Nous le reproduisons dans son intégralité.

Qadya, Irak – Juste avant de violer la jeune fille âgée de 12 ans, ce combattant de l’Etat Islamique a pris le temps d’expliquer que ce qu’il s’apprêtait à faire n’était pas un pêché. Parce que cette préadolescente pratiquait une autre religion que l’Islam, non seulement le Coran lui donnait le droit de la violer mais, insistait-il, il le préconisait et encourageait à le faire.

Il lui attacha les mains et la bâillonna. Puis il s’agenouilla à côté du lit et se prosterna dans la prière avant de se mettre sur elle. Lorsque cela fut fini, il s’agenouilla pour prier à nouveau, mettant fin au viol par des actes de dévotion religieuse.

 » Je ne cessais de lui dire ça fait mal, s’il vous plaît, arrêtez, » dit la jeune fille, dont le corps est si petit qu’un adulte pourrait encercler sa taille de ses deux mains.  » Il m’a dit que selon l’Islam, il est autorisé à violer une non croyante. Il a dit qu’en me violant, il se rapproche de Dieu « , raconta-t-elle dans un entretien avec sa famille dans un camp de réfugiés ici (ndlr : en Irak), dans lequel elle a trouvé refuge après 11 mois de captivité.

Le viol systématique des femmes et des jeunes filles de la minorité religieuse de Yazidi est profondément mêlé à l’organisation et à la théologie radicale de l’Etat Islamique depuis que l’organisation a annoncé cette année qu’elle relançait l’esclavage comme institution.
Des entretiens avec 21 femmes et jeunes filles qui ont récemment échappé à l’Etat Islamique, de même qu’un examen attentif des communiqués officiels du groupe mettent en lumière à quel point cette pratique est inscrite dans les principes fondamentaux de l’organisation.

L’Etat Islamique a développé une bureaucratie détaillée d’esclavage sexuel

La traite des femmes et des jeunes filles Yazidi a créé une infrastructure systématique, avec un réseau d’entrepôts où les victimes sont retenues, des salles d’observation où elles sont inspectées et mises sur le marché et une flotte dédiée d’autobus pour les transporter.

Au total, ce sont 5270 femmes Yazidi qui ont été enlevées l’année dernière et au moins 3144 sont encore retenues captives, selon les leaders de la communauté. Pour les gérer, l’Etat Islamique a développé une bureaucratie détaillée d’esclavage sexuel, incluant des contrats de vente notariés par les cours de justice dirigées par l’EI. Et la pratique est devenue un outil de recrutement bien établi pour attirer les hommes de sociétés musulmanes très conservatrices, dans lesquelles le sexe sans attache est un tabou et le fait de se fréquenter interdit.

Un corpus de plus en plus important de mémos de mesures internes et de discussions théologiques ont établi les grandes lignes de l’esclavage, notamment une notice très longue publiée par le Département de la Recherche et de la Fatwa de l’Etat Islamique pas plus tard que le mois dernier. De manière répétée, les dirigeants de l’EI mettent l’accent sur une interprétation restrictive et très sélective du Coran et d’autres règlementations religieuses afin de, non seulement justifier la violence, mais également d’élever et de célébrer chaque crime sexuel comme spirituellement bénéfique, même vertueux.

 » A chaque fois qu’il venait me violer, il priait  » raconte F., une jeune fille de 15 ans capturée sur l’accotement du Mont Sinjar il y a un an et qui fut vendue à un combattant irakien d’une vingtaine d’années. Comme d’autres personnes qui ont été interviewées par le New York Times, elle a souhaité être identifiée seulement par son initiale à cause de la honte associée au viol.

 » Il ne cessait de me dire que c’était ibadah « , dit-elle, utilisant un terme des écritures islamiques qui signifient le culte.

Une jeune fille de 15 qui désire être identifiée seulement comme F, à droite, avec son père et son frère de 4 ans.  » A chaque fois qu’il venait pour me violer, il priait  » raconte F, qui fut capturée par l’Etat Islamique il y a un an et vendue à un combattant irakien. – © Mauricio Lima pour le New York Times
“Il disait que le fait de me violer était sa prière à Dieu. Je lui ai dit  » Ce que vous me faites, c’est mal, ça ne vous rapprochera pas de Dieu « . Et il a répo
ndu  » Non, c’est autorisé. C’est halal ″, raconte l’adolescente qui s’est échappée en avril, aidée par des contrebandiers après avoir été esclave pendant presque 9 mois.

Une conquête sexuelle et territoriale

L’introduction officielle par l’Etat Islamique de l’esclavage sexuel systématique remonte au 3 août 2014, lorsque ses combattants ont envahi les villages du flanc sud du Mont Sinjar, un massif escarpé de pierres couleur sable du nord de l’Irak.

Ses vallées et ses ravins sont le foyer des Yazidis, une toute petite minorité religieuse qui représente moins de 1,5 pourcent de la population irakienne estimée à 34 millions d’individus.

L’offensive sur la montagne vint seulement deux mois après la chute de Mossoul, la deuxième ville la plus importante d’Irak. Au premier abord, on eut l’impression que l’avancée sur la montagne qui suivit n’était qu’une tentative supplémentaire d’étendre le territoire contrôlé par les combattants de l’Etat Islamique.

Presque tout de suite, tout indiqua que leur but était, cette fois, différent. Les survivants racontent que les hommes et les femmes furent séparés dès la première heure de captivité.

On ordonna aux adolescents de soulever leurs chemises et s’ils avaient des poils sous les aisselles, on leur donnait l’ordre de rejoindre leurs frères plus âgés et leurs pères. Village après village, les hommes et les jeunes hommes furent conduits ou encadrés jusqu’à des champs voisins, où ils furent forcés de s’allonger dans la terre et furent assassinés à l’arme automatique.

Les femmes, les filles et les enfants, par contre, furent jetées dans des camions à plateforme ouverte.

“L’offensive sur la montagne était tout autant une conquête sexuelle qu’une conquête territoriale « , dit Matthew Barber, un expert de l’Université de Chicago sur la minorité Yazidi. Il était à Sinjar lorsque l’assaut a démarré l’été dernier et a aidé à créer une fondation qui fournit un soutien psychologique pour celles qui s’échappent. Elles sont plus de 2000, selon les activistes de cette communauté.

F, qui a quinze ans, dit que sa famille de neuf personnes tentait de s’échapper, roulant vite dans les lacets de la montagne, lorsque leur vieille Opel se retrouva en surchauffe. Elle-même, sa mère et ses sœurs de 14, 7 et 4 ans se retrouvèrent coincées sans solution près de leur voiture en rade lorsqu’un convoi de combattants de l’Etat Islamique lourdement armés les encercla.

 » Les combattants séparèrent immédiatement les hommes des femmes « , dit-elle. Elle-même, sa mère et ses sœurs furent emmenées dans des camions dans la ville la plus proche du Mont Sinjar.  » Là, ils m’ont séparée de ma mère. Les jeunes filles non mariées ont été forcées de monter dans des bus « .

Les bus étaient blancs, avec une bande peinte à côté du mot « Hajj », suggérant que l’Etat Islamique avait réquisitionné les autobus de l’Etat irakien utilisé pour transporter les pèlerins pour le pèlerinage annuel de la Mecque. Il y avait tant de femmes et de filles Yazidi entassées dans le bus de F qu’elles étaient forcées de s’asseoir sur les genoux des unes et des autres, raconte-t-elle.

Une fois le bus en route, elles se rendirent compte que les vitres étaient bloquées par des rideaux, un matériel qui apparemment avait été ajouté parce que les combattants avaient prévu de transporter un grand nombre de femmes qui n’étaient pas couvertes par des burqas ou des voiles.

Le récit de F., notamment les descriptions physiques des autobus, l’emplacement des rideaux et la manière dont les femmes furent transportées, fait écho à ceux d’une douzaine d’autres victimes féminines que nous avons interviewées pour cet article. Elles décrivent des circonstances similaires même si elles furent kidnappées à des dates différentes et à des endroits éloignés de plusieurs kilomètres.

Un coucher de soleil à Dohuk, dans la région du Kurdistan du nord de l’Irak. Les militants de l’Etat Islamique ont conquis d’importants territoires en Irak, et le viol systématique des femmes et des jeunes filles de la minorité religieuse Yazidi est fortement lié à l’organisation et à la théologie du groupe. – © Crédit Mauricio Lima pour le New York Times
F. raconte qu’elle a été conduite dans la ville irakienne de Mossoul à six heures de route de là, où elles furent entassées dans le salon de mariag
e du Galaxy. D’autres groupes de femmes et de jeunes filles furent emmenés dans un palace datant de l’ère de Saddam Hussein, la prison de Badoosh et le bâtiment du Ministère de la Jeunesse à Mossoul, racontent des rescapées récentes. En plus de Mossoul, les femmes furent parquées dans des écoles primaires et des bâtiments municipaux dans les villes irakiennes de Tal Afar, Solah, Ba’aj et la ville de Sinjar.

Elles furent confinées pendant des jours pour certaines, pendant des mois pour d’autres. Puis, inévitablement, elles furent chargées dans la même flotte d’autobus avant d’être envoyées par petits groupes en Syrie ou dans d’autres endroits en Irak, pour y être achetées et vendues pour du sexe.

1300 jeunes filles Yazidi retenues dans un même endroit

« C’était prévu à l’avance à 100% « , dit Khider Domle, un activiste de la communauté yazidi qui tient à jour une base de données détaillée des victimes.  » J’ai parlé au téléphone à la première famille qui est arrivée au Ministère de la Jeunesse à Mossoul et le salon était déjà préparé pour eux. Il y avait des matelas, des assiettes et des ustensiles de cuisine, de la nourriture et de l’eau pour des centaines de gens « .

Des rapports détaillés de Human Rights Watch et d’Amnesty International arrivent aux mêmes conclusions quant à la nature organisée de cette traite sexuelle. Dans chaque endroit, les survivants disent que les combattants de l’Etat Islamique ont d’abord mené un recensement de leurs prisonnières.

Dans le luxueux salon de réception du Galaxy, F. était assise sur un sol de marbre, pressée contre d’autres adolescentes.

Elle estime qu’elles étaient, au total, plus de 1300 jeunes filles Yazidi, accroupies, affaissées et s’appuyant contre les murs de la salle de bal, un nombre confirmé par plusieurs autres femmes retenues au même endroit.

Elles ont toutes décrit la façon dont trois combattants de l’Etat Islamique entrèrent tenant à la main un registre. Ils demandèrent aux filles de se lever. On demanda à chacune d’énoncer son prénom, son nom, son âge, sa ville d’origine, si elle était mariée et si elle avait des enfants.

Pendant deux mois, F. a été retenue captive dans le salon du Galaxy. Puis, un jour, ils sont arrivés et ont commencé à emmener les jeunes femmes. Celles qui refusaient se faisaient traîner par les cheveux, raconte-t-elle.

 » Vous êtes nos  » sabaya  » (nos esclaves)

Sur le parking, la même flotte d’autobus Hajj attendait de les emmener à leur prochaine destination, dit encore F. Avec 24 autres jeunes filles et jeunes femmes, la jeune fille de 15 ans fut conduite à une base de l’armée militaire irakienne. Ce fut là, sur le parking, qu’elle entendit pour la première fois le mot « sabaya ».

« Ils riaient et se moquaient de nous, répétant  » Vous êtes nos sabaya « . Je ne savais pas ce que le mot signifiait « , dit-elle. Plus tard, le leader local de l’Etat Islamique leur expliqua qu’il signifiait esclave.

« Il nous a dit que Taus Malik  » – l’un des sept anges que prient les Yazidis –  » n’est pas Dieu. Il a dit que Taus Malik était le diable et que parce que vous croyez au diable, vous nous appartenez. Nous pouvons vous vendre et vous utiliser comme bon nous semble « .

La traite sexuelle de l’Etat Islamique semble être basée uniquement sur le fait d’asservir des femmes et des jeunes filles venant de la minorité yazidi. Jusqu’à présent, il n’y a eu aucune campagne importante destinée à asservir des femmes d’autres minorités religieuses, dit Samer Muscati, l’auteur du dernier rapport de Human Rights Watch. Cette affirmation trouve un écho chez les leaders de la communauté, les responsables de gouvernements et d’autres personnes travaillant pour les droits de l’homme.

M. Barber, de l’Université de Chicago, dit que le fait de se concentrer sur les Yazidis fut certainement parce qu’ils sont vus comme des polythéistes, avec une tradition orale plutôt que des écritures. Aux yeux de l’Etat Islamique, cela les met au même niveau que les non croyants méprisés, encore plus que les chrétiens et les juifs, qui sont censés avoir une protection limitée sous le Coran en tant que  » Peuple du Livre ».

A Kojo, l’un des villages les plus au sud du Mont Sinjar et l’un des plus éloignés de toute évasion, les habitants ont décidé de rester, pensant qu’ils seraient traités de la même façon que l’avaient été les chrétiens de Mossoul quelques mois auparavant. Le 15 août 2014, l’Etat Islamique ordonna aux habitants de se signaler dans une école en centre-ville.

Lorsqu’elle arriva là-bas, Aishan Ali Saleh, 40 ans, trouva un ancien de la communauté en train de négocier avec l’Etat Islamique, leur demandant s’ils pouvaient être autorisés à donner leur argent et de l’or contre une traversée sans encombres.

Les combattants acceptèrent, au début, et posèrent une couverture à terre et Mme Saleh y déposa sont pendentif en forme de cœur et ses bagues en or, alors que les hommes y déposèrent des billets froissés.

Aishan Ali Saleh, 40 ans, dans un camp de réfugiés dans la banlieue de Dohuk. Elle vivait à Kojo, l’un des villages les plus au sud du Mont Sinjar, qui fut pris par les combattants de l’Etat Islamique. – © Mauricio Lima pour le New York Times
Plutôt que de les laisser partir, les combattants se mirent à pousser les hommes dehors, les menant à leur mort certaine. Un peu p
lus tard, une flotte de voitures arriva et les femmes, les jeunes filles et les enfants furent emmenés.

Le marché des esclaves Yazidi

Des mois plus tard, l’Etat Islamique fut très clair dans son magazine en ligne sur le fait que sa campagne d’esclavagisme des femmes et jeunes filles Yazidi avait été minutieusement préparée.

“Avant la prise de Sinjar, on demanda aux étudiants de la Sharia de l’Etat Islamique de faire des recherches sur les Yazidis « , raconte l’article en langue anglaise, titré  » Le renouveau de l’esclavage avant l’heure « , qui parut dans le numéro d’octobre de Dabiq.

L’article indiquait clairement que pour les Yazidis, il n’y avait aucune chance de pouvoir payer une taxe connue comme jizya pour être libérés, « à l’inverse des juifs et des chrétiens « .

 » Après leur capture, les femmes et les enfants Yazidi furent alors divisés selon la Sharia, entre les combattants de l’Etat Islamique qui participèrent aux opérations de Sinjar, après qu’un cinquième des esclaves fut transféré aux hautes autorités de l’Etat Islamique pour être divisés comme un butin », raconte l’article.

Dans une vidéo postée en octobre 2014 sur YouTube, un groupe d’hommes convaincus d’être des combattants de l’Etat Islamique, sont montrés assis dans une pièce, plaisantant sur le fait d’acheter et de vendre des jeunes filles Yazidis, le « jour du marché aux esclaves. »

De la même façon que des passages spécifiques de la Bible furent utilisés des siècles plus tard pour soutenir la traite des esclaves aux Etats-Unis, l’Etat Islamique cite des versets spécifiques ou des histoires du Coran ou de la Sunna, les traditions basées sur les dires et les actions du Prophète Mahomet, pour justifier le trafic d’êtres humains, disent les experts.

Ceux qui étudient la théologie islamique ne sont pas d’accord, par contre, sur les interprétations correctes de ces versets, et sur la question qui divise, à savoir si l’Islam sanctionne réellement l’esclavage.

Beaucoup défendent l’idée que l’esclavage figure dans les écritures saintes de l’Islam de la même façon qu’il figure dans la Bible – comme un reflet de la période de l’antiquité à laquelle la religion naquit.

 » Dans le milieu dans lequel le Coran apparut, le fait que des hommes aient des relations sexuelles avec des femmes privées de liberté était une pratique extrêmement répandue”, explique Kecia Ali, professeur associé de religion à l’Université de Boston et l’auteur d’un ouvrage consacré à l’esclavage dans les débuts de l’Islam. « Ce n’était pas une institution particulièrement religieuse, c’était simplement ainsi que les choses se faisaient. »

Cole Bunzel, un chercheur en théologie islamique à l’Université de Princeton, ne partage pas cet avis et cite les nombreuses références à l’expression “Celles que ta main droite possède” dans le Coran, ce qui a été interprété pendant des siècles comme signifiant des esclaves féminines. Il indique également le corpus de la jurisprudence islamique, qui continue dans notre ère moderne et qui inclut, selon lui, des règles détaillées sur la façon de traiter les esclaves.

Conforme aux écritures ?

 » Il existe un grand nombre d’écritures saintes qui sanctionnent l’esclavage  » dit M. Bunzel, l’auteur d’un article de recherche publié par la Brookings Institution sur l’idéologie de l’Etat Islamique.  » L’on peut arguer qu’elles ne sont plus pertinentes et qu’elles sont tombées en désuétude. L’EI arguerait que ces institutions doivent être relancées parce que c’est ce que le Prophète et ses compagnons faisaient « .

Les femmes et les jeunes femmes les plus jeunes et les plus jolies furent vendues lors des premières semaines suivant leur capture.

Les autres – notamment les femmes plus âgées et mariées – décrivent comment elles furent transportées d’un endroit à un autre, jusqu’à ce qu’un acheteur potentiel ne fasse une offre.

Leurs ravisseurs semblaient avoir un système en place qui regorge de sa propre méthodologie à faire l’inventaire des femmes, de même que leur propre lexique. On parlait des femmes et des jeunes filles comme des  » Sabaya « , suivi de leur nom. Certaines furent achetées par des grossistes, qui les photographièrent et leur attribuèrent des numéros pour pouvoir en faire la publicité auprès d’acheteurs potentiels.
Osman Hassan Ali, un riche homme d’affaires yazidi qui a réussi à faire s’échapper de nombreuses femmes Yazidi, dit qu’il a prétendu être un acheteur afin qu’on lui envoie les photos. Il a partagé une douzaine d’images, chacune montrant une femme Yazidi assise dans une pièce vide sur un canapé, faisant face à l’appareil sans un sourire, le regard vide. Sur le côté de la photo, l’on peut lire en arabe  » Sabaya n°1 « ,  » Sabaya n°2  » et ainsi de suite.

Les bâtiments dans lesquels les femmes étaient rassemblées et retenues incluaient parfois une salle de visionnage.
 » Lorsqu’ils nous mirent dans le bâtiment, ils nous ont dit que nous étions arrivées au  » Marché de Sabaya « , raconte une victime âgée de 19 ans.  » J’ai alors compris que nous étions dans un marché aux esclaves « .

Une femme qui raconte avoir été violée par des militants de l’Etat Islamique, dans un camp de réfugiés dans la région du Kurdistan du nord de l’Irak. – © Mauricio Lima pour le New York Times.
Elle estime qu’elles étaient au moin
s 500 femmes et jeunes femmes non mariées dans le bâtiment de plusieurs étages, les plus jeunes âgées de 11 ans. Lorsque les acheteurs arrivaient, les filles étaient emmenées une par une dans une pièce séparée.

 » Les émirs étaient assis contre le mur et nous appelaient par notre nom. Nous devions nous asseoir sur une chaise face à eux. Il fallait les regarder et avant d’entrer, ils nous prenaient nos voiles et tout ce que nous avions utilisé pour nous couvrir « , raconte-t-elle. « Lorsque ce fut mon tour, ils m’ont fait me lever quatre fois. Ils m’ont fait tourner sur moi-même ».

Les prisonnières étaient également obligées de répondre à des questions intimes, notamment donner la date exacte de leurs dernières menstruations. Elles se rendirent compte que les combattants tentaient de déterminer si elles étaient enceintes, en accord avec la loi de la Sharia qui veut qu’un homme ne peut pas avoir de rapports sexuels avec son esclave si elle est enceinte.

Propriété de l’EI

Le fait que l’Etat Islamique utilise l’esclavage sexuel surprit même les plus ardents soutiens de l’organisation, beaucoup d’entre eux se disputèrent avec les journalistes après les premiers reportages en ligne sur les viols systématiques.

Les dirigeants de l’Etat Islamique ont tenté sans arrêt de justifier cette pratique auprès de leur public interne. Après l’article initial dans le Daqib d’octobre, ce sujet fut à nouveau traité dans la publication cette année, dans un éditorial en mai qui exprimait la tristesse et les sentiments froissés de l’auteur devant le fait que certains des sympathisants du groupe avaient remis en question le fait que l’esclavage soit institutionnalisé.

L’auteur écrivit :  » Ce qui m’inquiète c’est que certains des supporters de l’Etat Islamique se mirent à nier le fait, comme si les soldats du califat avaient commis une faute ou quelque chose de diabolique. J’écris ceci avec de la fierté dans chaque lettre « , dit-il.  » Nous avons en effet attaqué et capturé les femmes kafirah et nous les avons menées à la pointe de l’épée comme des moutons « . Kafirah signifie infidèles.

Dans un pamphlet publié en ligne en décembre, le ministère de la Recherche et de la Fatwa de l’Etat Islamique détaillait les meilleures pratiques, ce qui incluait le fait d’expliquer que les esclaves appartiennent aux biens du combattant qui les a achetées et peuvent donc être données à un autre homme et traitées comme n’importe quel autre bien après sa mort.

Des rescapées récentes décrivent une bureaucratie compliquée entourant leur captivité, avec leur statut d’esclave consigné dans un contrat. Lorsque leur propriétaire voulait les vendre à un autre acheteur, un nouveau contrat était rédigé, comme lorsqu’on transfère un bien. Dans le même temps, les esclaves peuvent être libérées, et les combattants ont une promesse de récompense divine pour cela. Même si c’est rare, cela a créé une possibilité d’évasion pour les victimes.

Libérée par un kamikaze

Une victime de 25 ans, qui s’est échappée le mois dernier et dont le prénom commence par un A, explique comment un jour, son maître Libyen lui a remis le morceau de papier plastifié. Il lui a expliqué qu’il avait terminé son entraînement de kamikaze et qu’il prévoyait de se faire exploser, et donc, la libérait.

Une femme Yazidi de 25 ans a montré son  » Certificat d’Emancipation  » que lui avait remis le Libyen qui l’avait transformée en esclave. Il expliqua qu’il avait terminé son entrainement comme kamikaze et qu’il prévoyait de se faire exploser, et donc, la libérait. – © Mauricio Lima pour le New York Times
Une femme yazidi de 34 ans, qui fut achetée et violée de manière répétée par un combattant saoudien dans la ville syrienne de Shadadi, décrit qu’elle s’en est mieux sortie que la seconde esclave de la maison – une jeune fill
e de 12 ans qui fut violée pendant des jours malgré de forts saignements.

 » Il a détruit son corps. Elle avait une infection terrible. Le combattant ne cessait de venir me voir pour me demander “pourquoi sent-elle aussi mauvais?”. Et je lui répondais qu’elle avait une infection interne, qu’il fallait qu’il prenne soin d’elle », raconte cette femme.

Sans état d’âme, il ignora les souffrances terribles de la jeune fille et poursuivit son rituel de prière avant et après le viol de l’enfant.

 » Je lui ai dit ‘ce n’est qu’une enfant’ « , se souvient l’autre femme. Et il a répondu  » Non, ce n’est pas une petite fille. C’est une esclave. Et elle sait exactement comment avoir des rapports sexuels . Et avoir des rapports sexuels avec elle, cela fait plaisir à Dieu.”

Rukmini Callimachi, New York Times

 (traduit de l’anglais par Gaelle Ducos)

Source: http://www.rtbf.be/info/monde/detail_l-etat-islamique-et-la-theologie-du-viol-l-enquete-edifiante-du-new-york-times?id=9053890&utm_source=rtbfinfo&utm_campaign=social_share&utm_medium=twitter_share

Alain Soral : injures à caractère raciste contre une mannequin noire

StreetPress vient de publier le témoignage de Binti, une top-modèle qui a été injuriée, harcelée et menacée par Alain Soral. Son téléphone a été hacké et effacé.

Les documents publiés par Street Press sont assez révélateurs du racisme du personnage.

On apprend notamment qu’Alain Soral a écrit

« Dans 10 ans ton corps sera tout sec, et avec ton gros pif sémite, tu ressembleras à un vieux chef indien ! Sur le marché du travail tu ne vaudras plus rien.»

Ou encore :

« Les pédés comme amis pour t’écouter chialer que ton destin c’est d’être une pute à juifs… »

 

Pour lire l’enquête de Mathieu Molard dans Streetpress :

Capture d’écran 2014-11-20 à 11.12.21

Alain Soral. Itinéraire d’un gigolo sémantique. (Fiammetta Venner)

En une génération, ce fils de notable, ancien élève du lycée Stanislas, est passé du PC au FN. Journaliste à Libération, il a dû démissionner en 1993 à cause, déjà, de positions douteuses. Notamment en raison d’un article paru dans L’Idiot International sous le titre « vers un Front National ». Dans ce texte signé Jean-Paul Cruse — mais mis en avant par Soral — on appelle à « un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel » contre l’ultralibéralisme mondialisé illustré par « Wall Street, le sionisme international, la bourse de Francfort et les nains de Tokyo », ainsi qu’à « une politique autoritaire de redressement du pays », liant les problèmes de l’immigration, du chômage et de l’insécurité urbaine.

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Prochoix n°60, décembre 2013

Alain Soral. Itinéraire d’un gigolo sémantique. (Fiammetta Venner)

En une génération, ce fils de notable, ancien élève du lycée Stanislas, est passé du PC au FN. Journaliste à Libération, il a dû démissionner en 1993 à cause, déjà, de positions douteuses. Notamment en raison d’un article paru dans L’Idiot International sous le titre « vers un Front National ». Dans ce texte signé Jean-Paul Cruse — mais mis en avant par Soral — on appelle à « un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel » contre l’ultralibéralisme mondialisé illustré par « Wall Street, le sionisme international, la bourse de Francfort et les nains de Tokyo », ainsi qu’à « une politique autoritaire de redressement du pays », liant les problèmes de l’immigration, du chômage et de l’insécurité urbaine.

 

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