Archives pour la catégorie La Revue

Prochoix n°66 : Crise à l’Observatoire de la laïcité

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 ProChoix n°66 – Mars 2016 (Printemps)

 

• Crise à l’Observatoire de la laïcité

– L’Observatoire de la laïcité NE VOIT AUCUN problème à l’Université ! (C. Arambourou)

– L’Observatoire de la laïcité élude les problèmes dans l’enseignement supérieur (J. Glavany, P. Kessel, F. Laborde)

– Expression religieuse dans l’enseignement supérieur (Anne Hermanus)

– J.L. Bianco doit démissionner de la présidence de l’Observatoire national de la laïcité

– Pourquoi Jean-Louis Bianco a fâché tant de laïques (Caroline Fourest)

– La chasse aux laïcs est ouverte (Guy Konopnicki)

– Les quatre fautes de l’Observatoire (J. Glavany)

– Coexister ou l’ambition laïcité zéro (Fiammetta Venner)

– De la laïcité plurielle au pluriel des laïcités (Eddy Khaldi)

– Ces chercheurs fort peu laïques qui soutiennent Jean-Louis Bianco (C. Rigault)

– Darwinisme et école le cheval de foi des obscurantistes (Yves Delahaie)

– La laïcité face aux dérivesconcordataire et identitaire (Eddy Khaldi)

• Enquêtes et décryptages

– De Charlie au Bataclan. Regards internationaux sur la France (Joëlle Fiss)

– Cologne : du déni empoisonné au combat de Coq (C. Fourest)

– L’autre… Cet accusé (Sara Grand)

– Multiculturalisme et laïcité au Royaume Uni (Irène Desle)

– Le féminisme intersectionnel contre le féminisme ? (Francine Sporenda)

– Féminisme et Multiculturalisme : le conflit (Liliane Kandel)

– Du reggae altermondialiste à l’antisémitisme ? (Carla Parisi)

– Extrême droite et négationnisme font de l’entrisme en Croatie (F. Bacharach, C. Jardin)

Parution :  mars 2016 dans les bonnes librairies. 

Notre droit au Blasphème est sacré. Prochoix n°64 janvier 2015

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ProChoix n°64

JANVIER 2015 (hiver)

Blasphème

Charlie et les Charlots (C. Fourest)

Les pères du blasphème (Fiammetta Venner)

Le monde du blasphème (Tania Vlitko)

Dessine-moi Mahomet. La véritable histoire

de ces caricatures (C. Fourest, F. Venner)

Mahomet au beau visage (Nedim Gürsel)

Transformer le blasphème en racisme (C. Fourest, F. Venner)

L’islamisme ne sort pas de la cuisse de ma mère (Djemila Benhabib)

Le coup de poing du pape (Anne Hermanus)

Le blasphème, c’est sacré (Sophia Aram)

Les premiers nous tuent Les seconds pissent sur nos tombes (Ahmed Meguinil)

L’éthique de la soumission (Samuel Jequier)

Ceux qui ne sont pas Charlie des promoteurs

d’essentialisation et de séparation (Manuel Boucher)

Les ‘je ne suis pas Charlie’ savent-ils qui ils sont ? (Mohamed Sifaoui)

Restons Charlie (CLR, EGALE, UFAL)

Enquêtes et décryptages

Le rapport Obin (Jean-Pierre Obin)

Tintin entre les lignes verbaliser l’imaginaire (Sara Grandt)

Russie et extrêmes droites européennes (Quentin Guillemain)

La théorie du complot se laver les mains en utilisant ses pieds (Kamel Daoud)

On a lu. On a vu. On en parle

Blasphémateur ! – Les fatwas de Charb – Et si on aimait la France -Dans la peau d’une Djihadiste – Iran: un grand quotidien réformateur suspendu – Stop au châtiment de Raïf Badawi – Farid Abdelkrim repenti? – Restructuration des maternités- Hausse des actes antisémites- Maroc : protection des opposants à l’intégrisme- Lettre de Dalil Boubakeur – Réponse de Sami Aldeeb à Dalil Boubakeur

 

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Prochoix N°63 Les vassaux de Poutine. MLF : le détournement

Vassaux de Poutine
La nouvelle émergence d’une gauche pro-russe (Quentin Guillemain)
L’eldorado du Donbass (Tania Vlitko)
La trahison consiste à armer Poutine (Caroline Fourest)

MLF : le détournement
Mémoires non-alignés (Brigitte Galtier)
Antoinette Fouque au Panthéon (Michèle Baron-Bradshaw)
Le MLF et après (Raymonde C.)
Le pouvoir hypnotique de la domination féminine (Christine Fauré, Liliane Kandel, Françoise Picq.)
Encore ? Oui, hélas, encore ! Parce que tout n’a pas été écrit, loin de là (Nadja Ringart)
Du politique au personnel (Liliane Kandel)
Coupable ou non coupable ? (Martine Storti)
Allonge-toi, tu seras emballée (Jeanne Favret Saada)
Une révoltante tyrannie (Simone de Beauvoir)
D’une tendance…au détournement de l’histoire (Françoise Picq)
Morale de (et pour) l’Histoire (Caïne)

Enquêtes et décryptages
Genre et sexisme au lycée (Sophie Mazet)
Un été pourri à Paris (Ismaël Mazyar)
Une Nouvelle Donne…pour les conspirationnistes ? (Rudy Reichstadt)
Najat Vallaud-Belkacem face aux obscurantistes (Yves Delahaie)

On a lu. On a vu. On en parle
Jaurès et le réformisme révolutionnaire
Le Front National de 1972 à nos jours (Seuil)
Mes parents se font la guerre
L’état nucléaire

Inde : 92 femmes violées par jour en 2013 Venezuela : journaux affectés par la pénurie de papier (RSF)
Un camp de jeunesse organisé par Amnesty International interdit par les autorités marocaines
Le Droit à l’IVG exclu de la nouvelle loi sur le développement et la solidarité internationale !
Le Conseil Constitutionnel a validé l’assouplissement de la loi relative à l’IVG
Les Femen relaxées pour l’action de Notre Dame
Repression homophobe en Egypte
Mgr Desmond Tutu sur la fin de vie
Maroc : Communiqué de soutien à Wafa Charaf

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PROCHOIX n° 60 Décembre 2013 La circoncision une mutilation ?

Enjeux de l’antiracisme
La bataille des deux antiracismes (Caroline Fourest)
La contremarche (Brigitte Stora)
Comment lutter contre le racisme (Samuel Thomas)
Charlie Hebdo accusé de blasphème. Entretien (Charb)

La circoncision, une mutilation ?
Les défenseurs de la circoncision (Fiammetta Venner)
Castration symbolique (Serge Hefez)
Le mouvement intactiviste (Nicolas Maubert)
Les recommandations du Conseil de l’Europe
Entretien (Christian Castagnola)

Enquêtes et décryptages
Un mot… (Djemila Benhabib)
Alain Soral : itinéraire d’un gigolo sémantique (Fiammetta Venner)
Tariq Ramadan, les Coptes et le complot médiatique contre les Frères musulmans (Rudy Reichstadt)
Baby Loup et la protection européenne des droits fondamentaux (Anne Demetz)
Au coeur du débat avec Charles Taylor (Louise Mailloux)

On a lu. On a vu. On en parle.
Younes Masih enfin libre – Mauritanie : Le parti des esclaves interdit d’élections – Arabie Saoudite : femmes et conduite – Fat shaming week – Grande Bretagne : Ségrégation sexuelle à l’université – Canada : Lev Tahor – Mauvais signal en Egypte – Weld el 15 condamné ….

dimanche 1 décembre 2013

L’ordre et le sexe. Discours de gauche, discours de droite

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S’il y a une visée commune aux extrêmes droites et aux divers intégrismes religieux, c’est la soumission des femmes. Leur projet d’un monde en ordre, intègre et conforme à la Loi, repose sur la domination et la libre disposition des femmes. D’abord et avant toute autre chose, dans un monde qui serait ce qu’il doit être, elles sont destinées à assurer la reproduction selon les normes définies par les hommes, à servir l’ensemble du corps social et cela dans la dépendance, la limitation de leur mobilité et la contrainte. Le racisme départage clairement les options de la gauche et de la droite. Ce n’est pas le cas du sexisme. En fait, il n’est pas perçu. La définition du sexisme comme délit, acquise au niveau législatif, n’est rien moins qu’évidente dans le quotidien. Attirer l’attention sur lui fait grincer les dents, à gauche tout comme à droite. Prononcer même le mot c’est soulever la violence ou la dérision.

La droite, l’idéologie et l’ordre.

On dit qu’il n’y a pas (qu’il n’y a plus) de droite ni de gauche. Ou du moins il a été très à la mode de le dire au début de la décennie quatre-vingt. Ce n’est pas exact, bien sûr. Mais « la droite » est plus cohérente, plus identifiable que « la gauche ». La gauche est davantage une tendance alors que la droite est un état. On pourrait dire que la gauche est une critique de l’état des choses alors que la droite est la recherche de la perfection de l’état des choses.

La droite vit dans l’obsession de la dégradation, de la dégénérescence, de la décomposition. Son but est de restaurer, de ramener au jour un ordre profond (celui de la Vie), immémorial (celui de nos Anciens). Cet ordre que la quotidienneté comme le cours de l’histoire rongent sans cesse, que le temps érode, que les hommes détruisent ou corrompent (« le malheur de l’homme est qu’il est infidèle à ses instincts » dit à peu près Conrad Lorenz), elle veut lui redonner sa force réelle. Et aussi elle veut le servir, empêcher qu’il soit détruit ou perturbé. La droite c’est le choix de l’ordre, divin ou naturel, immémorial et sacré. Les hommes et la société doivent le maintenir et non le subvertir. L’attachement de la droite aux Valeurs transmises : la Vie, la Tradition, la Famille, la Race, la Patrie, la Volonté, le Service, l’Armée, la Hiérarchie, définit ce goût de l’ordre.

L’ordre des choses ne satisfait pas la gauche. Comme elle ne le trouve pas forcément respectable, elle est plus sensible à ses contraintes, ses abus, qu’à son caractère « sacré ». La pauvreté, la domination politique, l’exploitation sont les manifestations concrètes de cet ordre, des réalités que la gauche conteste. Là où la droite voit l’harmonie des contraires, la complémentarité, agrémentées de la fidélité aux « supérieurs », le bon usage des capacités, la force d’âme dans les épreuves de la vie (qui ne saurait être une partie de plaisir), la gauche voit l’injustice.

En un certain sens la gauche ne se définit pas, elle est une attitude critique envers un factuel dont elle conteste, non la dégradation (anathémisée par la droite) mais la violence contraignante. Par exemple : la hiérarchie n’est pas encore assez marquée pour la droite (ou bien elle est corrompue ou dégradée) mais c’est bien la hiérarchie elle-même qu’elle considère comme légitime, qu’elle programme. Pour la gauche, la hiérarchie est d’abord une forme sociale imparfaite et qui ne peut pas être justifiée ni justifiable en soi, même si, relativement, et dans des circonstances et des moments précis (et non pas toutes les circonstances ni tous les moments) elle y souscrit : la hiérarchie n’est ni une valeur, ni un but pour elle.

Option politique qui se démarque clairement d’autres opinions moins bardées de certitudes, la droite obéit à l’idée d’un univers qui la précède, la légitime, et qu’elle doit soutenir. La gauche est plus un projet (de vie moins dure, de plus grande justice, de recherche d’égalité) qu’une certitude qui s’appuierait sur un « ordre » préexistant ou sacré. Si la droite soutient le monde, la gauche le construit. Si la droite légitime l’ordre des choses, la gauche le conteste.

L’idée de frontières infranchissables, de clôture des groupes sur eux-mêmes est, à droite, étroitement associée à l’horreur du métissage, à l’effroi devant l’incertitude du sexe (est-ce une femme, est-ce un homme ?), au mépris de « l’efféminement » qui menace hommes et nations… C’est qu’il faut bien que le monde soit en ordre. Et que soient clairement distincts et séparés les sexes, les races et les peuples. Tous ceux qui fréquentent les frontières ou qui eux-mêmes participent de plusieurs groupes sont non seulement méprisés (et ils le sont infiniment) mais également coupables. La « trahison » obsède la droite comme le complot. L’obsession de la race et de sa fantasmatique intégrité conduit à nier qu’il puisse même exister des personnes qui appartiennent à deux ou plusieurs. L’homosexualité est une horreur qui inspire le dégoût et il faut entendre par homosexualité toute conduite, apparence, revendication – de mœurs ou politique – qui n’est pas strictement attendue du sexe auquel on appartient. Notons que tout homme « vrai » (viril) qui a des relations physiques (dominantes) avec un autre homme ne tombe en rien sous l’accusation d’homosexualité. Selon la morale du voyou un type qui en baise un autre fait de lui un pédé (la pire des choses), ce que lui-même n’est jamais.

Ainsi la droite croit en des frontières rigides balisant la vie sociale. Elle veut que chacun soit à sa place, que l’homme soit homme et la femme femme, que le serviteur soit le serviteur et le maître le maître, que le nègre soit le nègre et le blanc blanc, que les enfants soient les enfants et les parents les parents, etc. Elle croit en des frontières qui sont à la fois factuelles (c’est-à-dire qu’il existe bien des groupes) mais également prescriptives (c’est-à-dire que ces frontières doivent exister).

Et du même coup, elle éprouve la fascination et l’horreur de la précarité des frontières. La crainte des transfuges, la méfiance envers les « étrangers », le dégoût des « mélanges » (ou de ce que l’on appelle ainsi à droite car un composé n’est jamais un mélange, de quoi le serait-il ? l’idée même de mélange implique en effet l’existence en soi de chacun des groupes) atteignent de plein fouet les individus sans étiquettes, particulièrement ceux qui sont sexuellement non classables : androgynes ou transsexuels.

Catégories de sexe et sexualité

Et c’est bien le sexe qui est le domaine clef. Par sexe on entend deux choses. D’abord le système social des sexes : on vous fixe à la naissance un sexe, femelle ou mâle (et pas un autre) et quelle que soit votre anatomie, vous serez ou mâle ou femelle. Cette inscription légale, obligatoire, sera lentement mais avec un mécanisme de fer construite en appartenance de groupe : de femelle ou mâle vous deviendrez femme ou homme. Et il ne sera pas question que vous soyez l’un et l’autre, ou autre chose. L’autre acception désigne l’activité dite « sexualité », sous toutes ses formes, de la pratique coïtale reproductive aux sophistications sado-masochistes en passant par les divers safer sex et les relations douceur-tendresse. Bref, le sexe c’est à la fois la désignation de deux groupes sociaux et la désignation de l’activité qu’ils sont supposés exercer entre eux (obligatoirement, et uniquement entre eux).

Il y a là quelque chose de déroutant : l’obligation du mélange et du passage de frontière dans un domaine déterminé alors qu’il est honni et interdit dans tous les autres. Les Blancs et les Noirs, les patrons et les ouvriers, les juifs et les chrétiens, les Asiatiques et les Américains, les voyous et les princes, les gens de bonne éducation et les grossiers personnages ne doivent en aucun cas se mêler. Et ils le font pourtant et justement où ? Au plumard. Car en effet, les femmes et les hommes doivent se mêler. Et se mêler au plus près, physiquement en quelque sorte. C’est le seul cas où les frontières doivent être franchies.

Mais si les frontières doivent être franchies – ce qui est un scandale -, ce scandale doit être traité socialement. « Traiter » c’est-à-dire mettre de l’ordre dans le désordre, rétablir celui qui veut que les hommes dominent les femmes (de fait : les possèdent). Ce sont donc les hommes qui feront usage des femmes, et selon leur bon plaisir. Plus, les dominants feront également usage des femmes que possèdent les hommes qui leur sont « inférieurs » : les maîtres de celles de leurs serviteurs ou des esclaves, les possédants de celles des pauvres, les Blancs de celles des Noirs. Ces hommes montrent ainsi aux autres hommes qu’ils les dominent et les empêchent de leur rendre à eux-mêmes la pareille, en interdisant l’accès à leurs propres femmes et en les punissant gravement de tenter de le faire. Et ainsi le monde va.

Et les femmes, là-dedans ? Eh bien, elles sont aux hommes. Et en tout cas, pas à elles-mêmes. Et « l’ordre » c’est de le leur faire savoir. La contrainte sexuelle est un moyen de transmission de cette information, ce que les hommes de droite ont toujours parfaitement su, dont le système sophistiqué d’application de l’ordre sexuel implique : 1) la distinction soigneuse de la reproduction d’une part et de la débauche de l’autre, le « respect » de l’épouse-otage et l’ « honneur » qui lui est rendu, comme la complicité avec et la « libéralité » envers celles qui vendent du sexe. 2) l’usage pratique de l’activité sexuelle, a) comme manifestation du droit physique sur les femmes, b) comme outil de menace – y compris par son non-exercice éventuellement, ne l’oublions pas, c) effectivement ou potentiellement comme moyen d’humiliation, en contraignant à des actes non souhaités. 3) enfin la mainmise sur la capacité reproductive des femmes selon une forme planifiée ou désordonnée.

Un fonds commun à la gauche et à la droite : la notion de « nature ».

L’idée que le sexe c’est du biologique et rien que du biologique, que le sexe est un donné de la « nature » (en conséquence que la sexualité serait « naturelle »), cette idée informe, structure la pensée et les conduites. Cette croyance, car c’en est une, déborde le clivage gauche/droite, elle gouverne pratiques et institutions, des plus immédiates aux plus formalisées. Tout se passe comme si la notion de sexe se trouvait hors d’atteinte de la pensée critique, préalable inquestionné de l’activité concrète et symbolique. Postuler ou faire simplement l’hypothèse que le sexe pourrait être le paramètre construit de l’inégalité sociale et politique, c’est provoquer le scandale – ou l’incompréhension, une hypothèse cependant que des recherches engagées dans différents domaines des sciences humaines ou exactes depuis quelque vingt ans tendent à corroborer. En linguistique, en anthropologie, sociologie, paléontologie (des recherches sur l’incidence du concept de la différence des sexes dans la formalisation scientifique sont aussi engagées en mathématiques), l’approche critique de la notion de sexe, du caractère donné pour évident ou naturel du sexe, qui aboutit à des conclusions convergentes, pose un certain nombre de questions. Dans la mesure où ces recherches tendent en effet à établir que le sexe, la sexuation, fait biologique, serait l’objet d’une manipulation visant, non comme on l’admet généralement à codifier socialement une « différence », une inégalité première, mais à des marquer la différence qui doit exister entre les sexes par une différenciation d’ordre social, elles appellent, semble-t-il, à des remises en question nécessaires. Celle de la valeur heuristique de la « science », telle qu’elle est définie et produite, est l’une d’elles.

Le point nodal de ce « fonds commun » à la droite et à la gauche, il faut le chercher peut-être dans une idée de la nature qui prend forme au cours du XVIIIe siècle à l’occasion du débat sur le droit naturel qui occupe le siècle. On admet généralement que la théorie du droit naturel a jeté les bases d’une vocation à l’universalité des droits pour tout individu, une vocation à l’universalité rien moins que problématique. Car aucun théoricien du droit naturel n’a jamais prétendu que ce droit naturel incluait les femmes. Bien au contraire. Le droit naturel s’énonce à partir d’un postulat initial qui est que les femmes ne font pas partie du social. Le droit naturel énonce des principes bons pour la seule partie signataire du « pacte social ». les femmes n’y sont ni conviées ni prévues. II faut donc lever une ambiguïté sur le mot et la chose et, plutôt que d’évoquer une théorie du droit naturel, parler d’une idéologie de la nature, d’une idéologie naturaliste qui se formule alors. L’idée de nature oriente la théorie du droit naturel où elle joue le rôle d’une catégorie politique instrumentale qui appuie, à la fin du siècle, l’élaboration d’un système légal de classification par appartenance et par exclusion, une mise en forme légale qui a pour visée, ou pour effet, l’instrumentalisation des femmes. La construction du droit positif concerne la seule classe de sexe des hommes. La rentabilisation des femelles est la face cachée (et refoulée aujourd’hui) du « contrat social ». Elle suppose contraintes, coercition et répression, façonnage des individus sexués femelles pour en faire des femmes. Rousseau, Sade, ces deux figures considérées comme antinomiques, sont les porte-parole d’une norme, tacitement admise, qui est encore la nôtre. L’idée que les femmes sont dans la « nature » (et l’homme dans la « culture »), cette idée certes ne date pas du XVIIIe siècle. Mais le XVIIIe siècle la reprend et ce qu’il en fait continue d’investir le champ de la conscience moderne. Or cette idée est contingente, arbitraire, c’est-à-dire qu’elle peut (qu’elle doit) être problématisée, comme on a tenté de le faire à la fin du XVIe siècle, lequel a finalement préféré rejeter le débat. Aujourd’hui l’idée que les femmes font partie de la nature, qu’il y a d’un côté le privé (les femmes), de l’autre le politique (les hommes), cette idée est communément partagée à gauche comme à droite, elle traverse tous les « partis », toutes les obédiences, qu’elles soient de gauche ou de droite, conservatrices ou révolutionnaires.

Reproduction forcée, absence de droits, bas salaires, réclusion, menaces, coups, meurtres : ce serait là le « privé ». Ces réalités et les méthodes de façonnage d’individus pour en faire des femmes par dressage, domestication, mutilations ne seraient surtout pas du « politique ». Penser cet « ordre des choses » c’est repenser, redéfinir, le politique. Ce qui fait la « différence » entre la « gauche » et la « droite » serait alors de stratégie, le bastion servant d’administration de la preuve pour la droite, alors qu’à « gauche » et précisément depuis la fin du XVIIIe siècle, il y a débat sur la définition du sujet politique, problématisation possible du statut du sexe dans la définition du politique.

Si une question comme celle de la laïcité a perturbé récemment les clivages entre la gauche et la droite, elle n’a pas perturbé celui des sexes. La question du voile a bien montré, sinon l’inexistence de femmes dans le débat, du moins leur objectivation. Il se passe quelque chose de comparable avec le sida. Les femmes séropositives, celles dont la maladie est déclarée, ne sont pas pensées (pas traitées) comme des individus malades du sida, elles sont, consciemment ou inconsciemment pensées dans le discours, banal ou médical, et traitées dans l’accueil, le dépistage, la prévention ou la recherche médicale (les protocoles d’essais) comme des « vecteurs », actuels peut-être, potentiels toujours, de la maladie (comme elles l’étaient déjà de la syphilis). Même chose encore en matière de prospective scientifique ou technologique. Si on en juge par les attentes de la « collectivité » qui orientent le questionnement, l’orientation (et le financement) des sciences (cf. les débats sur les NTR, les travaux ou conclusions des Comités d’éthique), le présent le plus actuel accuse cette instrumentalisation des femmes. Qu’il s’agisse de politiques de développement ou de croissance (dont les politiques natalistes sont à la fois et un enjeu et l’une des stratégies), ou de toute autre prospective « à l’horizon de l’an 2000″, les femmes sont et restent instrumentalisées : moyens de la croissance (dans le tiers monde, la pauvreté des femmes s’accroît en fonction du développement), moyens des politiques natalistes, objet de transaction et/ou de compromis.

Dans son acception banale, le « politique » c’est la question d’un ordre qui n’intègre pas comme connaissance, critique, analyse, projet, la manipulation sociale du sexe. C’est au contraire son intégration comme fait naturel. Sur ce point aveugle commun à la gauche et à la droite s’édifient les pratiques mentales, concrètes, d’une société.

L’hétérosocialité est le vecteur du politique mais elle est supposée hors politique : une norme, qui prescrit la pratique et cette pratique elle-même. Les démentis auxquels elle se heurte, loin d’être déstabilisateurs, sont absorbés, phagocités par elle et la renforcent. Ce qui n’est pas « normal » (ou est autre chose), est sanctionné, ramené à la norme: annihilé ou intégré.

Colette Capitan et Colette Guillaumin

Prochoix n°20, Avril 2002

 

PROCHOIX n° 8 – décembre 1998

Les féministes et la question juive

Ce dossier ne porte pas sur l’antisémitisme, encore moins sur les antisémites mais sur la vigilance. Où en est la vigilance par rapport à la menace d’antisémitisme ? Comment traite-t-on de la question juive dans les milieux féministes.. Le bilan n’est pas brillant.

  • Exemple d’un forum de discussions tournant au pugillat contre ces ayatolahs-de-juifs-qui-rendent-antisémites sur internet.
  • Exemple aussi d’un texte d’Andréa Dworkin (parlant des femmes israëliennes comme des vicitmes d’une « nuit de christal en permanence » de la part des hommes israëliens) paru sans aucune présentation critique dans Nouvelles Questions féministes et qui aujourd’hui encore est sujet de polémiques. Retrouvez son analyse en détails.
  • Ainsi qu’un entretien avec Liliane Kandel qui vient de publier les actes du colloque Féminisme et nazisme.
Et aussi
  • Une enquête sur les anti-PACS : le résumé et les portraits des députés les plus homophobes au cours des débats à l’assemblée nationale, un portrait complet de Christine Boutin et de son palmarès « pro-vie ». Une analyse de la nouvelle stratégie de communication du mouvement « pro-vie » à travers les manifestations anti-Pacs.
  • Un article de recherche de Nadège Ragaru, politiste, sur les effets de la transition sur les droits des femmes en Bulgarie post-communiste…
  • Le récit mouvementé de la contre-manifestation organisée par Prochoix-Paris contre la Journée internationale pour la vie organisée la 17 octobre à la Mutualité de Paris par des associations « pro-vie » françaises et américaines.

samedi 12 décembre 1998

PROCHOIX n° 7 – septembre 1998

PACS : le droit de choisir son union

Comment, malgré l’approbation d’une bonne partie de la population, le gouvernement s’apprête à soutenir un Pacte civil de solidarité peu ambitieux, volontairement tenu à distance de l’égalité avec les autres couples sur tout ce qui concerne les droits succéssoraux, les délais, l’imposition, l’accès du conjoint à la nationalité française, les minimas sociaux, la filiation et le lieu d’enregistrement.

  • Caroline Fourest analyse surtout comment Elisabeth Guigou a saisi le prétexte de la pétition des maires anti-CUS de Michel Pinton pour rejeter la signature du Pacs en mairie.
  • Un article sur la «filiation intedite» revient sur ces universitaires de gauche qui, de Sylviane Agacinski à Irène Théry, ont ouvertement pris des positions naturalistes et moralisatrices contre le droit des homosexuels à la co-parentalité.
  • Dans un long entretien, Irène Théry répond à ProChoix sur ses positions en faveur d’un «ordre symbolique».
  • Retrouvez également quelques citations de maires les plus homophobes et le récit de Fiammetta Venner, en visite chez Artéa, la boîte de communication en charge de la pétition des maires de Michel Pinton.
  • Enfin, plongez dans les coulisses d’Avenir de la Culture, une association extrémiste et sectaire, spécialisée dans les campagnes d’incitation à la haine homophobe depuis dix ans et contre qui se bat le collectif FURIE !
Et aussi
  • «Notre choix de la mort est un acte de liberté» : Tristan Mendès France et Michael Prazan reviennent sur le choix de Roger et Claire Quilliot.
  • «Au nom de la vie» : Pierre-André Taguieff analyse la prise en compte de la doctine «pro-vie» par le Front national.
  • 4 pages d’infos exclusives sur la journée internationale pour la vie organisée le 17 octobre à la Mutualité de Paris par des associations «provie» françaises et américaines.

PROCHOIX n° 6 – juillet 1998

Prolife vs Prochoice aux Etats-Unis

Après un historique du bras de fer prolife v/s prochoice aux États-Unis, ProChoix raconte quelques unes des actions les plus violentes menées par les prolife ces derniers mois.

  • Présentation de Catholics for a free choice et Human life international (association « pro-vie » organisatrice d’un colloque à Paris le 17 octobre).
  • Plongeon dans une semaine d’actualité pro-life.
  • Un article sur le militantisme homosexuel new-yorkais: les 15 ans du Centre gay et lesbien de New-York.
Et aussi
  • Edito : un article complet sur le saccage dont a été victime le Planning familial de Villeurbanne dans la nuit du 11 au 12 mai 98.
  • Une enquête sur Droit de naître, cette association de lobby « pro-vie » qui abreuve l’Assemblée nationale de livres contre l’avortement.
  • Le procès des meurtriers d’Ibrahim Ali au jour le jour : retrouvez les résumés et des extraits détaillés des plaidoiries de ce jeune musicien assassiné d’une balle dans le dos par des colleurs d’affiche du FN.
  • Le Mondial vu de droite ou comment la presse de droite radicale a couvert le mondial du football…

PROCHOIX n° 5 – avril 1998

Les sponsors de l’extrême droite

A partir du Guide des sponsors du Front national et de ses amis, de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, ProChoix revient sur ces entreprises qui financent et cautionnent l’extrême droite. En exclusivité, découvrez la liste des financiers du parti de Philippe de Villiers, les sponsors de renom du IX congrès international « pro-vie »…

Et aussi
  • Edito : les régionales de 1998 et le droit de choisir
  • Enquête sur la pétition des maires anti-CUS de Michel Pinton
  • La « 8e journée mondiale pour la vie »
  • Coup de gueule contre Persona.
  • La Clinique Ordener a fermé ses portes
  • Une réflexion sur la « déportation pour fait d’homosexualité »
  • « Qui aime bien chatie bien », un article de Brigitte Rollet sur le sexisme dans les films de Bertrand Blier
  • Marie-Jo Bonnet et Françoise d’Eaubonne nous font revivre le 5 mars 1971, jour où le presque-né Front d’action Homosexuel révolutionnaire attaquait le premier congrès de Laissez-les-Vivre.
  • Retrouvez également un schéma complet, réalisé en collaboration avec l’Événement du Jeudi, illustrant la nébuleuse des associations « pro-vie ».

jeudi 2 avril 1998

PROCHOIX n° 3 – février 1998

Le Révisionisme « provie »

par Fiammetta VENNER

Partant du principe que les foetus sont des personnes et donc que l’avortement est un assassinat, les « provie » ont mis en place toute une rhétorique tendant à prouver que les foetus avortés connaissent le même sort que les juifs sous le nazisme. Lancés dans une course aux chiffres indécente faisant rivaliser le nombre de victime du nazisme avec celui de l’avortement, ils en viennent à penser l’avortement comme le « plus grand génocide de tous les temps ». En vertu de quoi, les défenseurs des foetus seraient les nouveaux « justes », des résistants et, à contrario, les avorteurs de nouveaux « nazis ». Pire, certains « provie » vont ensuite jusqu’à relever qu’il y a beaucoup de juifs parmi les avorteurs, ce qui, à leur yeux, laisse à penser qu’il n’ont jamais été exterminés…

Affiche du MFPF détournée par les provie pour faire apparaître Marx et Hitler aux côté des féministes…

Le « Nuremberg de la vie » : un site provie effrayant ! (Caroline Fourest)

ProChoix a débusqué un site internet du nom de « Nuremberg pour la vie » et dans lequel des pro-life jugent on line les partisans de l’avortement, dossiers et photos à l’appui, en prévision du jour où ils pourront les attaquer dans un « vrai » tribunal pour « crime contre l’humanité » ! Terrifiant…!

Les provie en campagne contre l’Ecole des Loisirs (Fiammetta Venner)

Retrouvez aussi un article sur la campagne de boycott menée par les Relais pour la vie contre l’Ecole des loisirs (une maison d’édition pour enfants qu’il accuse de faire la promotion de l’homosexualité !)

Et aussi
  • Inédit : Michel Delebarre épinglé. ProChoix raconte comment le candidat P.S., aujourd’hui président de la région Nord-Pas-de-Calais, avait accepté d’être membre d’honneur d’un congrés sur la famille provie en 1990…
  • Si l’Amérique n’existait pas, il faudrait l’inventer !
  • Vive les entreprises politiquement correctes !
  • L’âge ingrat des ‘Survivants’
  • Edito: Cendrine Lechevallier : attention, les couloirs du temps ne se sont pas refermés !

Les femmes sur le tapis de l’Assemblée

L’occasion est trop rare pour se priver d’un petit plaisir en réecoutant ici la séance du 12 novembre 1997, au cours de laquelle les députés de notre pays se sont entretenus quelques minutes des droits des femmes…

M. Yves Cochet (Verts). Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Dans quelques jours, à l’appel du comité national pour les droits des femmes, une manifestation aura lieu, à laquelle nous participerons peut-être, les uns et les autres. À ce propos, je rappellerai quelques enjeux et poserai une question. Un des premiers enjeux est la réduction du temps de travail . Même si le travail des femmes n’est pas une nouveauté-les femmes représentent 45% de la population active-on constate une évolution quant à leur rapport à l’emploi, qui est dorénavant marqué par plus de précarité et plus de temps partiel. S’agissant du temps partiel, je ne citerai qu’un seul chiffre : 83% des personnes qui occupent un emploi à temps partiel sont des femmes. On connaît les fluctuations du marché de l’emploi et la manière dont elles frappent davantage les femmes. Je crois profondément que les mesures de réduction du temps de travail, et donc les 35 heures maintenant, et les 32 heures à l’avenir (« bien sûr ! » sur plusieurs bancs du RPR et de l’UDF) sont des mesures authentiquement féministes, procédant d’une politique qui l’est tout autant. Autre enjeu, qui suppose un changement constitutionnel : la parité. Même si votre parti, monsieur le Premier ministre, a, aussi bien que le mien, fait des efforts lors des dernières élections pour présenter plus de candidates; notre assemblée ne compte encore que 10% de femmes. Quelle différence avec les assemblées du Nord de l’Europe ! Nous sommes les avant derniers sur les 15 pays européens ! Quand la parité sera-t-elle réalisée ?

M. Lucien Degandry. Cédez votre siège à une femme !

Yves Cochet. J’en viens à la question précise que je voulais vous poser, ne voulant pas m’attarder sur d’autres enjeux, tels que la lutte contre le proxénétisme, la lutte pour le droit à l’IVG, la lutte pour le partage du temps de travail, qu’il s’agisse du travail professionnel ou du travail domestique, car c’est à ce partage aussi que doivent aboutir les 35 heures. (« Ah ! » sur plusieurs bancs du RPR) A mon grand regret, il n’y a pas, parce que vous avez voulu un gouvernement resserré, de ministre des droits des femmes.(exclamations sur plusieurs bancs du RPR) Il faudrait au moins une délégation interministérielle pour les droits des femmes. Monsieur le Premier ministre, à quand la délégation interministérielle pour les droits des femmes ! (Applaudissements sur divers bancs du groupe radical, citoyen et vert et sur plusieurs bancs du groupe socialiste)

Mme Martine Aubry, ministre de l’emploi et de la solidarité,. Monsieur Cochet, je suis très heureuse que M le Premier ministre m’ait chargé de m’occuper des droits des femmes. Je partage le souhait qui doit être le même sur tous ces bancs, que la déléguée interministérielle soit rapidement désignée. Les candidatures, nombreuses et brillantes, sont celles de femmes attachées à ce combat. Le 1er ministre sera incessamment amené à arrêter son choix à choisir cette déléguée, et je m’en réjouis personnellement. Monsieur le député, vous avez eu raison de commencer par évoquer le problème du travail et de l’emploi. Si, dans notre pays, nous parlons beaucoup de parité au niveau politique-à ce propos, nous savons comment la gauche a su faire des choix, tout comme le Premier ministre pour former son gouvernement-, nous ne devons pas oublier que le problème majeur auquel sont confrontées nos concitoyennes est celui du travail et de l’emploi. Rappelons que les femmes sont plus touchées par le chômage que les femmes et que, pour la même qualification, leur rémunération est inférieure de 27% à celles des hommes.

M. Jean-Paul Charié. C’est faux !

Mme Martine Aubry. Rappelons aussi qu’à diplôme égal, elles mettent trois fois plus de temps à êtres embauchées et, quand elles le sont, elles sont moins rémunérées que les hommes ! Le CERC vient d’ailleurs de rendre à ce sujet un rapport ce matin. Rappelons encore que les femmes n’ont pas accès à la formation de la même manière que les hommes ! Sur tous ces points, comme je l’ai d’ailleurs toujours fait dans ce ministère, nous allons dans la ligne de la loi qu’Yvette Roudy a fait voter, relancer les grands programmes de la parité professionnelle afin de lutter contre la plus grande des inégalités d’aujourd’hui.

M. Lucien Degauchy . L’AGED !

Mme Martine Aubry. La seconde inégalité touche à la vie quotidienne et personnelle des femmes. Nous y travaillons avec Bernard Kouchner… (« Ah ! » sur les bancs de l’UDF et du RPR) Nous allons lancer une grande campagne sur la contraception, car les jeunes filles n’y ont plus recours aujourd’hui. (exclamations sur les bancs de l’UDF et du RPR) Cela vous fait peut-être rire messieurs de l’opposition, mais c’est un problème grave et très compliqué. (même mouvement) Nous devons aussi travailler sur les violences conjugales et, ainsi que vous l’avez rappelé, faire en sorte que le droit à l’avortement soit dans notre pays un vrai droit. Sur tous ces points nous travaillons actuellement avec le ministre de la santé. S’agissant de la parité, en faveur de laquelle le premier ministre s’est engagé, les travaux juridiques sont quasiment terminés. Quand la déléguée interministérielle sera désignée, nous pourrons, après un travail qui concerne l’ensemble du gouvernement, annoncer les premières mesures. C’est donc sur le champ immense du travail, de l’emploi et de la santé, en passant par la vie quotidienne, qu’il faudra avancer pour que les femmes de notre pays soient traitées à parité avec les hommes dans tous les domaines. Nous avons d’ailleurs demandé, dans la circulaire adressée aux préfets pour les emploi-jeunes, que la parité soit un critère à respecter. (Applaudissements de la gauche)

Paru dans ProChoix n°2 (janvier 1998)

lundi 12 janvier 1998

Entretien avec le Planning familial (Moruni Turlot)

Aujourd’hui le mot contraception ne choque plus, la pilule est entrée dans la vie de beaucoup de femmes. Mais en 1956, lors de la création de l’association la «Maternité Heureuse » qui 13 ans plus tard deviendra le Mouvement Français pour le Planning Familial,. la situation politique n’était pas la même. C’est peu de dire que le climat était hostile aux féministes à l’époque. ! Malgré de nombreuses attaques- on se souvient notamment de celle du Général (celui de « je vous ai compris») qui « ne voulait pas laisser la France à la bagatelle »- 1967 marque leur première victoire : l’autorisation de maîtriser sa fécondité est enfin légalisée. Après quoi, il faudra tout de même attendre 1975 pour voir un gouvernement légifèrer sur le droit à l’avortement. 30 ans, 20 ans plus tard, j’ai eu envie de rencontrer ces féministes, celles qui avaient contribué à mettre en place des lois aussi révolutionnaires ! J’étais surtout curieuse de savoir comment une association féministe pouvait garder son caractère militant tout en étant l’interlocuteur de la classe politique… Et dans quelles mesures le MFPF se retrouvait dans le mouvement Prochoix. Catherine Béranger et Jocelyne Girault-Laurence du planning familial ont bien voulu éclairer ma lanterne. Qu’elles en soient ici remerciées.

Où en est-on? En France c’est un pas en avant trois pas en arrière. Même si des lois sont votées, l’ignorance et les tabous font que les mentalités mettent un temps considérable à intégrer les progrès faits en matière de droit de choisir. 25 ans après sa légalisation, l’avortement déchaîne toujours les passions. On assiste depuis quelques années à un insidieux retour des valeurs familiales de la part des Provie comme de celle de nos partenaires. Comme si on ne pouvait pas concevoir une « contraception heureuse » sans que l’on sous-entende que c’est pour un temps. Malgré la libération sexuelle des années 70, les devoirs des femmes n’ont guère changé. Il est plus qu’urgent de considérer l’avortement pour ce qu’il est : un acte d’insoumission à la maternité obligatoire.

L’IVG au planning On refuse de dramatiser l’avortement . On ne s’autorise à aucun moment à juger les femmes. On évite par exemple de parler de « désir d’enfant ». Les consultations se font en groupe de 10, ce qui permet de parler plus librement, sans culpabilité. Le MFPF écoute et accueille des centaines de femmes par an. Que ce soit pour des consultations médicales, des conseils sur la pilule du lendemain ou pour rencontrer des conseillères conjugales. Les femmes du planning restent vigilantes car le retour de bâton ne se fait pas attendre.

Le préservatif L’arrivée du Sida change le comportement sexuel et les pratiques des jeunes femmes. L’utilisation de la capote remplace l’indétronable pilule. Mais il est bon de le dire que ce n‘est pas un contraceptif et qu’elle ne protège pas d’une éventuelle grossesse non désirée. Souvent l’utilisation du préservatif n’est pratiquée que pour un temps. Quand on est sûr que c’est « pour toute la vie », on s’en passe.

Les jeunes Les jeunes filles reviennent à des méthodes dites naturelles (Ogino, température) et ne reprennent pas leur pilule. Ces jeunes femmes isolées ne savent pas où s’adresser . Dans les hôpitaux publics, l’attente reste très longue. La spécificité de la France fait que les délais d’autorisations à l’avortement sont plus courts. Cela crée souvent des situations précaires. L’accent est mis sur l’information des jeunes femmes. Elles organisent des discussions sur les pratiques sexuelles.

Des regrets Les militantes regrettent le manque d’audace de la part des gouvernements de droite comme de gauche. On se souvient de Bérégovoy qui en 1992 avait annulé la campagne « la contraception, pour ne penser qu’à l’amour » L’éducation nationale n’est pas en reste non plus. Depuis longtemps, elles dénoncent le programme sur la reproduction des moules dans le littoral atlantique…

Droit de choisir Le planning familial lutte pour le droit de Choisir; la maîtrise de la fécondité est l’une des avancées les plus patentes des droits des femmes . Disposer de son corps, c’est s’assurer de son indépendance. Certains refuseront cet état de fait. Mais le combat continue mes soeurs.

Moruni Turlot

Paru dans ProChoix n°2 (janvier 1998)

Le Ver provie dans le fruit de la médecine (Caroline Fourest, Fiammetta Venner)

Ils étaient officiellement 10 031 médecins sur 68 778 à être contre l’avortement au moment des débats sur la loi Veil, ils seraient aujourd’hui 17000 en France à faire partie de la Fédération mondiale des médecins pour le respect de la vie…. sur une population globale de 189 252 pratiquants. Si l’on tient compte de la formidable augmentation du nombre des medecins en France, il n’y aurait donc plus que 9% des médecins hostiles à l’IVG contre 16% il y a vingt ans. D’un côté, la mise en application de la loi Veil a convaincu une bonne partie d’indécis, aujourd’hui soulagés de ne plus récupérer des patientes pissant le sang parce que charcutées à l’aiguille à tricoter. De l’autre, il existe toujours un noyau dur de fanatiques sur qui la mort de quelques milliers de femmes n’a jamais fait ni chaud ni froid. Car ceux là ne voient en rien l’avortement comme un problème médical mais politique. Ceux là ne sont pas de simples anti-IVG, ils sont Provie. La non remise en question de l’ordre naturel guide l’ensemble de leur pratique médicale. Et il ne fait pas bon aller consulter chez eux par hasard… L’histoire du mouvement anti-IVG/provie est aussi intimement liée aux parcours militants de certains médecins que le mouvement pro-IVG/prochoix. Là où des praticiens prochoix se sont élevés contre l’hypocrisie d’une législation qui, en ouvrant la voie aux avortements clandestins, tuait alors 370 femmes par an; d’autres s’acharnaient à n’y voir que jérémiades et une tentative diabolique de remettre en cause l’ordre naturel.

1. à l’origine du mouvement anti-IVG

Dès les années 60, le Vatican cherche à s’appuyer sur des médecins pour opposer un front moralisant aux couples qui désirent planifier leurs naissances. En 1961 et à l’initiative du père jésuite Stanislas de Lestapis, une poignée de médecins catholiques- parmi lesquels Maurice Abiven, Charles Rendu et Jérôme Lejeune- créent le Centre de liaison des équipes de recherches (CLER) où ils se chargeront d’enseigner des méthodes naturelles dites contraceptives aux jeunes couples ne souhaitant pas forcément avoir un enfant tous les neuf mois. Et qu’importe si la fameuse méthode thermique est en réalité plus capable d’engrosser par accident que le contraire… Ce réseau de médecins, bâti au sein du CLER, sera la première marche décisive vers un mouvement pour la vie hostile à l’avortement. Dès 1971, la plupart de ses membres sont appelés au chevet de la toute première association officiellement anti-IVG, Laissez-les-vivre. À cette époque, les provie pensent que si des médecins refusent en bloc de ne pas pratiquer l’avortement, il sera impossible de le légaliser. La même année, de jeunes médecins se regroupent pour tenter de riposter face à la campagne de presse qui entoure le procès de Bobigny et fondent l’Association des médecins respectant la vie (AMRV). Dès l’origine, l’AMRV n’est pas une simple association anti-IVG mais provie. Dans ses statuts, l’association prend bien soin d’indiquer qu’elle s’oppose tout autant aux agressions contre l’embryon qu’à l’euthanasie. Dès lors, elle participe à plusieurs manifestations et pétitions importantes, dont la plupart sont initiées par le professeur Jérôme Lejeune. Le 3 février 1973, quand il s’agit de porter plainte contre les 331 médecins qui ont signé un Manifeste reconnaissant qu’ils ont eux-mêmes pratiqué des avortements, c’est encore un médecin, un rhumatologue de Charleville-Mézières, qui porte plainte contre X pour provocation publique à l’avortement. Enfin, en juin 1974, 10 031 médecins signent une Déclaration des médecins de France destinée à soutenir que « l’avortement n’est pas l’acte d’un médecin » .

2. Aujourd’hui qui sont-ils ?

Aujourd’hui encore, vingt ans après la loi Veil, 20% des provie sont médecins. Là où les bienfaits de l’IVG légalisé ont achevé de convaincre les indécis, elle a en revanche mobilisé une arrièrre garde catholique particulièrement tenace. Faut-il croire la Fédération mondiale des médecins favorables à la vie quand elle revendique dans un courrier interne quelque 17000 membres en France ? Probablement. D’autant que cette fédération ne comprend sûrement pas l’ensemble des praticiens décidés à s’opposer d’une façon ou d’une autre à ce qu’ils considèrent contre-nature. De notre côté, en tout cas, nous avons répertorié au moins 3000 médecins ayant clairement pris position contre le droit de choisir. Si, certains, comme le docteur Xavier Dor, vont jusqu’à mener des actions commandos, d’autres s’investissent dans le lobbying provie, d’autres enfin se contentent d’abuser du pouvoir que leur confère leur profession… Mais quelque soit leur moyen d’action, il faut bien comprendre que nous ne sommes plus seulement en face de médecins réticents vis-à-vis de l’avortement mais de militants « provie ». Pour beaucoup, la Bible a plus droit de cité que le Vidal. Leur opposition à l’avortement n’est qu’un révélateur… Au-delà de la question de l’IVG, les provie (sans s) sont partisans de la Vie comme émanation sacrée, divine. Ce qu’ils refusent par-dessus tout, c’est que l’homme puisse remettre en cause l’ordre naturel, qu’il puisse maîtriser la nature, cette oeuvre de Dieu. Cette sacralisation de la vie les conduit à être hostiles non seulement à l’IVG mais à tout ce qu’ils jugent contre-nature : PMA (procréation médicalement assistée), homosexualité, euthanasie ou même péridurale. Cette arme diabolique qui empêche les femmes d’ « enfanter dans la douleur » ! C’est pourquoi, il nous semble si réducteur de les appeler anti-IVG alors même que leur adhésion à la Vie à n’importe quel prix leur fait remettre en cause bien d’autres aspects de la société et de la médecine.

3. Quels sont leurs moyens d’action ?

Ne nous y trompons pas, la plupart des médecins provie sont assez réalistes pour savoir que la loi de Veil a peu de chances d’être abrogée. En revanche, rien ne leur interdit de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que les femmes avortent dans les plus mauvaises conditions possibles, qu’elles souffrent comme l’exige la nature…

• L’endoctrinement et le lobbying

L’idéologie provie regorge de théories fumeuses que ses militants se chargent de diffuser dans les aumôneries mais aussi et surtout dans les hôpitaux et les universités. Les étudiants en médecine constituant le premier public à convertir. À titre d’exemple, le Dr Vignes de l’association Laissez-les-vivre a fait un jour distribuer dans les écoles une Lettre à une élève-infirmière pleine de précieuses recommandations. Partant du principe que « la vie commence à la conception » ou encore que «la liberté de la femme, c’est d’assumer son devoir, de porter l’enfant », Vignes insiste sur le rôle de l’infirmière qui est de tout faire pour que l’entretien pré-IVG prévu par la loi Veil soit dissuasif. D’ailleurs, si on lui propose un poste dans un CIVG et même si cela gêne sa conscience, il faut malgré tout qu’elle l’accepte, pour ne pas laisser le terrain hospitalier devenir le « monopole des consciences laxistes ». Cela dit, si la chose lui paraît au-dessus de ses forces, elle peut toujours se déclarer objectrice de conscience et adhérer à l’Union syndicale des professions de santé respectant la vie humaine qui se chargera de lui fournir une aide syndicale et judiciaire en cas de problème avec ses employeurs ». C’est à travers ce genre de courrier que des rumeurs persistantes se propagent et sont mises en application à la faveur du premier médecin ou infirmière complice venu. L’une d’elles consiste à dire qu’il est nécessaire que les femmes souffrent au moment d’avorter pour qu’elles n’aient pas envie de récidiver. À l’inverse, toute une théorie tend à faire croire que le foetus souffre pendant l’avortement. C’est pourquoi l’on conseille aux jeunes étudiants en médecine de proposer une piqûre intrafoetale à la patiente pour éviter que Lui ne souffre. Ce qui a, vous l’imaginez, un effet des plus rassurants… Aux États-Unis, afin de se concilier les bonnes grâces des prolife, de ne pas subir leurs commandos, plusieurs cliniques ont non seulement accepté de faire cette piqûre mais elles pratiquent désormais l’IVG sans anesthésie pour les femmes. En France, déjà, certains Centres d’interruption volontaire de grossesse (CIVG) ont pris les devants. Par exemple à la Roche-sur-Yon où l’anesthésie est systématiquement refusée aux patientes. En France également, les provie soutiennent la thèse selon laquelle il y aurait un nombre croissant de dépressions chez les femmes ayant avorté. Une jolie légende de syndrome post-avortement qui n’avait rien de réel jusqu’au début des années 90. Date à laquelle l’intrusion de militants anti-IVG dans les cliniques, leurs insultes et le simple risque de tomber sur l’un d’entre eux à effectivement considérablement augmenté le stress des patientes…

• Les commandos

À l’image du célèbre docteur Dor, les médecins les plus militants n’hésitent pas à participer à des actions commandos. Parfois, ils y sont même invités par leurs confrères ou consoeurs. En février 1995 de nombreux médecins de la région lyonnaise recevaient ainsi une lettre du docteur Valérie Dubreuil-Foulquier : « L’avortement se produit par morcellement du foetus vivant dans l’utérus de sa mère. L’échographie nous permet de voir, en direct, un avortement : le foetus essaie d’éviter la sonde qui le démembre, il se réfugie au fond de l’utérus et…n’échappe pas ». Après cette délicieuse entrée en matière dont l’inspiration ne vient ni plus ni moins du Cri silencieux, un film de propagande, le lecteur est convié à s’associer aux actions commandos.

• Les pétitions

Dans un autre style, certains acceptent plus facilement de se compromettre à l’occasion d’une pétition. L’une de celles a avoir rassembler le plus de signatures s’est faite-sans surprise-au moment des débats sur la bioéthique à l’assemblée nationale. Le 20 avril 1994, une page de publicité du Monde est louée sous le nom d’ « Attestation des défenseurs de la vie ». Le texte évoquant le sort des embryons congelés, la destruction des embryons surnuméraires, dénonçant l’euthanasie et exigeant que la nation proclame «devant la loi que tout être humain est une personne, de sa conception à sa mort » recueille la signature de deux mille cinq cents praticiens dont plusieurs sont officiellement proches des anti-IVG : Lucien Israël, Jérôme Lejeune ou Emmanuel Sapin…

• La captation et l’orientation

Relais stratégique, les médecins médecins provie profitent de ce qu’une patiente lui demande conseil au moment où elle apprend sa grossesse pour l’orienter vers des associations anti-IVG. En cela, ils constituent le premier maillon d’un réseau de captation de femmes désireuses d’avorter particulièrement inquiétant. Sous couvert de rendre service, d’offrir des layettes ou une aide matérielle, des associations provies type SOS futures-mères de Laissez-les-Vivre, Grossesse secours ou Vie et liberté distillent habilement leur propagande… Pour peu qu’ils aient à faire à des femmes marginalisées, sans papiers ou à la recherche d’un logement, certaines parviennent à les convaincre de faire adopter leur enfant plutôt que d’avorter. Après quoi, ils les recommandent à des maisons d’accueil traditionalistes ou charismatiques de leur connaissance. Mère de miséricorde, Tom Pouce, Magnificat… À titre indicatif, la communauté charismatique de l’Emmanuel dit s’occuper de 10 000 accouchements sous X par an… Ce qui est sûr, c’est que beaucoup trop de femmes passent entre leurs mains…

• Les commandos de persuasion

En toute logique, les médecins ou infirmières provie profitent de leur position pour dissuader directement leurs patientes d’avorter. En cas d’échec, il leur reste la possibilité de faire poiroter leur proie à huis clos dans une salle d’attente et d’appeler en renfort des militants anti-IVG. Plusieurs femmes ont été ces dernières années, victimes de cette nouvelle forme de commando, fait avec la complicité de leur médecin et que nous appelons des commandos de persuasion. Enfermées plusieurs heures dans une salle d’attente le jour de leur IVG, elles se sont retrouvées aux prises avec un bataillon de militants provie chantant, priant et s’obstinant à la dissuader d’avorter ! Il est aujourd’hui très difficile d’obtenir le témoignage de ces victimes. Traumatisées, beaucoup d’entre elles préfèrent oublier. Mais il ne semble pas s’agir de cas isolés…

• La sadisation

Lorsqu’ils ne sont pas intervenus à temps pour dissuader leurs patientes d’avorter, les médecins provie n’ont pas encore dit leur dernier mot… Leur dernier va-tout consiste à pratiquer eux mêmes l’IVG dans les conditions les plus odieuses qu’il soit. Ainsi tel médecin est connu pour ne jamais faire d’anesthésie…telle femme se souvient d’avoir été forcée d’avorter dans la même pièce qu’une femme enceinte… telle autre en face de l’ascenseur de l’hôpital ! Enfin, il ne faudrait pas croire que ce genre d’histoire n’arrive qu’aux autres. Si l’on tient compte du simple chiffre avancé par le Fédération mondiale des médecins pour le respect de la vie, il existe tout de même 9 chances sur 100 de croiser un jour un médecin provie. Un risque considérablement accru par l’ignorance des organismes sociaux comme le Ministère de la santé qui n’hésite pas à recommander SOS Futures-mères ou le CLER dans une de ses brochures nationales ! Et ça ne risque pas de s’arranger quand on sait que Jacques Chirac fait partie du comité d’honneur des Amis du professeur Lejeune…

Caroline Fourest & Fiammetta Venner

Paru dans ProChoix n°2 (janvier 1998)12