Edgar Morin et les lanceurs d’alertes réactionnaires

Pour les moins de 30 ans, Edgar Morin restera comme l’homme des mauvais choix. Exit la critique du monothéisme, et les engagements passés de celui qui a perdu la minimale vigilance qu’on attendrait d’un « penseur de la complexité ». Après s’être fourvoyé dans la défense de Tariq Ramadan, il vient d’adouber un autre paragon de l’intégrisme, chrétien cette fois : Henri Joyeux. Si sur Ramadan, certains de ces vieux compagnons pouvaient excuser un orientalisme béat (à l’égard d’un citoyen suisse), sur la béatification d’Henri Joyeux, les explications sociologiques seront plus difficiles à trouver.

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Confondre progressistes et réactionnaires grâce à Tariq Ramadan

Tariq Ramadan, comme la plupart des prédicateurs fréristes à destination des Occidentaux a pour quasi unique objectif d’anihiler la pensée critique de ces derniers. Edgar Morin était une cible idéale. Comme lui, d’autres (animateurs, journalistes, patrons de presse…) ont abdiqué leur sens critique, ce qui était plus facile vis à vis de certaines cibles que pour d’autres. Pour ferrer Edgar Morin, plusieurs gages ont été necessaires. Une énième émission chez Frédéric Taddei ou les deux hommes ont « débattu ». Un débat avec Léa Salamé « dans un bel hôtel de Marrakech, sous les orangers » selon les propres termes de l’animatrice qui se concluera par un affligeant « il-s’est-créé-une-amitié-entre-nous ».

L’amitié entre les deux hommes est gravée dans le marbre lorsqu’il devient l’Invité-vedette du  « Centre de Recherche de la Sharia et de l’Éthique Islamique » du Qatar, le 29 octobre 2013. L’ancien intellectuel de gauche y pérorera quelques absurdités comme son désir de remplacer les professeurs par des « mondiologues, des professeurs capables d’enseigner l’être humain, et avec lui, la famille, la consommation, les médias, internet… tout ce qui concerne la vie personnelle ». Une volonté qui figure dans le programme des propagandistes frèristes qui, à l’instar de Tariq Ramadan, veulent développer des enseignements alternatifs, plus conformes aux désirs des communautés.

A aucun moment, Edgar Morin ne semble avoir pris le temps de feuilleter les milliers de pages ou même écouter les enquêtes qui décryptent la doctrine de Tariq Ramadan. (Ici, Ici, Ici)

Notamment lorsque Tariq Ramadan revendique l’héritage de son grand père, fondateur des Frères musulmans : « J’ai étudié en profondeur la pensée de Hassan al-Banna et je ne renie rien de ma filiation. »

Ou lorsqu’il se prononce contre la mixité des piscines.

Sans parler des termes que Tariq Ramadan emploie. « Opération » pour les attentats du 11 spétembre. « Exécution » pour l’assassinat de Sadate. Ou quand il recommande à ses partisans de « ne pas être naïf » concernant les attentats de Paris. Ou encore quand il dit n’être « Ni Charlie, Ni Paris ».

 Après autant de concessions à l’intégrisme, l’ancienne égérie de gauche était mur, pour s’émoustiller devant tout intégriste un tant soit  peu populaire.

 

Qui est le nouveau coup de cœur d’Edgar Morin ?

Dans son tweet, Edgar Morin nous vend le professeur Joyeux comme « notre lanceur d’alerte-santé dont le rôle est unique, précieux, indispensable va être radié de l’Ordre des Medecins. » La première question que l’on se pose en lisant ce tweet est de savoir qui est ce « nous » ?

Au milieu de twittos anonymes, au profil souvent proche de l’extrême-droite catholique, certains soutiens sont révélateurs. Parmi eux :

 Les sites complotistes / d’extrême droite:

− Égalité et Réconciliation, d’Alain Soral

− Le Libre Penseur

− Réseau International

− Le Salon Beige

− Media Presse Info

− Terre Et Peuple…

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L’académie de Médecine a rappelé assez clairement que les propos du Pr. Joyeux ne se fondent sur aucune preuve scientifique, voire alignent des contre-vérité ; cependant il existe des fans du Professeur Joyeux. 450 000 personnes reçoivent sa liste de diffusion gratuite. Ses articles sont massivement relayés sur les réseaux sociaux. A ses futurs lecteurs, il explique : Le « Professeur Henri Joyeux est une encyclopédie vivante de connaissances, validées par la pratique médicale, de conseils sur la santé. En cinquante ans de pra- tique, il s’est aperçu que les moyens de prévention sont, de loin, les plus ef caces. Il a pu faire le tri entre ce qui marche et ce qui ne marche pas. Il pense en particulier que les cinq principaux cancers (sein, prostate, poumon, côlon et rectum) sont aussi les plus faciles à prévenir ! »

Le Pr Joyeux n’hésite pas à faire des propositions en matière de santé publique. Une habitude qu’il a prise quand il représentait Familles de France. Il propose par exemple de faire moins de Frottis vaginaux. Ou sur la question de l’IVG, le Pr Joyeux explique : « Ce sont 220 000 gosses qui partent à la poubelle, alors qu’il y a des de- mandes d’adoption. Souvent, c’est la faute des pères, qui n’assument pas. Les femmes sont trop gentilles, elles se font avoir par les hommes. » Quel beau lanceur d’alerte.

A Montpellier, Henri Joyeux fonde les Ecoles de la Vie et de l’Amour, où il enseigne des cours d’éducation sexuelle aux enfants et adolescents. Il y affirme entre autre : « Il faut absolument que je vous explique ce qu’est l’homosexualité… c’est une blessure du cœur ». Ses discussions sont mises en 2003 sous forme de livre : Les bouillonnements de l’adolescence. Dans la même collection, paraîtra Ne Deviens pas Gay tu Seras Triste. Il multiplie les conférences et les propos homophobes depuis les années 80. En 2015, il maintient : l’homosexualité est due à « une éducation sexuelle inexistante, une grande sensibilité de l’adolescent, et une absence du père », à laquelle on pourrait remédier.

Pédagogue, il n’hésite pas à expliquer sa vision des choses aux en-fants. Dans Sentiments, sexualité, sida (13-15 ans), la petite Amélie demande:

-Pourquoi appelle-t-on “sexualité” la sodomie?

-Réponse d’Henri Joyeux: Comme vous le savez, dans l’Ancien Testament, à Sodome, les mœurs étaient telles que les hommes n’allaient plus avec les femmes. On pense donc que les hommes restaient entre eux pour développer des relations homosexuelles et utilisaient leur sexe masculin en pénétrant l’anus et donc le rectum des hommes, des femmes et même des animaux. (…) On peut imaginer facilement que ceux qui réalisaient ces pratiques avaient certainement reçu une éducation sexuelle insuffisante.”

Henri Joyeux a longtemps été directeur d’une collection intitulée « écologie humaine ». Il a édité et préface les ouvrages de Bruno Comby, le promotteur de Guy-Claude Burger pape de la secte de l’instinctothérapie, condamné pour exercice illégal de la médecine et pour attouchement sexuels sur mineurs.

Lorsque le Vatican cherche un scientifique pour cautionner un “miracle”, c’est à Joyeux que l’on pense. En 1996, il a été choisi pour conduire une équipe médicale à Medjugorje, une ville où des en- fants disent avoir eu une vision. Joyeux a confirmé que les enfants n’avaient pas halluciné.

Au delà de ses prises de positions complotistes autour de la vaccination (débunkées ici), la revue Prochoix a déjà dénoncé ses propos rétrogrades et homophobes, ainsi que ses liens avec l’extrême-droite catholique. ici et ici

Ces liens sont concrétisés dés 1989 lorsqu’il se présente en tête de liste du parti politique ultra-conservateur Alliance : « Ces hommes et ces femmes s’appuient sur les valeurs de la civilisation chrétienne de l’Europe. Pour l’enfant, pour la famille, pour l’Europe ». André Nester, le fondateur d’Alliance, reçoit le soutien de Bruno Mégret ou encore d’Henri de Lesquen. 

Henri Joyeux est également un habitué des conférences anti-avortement. Il a écrit dans les très conservateurs et anti-IVG Cahiers Saint-Raphaël, a parrainé la Fête pour la Vie, un rassemblement anti-choix, a publié de nombreuses vidéos Youtube où il pourfend l’usage de la pilule… avec toujours des propos alarmistes aux accents complotistes.

Les débats sur le mariage pour tous et les ABCD de l’égalité seront pour Henri Joyeux l’occasion de revenir dans le débat public. Présidant l’ultra-conservatrice association Famille de France de 2001 à 2013, il milite aux cotés de la Manif pour Tous contre ce qu’il nomme le « lobby gay » et « la théorie du genre ». Il affirme même que « la bisexualité, c’est ce qu’on essaie de nous injecter ». On remarquera encore une fois son attrait pour la dénonciation de soi-disant « complots ». Il se présente par ailleurs à cette époque comme un « résistant ».

Officiellement en retraite depuis plusieurs années et maintenant radié de l’Ordre des Médecins, il continue d’intervenir lors de conférences payantes. Le 1er et 2 octobre 2016, il se rendra au Congrès International de Santé Naturelle à Paris. Pour la somme de 110 euros, L’Institut pour la Protection de la Santé Naturelle (IPSN) propose l’autoproclamé « plus grand congrès de santé grand public en Europe ». Henri Joyeux est invité aux cotés de Philippe Even, pneumologue interdit d’exercer la médecine pendant 1 an, suite à un ouvrage ultra-critique sur les traitements anti-cholestérol, jugé anti-déontologique, dangereux pour les patients et pourvu de visées commerciales. L’IPSN est également l’organisme qui diffuse les pétitions anti-vaccins du professeur Joyeux. L’IPSN est financé en partie par Santé, Nature, Innovation (SNI Édition), une société également partenaire du Congrès International de Santé Naturelle à Paris. Son fondateur, Vincent Laarman, a également fondé en 2011 SOS Éducation (une association s’opposant au thème de l’IVG dans les classes d’école, et à la participation de syndicats de professeurs à la Gay Pride) et en 2007 le pro-répression Institut pour la Justice. Toutes ces organismes récoltent des données personnelles par le biais de vidéos alarmistes et de pétitions, puis fonctionnent sous forme de mailings.

Les réseaux d’Henri Joyeux au sein des milieux d’extrême-droite catholique et des milieux complotistes ne datent pas d’aujourd’hui. Aujourd’hui les réseaux d’Henri Joyeux vont au delà. Il a réussi à convaincre d’autres dirigeants intégristes qui eux même ont réussi à anihiler la pensée critique  de quelques intellos. Le parcours et le coup de cœur d’Edgar Morin est a analyser ainsi.

Carla Parisi

 

 

 

 

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Iconoclaste (Jusqu’au 19 juin)

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La Galerie Mansart est heureuse d’accueillir la première exposition personnelle en France d’Oksana Shachko.
Passionnée depuis son plus jeune âge par les icônes religieuses, ses études de philosophie et son engagement dans la fondation du groupe ukrainien des FEMEN ont subverti sa peinture en arme activiste.

Les références esthétiques des icônes d’Oksana Shachko puisent dans une ironie révolutionnaire, et la force de la dénonciation sociale et religieuse révèle les grandes qualités techniques et artistiques de son travail, dans une dialectique puissante entre réflexion et action.

En savoir plus : www.galerie-mansart.fr

Curateur : Azad Asifovich

Les « survivants » anti-IVG de retour, 20 ans après.

Samedi 4 juin, un drôle de cortège d’un soixantaine de personnes défilait à Paris autour du centre Pompidou. Les « survivants » se sont enroulés de papier adhésif où était inscrit « conforme » et distribuaient des tracts anti-IVG aux passants. Sur fond de musique pop, vêtus de casquettes et vestes branchées, aux cris de « nous sommes tous des survivants », l’image se veut jeune et moderne malgré la présence de femmes plus âgées quelques peu en retrait qui surveillent le bon déroulement de l’opération. Le quartier du Marais a été redécoré d’affiches anti-IVG de l’association SOS Tous Petits, connue pour ses prières de rues et ses commandos dans les planning familiaux, et qui ont valu la condamnation de son président Xavier Dor à 10 000 euros d’amende en 2014 pour entrave à l’IVG.

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Face aux « survivants », presque autant de contre-manifestants issus de divers mouvements féministes sont venus dénoncer ce happening avec des pancartes « mon corps, mon droit », « lâche mes ovaires », « Simone Veil(le) », « droit de l’enfant à être désiré et non imposé » ou encore « je bénis l’avortement ». Le happening des « survivants » devait rester secret quant à l’heure et le lieu choisi, mais des informations ont fuité sur les réseaux sociaux. Ce face-à-face a donné lieu à plusieurs échauffourées avec le service d’ordre des « survivants », ainsi qu’avec certains « survivants » qui portaient des foulards sur la bouche et des casques de moto. Le Petit Journal est sur place pour couvrir l’affrontement.

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Les « survivants », en majorité des garçons, d’une vingtaine d’années, se sont préparés à l’événement. Ils ont reçu une liste des questions fréquentes des journalistes et des passants, avec des réponses toutes-faites également consultables sur leur site internet. Les femmes sont poussées devant les caméras pour tenter de cacher leur infériorité numérique, mais les garçons restaient majoritaires et en tête de cortège.

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D’ou viennent –ils ?

Les « survivants » sont initialement une émanation de l’association catholique d’extrême-droite La Trêve de Dieu, qui organise à partir de 1987 des opérations commandos, allant jusqu’à s’enchaîner dans les blocs opératoires des centres IVG pour en troubler le fonctionnement. (Voir ici l’enquête de Prochoix)

En 1997, le bulletin de la Trêve de Dieu nomme ses militants les plus jeunes « les survivants ». Dans la fin des années 1990, la Trêve de Dieu perd une partie du contrôle de ses « survivants », qui pour des raisons marketing, refusent d’afficher clairement leur étiquette catholique et politique. L’objectif est resté le même : introduire le concept de « syndrome du survivant » pour désigner toute personne… vivante, donc dont la mère « n’a pas avorté ». Leur signe de ralliement est de lever la main en baisant l’annulaire, de façon à symboliser par ce doigt baissé l’embryon qui est mort pour les quatre autres qui statistiquement restent dans le ventre de la mère.

Le message délivré lors de leur manifestation, quasi inaudible, est très bien expliqué sur leur site internet.

Quatre catégories de « survivants » sont décrites : les enfants qui n’auraient pas dû naître, les enfants qui sont nés par hasard, les enfants « remplaçants » d’un frère ou d’une sœur avortés, ainsi que les survivants statistiques. Cette dernière catégorie désigne les « enfants nés dans un pays ou une région où l’avortement est courant », victimes de la « loterie » de l’avortement… donc au final, tous les enfants du globe.

Puisque tout le monde vivant est un « survivant », nous apprenons que nous sommes tous atteints de « culpabilité existentielle, angoisse existentielle, attachement anxieux, connivence pseudo-secrète, méfiance, manque de confiance en soi, culpabilité ontologique ». Pour régler leurs difficultés, les survivants «  tombent facilement dans l’usage de la drogue ». Ce qui expliquerait peut-être certaines choses.

Une vision apocalyptique des droits des femmes est décrite, où l’avortement est responsable de tous les maux de notre société : « l’avortement est lié à l’exclusion et au mal-être de notre société. Les jeunes voient leur avenir avec pessimisme ;  le taux de chômage des jeunes est élevé ; les gens ne sont plus capables de se mobiliser pour de grandes causes ; l’exclusion ne cesse d’augmenter ; les sondages montrent que les fossés entre générations continuent inexorablement de se creuser ; la violence augmente régulièrement, spécialement celle exercée sur des enfants ; la fécondité est descendue en-deçà du seuil de remplacement des générations, ce qui veut dire que notre population est amenée à diminuer dans les prochaines années; les gens ne croient plus à l’amour vrai et durable ; un couple sur trois divorce en France, un sur deux à Paris, etc. Il est capital d’avoir conscience que l’avortement a sa part de responsabilité dans cette évolution, et que tu es concerné directement, c’est ton avenir qui est en jeu ».

Sous forme de questions-réponses, ces jeunes personnes veulent revenir sur la loi de 1975 légalisant l’avortement, quelque soit la situation, ainsi que culpabiliser la contraception. Tous les cas de figures sont envisagés, mêmes les plus graves, sous un angle moraliste pro-vie assumé. Le best-of :

  • à propos de l’avortement après un viol :
    • « Il faut savoir que les cas de fécondation après un viol sont excessivement rares. Le corps de la femme est fait de telle sorte qu’il y a un phénomène naturel bloquant la fécondation lors du viol », « sa mère croira exorciser son viol en avortant, certes ; mais c’est un faux raisonnement »,
    • « plaçons-nous maintenant du côté de l’enfant. Il n’a rien demandé, il est innocent du crime que son père a commis même s’il en est le fruit. De quel droit paierait-il de sa vie ce crime ? »,
  • à propos des viols conjugaux, qui seraient dus au droit à l’avortement : 
    • « les violeurs sont aujourd’hui pour un tiers le mari ou le petit ami de la victime. Pourquoi ? Parce que la femme est trop souvent considérée comme un objet de consommation, et sa féminité est très peu respectée ».
  • à propos de la contraception : 
    • « le danger est grand, lorsqu’on banalise le geste contraceptif, de se sentir déresponsabilisé vis-à-vis de la valeur de la vie, et d’en arriver à envisager l’avortement comme un moyen extrême de contraception. Lorsqu’une femme qui pratique la contraception oublie de prendre sa pilule, un soir, et le préservatif n’étant pas fiable à 100%, le risque de fécondation existe toujours. Lorsqu’une grossesse accidentelle survient, elle est en général non désirée, personne ne s’y attend, mais ce n’est pas une raison pour passer à l’avortement ».
    • « certains moyens considérés comme contraceptifs sont eux aussi abortifs. C’est ce qu’on appelle « l’avortement camouflé ». Ainsi en est-il de la « pilule du lendemain ». Cette pilule, qui se prend le lendemain d’un rapport non protégé, est destinée à empêcher l’œuf fécondé (si œuf il y a) de s’implanter dans l’utérus », « et il est tout aussi éthiquement inacceptable de supprimer un embryon de quelques heures que de supprimer un fœtus de 10 semaine ou même de 9 mois ».
  • « le stérilet (petit fil de cuivre installé dans l’utérus) est un moyen abortif, qui empêche l’œuf déjà fécondé, de se fixer à la paroi utérine. L’embryon, qui n’a que quelques jours, meurt sans que personne ne le sache, et c’est bien un avortement qui se passe en silence. Chaque année, en France, plusieurs millions d’êtres humains sont ainsi privés du droit à la vie, sans que personne ne s’en émeuve ».
  • à propos de l’IMG (interruption médicale de grossesse, pour les cas de pathologie grave pour l’enfant) :
    • « l’IMG conduit à l’enfant objet et à l’eugénisme actif, qui n’est pas et ne pourra jamais être un progrès de la médecine. Nous dédouaner de notre propre souffrance en lui supprimant le droit de naître est une solution qui, si elle peut se comprendre, ne peut être légitimée et acceptée comme bonne ».
  • à propos de la régulation des naissances, notamment dans les pays du Tiers-Monde, où l’avortement clandestin tue près de 50 000 femmes par an :
    • « Nous ne sommes pas trop nombreux sur terre! On nous abreuve de cette vision malthusienne de la surpopulation. Il y a assez de ressources naturelles sur terre pour nourrir encore 10 fois la population mondiale ».
    • « pour des raisons de santé publique, on a instauré l’avortement légalisé, sous prétexte de faire du « travail propre ».
    • « Les femmes africaines ont 10 enfants chacune ? C’est que leur pauvreté est telle que leurs enfants sont une assurance retraite pour elles. Il en meurt beaucoup, et, elles le savent seuls les enfants les plus résistants arrivent à survivre dans ce monde sans pitié ».

Et enfin, une vision on ne peut plus paternaliste des droits des femmes : « Qu’une femme choisisse ou non la maternité, d’accord ; qu’elle supprime ou qu’on supprime son enfant, je ne suis plus d’accord. Qu’elle prenne la pilule si elle y tient, qu’elle assume sa féminité, et que les hommes assument et respectent eux aussi la féminité de la femme ». « En somme, c’est incontestablement la femme qui est la personne la plus concernée par le bébé qu’elle porte, mais la décision d’avorter ne lui appartient pas pour autant ».

Malgré un marketing assurément jeune et moderne et un logo en forme de super-héros, les « survivants » ne passent pas l’épreuve du debunkage féministe.

 

Carla Parisi 

Djemila Benhabib Prix de la liberté d’expression 2016 du Difference Day

L’auteure québécoise Djemila Benhabib recevra le 3 mai à Bruxelles le Prix de la liberté d’expression pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la 2e édition du Difference Day, événement organisé dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Djemila Benhabib, éditée en France par H&O, a publié son 4e essai Après Charlie en janvier dernier.

L’alliance des Universités bruxelloises VUB et ULB remettra le « Difference Day Honorary Title for Freedom of Expression » à Djemila Benhabib mardi 3 mai 2016 en clôture du Difference Day. L’auteure sera distinguée pour sa « contribution vitale à la protection et à la promotion de la liberté de pensée et d’expression dans une société démocratique en perpétuel changement ». Elle succède au blogueur Raïf Badawi, Prix 2015.

Le Difference Day, destiné à célébrer la liberté de la presse et d’expression, est organisé par la Vrije Universiteit Brussel, l’Université Libre de Bruxelles, la Erasmushogeschool Brussel, Brussel Platform of Journalism, BOZAR, Evens Foundation et iMinds, sous le patronage de la Commission européenne, de l’UNESCO et du Parlement européen.

Djemila Benhabib, un combat humaniste sans relâche
Née en Ukraine en 1972 d’une mère chypriote grecque et d’un père algérien, Djemila Benhabib a grandi à Oran dans une famille de scientifiques engagée dans des luttes politiques et sociales. Très tôt, elle prend conscience de la condition subalterne des femmes de son pays. Condamnée à mort par les islamistes, sa famille se réfugie en France en 1994. Djemila Benhabib s’installe au Québec, seule, en 1997, où elle mène des études en physique, en science politique et en droit international. Elle débute sa carrière d’essayiste avec Ma vie à contre-Coran, qui remporte le prix des Écrivains francophones d’Amérique en 2009. Elle reçoit des mains de Charb, alors directeur de la publication de Charlie Hebdo, le Prix international de la laïcité 2012 à l’occasion de la sortie en France, chez H&O, de son essai Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident. Djemila Benhabib publie L’automne des femmes arabes chez H&O en 2013 et reçoit le Prix humaniste du Québec en 2014. Après Charlie sort en janvier 2016. Son engagement lui vaut d’être régulièrement la cible de menaces physiques, de campagnes d’intimidation et de poursuites judiciaires abusives de la part de groupes islamistes et de leurs alliés, notamment au Canada.

Après Charlie, H&O 2016
Depuis le 7 janvier 2016, date de sortie de son nouvel essai Après Charlie, Djemila Benhabib parcourt l’Europe et le Québec pour appeler à un sursaut laïque face à la progression de l’intégrisme islamique dans les sociétés occidentales et aux idéologies totalitaires toujours en place dans le monde. Dans Après Charlie, Djemila rappelle que la chute des grandes idéologies du XXe siècle a entraîné un retour du religieux dans nos sociétés qui compromet la liberté de conscience et d’expression, la condition des femmes, l’éducation et la liberté du désir. Elle dénonce aussi l’immobilisme des gouvernements occidentaux et la « police de la pensée des élites démissionnaires. »
256 pages • 17 € • www.ho-editions.com

Cher(e) étudiant(e) de Sciences Po, aie le courage d’être une femme libre!

Le 20 avril dernier, tu as organisé (par simple bonté?) une journée pour célébrer le voilement des femmes avec une tranquillité d’âme déconcertante. Il s’agit là de l’enfermement de ma fille, de celui de ma mère, du mien, ainsi que de celui de millions de femmes à travers le monde.

D’où te vient cette faculté de rendre exotique l’aliénation des autres?

Bien entendu, ce voile dont tu fais la promotion n’est pas universellement valable. Tu t’en exclus et en préserves les tiens. Au fond, à toi la légèreté, à moi la prison. Étrange conception. Il est là justement le racisme! As-tu pensé, un seul instant, à inverser les rôles? Allez, chiche! A qui voudrais-tu faire croire que l’asservissement est la condition naturelle des femmes de culture ou de foi musulmane? Étant de celles-là, je te rassure tout de suite, je n’ai ni le culte de la bigoterie, ni le don de la soumission. J’appartiens à une longue tradition de lutte façonnée par des femmes habitant aussi bien leurs corps que leurs têtes. Je revendique la liberté d’une façon excessive. C’est loin d’être facile.

S’arracher à la domination est le projet de toute une vie.

Ma révolte est née de la souffrance. Alors, je vais répéter une évidence: jamais je n’accepterai, ici, ce que j’ai refusé là-bas. Là-bas étant l’Algérie de mon enfance, défigurée par l’hydre islamiste dans les années quatre-vingt-dix et marquée par le refus obstiné de la barbarie et des voiles de la servitude.

Le voile? Jamais! Ni ici, ni là-bas, ni nulle part ailleurs.

Les « putains », le voile et la démocratie

Cher étudiant de Science Po, il m’est déjà arrivé de te croiser dans les rues de Paris, non loin de ton institut. Tu es à l’image de ton époque, vivant dans le désir exalté et cultivant ton moi d’une façon presque excessive. Ton attitude n’est pas pour me déplaire. Mieux vaut vivre dans l’excès de ton individualité que mourir de son abandon. Pourquoi alors fais-tu de MA sexualité l’affaire de tous? Pire encore, tu évoques mon entrejambe comme s’il s’agissait de TA chose. En reprenant à ton compte la symbolique du voile, c’est-à-dire la stricte séparation entre les femmes « pures » et les femmes « impures », tu m’entraînes sur le terrain de la moralité. Tu te comportes comme un tuteur patenté.

De quel droit me places-tu sous ta tutelle?

Tu fais de moi une « putain ». Tu me désignes comme une proie sexuelle. Tu en appelles à mon viol. S’il t’est déjà arrivé de marcher dans les rues du Caire, de Casablanca ou d’Alger, tu as certainement dû remarquer qu’au bout de la promenade se dessine pour les femmes une prison à ciel ouvert. Leurs corps sont scrutés, haïs, fantasmés, découpés au scalpel lorsqu’ils ne sont pas carrément souillés par des mains coriaces prêtes à toutes les bassesses pour agripper un morceau de chair. Avec ou sans voile, du berceau au tombeau, nous ne sommes qu’un amas de désolation. Comment pourrait-il en être autrement lorsque les « femelles » sont vues comme des forteresses à prendre d’assaut, des boules de chair contre lesquelles on se frotte dans le métro et dans les autobus, des champs de bataille où l’on se défoule après un match de foot, des paillassons sur lesquels on s’essuie les pieds sans même y penser? C’est ce que montre entre autres le film Les Femmes du bus 678 du réalisateur égyptien Mohamed Diab. L’as-tu vu?

C’est Allah qui veut 

Cher étudiant de Sciences Po, si ce voile n’était qu’un vêtement comme un autre, il ne serait pas imposé avec autant de vigueur et de rigueur aux Iraniennes et aux Saoudiennes, pour ne citer que ces deux exemples. Annexé, le corps de la femme devient la possession de l’homme, de l’imam, du tyran et d’Allah, partageant tous la même détestation des femmes. Soumettez-vous, obéissez, acceptez votre sous-humanité! crient-ils à l’unisson. Ce contrôle du corps dans l’espace intime se déplace peu à peu dans l’espace public. A plus grande échelle, la violence domestique devient le laboratoire d’une violence sociétale systémique. Les femmes jugées immorales se trouvent doublement condamnées: par l’État (la police des mœurs), loin de les protéger, et par la société, qui les conspue. Cette mise en scène de la transgression par le corps de l’ordre moral et politique est un appel délibéré à la vindicte populaire. En faisant de la sexualité des femmes l’affaire de tous, ceux qui s’entichent de pureté et d’abstinence fusionnent la sphère privée et la sphère publique.

Or, le détachement de la sphère privée de la sphère publique est l’un des fondements de la modernité, qui rend possible l’exercice démocratique et garantit le respect des libertés individuelles.

Qui tire parti d’une police qui réglemente la longueur de la jupe des femmes si ce n’est ces zélateurs de la morale? L’existence des régimes islamistes tient à leur capacité à contrôler la sexualité de la moitié de la société. L’ordre moral devient le fondement de l’autorité politique. Autrement dit, si les voiles tombent, les régimes s’effondrent! En ce sens, la négation du sujet sexuel se traduit inéluctablement par la négation du sujet politique. Une femme dont le corps est occulté porte sa tête avec lassitude. Bref, le voile et la démocratie ne font pas bon ménage! La liberté de l’esprit. La liberté du corps. La liberté tout court. C’est cela qu’il faut défendre!

Il suffit d’ailleurs d’interroger la condition des petites filles pour se rendre compte que leur formatage à la norme islamiste ne souffre d’aucune dérogation. En mars 2002, dans l’incendie d’une école de filles de La Mecque, qui accueillait 800 élèves, la police religieuse a empêché des fillettes de fuir sous prétexte qu’elles n’étaient pas voilées comme l’exigeait la norme. Plusieurs témoins oculaires, y compris des membres des équipes de la sécurité civile, ont expliqué que leur travail de sauvetage avait été entravé par des membres de la police religieuse qui s’inquiétaient que des hommes pénètrent dans une école de filles ou que celles-ci en sortent non voilées, d’autant qu’aucun homme appartenant à leur famille n’était là pour les recueillir. En somme, allez plutôt crever les filles que de dévoiler quelques mèches de vos cheveux!

« Ni obligation, ni interdiction du voile », vraiment? 

Cher étudiant de Sciences Po, cette initiative que tu as prise a le mérite de dévoiler au grand jour l’état de confusion qui s’est glissé dans ta tête. S’agissant des concepts, tu sembles perdu au point de ne plus savoir ce qui différencie la liberté de l’aliénation, le libre choix de la servitude volontaire. Étienne de La Boétie reviens je t’en prie! Grisé par une overdose de liberté, tu es devenu indifférent au sort de tes semblables. Tu as rompu avec une partie de l’humanité. Ta pensée s’est ramollie. Tu as déserté ta responsabilité. A tes yeux l’émancipation n’est rien; la fraternité est datée; la solidarité est un truc de nostalgiques. Tu t’es laissé contaminer voire piéger par un Tariq Ramadan, champion du double discours s’il en est un, qui avance masqué derrière sa célèbre pirouette sémantique (encore une!) « ni obligation, ni interdiction du voile » pour mieux mitrailler la résistance des têtes nues.

S’agissant du statut des femmes en islam, il y a mille chantiers à ouvrir: l’héritage, le témoignage devant un tribunal, la polygamie, la répudiation, la violence conjugale, les crimes d’honneur, la responsabilité maternelle à l’égard des enfants, le mariage d’une musulmane avec un non-musulman, l’accessibilité à la fonction de juge ou à celle d’imam, l’éducation, la contraception, l’homosexualité et les châtiments corporels. Mais sur l’ensemble de ces sujets-là, Ramadan se fait discret. Il n’en a que pour le voile. S’il le défend avec tant de malice, c’est qu’objectivement le voile fait partie de sa stratégie de conquête du pouvoir. Quant à sa formule « ni ni », c’est de la poudre aux yeux pour rassurer les faux humanistes, les paresseux, ceux qui se complaisent durablement dans le mensonge. Ceux-là même qui combattent la vérité, faisant mine de la défendre. Eux qui rêvent de nous jeter dans l’étouffoir de LA communauté des croyants, la fameuse Oumma. Eux qui font tout pour nous culpabiliser, atrophier nos réflexes citoyens et saper nos acquis démocratiques.

L’islam politique implique une rupture historique avec la République

En Occident, ce voile est devenu le porte drapeau de tous ceux qui prônent la fusion entre l’islam et l’État. L’islam politique implique une rupture historique avec la République, et une réorientation sociétale majeure. Fragiliser le statut des femmes devient donc un impératif. Dans cette perspective, investir l’espace public par le voile est un enjeu majeur. Le pouvoir passe par la visibilité des « voilées ». Tout cela, Tariq Ramadan le sait fort bien. C’est pourquoi il fait du voile SA priorité. Lui, ses militants et leurs organisations satellitaires, des Frères musulmans aux salafistes, travaillent d’arrache-pied pour que l’expansion de l’islam politique soit aussi vigoureuse que rapide.

A l’évidence, cher étudiant de Sciences Po, tu souffres du syndrome de l’individu blasé par un trop-plein de privilèges et de liberté. Il est vrai qu’en cette matière tu n’as rien demandé. La liberté est venue à toi sur un plateau en or. Soit. Tu n’as jamais risqué un seul cheveu de ta tête pour te rendre dans une salle de classe. Toi, tu n’es pas une petite fille du Nigeria. Toi, tu affiches une réelle indifférence face au calvaire de Assiatou Enlevée par Boko Haram (Michel Lafon, 2016). Toi, tu n’es ni Katia Bengana ni Amel Zenoune, deux jeunes femmes assassinées à la fleur de l’âge pour leur refus de porter le voile dans l’Algérie des années quatre vingt-dix. Toi, tu hausses les épaules face aux résistances héroïques des femmes iraniennes et afghanes. Toi, tu n’as connu ni l’exil forcé, ni la persécution sourde et muette des longues nuits de terreur des enfants et des femmes yézidis. Toi, tu ne t’es jamais caché pour prier, comme sont condamnés à le faire des chrétiens d’Orient. Toi, tu n’as jamais eu à trembler dans un autobus de peur que ton identité soit reconnue. Toi, tu ne sais pas ce que signifie la révolte d’un Garcia Lorca. Toi, tu ne te sens solidaire ni du destin d’une Asia Bibi ni de celui d’un Raïf Badawi. Toi, tu as visité le ghetto de Varsovie comme si tu te rendais à un concert de rock. Toi, tu n’as strictement rien retenu de l’affaire Dreyfus.

Non, la vérité n’est pas une moyenne de toutes les postures. Entre la démocratie et le fascisme vert, il n’y pas de demi-mesure. On ne peut prôner du même souffle la liberté et l’aliénation. C’est soit l’un, soit l’autre. A toi de choisir ton camp.

Aie le courage d’être une femme libre! 

Reconnaître en l’Autre ta propre humanité t’aurait pourtant permis de saisir l’impératif catégorique de Kant lorsqu’il affirme: « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle ».

Certes, la République s’est montrée généreuse à ton égard. Mais que fais-tu pour défendre ses idéaux? Flirter avec la théocratie? Faire du pied à Daech? Oui, je vais oser le dire et aller jusqu’au bout de mon raisonnement. Entre ceux qui s’enrôlent dans les milices de Daech et toi qui participes à normaliser ses symboles, il y a bel et bien un fil conducteur. A moins de considérer qu’entre l’idéologie, le politique et le militaire, nul lien n’existe. Tu devrais le savoir, toi qui consacres tes journées à étudier l’histoire des régimes politiques.

Avec cet événement du Hijab Day, tu contribues à banaliser le mal tel que défini par Hannah Arendt. Le pire, c’est lorsque tu renonces à exercer ta responsabilité première de citoyen d’une démocratie. Tu t’égares. Tu déshonores la pensée. Tu méprises la connaissance. Tu t’éloignes de la condition humaine. Tu trahis les philosophes des Lumières. Tu t’enfonces dans un exotisme servile. Pourtant, ta condition de privilégié parmi les privilégiés ne fait pas de toi un être non moins apte à saisir la complexité du monde dans lequel nous vivons.

Ressaisis-toi, cher étudiant de science po. Sors de toi-même; ouvre les yeux; regarde autour de toi; réapproprie-toi la pensée; cultive-toi; lis; écoute ceux qui ont des expériences de résistance à te transmettre. Tu découvriras dans leurs mots le courage qu’il te manque pour devenir un homme libre. Tu puiseras dans leur silence la force de vivre debout. Tu trouveras dans leurs douleurs ce qui te manque pour tracer ton propre chemin vers toi-même et vers l’humanité. Tu verras, ton cœur se mettra à battre de nouveau pour la liberté. Car je veux continuer à penser, malgré tout, que tu es un homme en devenir.

Sois digne!

Aie le courage d’être une femme libre!

« Pass contraception » supprimé en Ile de France et peut-être en Auvergne Rhône-Alpes

La vice-présidente de la région Ile-de-France, Farida Adlani, a confirmé la suppression du « Pass contraception ».
En Auvergne Rhône-Alpes, région dirigée par Laurent Wauquiez, le « Pass contraception » est aussi en danger.
Ces pass autorisent les personnes, de 14 à 25 ans, de bénéficier de consultations et de moyens de contraception gratuits.

La grande voix de Maya Surduts s’est éteinte

© Catherine Deudon

Une belle voix, rauque et forte, du féminisme vient de s’éteindre.

Maya Surduts, qui incarnait la CADAC (Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception), depuis plus de vingt ans,  et le Collectif national des droits des femmes,  vient de nous quitter.

Née à Riga, d’un père physicien et communiste, elle faisait partie de ces émigrés arrivés en France en 1938.

En 1948, après avoir vécu au Cap en Afrique du Sud, comme beaucoup de Juifs baltes, elle se lance dans le militantisme au sein d’une organisation sioniste, revient en France, étudie le russe et prend fait et cause pour le FLN.

En 1962, elle part aux États-Unis pour soutenir les victimes de discriminations, dans le sillage du mouvement contre la ségrégation, puis rejoint Cuba.

Elle est expulsée en septembre 1971 par le régime castriste, après y avoir vécu huit ans comme interprète et militante.

De retour en France, elle rejoint le groupe « Révolution » qui l’envoie « infiltrer » le MLAC, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception.

C’est l’inverse qui se produit. Le féminisme devient sa révolution, son inspiration contre toutes les dominations, et ne la quittera plus. Au point de devenir l’une des figures incontournable du féminisme « lutte des classes » et institutionnel. Aucun nouveau groupe militant, parti ou ministère ne pouvait ignorer ses coups de gueule, légendaires.

À Prochoix, nous avions avec Maya une longue histoire de camaraderie, entrecoupée d’engueulades épiques. Maya pouvait être une marraine intraitable. Passé le bizutage, elle savait être une alliée et une camarade à toute épreuve. Elle forçait le respect.

Nous n’oublierons jamais qu’elle a tenu bon lorsque des groupes se disant féministes mais intégristes ont tenté d’infiltrer les organisations de gauche,  le 8 mars et le mouvement des femmes, pour mieux traiter le féminisme universaliste critique envers le voile de raciste. Maya connaissait trop bien ces ficelles pour ne pas les reconnaître et leur tenir tête.

En 2005, Maya Surduts rappelait avec  Suzy Rotman que le Mouvement  se battait « depuis la nuit des temps » contre TOUS les intégrismes. (Le Monde, 9/3/2005)

Il y a trois ans, elle avait accepté de rencontrer les féministes marxistes FEMEN, tout juste arrivées d’Ukraine, de leur parler un peu en russe et de dire ce qu’elle pensait de ce jeune mouvement pour le film « Nos seins, nos armes ».  Avec une patience et une tendresse que beaucoup de jeunes féministes élevées à la dure par Maya auraient enviées ! La sagesse guettait. Son regard, tendre, riait encore des tours que sa grosse voix pouvait jouer.

Elle nous manquera dans la lutte, toujours féroce, jamais gagnée, contre le patriarcat marié à l’obscurantisme. Pour résister aux intégristes rivalisant d’ingéniosité pour nous faire payer notre liberté ou à l’Église polonaise qui menace une fois encore le droit d’avorter.

Elle nous manquera mais nous ne manquerons pas de continuer à nous battre sur ses pas.

 

 

Une drôle de Fraternité au Barreau de Paris

Plusieurs avocats ont  créé la Fraternité du Barreau de Paris.

Ils déclarent se reconnaître ‘dans les trois grandes religions monothéistes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam et qui se réclament explicitement du même patriarche Abraham. « .

Ils ont « convenu ensemble de se concerter à l’effet d’oeuvrer, dans le cadre de leur profession et de la vie civile, à la lutte contre toute forme de stigmatisation ou de discrimination liées à la religion ». Comme le Blasphème par exemple ? Qu’est ce qui distinguera ce groupe des différents organismes qui luttent pour que leur religion, ou du moins leur vision du religieux soit préservée. Comme l’Agrif, la Ligue des Musulmans de France, Croyances et libertés ?

Le groupe  d’avocats est composé de Bernard CAHEN, Philippe LUCET, Carbon de SEZE et Chems-Eddine HAFIZ.

Soutien aux femmes polonaises

RASSEMBLEMENT DIMANCHE 10 AVRIL 15 HEURES, près de l’Ambassade de Pologne, sur l’esplanade des Invalides, entre la rue Talleyrand et la rue Saint Dominique.

Amenez un cintre, symbole des avortements clandestins, en signe de solidarité.

Toutes les villes peuvent organiser elles aussi un rassemblement le 10 avril en soutien aux polonaises.

L’évêque de Pontoise ne sait pas si la pédophilie est un péché

L’évêque de Pontoise, Stanislas Lalanne, a déclaré sur la radio chrétienne RCF que la pédophilie était un mal, mais qu’ il ne “saurait pas dire” si c’était un péché.

Stanislas Lalanne a pourtant eu le temps de réfléchir à la question puisqu’il est chargé depuis d’une « cellule de veille » sur la question.

En 1999, Stanislas Lalanne n’avait pas hésité à déclarer que  l’avortement « reste objectivement, un acte très grave » (La Croix, 19 juillet 1999)

VOILE « ISLAMIQUE » – THOMAS GUÉNOLÉ OU COMMENT ÉTOUFFER LES CRITIQUES

Il est assez étrange de répondre à un entretien développant des arguments précis par une lettre ouverte qui n’y réfère pas, mais entend les contredire en dépit de toute réalité. C’est pourtant ce qu’a fait le politologue Thomas Guénolé en défense du voile « islamique » et en opposition à l’appel au boycott des marques par Elisabeth Badinter. Ce procédé, entaché de maladresses, brille aussi par une méconnaissance consternante du sujet.

Dans une tribune parue dans le Plus de l’Obs, le politologue Thomas Guénolé, qui s’était pourtant habilement distingué face à la pasionaria indigéniste raciste Houria Bouteldja récemment dans l’émission « Ce soir ou jamais », critique la position d’Elisabeth Badinter sur le « voile islamique » en six points. Son analyse est aussi insuffisante que partisane.

Il faut revenir à la médiocrité des termes du débat sur le concept d’islamophobie pour comprendre les raisons conduisant un militant antiraciste aussi qualifié que Th. Guénolé à limer sa plume sur six points afin de discréditer la critique féministe et universaliste d’E. Badinter qui appelle à boycotter les tenues néowahhabites – résultats d’un mariage forcé par l’histoire contemporaine entre l’idéologie wahhabite et la mondialisation massive des échanges économiques.

Depuis de nombreuses années, les analyses de Caroline Fourest et Fiammetta Venner sur l’islamophobie comme outil de propagande fondamentaliste destiné à interdire toute critique de l’islam sont décriées par quelques spécialistes retors utilisant l’argument suivant : le concept d’islamophobie n’a pas été inventé par les mollahs suite à la révolution islamique d’Iran. D’une part, ce sont bien les mollahs qui l’ont remis au goût du jour en accusant les féministes de s’en prendre à l’islam. Ils en ont employé la version anglaise, car de fait le mot n’existe pas en farsi. Or les deux essayistes n’ont jamais prétendu que le terme figurait dans la langue du merveilleux Djalāl ad-Dīn Rūmī. Ce mauvais procès est lui-même destiné à interdire toute critique de l’islam le plus uniformisé et le plus rigoriste qui soit, en provenance directe des pétromonarchies du Golfe.

Thomas Guénolé, en chercheur savant désireux de poursuivre en creux ce mauvais procès, commet l’erreur de citer deux sociologues dont il ignore probablement la proximité idéologique avec le CCIF. On peut avoir un rond-de-serviette au CNRS sans pour autant s’exempter de tout militantisme politique. Pour rappel, l’ouvrage en question a été amplement critiqué dans Islamophobie, la contre-enquête. A ceci il convient d’ajouter que les administrateurs coloniaux ayant véritablement inventé le terme d’islamophobie au début du XXe siècle se sont vu emboîter le pas à la même époque par le peintre écrivain orientaliste Etienne Dinet, converti à l’islam. Il se trouve que c’est cette version-là du concept d’islamophobie, et non celle des administrateurs coloniaux, qui nourrit le combat de l’islam politique :  « Aux yeux d’Etienne Dinet et Sliman Ben Brahim, la foi musulmane et les mœurs arabes ne faisaient qu’un depuis l’origine de l’islam (…), idée qui connaît aujourd’hui une belle postérité, la définition actuelle de l’islamophobie étant précisément fondée sur cette racialisation paradoxale des musulmans, sans laquelle il serait impossible de dénoncer avec fracas le [supposé] racisme dissimulé dans l’apparente critique d’une religion. » (I. Kersimon, J.-C. Moreau, Islamophobie, la contre-enquête, p. 41.)

Reprenant au compte de son indigente démonstration la notion de « zina » (fornication), il se lance dans une exégèse du Coran, lequel ne prescrit le couvrement des femmes que dans sa lecture la plus fondamentaliste. Il s’agissait en effet, au 7e siècle, de distinguer les esclaves, butin sexuel du tout-venant, des femmes du prophète, n’appartenant qu’à lui et lui devant fidélité. Ce pourquoi ce voile censément « islamique » a toujours été le marqueur identitaire d’un islam de conquête et ce pourquoi, partout où l’islam politique est parvenu au pouvoir, l’une de ses premières mesures a été de voiler les femmes et de réprimer celles qui résistaient à cette injonction. Le voilement des femmes n’est pas une prescription religieuse, mais bien l’étendard d’une réislamisation de la jeunesse musulmane par l’islam le plus déculturé et le plus liberticide. Dès lors, la stratégie d’évitement du fond de la question consiste pour M. Guénolé à prendre pour exemples deux pays à majorité musulmane où les femmes travaillent : il ne sera donc, dans son «  décryptage », jamais question de l’idéologie néo-wahhabite promue sous nos latitudes par le fréro-salafisme. Quand bien même M. Guénolé saurait de quoi il parle, est-ce parce que le Coran prescrit l’esclavage sexuel et la condamnation à mort des « infidèles » et des apostats qu’il serait bel et bon de les défendre de nos jours, et d’admettre le bon droit de ceux qui les pratiquent où ils sévissent, en particulier sous la domination de l’État islamique ? Quid de tous ceux, musulmans et non-musulmans, qui risquent leur vie en luttant contre une telle barbarie, physique, mais aussi idéologique ?

C’est tout le sens de l’engagement d’Elisabeth Badinter qui, par parenthèse, n’a jamais proclamé qu’il « ne faut plus avoir peur d’être islamophobe  » , mais qu’il « ne faut plus avoir peur d’être traité d’islamophobe ». Elle rappelle à juste titre, dans l’entretien incriminé donné au Monde, l’universalisme de sa position, qui s’oppose aux tolérances ubuesques d’une gauche tétanisée par le relativisme culturel : « Au début des années 1980, j’ai vivement critiqué la défense du droit à l’excision et à la polygamie sur le sol français par Danielle Mitterrand. Pour l’épouse du président, cette permission était le signe d’une tolérance supplémentaire, voire d’un progrès de la démocratie  : nous sommes capables de respecter croyances et traditions des autres cultures. Une partie de la gauche a baissé la garde devant les souffrances des victimes de ces pratiques. Mais à ce moment-là, la majorité des féministes trouvaient aberrant que l’on puisse accepter d’exciser des petites filles. »

Arguer de la loi de 1905 comme s’y livre ensuite M. Guénolé dans des arguties aussi visiblement jubilatoire pour tous les partisans de ce relativisme défendant l’auto-exclusion ségrégationniste des femmes « musulmanes » (la majorité d’entre elles ne souffrant d’ailleurs pas d’être ainsi assignées à prouver leur « bonne islamité ») que vaine étant donné l’absence de prescription religieuse finit de discréditer sa réponse.

On l’aimait mieux face à Houria.

Isabelle Kersimon