Djemila Benhabib Prix de la liberté d’expression 2016 du Difference Day

L’auteure québécoise Djemila Benhabib recevra le 3 mai à Bruxelles le Prix de la liberté d’expression pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la 2e édition du Difference Day, événement organisé dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Djemila Benhabib, éditée en France par H&O, a publié son 4e essai Après Charlie en janvier dernier.

L’alliance des Universités bruxelloises VUB et ULB remettra le « Difference Day Honorary Title for Freedom of Expression » à Djemila Benhabib mardi 3 mai 2016 en clôture du Difference Day. L’auteure sera distinguée pour sa « contribution vitale à la protection et à la promotion de la liberté de pensée et d’expression dans une société démocratique en perpétuel changement ». Elle succède au blogueur Raïf Badawi, Prix 2015.

Le Difference Day, destiné à célébrer la liberté de la presse et d’expression, est organisé par la Vrije Universiteit Brussel, l’Université Libre de Bruxelles, la Erasmushogeschool Brussel, Brussel Platform of Journalism, BOZAR, Evens Foundation et iMinds, sous le patronage de la Commission européenne, de l’UNESCO et du Parlement européen.

Djemila Benhabib, un combat humaniste sans relâche
Née en Ukraine en 1972 d’une mère chypriote grecque et d’un père algérien, Djemila Benhabib a grandi à Oran dans une famille de scientifiques engagée dans des luttes politiques et sociales. Très tôt, elle prend conscience de la condition subalterne des femmes de son pays. Condamnée à mort par les islamistes, sa famille se réfugie en France en 1994. Djemila Benhabib s’installe au Québec, seule, en 1997, où elle mène des études en physique, en science politique et en droit international. Elle débute sa carrière d’essayiste avec Ma vie à contre-Coran, qui remporte le prix des Écrivains francophones d’Amérique en 2009. Elle reçoit des mains de Charb, alors directeur de la publication de Charlie Hebdo, le Prix international de la laïcité 2012 à l’occasion de la sortie en France, chez H&O, de son essai Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident. Djemila Benhabib publie L’automne des femmes arabes chez H&O en 2013 et reçoit le Prix humaniste du Québec en 2014. Après Charlie sort en janvier 2016. Son engagement lui vaut d’être régulièrement la cible de menaces physiques, de campagnes d’intimidation et de poursuites judiciaires abusives de la part de groupes islamistes et de leurs alliés, notamment au Canada.

Après Charlie, H&O 2016
Depuis le 7 janvier 2016, date de sortie de son nouvel essai Après Charlie, Djemila Benhabib parcourt l’Europe et le Québec pour appeler à un sursaut laïque face à la progression de l’intégrisme islamique dans les sociétés occidentales et aux idéologies totalitaires toujours en place dans le monde. Dans Après Charlie, Djemila rappelle que la chute des grandes idéologies du XXe siècle a entraîné un retour du religieux dans nos sociétés qui compromet la liberté de conscience et d’expression, la condition des femmes, l’éducation et la liberté du désir. Elle dénonce aussi l’immobilisme des gouvernements occidentaux et la « police de la pensée des élites démissionnaires. »
256 pages • 17 € • www.ho-editions.com

Cher(e) étudiant(e) de Sciences Po, aie le courage d’être une femme libre!

Le 20 avril dernier, tu as organisé (par simple bonté?) une journée pour célébrer le voilement des femmes avec une tranquillité d’âme déconcertante. Il s’agit là de l’enfermement de ma fille, de celui de ma mère, du mien, ainsi que de celui de millions de femmes à travers le monde.

D’où te vient cette faculté de rendre exotique l’aliénation des autres?

Bien entendu, ce voile dont tu fais la promotion n’est pas universellement valable. Tu t’en exclus et en préserves les tiens. Au fond, à toi la légèreté, à moi la prison. Étrange conception. Il est là justement le racisme! As-tu pensé, un seul instant, à inverser les rôles? Allez, chiche! A qui voudrais-tu faire croire que l’asservissement est la condition naturelle des femmes de culture ou de foi musulmane? Étant de celles-là, je te rassure tout de suite, je n’ai ni le culte de la bigoterie, ni le don de la soumission. J’appartiens à une longue tradition de lutte façonnée par des femmes habitant aussi bien leurs corps que leurs têtes. Je revendique la liberté d’une façon excessive. C’est loin d’être facile.

S’arracher à la domination est le projet de toute une vie.

Ma révolte est née de la souffrance. Alors, je vais répéter une évidence: jamais je n’accepterai, ici, ce que j’ai refusé là-bas. Là-bas étant l’Algérie de mon enfance, défigurée par l’hydre islamiste dans les années quatre-vingt-dix et marquée par le refus obstiné de la barbarie et des voiles de la servitude.

Le voile? Jamais! Ni ici, ni là-bas, ni nulle part ailleurs.

Les « putains », le voile et la démocratie

Cher étudiant de Science Po, il m’est déjà arrivé de te croiser dans les rues de Paris, non loin de ton institut. Tu es à l’image de ton époque, vivant dans le désir exalté et cultivant ton moi d’une façon presque excessive. Ton attitude n’est pas pour me déplaire. Mieux vaut vivre dans l’excès de ton individualité que mourir de son abandon. Pourquoi alors fais-tu de MA sexualité l’affaire de tous? Pire encore, tu évoques mon entrejambe comme s’il s’agissait de TA chose. En reprenant à ton compte la symbolique du voile, c’est-à-dire la stricte séparation entre les femmes « pures » et les femmes « impures », tu m’entraînes sur le terrain de la moralité. Tu te comportes comme un tuteur patenté.

De quel droit me places-tu sous ta tutelle?

Tu fais de moi une « putain ». Tu me désignes comme une proie sexuelle. Tu en appelles à mon viol. S’il t’est déjà arrivé de marcher dans les rues du Caire, de Casablanca ou d’Alger, tu as certainement dû remarquer qu’au bout de la promenade se dessine pour les femmes une prison à ciel ouvert. Leurs corps sont scrutés, haïs, fantasmés, découpés au scalpel lorsqu’ils ne sont pas carrément souillés par des mains coriaces prêtes à toutes les bassesses pour agripper un morceau de chair. Avec ou sans voile, du berceau au tombeau, nous ne sommes qu’un amas de désolation. Comment pourrait-il en être autrement lorsque les « femelles » sont vues comme des forteresses à prendre d’assaut, des boules de chair contre lesquelles on se frotte dans le métro et dans les autobus, des champs de bataille où l’on se défoule après un match de foot, des paillassons sur lesquels on s’essuie les pieds sans même y penser? C’est ce que montre entre autres le film Les Femmes du bus 678 du réalisateur égyptien Mohamed Diab. L’as-tu vu?

C’est Allah qui veut 

Cher étudiant de Sciences Po, si ce voile n’était qu’un vêtement comme un autre, il ne serait pas imposé avec autant de vigueur et de rigueur aux Iraniennes et aux Saoudiennes, pour ne citer que ces deux exemples. Annexé, le corps de la femme devient la possession de l’homme, de l’imam, du tyran et d’Allah, partageant tous la même détestation des femmes. Soumettez-vous, obéissez, acceptez votre sous-humanité! crient-ils à l’unisson. Ce contrôle du corps dans l’espace intime se déplace peu à peu dans l’espace public. A plus grande échelle, la violence domestique devient le laboratoire d’une violence sociétale systémique. Les femmes jugées immorales se trouvent doublement condamnées: par l’État (la police des mœurs), loin de les protéger, et par la société, qui les conspue. Cette mise en scène de la transgression par le corps de l’ordre moral et politique est un appel délibéré à la vindicte populaire. En faisant de la sexualité des femmes l’affaire de tous, ceux qui s’entichent de pureté et d’abstinence fusionnent la sphère privée et la sphère publique.

Or, le détachement de la sphère privée de la sphère publique est l’un des fondements de la modernité, qui rend possible l’exercice démocratique et garantit le respect des libertés individuelles.

Qui tire parti d’une police qui réglemente la longueur de la jupe des femmes si ce n’est ces zélateurs de la morale? L’existence des régimes islamistes tient à leur capacité à contrôler la sexualité de la moitié de la société. L’ordre moral devient le fondement de l’autorité politique. Autrement dit, si les voiles tombent, les régimes s’effondrent! En ce sens, la négation du sujet sexuel se traduit inéluctablement par la négation du sujet politique. Une femme dont le corps est occulté porte sa tête avec lassitude. Bref, le voile et la démocratie ne font pas bon ménage! La liberté de l’esprit. La liberté du corps. La liberté tout court. C’est cela qu’il faut défendre!

Il suffit d’ailleurs d’interroger la condition des petites filles pour se rendre compte que leur formatage à la norme islamiste ne souffre d’aucune dérogation. En mars 2002, dans l’incendie d’une école de filles de La Mecque, qui accueillait 800 élèves, la police religieuse a empêché des fillettes de fuir sous prétexte qu’elles n’étaient pas voilées comme l’exigeait la norme. Plusieurs témoins oculaires, y compris des membres des équipes de la sécurité civile, ont expliqué que leur travail de sauvetage avait été entravé par des membres de la police religieuse qui s’inquiétaient que des hommes pénètrent dans une école de filles ou que celles-ci en sortent non voilées, d’autant qu’aucun homme appartenant à leur famille n’était là pour les recueillir. En somme, allez plutôt crever les filles que de dévoiler quelques mèches de vos cheveux!

« Ni obligation, ni interdiction du voile », vraiment? 

Cher étudiant de Sciences Po, cette initiative que tu as prise a le mérite de dévoiler au grand jour l’état de confusion qui s’est glissé dans ta tête. S’agissant des concepts, tu sembles perdu au point de ne plus savoir ce qui différencie la liberté de l’aliénation, le libre choix de la servitude volontaire. Étienne de La Boétie reviens je t’en prie! Grisé par une overdose de liberté, tu es devenu indifférent au sort de tes semblables. Tu as rompu avec une partie de l’humanité. Ta pensée s’est ramollie. Tu as déserté ta responsabilité. A tes yeux l’émancipation n’est rien; la fraternité est datée; la solidarité est un truc de nostalgiques. Tu t’es laissé contaminer voire piéger par un Tariq Ramadan, champion du double discours s’il en est un, qui avance masqué derrière sa célèbre pirouette sémantique (encore une!) « ni obligation, ni interdiction du voile » pour mieux mitrailler la résistance des têtes nues.

S’agissant du statut des femmes en islam, il y a mille chantiers à ouvrir: l’héritage, le témoignage devant un tribunal, la polygamie, la répudiation, la violence conjugale, les crimes d’honneur, la responsabilité maternelle à l’égard des enfants, le mariage d’une musulmane avec un non-musulman, l’accessibilité à la fonction de juge ou à celle d’imam, l’éducation, la contraception, l’homosexualité et les châtiments corporels. Mais sur l’ensemble de ces sujets-là, Ramadan se fait discret. Il n’en a que pour le voile. S’il le défend avec tant de malice, c’est qu’objectivement le voile fait partie de sa stratégie de conquête du pouvoir. Quant à sa formule « ni ni », c’est de la poudre aux yeux pour rassurer les faux humanistes, les paresseux, ceux qui se complaisent durablement dans le mensonge. Ceux-là même qui combattent la vérité, faisant mine de la défendre. Eux qui rêvent de nous jeter dans l’étouffoir de LA communauté des croyants, la fameuse Oumma. Eux qui font tout pour nous culpabiliser, atrophier nos réflexes citoyens et saper nos acquis démocratiques.

L’islam politique implique une rupture historique avec la République

En Occident, ce voile est devenu le porte drapeau de tous ceux qui prônent la fusion entre l’islam et l’État. L’islam politique implique une rupture historique avec la République, et une réorientation sociétale majeure. Fragiliser le statut des femmes devient donc un impératif. Dans cette perspective, investir l’espace public par le voile est un enjeu majeur. Le pouvoir passe par la visibilité des « voilées ». Tout cela, Tariq Ramadan le sait fort bien. C’est pourquoi il fait du voile SA priorité. Lui, ses militants et leurs organisations satellitaires, des Frères musulmans aux salafistes, travaillent d’arrache-pied pour que l’expansion de l’islam politique soit aussi vigoureuse que rapide.

A l’évidence, cher étudiant de Sciences Po, tu souffres du syndrome de l’individu blasé par un trop-plein de privilèges et de liberté. Il est vrai qu’en cette matière tu n’as rien demandé. La liberté est venue à toi sur un plateau en or. Soit. Tu n’as jamais risqué un seul cheveu de ta tête pour te rendre dans une salle de classe. Toi, tu n’es pas une petite fille du Nigeria. Toi, tu affiches une réelle indifférence face au calvaire de Assiatou Enlevée par Boko Haram (Michel Lafon, 2016). Toi, tu n’es ni Katia Bengana ni Amel Zenoune, deux jeunes femmes assassinées à la fleur de l’âge pour leur refus de porter le voile dans l’Algérie des années quatre vingt-dix. Toi, tu hausses les épaules face aux résistances héroïques des femmes iraniennes et afghanes. Toi, tu n’as connu ni l’exil forcé, ni la persécution sourde et muette des longues nuits de terreur des enfants et des femmes yézidis. Toi, tu ne t’es jamais caché pour prier, comme sont condamnés à le faire des chrétiens d’Orient. Toi, tu n’as jamais eu à trembler dans un autobus de peur que ton identité soit reconnue. Toi, tu ne sais pas ce que signifie la révolte d’un Garcia Lorca. Toi, tu ne te sens solidaire ni du destin d’une Asia Bibi ni de celui d’un Raïf Badawi. Toi, tu as visité le ghetto de Varsovie comme si tu te rendais à un concert de rock. Toi, tu n’as strictement rien retenu de l’affaire Dreyfus.

Non, la vérité n’est pas une moyenne de toutes les postures. Entre la démocratie et le fascisme vert, il n’y pas de demi-mesure. On ne peut prôner du même souffle la liberté et l’aliénation. C’est soit l’un, soit l’autre. A toi de choisir ton camp.

Aie le courage d’être une femme libre! 

Reconnaître en l’Autre ta propre humanité t’aurait pourtant permis de saisir l’impératif catégorique de Kant lorsqu’il affirme: « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle ».

Certes, la République s’est montrée généreuse à ton égard. Mais que fais-tu pour défendre ses idéaux? Flirter avec la théocratie? Faire du pied à Daech? Oui, je vais oser le dire et aller jusqu’au bout de mon raisonnement. Entre ceux qui s’enrôlent dans les milices de Daech et toi qui participes à normaliser ses symboles, il y a bel et bien un fil conducteur. A moins de considérer qu’entre l’idéologie, le politique et le militaire, nul lien n’existe. Tu devrais le savoir, toi qui consacres tes journées à étudier l’histoire des régimes politiques.

Avec cet événement du Hijab Day, tu contribues à banaliser le mal tel que défini par Hannah Arendt. Le pire, c’est lorsque tu renonces à exercer ta responsabilité première de citoyen d’une démocratie. Tu t’égares. Tu déshonores la pensée. Tu méprises la connaissance. Tu t’éloignes de la condition humaine. Tu trahis les philosophes des Lumières. Tu t’enfonces dans un exotisme servile. Pourtant, ta condition de privilégié parmi les privilégiés ne fait pas de toi un être non moins apte à saisir la complexité du monde dans lequel nous vivons.

Ressaisis-toi, cher étudiant de science po. Sors de toi-même; ouvre les yeux; regarde autour de toi; réapproprie-toi la pensée; cultive-toi; lis; écoute ceux qui ont des expériences de résistance à te transmettre. Tu découvriras dans leurs mots le courage qu’il te manque pour devenir un homme libre. Tu puiseras dans leur silence la force de vivre debout. Tu trouveras dans leurs douleurs ce qui te manque pour tracer ton propre chemin vers toi-même et vers l’humanité. Tu verras, ton cœur se mettra à battre de nouveau pour la liberté. Car je veux continuer à penser, malgré tout, que tu es un homme en devenir.

Sois digne!

Aie le courage d’être une femme libre!

« Pass contraception » supprimé en Ile de France et peut-être en Auvergne Rhône-Alpes

La vice-présidente de la région Ile-de-France, Farida Adlani, a confirmé la suppression du « Pass contraception ».
En Auvergne Rhône-Alpes, région dirigée par Laurent Wauquiez, le « Pass contraception » est aussi en danger.
Ces pass autorisent les personnes, de 14 à 25 ans, de bénéficier de consultations et de moyens de contraception gratuits.

La grande voix de Maya Surduts s’est éteinte

© Catherine Deudon

Une belle voix, rauque et forte, du féminisme vient de s’éteindre.

Maya Surduts, qui incarnait la CADAC (Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception), depuis plus de vingt ans,  et le Collectif national des droits des femmes,  vient de nous quitter.

Née à Riga, d’un père physicien et communiste, elle faisait partie de ces émigrés arrivés en France en 1938.

En 1948, après avoir vécu au Cap en Afrique du Sud, comme beaucoup de Juifs baltes, elle se lance dans le militantisme au sein d’une organisation sioniste, revient en France, étudie le russe et prend fait et cause pour le FLN.

En 1962, elle part aux États-Unis pour soutenir les victimes de discriminations, dans le sillage du mouvement contre la ségrégation, puis rejoint Cuba.

Elle est expulsée en septembre 1971 par le régime castriste, après y avoir vécu huit ans comme interprète et militante.

De retour en France, elle rejoint le groupe « Révolution » qui l’envoie « infiltrer » le MLAC, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception.

C’est l’inverse qui se produit. Le féminisme devient sa révolution, son inspiration contre toutes les dominations, et ne la quittera plus. Au point de devenir l’une des figures incontournable du féminisme « lutte des classes » et institutionnel. Aucun nouveau groupe militant, parti ou ministère ne pouvait ignorer ses coups de gueule, légendaires.

À Prochoix, nous avions avec Maya une longue histoire de camaraderie, entrecoupée d’engueulades épiques. Maya pouvait être une marraine intraitable. Passé le bizutage, elle savait être une alliée et une camarade à toute épreuve. Elle forçait le respect.

Nous n’oublierons jamais qu’elle a tenu bon lorsque des groupes se disant féministes mais intégristes ont tenté d’infiltrer les organisations de gauche,  le 8 mars et le mouvement des femmes, pour mieux traiter le féminisme universaliste critique envers le voile de raciste. Maya connaissait trop bien ces ficelles pour ne pas les reconnaître et leur tenir tête.

En 2005, Maya Surduts rappelait avec  Suzy Rotman que le Mouvement  se battait « depuis la nuit des temps » contre TOUS les intégrismes. (Le Monde, 9/3/2005)

Il y a trois ans, elle avait accepté de rencontrer les féministes marxistes FEMEN, tout juste arrivées d’Ukraine, de leur parler un peu en russe et de dire ce qu’elle pensait de ce jeune mouvement pour le film « Nos seins, nos armes ».  Avec une patience et une tendresse que beaucoup de jeunes féministes élevées à la dure par Maya auraient enviées ! La sagesse guettait. Son regard, tendre, riait encore des tours que sa grosse voix pouvait jouer.

Elle nous manquera dans la lutte, toujours féroce, jamais gagnée, contre le patriarcat marié à l’obscurantisme. Pour résister aux intégristes rivalisant d’ingéniosité pour nous faire payer notre liberté ou à l’Église polonaise qui menace une fois encore le droit d’avorter.

Elle nous manquera mais nous ne manquerons pas de continuer à nous battre sur ses pas.

 

 

Une drôle de Fraternité au Barreau de Paris

Plusieurs avocats ont  créé la Fraternité du Barreau de Paris.

Ils déclarent se reconnaître ‘dans les trois grandes religions monothéistes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam et qui se réclament explicitement du même patriarche Abraham. « .

Ils ont « convenu ensemble de se concerter à l’effet d’oeuvrer, dans le cadre de leur profession et de la vie civile, à la lutte contre toute forme de stigmatisation ou de discrimination liées à la religion ». Comme le Blasphème par exemple ? Qu’est ce qui distinguera ce groupe des différents organismes qui luttent pour que leur religion, ou du moins leur vision du religieux soit préservée. Comme l’Agrif, la Ligue des Musulmans de France, Croyances et libertés ?

Le groupe  d’avocats est composé de Bernard CAHEN, Philippe LUCET, Carbon de SEZE et Chems-Eddine HAFIZ.

Soutien aux femmes polonaises

RASSEMBLEMENT DIMANCHE 10 AVRIL 15 HEURES, près de l’Ambassade de Pologne, sur l’esplanade des Invalides, entre la rue Talleyrand et la rue Saint Dominique.

Amenez un cintre, symbole des avortements clandestins, en signe de solidarité.

Toutes les villes peuvent organiser elles aussi un rassemblement le 10 avril en soutien aux polonaises.

L’évêque de Pontoise ne sait pas si la pédophilie est un péché

L’évêque de Pontoise, Stanislas Lalanne, a déclaré sur la radio chrétienne RCF que la pédophilie était un mal, mais qu’ il ne “saurait pas dire” si c’était un péché.

Stanislas Lalanne a pourtant eu le temps de réfléchir à la question puisqu’il est chargé depuis d’une « cellule de veille » sur la question.

En 1999, Stanislas Lalanne n’avait pas hésité à déclarer que  l’avortement « reste objectivement, un acte très grave » (La Croix, 19 juillet 1999)

VOILE « ISLAMIQUE » – THOMAS GUÉNOLÉ OU COMMENT ÉTOUFFER LES CRITIQUES

Il est assez étrange de répondre à un entretien développant des arguments précis par une lettre ouverte qui n’y réfère pas, mais entend les contredire en dépit de toute réalité. C’est pourtant ce qu’a fait le politologue Thomas Guénolé en défense du voile « islamique » et en opposition à l’appel au boycott des marques par Elisabeth Badinter. Ce procédé, entaché de maladresses, brille aussi par une méconnaissance consternante du sujet.

Dans une tribune parue dans le Plus de l’Obs, le politologue Thomas Guénolé, qui s’était pourtant habilement distingué face à la pasionaria indigéniste raciste Houria Bouteldja récemment dans l’émission « Ce soir ou jamais », critique la position d’Elisabeth Badinter sur le « voile islamique » en six points. Son analyse est aussi insuffisante que partisane.

Il faut revenir à la médiocrité des termes du débat sur le concept d’islamophobie pour comprendre les raisons conduisant un militant antiraciste aussi qualifié que Th. Guénolé à limer sa plume sur six points afin de discréditer la critique féministe et universaliste d’E. Badinter qui appelle à boycotter les tenues néowahhabites – résultats d’un mariage forcé par l’histoire contemporaine entre l’idéologie wahhabite et la mondialisation massive des échanges économiques.

Depuis de nombreuses années, les analyses de Caroline Fourest et Fiammetta Venner sur l’islamophobie comme outil de propagande fondamentaliste destiné à interdire toute critique de l’islam sont décriées par quelques spécialistes retors utilisant l’argument suivant : le concept d’islamophobie n’a pas été inventé par les mollahs suite à la révolution islamique d’Iran. D’une part, ce sont bien les mollahs qui l’ont remis au goût du jour en accusant les féministes de s’en prendre à l’islam. Ils en ont employé la version anglaise, car de fait le mot n’existe pas en farsi. Or les deux essayistes n’ont jamais prétendu que le terme figurait dans la langue du merveilleux Djalāl ad-Dīn Rūmī. Ce mauvais procès est lui-même destiné à interdire toute critique de l’islam le plus uniformisé et le plus rigoriste qui soit, en provenance directe des pétromonarchies du Golfe.

Thomas Guénolé, en chercheur savant désireux de poursuivre en creux ce mauvais procès, commet l’erreur de citer deux sociologues dont il ignore probablement la proximité idéologique avec le CCIF. On peut avoir un rond-de-serviette au CNRS sans pour autant s’exempter de tout militantisme politique. Pour rappel, l’ouvrage en question a été amplement critiqué dans Islamophobie, la contre-enquête. A ceci il convient d’ajouter que les administrateurs coloniaux ayant véritablement inventé le terme d’islamophobie au début du XXe siècle se sont vu emboîter le pas à la même époque par le peintre écrivain orientaliste Etienne Dinet, converti à l’islam. Il se trouve que c’est cette version-là du concept d’islamophobie, et non celle des administrateurs coloniaux, qui nourrit le combat de l’islam politique :  « Aux yeux d’Etienne Dinet et Sliman Ben Brahim, la foi musulmane et les mœurs arabes ne faisaient qu’un depuis l’origine de l’islam (…), idée qui connaît aujourd’hui une belle postérité, la définition actuelle de l’islamophobie étant précisément fondée sur cette racialisation paradoxale des musulmans, sans laquelle il serait impossible de dénoncer avec fracas le [supposé] racisme dissimulé dans l’apparente critique d’une religion. » (I. Kersimon, J.-C. Moreau, Islamophobie, la contre-enquête, p. 41.)

Reprenant au compte de son indigente démonstration la notion de « zina » (fornication), il se lance dans une exégèse du Coran, lequel ne prescrit le couvrement des femmes que dans sa lecture la plus fondamentaliste. Il s’agissait en effet, au 7e siècle, de distinguer les esclaves, butin sexuel du tout-venant, des femmes du prophète, n’appartenant qu’à lui et lui devant fidélité. Ce pourquoi ce voile censément « islamique » a toujours été le marqueur identitaire d’un islam de conquête et ce pourquoi, partout où l’islam politique est parvenu au pouvoir, l’une de ses premières mesures a été de voiler les femmes et de réprimer celles qui résistaient à cette injonction. Le voilement des femmes n’est pas une prescription religieuse, mais bien l’étendard d’une réislamisation de la jeunesse musulmane par l’islam le plus déculturé et le plus liberticide. Dès lors, la stratégie d’évitement du fond de la question consiste pour M. Guénolé à prendre pour exemples deux pays à majorité musulmane où les femmes travaillent : il ne sera donc, dans son «  décryptage », jamais question de l’idéologie néo-wahhabite promue sous nos latitudes par le fréro-salafisme. Quand bien même M. Guénolé saurait de quoi il parle, est-ce parce que le Coran prescrit l’esclavage sexuel et la condamnation à mort des « infidèles » et des apostats qu’il serait bel et bon de les défendre de nos jours, et d’admettre le bon droit de ceux qui les pratiquent où ils sévissent, en particulier sous la domination de l’État islamique ? Quid de tous ceux, musulmans et non-musulmans, qui risquent leur vie en luttant contre une telle barbarie, physique, mais aussi idéologique ?

C’est tout le sens de l’engagement d’Elisabeth Badinter qui, par parenthèse, n’a jamais proclamé qu’il « ne faut plus avoir peur d’être islamophobe  » , mais qu’il « ne faut plus avoir peur d’être traité d’islamophobe ». Elle rappelle à juste titre, dans l’entretien incriminé donné au Monde, l’universalisme de sa position, qui s’oppose aux tolérances ubuesques d’une gauche tétanisée par le relativisme culturel : « Au début des années 1980, j’ai vivement critiqué la défense du droit à l’excision et à la polygamie sur le sol français par Danielle Mitterrand. Pour l’épouse du président, cette permission était le signe d’une tolérance supplémentaire, voire d’un progrès de la démocratie  : nous sommes capables de respecter croyances et traditions des autres cultures. Une partie de la gauche a baissé la garde devant les souffrances des victimes de ces pratiques. Mais à ce moment-là, la majorité des féministes trouvaient aberrant que l’on puisse accepter d’exciser des petites filles. »

Arguer de la loi de 1905 comme s’y livre ensuite M. Guénolé dans des arguties aussi visiblement jubilatoire pour tous les partisans de ce relativisme défendant l’auto-exclusion ségrégationniste des femmes « musulmanes » (la majorité d’entre elles ne souffrant d’ailleurs pas d’être ainsi assignées à prouver leur « bonne islamité ») que vaine étant donné l’absence de prescription religieuse finit de discréditer sa réponse.

On l’aimait mieux face à Houria.

Isabelle Kersimon

Que se passe t-il au Planning Familial ?

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Des motions très inquiétantes ont été présentées au Congrès du Mouvement Français pour le Planning familial. Il est question de se tourner vers un « féminisme non excluant ». Il existe donc un « féminisme excluant ». Lequel ? Le féminisme universaliste et laïque serait-il visé ? Il est surtout beaucoup question de refuser le « sécuritaire » (quel rapport entre la lutte anti-terroriste et le Planning ?), d’éviter les « regards surplombants » et la « hiérarchie des cultures »… Le discours indigéniste et relativiste contamine déjà la gauche radicale, il a dévoré une partie de la Ligue de l’enseignement, fait renoncer quelques associations féministes à défendre la laïcité, et cherche à s’infiltrer dans les luttes sociales en cours. S’il devait retourner une institution aussi importante que le Planning familial et influencer ses pratiques, ce serait tout simplement alarmant. Merci aux équipes du Planning de nous rassurer ou de nous éclairer sur l’intention de ce nouveau vocabulaire.

Caroline Fourest

S. Grzybowski (Coexister) revient sur Twitter pour défendre le voile

Alors que S. Grzybowski avait décidé de faire une diète de Twitter, il revient pour défendre le voile dans une série de messages.

 

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Pour mieux comprendre les enjeux du mouvement Coexister, son origine, ses alliances (notamment avec les Frères musulmans) et son agenda nous vous conseillons de lire l’enquête qui figure dans le dernier numéro de Prochoix disponible en librairie.

Ou sur ce lien

http://prochoix.org/pdf/coexister.prochoix.66.pdf

 

Governor McAuliffe Vetoes Bill Defunding Planned Parenthood

Virginia Governor Terry McAuliffe vetoed a measure today that would have defunded Planned Parenthood in the state.

House Bill (H.B.) 1090, which passed earlier this month, would have prohibited the Virginia Department of Health from funding health clinics that also provide abortions. As a result, the bill threatened to eliminate funding for sex education, STI testing, and family planning.

The Feminist Majority Foundation joined with reproductive rights groups across Virginia to call on Governor McAuliffe to veto H.B. 1090. Since the law’s passage, allied organizations delivered nearly 5,000 petition signatures to the Governor before his veto.

In his veto message, Governor McAuliffe said, “If we are going to build a new, more vibrant Virginia economy, we need to be opening up doors to quality, affordable health care, not closing them. I have promised to stand in the way of any and all attempts to interfere with a woman’s right to make her own health care decisions.”

“In a time when our neighboring states are rolling back the clock on civil rights and reproductive freedom, we are fortunate to have a Governor that is willing to stand firm in support of Virginia’s women and families,” said Tarina Keene, executive director of NARAL Pro-Choice Virginia. “Unfortunately, Governor McAuliffe is the only person right now standing between Virginia women and ever-increasing attacks on our rights, health, and dignity.” She continued, “Make no mistake: this bill is not an outlier. Instead, it is part of a well-documented pattern of anti-abortion legislators chipping away at Virginia women’s constitutional rights and access to health care.”

During the 2016 legislative session in Virginia, anti-abortion politicians proposed a slew of bills to limit abortion rights and compromise women’s health care. In addition to H.B. 1090, these politicians proposed a 20-week ban, a bill to create fetal rights, a measure to criminalize fetal tissue donation, and a bill that would require a person who obtains an abortion or suffers a miscarriage to arrange to bury or cremate the remains. All of these proposals were ultimately defeated.

Media Resources: Office of Governor Terry McAuliffe Veto Statement 3/29/16; Virginia’s Legislative Information System; NARAL Pro-Choice Virginia Press Release 3/29/16