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livre de CAROLINE
FOUREST & FIAMMETTA
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| Elu d'aujourd'hui, 16/01/04 Entretien avec Caroline Fourest
Dans votre livre, “Tir croisé”, vous comparez les intégrismes chrétien, juif et musulman sur la question des femmes, de la sexualité, de la culture, de l’emprise politique et du terrorisme, et vous affirmez que l’islam n’est pas “la seule source de fanatisme”. Caroline Fourest : Il n’existe pas de “choc des civilisations” qui opposerait l’Occident chrétien à l’Orient musulman. Le vrai choc est entre deux projets de société : l’un démocratique et laïque, l’autre théocratique et réactionnaire. Depuis une trentaine d’années, nous assistons à un retour en force des lectures extrêmistes des trois religions du Livre. Leur point commun est la domination masculine. Les intégristes musulmans d’Arabie saoudite ont la même conception du statut de la femme que les ultra-orthodoxes juifs vivant dans certains quartiers de Jérusalem comme Mea Shearim. La différence, c’est qu’Israël est une démocratie, laïque en principe, et qu’une femme peut porter plainte si elle est agressée tandis qu'en Arabie Saoudite ou en Iran, c'est l'état lui même qui la condamnera au nom de la charia. Vous avez observé une reconquête politique de la part des mouvements intégristes des trois religions qui n'épargne aucun pays... C'est en effet effrayant de voir à quel point, nous avons tourné la page des années 70, plutôt des années de libération, pour entrer dans l'ère du retour à l'obscurantisme. En Russie, la Douma vient d’examiner une loi contre le blasphème. Aux Etats-Unis, la Christian Coalition recouvre une bonne centaine d’associations intégristes, catholiques et protestantes, sans laquelle aucun candidat républicain ne peut se faire élire. George Bush, qui est “Born again” (né de nouveau après avoir redécouvert la foi) en est la parfaite illustration : il a dit qu’il était l’instrument de Dieu en déclenchant la deuxième guerre du Golfe, qu’il a menée comme une véritable croisade. La droite religieuse américaine est aussi très active en Amérique latine, où elle a exporté des sectes charismatiques pour combattre la théologie de la libération. Je ne parle même pas des pays arabo-musulmans, toujours soumis à la pression islamiste, ni du conflit au Proche-Orient, pris en otage par les intégristes juifs et musulmans de par et d'autre. Cette reconquête intégriste a maintenant des effets sur les conférences mondiales organisées par l'ONU, où le Vatican orchestre une alliance qui va de la droite religieuse américaine (les républicains “pro-life”) jusqu’à l’Arabie séoudite et la quasi totalité des pays de l'Organisation de la Conférence islamique en passant par la Pologne. Tous unis contre ce que le Vatican a appellé “l’impérialisme contraceptif”, c'est à dire la planification familiale, présentée comme une tentative faite par les pays du Nord d’exterminer les pays du Sud par la régulation de ses populations. Nous sommes aujourd’hui dans un contexte international à haut risque, où ceux que l’on appelle les “intégristes” utilisent la religion à des fins politiques. Dans ce jeu, l’islamisme n'est ni pire ni meilleur mais il est plus dangereux. En tant que mouvement politique, il a su trouver des alliés que n'ont pas les des autres intégrismes, y compris dans une partie de la gauche “radicale”, grâce à sa posture anti-sioniste et anti-impérialiste. Cette gauche privilégie la lutte avec les islamistes, au nom de la “lutte prioritaire” contre le colonialisme et l’impérialisme, quitte à trahir les idéaux féministes et laïques qui font aussi partie de l'altermondialisation. Vous dites aussi que l’Union européenne est un enjeu énorme pour la laïcité ? Caroline Fourest : L’europe est le seul lieu où la laïcité veut dire quelque chose. Dans cet espace, la France est le seul pays qui ne fait pas référence à la religion dans sa Constitution. C'est pour quoi les mouvements islamistes, mais aussi le Vatican, ont autant envie de faire fléchir la laïcité française, pour ensuite infléchir la politique européenne vis-à-vis des religions. Le Vatican a chargé la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) de faire du lobbying auprès des parlementaires européens pour obtenir trois choses. Que les églises chrétiennes aient une relation privilégiée avec le parlement –ce qu’elle a obtenu dans le projet actuel et ce qui est déjà très grave puisqu'il rend les Églises supérieure à n'importe quelle association. Que soit reconnu “l’héritage religieux chrétien” dans le préambule de la Constitution. Qu’elle contienne une invocation à Dieu. Sur ces deux derniers points, la négociation n’est pas terminée. Or l’Europe va s’ouvrir à des pays comme la Pologne que l'on sait très sensible au lobbying du Vatican. Franchement, je m’inquiète beaucoup plus de son entrée dans l'Union que de celle de la Turquie. Parce que la Turquie est un pays laïque, tandis que la Pologne est en plein retour aux “valeurs chrétiennes”. La question de la laïcité dépasse largement le cadre français : c’est un enjeu européen et même mondial Propos recueillis par Catherine Lafon |
Auteures:
Fourest, Caroline |
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