Le 16 juin dernier, à 14 heures, plusieurs
associations anti-avortement ont requis devant le Conseil dEtat
lannulation des circulaires du ministère de lEducation
nationale et de la Direction générale de la santé
du 6 janvier 2000 permettant la délivrance du Norlevo par des infirmières
détablissements scolaires.
ProChoix a suivi les débats au Conseil dEtat dont sest
également fait lécho Libération. Après
un rappel chronologique de la législation en matière de
contraception, la Commissaire du gouvernement, Mme Boissard, sest
clairement prononcée en faveur de lannulation de la circulaire.
Fondant son argumentation sur larticle 3 de la loi du 28 décembre
1967 sur les contraceptifs hormonaux, qui prévoit que ces derniers
ne peuvent être délivrés quen pharmacie et uniquement
sur prescription dun médecin, la Commissaire du gouvernement
a estimé que les pouvoirs publics navaient pas saisi loccasion
dune directive communautaire du 31 mars 1992 (gouvernements Cresson
et Bérégovoy) pour modifier ou remettre en cause cet article,
en conséquence de quoi ils avaient implicitement choisi de laisser
les contraceptifs hormonaux soumis à prescription médicale
Ainsi, en édictant la circulaire attaquée, les ministères
de lEducation nationale et de la Santé auraient bien
loin de se conformer à la hiérarchie des normes, agi à
la place du législateur". Si une infirmière peut, en
cas durgence, remplacer un médecin, la Commissaire du gouvernement
a indiqué que lurgence ne peut résulter que dun
"danger pour la vie ou lintégrité physique du
patient", et que "si une grossesse suite à un viol ou
un inceste est une situation de détresse, ce nest pas une
situation durgence".
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En conclusion, Mme Boissard a considéré que la circulaire
contrevenait aux dispositions de la loi de 1967, en autorisant des infirmières
à prescrire et délivrer des contraceptifs, à la déontologie
médicale et larticle 371-2 du Code civil, en permettant la
délivrance des contraceptifs à des mineurs sans accord des
parents. Selon elle, les associations anti-IVG sont "recevables et
fondées à demander lannulation de la circulaire".
Les requêtes ont été mises en délibéré.
Le 30 juin, le Conseil dEtat a rendu son verdict et annulé
la circulaire permettant la délivrance du Norlevo.
Heureusement, dans les jours qui ont suivi, cette mésaventure a
finalement contraint le gouvernement à entreprendre enfin une réforme
ambitieuse : une proposition de loi prévoyant dallonger les
délais à 12 semaines (pour linstant la France autorise
des délais bien en deçà du reste de lEurope
et 5 000 femmes sont contraintes chaque année davorter à
létranger), de mettre fin à la nécessité
de lautorisation parentale pour les mineurs et dabroger certaines
dispositions pénales concernant lavortement. Ce qui implique
de réformer la loi Veil, Neuwirth et dabroger les lois 1
920 et de 1939 faisant aujourdhui de lavortement et de la
contraception des exceptions tolérées et non pas un droit.
Bref, lépisode Norlevo pourrait être un mal pour un
bien, même si entre-temps les anti-avortement se sont offert une
petite montée dadrénaline en remportant une victoire
que lon aurait pu éviter.
Camille Rigault et Gil Boureboune

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