Le
monde à l'envers ! A propos des convictions anti-laiques
d'Henri Tincq et de Xavier Ternisien par Caroline Fourest
Darticles
en articles, sous couvert dobjectivité journalistique,
Henri Tincq et Xavier Ternisien, tous deux chargés des
questions religieuses au journal Le Monde, font preuve dun
tel parti pris anti-laïques quil est temps de lever
le voile sur leurs convictions éditoriales...
Depuis quelques
années, les pages "religion" du journal Le Monde
sont devenues le porte-drapeau d'une école de pensée
bien décidée à infléchir la laïcité
telle que nous la connaissons en France. Il est devenu le média
privilégié des partisans dits de la "nouvelle
laïcité", un concept notamment défendu
par certains sociologues de l'École pratique des Hautes
études sous la houlette de Jean Baubérot ou encore
des historiens comme René Rémond. Jeanne Favret-Saada
fait partie des rares à s'être opposée à
cette ligne, notamment dans un article paru dans Les Temps Modernes,
où elle explique toute l'ambiguïté de cette
"nouvelle laïcité"1. En fait de "nouveauté",
il s'agit notamment de faire une place de choix à la culture
religieuse au sein de l'école, voire même de susciter
la création d'un module destiné à enseigner
le fait religieux. Cette proposition est tout particulièrement
d'actualité depuis que Régis Debray en a fait son
cheval de bataille dans un rapport remis à Jack Lang début
2002, alors même que la France vient d'officialiser l'enseignement
du catholicisme et du protestantisme en Alsace-Moselle par le
biais d'un CAPES de religion réservé depuis 2000.
Il "faut passer d'une laïcité d'incompétence"
(sic) à une "laïcité d'intelligence"
plaide Régis Debray. L'imposition d'une nouvelle laïcité
passe en effet nécessairement par la disqualification de
l'ancienne. Les partisans de la "nouvelle laïcité"
ont notamment imaginé un moyen de jeter l'anathème
sur l'actuel modèle français : ils y opposent le
terme de "laïcité ouverte". Cette fois,
c'est Henri Pena-Ruiz, maître de conférence à
Science Po et auteur de plusieurs ouvrages incontournables sur
la laïcité, qui a vu venir le piège : "la
notion de 'laïcité ouverte' suggère que la
laïcité 'tout court' serait 'fermée'".
Ce qui n'est pas le moindre des procès d'intention vis-à-vis
d'un idéal conquis sur l'obscurantisme : "Lesprit
douverture est une qualité. Mais il ne prend sens
que par opposition à un défaut : la fermeture. Cest
pourquoi on néprouve la nécessité douvrir
que ce qui exclut, enferme, et assujettit. Et on le fait au nom
didéaux qui quant à eux formulent tout haut
des exigences de justice. Les droits de lhomme, par exemple,
proclament la liberté et légalité pour
tous les êtres sans discrimination dorigine, de sexe,
de religion ou de conviction spirituelle. Viendrait-il à
lidée de dire que les droits de lhomme
doivent souvrir ?"2
De fait, le terme de "laïcité ouverte" est
merveilleusement efficace pour faire passer le modèle laïque
tel que nous le connaissons pour un modèle fermé
et obtus. Derrière lui se cache la volonté de mettre
fin à une valeur culturelle en voie de disparition à
l'échelle du monde, la laïcité telle que nous
l'entendons en France, au profit d'un modèle multiculturel,
proche de ce que l'on observe aux États-Unis, à
savoir un pays dont l'état est officiellement laïque
mais dont la culture, elle, est réduite à une juxtaposition
communautaire glorifiant l'appartenance religieuse comme seule
source de "sens". N'entend-on pas, ici ou là,
des intellectuels, souvent chrétiens, pleurer sur la "perte
des repères" et revendiquer un retour à la
"quête du sens", à leurs yeux nécessairement
religieuse, pour la France ? L'idée fait son chemin, même
si les partisans de la "nouvelle laïcité"
rencontrent quelques difficultés à faire accepter
cette régression en France. C'est pourquoi, ils produisent
aujourd'hui une surenchère de concepts destinés
à disqualifier les militants et les intellectuels laïques
pour mieux imposer leur redéfinition de la laïcité.
C'est dans cette atmosphère, très tendue et pleine
d'enjeux, qu'intervient le débat sur les signes religieux
distinctifs à l'école. Avez-vous remarqué
combien ce débat est en passe d'être piégé
par les mots ? Certains journalistes, quelques sociologues et
maintenant des associations accusent de plus en plus souvent les
défenseurs de la laïcité d'être des "laïcistes"
ou des "islamophobes" voire des "intégristes
de la laïcité" (sic). Ces expressions ne sont
malheureusement pas isolées. Elles font partie du registre
lexical courant d'un journal comme Le Monde, tantôt sous
la plume d'Henri Tincq tantôt sous celle de Xavier Ternisien.
Quitte à briser le mythe de l'objectivité journalistique,
ces deux responsables de la rubrique religieuse ont si souvent
franchi la ligne rouge partisane qu'il est temps de lever le voile
sur leurs convictions.
Vive le Renouveau charismatique, par Henri Tincq
En charge des questions religieuses au Monde depuis des années,
Henri Tincq a récemment publié un ouvrage dont on
a peu entendu parler, Dieu en France3, mais qui a sans aucun doute
réjoui les militants du Renouveau charismatique, ce courant
particulièrement sectaire en passe de régénérer
le prosélytisme chrétien à force de scander
que l'on peut guérir du Sida ou du cancer grâce à
la prière et au "parler en langues" (ces séances
de transes où l'Esprit saint est censé s'emparer
du corps des fidèles). Sous-titré Mort et résurrection
du christianisme, l'ouvrage de Tincq défend la thèse
selon laquelle le christianisme va sortir du trou noir grâce
à un front commun avec les autres religions il estime
toutefois que le catholicisme doit garder une place privilégiée
sous peine de mettre toutes les Églises au même niveau
mais surtout grâce au Renouveau charismatique : "le
Renouveau charismatique ainsi qu'une poussière de communautés
nouvelles donnent désormais le ton à un catholicisme
décomplexé, émotionnel, visible, festif",
écrit-il avant d'ajouter : "N'est-ce pas là
la voie de la résurrection ?"
Avant d'en venir à cette joyeuse conclusion, le livre se
présente sous la forme d'un long plaidoyer regrettant la
mort du christianisme en tant que parole publique et politique
: "l'Église ne compte plus guère sur le terrain
politique. Si elle est parfois requise par les élus ou
gouvernants, avec les autres représentants confessionnels,
pour jouer les pompiers dans les banlieues, ses avis sont ignorés
quand elle réclame la régularisation des immigrés
sans-papiers, la défense de l'emploi de travailleurs menacés,
le respect de la cellule familiale et de la vie". Oui, vous
avez bien entendu les deux derniers mots
On ne voit pas
bien en quoi l'Église catholique a joué un rôle
de "pompier dans les banlieues" mais on comprend très
bien pourquoi Henri Tincq a eu à cur de prendre la
défense des combats les plus progressistes de l'Église
pour ensuite tenter de faire passer la pilule sur ses combats
les plus rétrogrades en faveur du "respect de la cellule
familiale et de la vie " (sic). Tout le reste du livre est
à cette image : une dose pour redorer l'image sociale de
l'Église présentée comme à
la pointe du combat contre le libéralisme sauvage et la
mondialisation aussitôt corrigée par trois
quarts de propagande expliquant combien il est injuste de caricaturer
le catholicisme en raison des affaires de pédophilie ou
de ses positions sur l'avortement et l'homosexualité. Même
s'il prend la peine de ne pas totalement les approuver, Henri
Tincq les juge parfaitement cohérentes face à ce
qu'il appelle "une crise de la vérité et de
la norme".
Le journaliste n'a pas de mots assez flatteurs pour redorer le
blason de L'Évangile de la vie, le manifeste anti-avortement
de Jean-Paul II, qu'il décrit comme l"une des plus
belles évangiles de ce pape" : "un cri d'anxiété
poussé devant l'extension de la 'culture de mort'
terrorisme, guerre, délinquance, euthanasie, avortement,
etc. au détriment de la 'culture de vie'" (re-sic).
L'ensemble du livre dévoile une conception clairement provie
puisqu'il s'attache d'ailleurs à montrer combien la "culture
de mort" se répand chaque fois que le christianisme
recule. Il se montre effrayé par l'affaire Perruche et
s'inquiète des avortements de convenance : "l'interdit
prononcé par l'Église catholique, avec force et
régularité, contre l'avortement et l'euthanasie,
accueilli dans l'indifférence ou le mépris, découle
de cette affirmation de la dignité humaine face à
la dérive de pratiques et de législations qui, le
plus souvent, se contentent de prendre acte et d'entériner
les évolutions des murs".
En parlant des murs, le journaliste du Monde regrette que
les positions du Saint-Père sur le préservatif aient
été mal comprises, ses incitations à leur
préférer la chasteté ayant été
interprétée comme une forme de non assistance à
personne en danger. Il reconnaît bien une certaine irresponsabilité
dans ces propos mais tient à sauver malgré tout
le message du pape : "Il voulait dire qu'il est irresponsable,
de son point de vue, de promouvoir le préservatif sans
parler aussi de maîtrise de soi et de fidélité
des couples". Des valeurs qu'il partage tant il semble écure
parce qu'il présente comme un déluge de sexe, regrettant
que même les femmes n'aient plus aucune pudeur et parlent
désormais facilement de sexualité... Les enquêtes
de Janine Mossuz-Lavau sur la sexualité sont citées
à charge ! Mais la télé reste sa cible privilégiée
: "sous prétexte de 'montrer tout' et de 'parler vrai',
la télévision est devenue un exutoire de fantasmes.
Triomphe sur les écrans une sexualité pulsionnelle,
libérée de toute contrainte sociale et morale, une
sexualité morcelée, parfois incestueuse, qui met
à nu les corps et les humilie". C'est dire si Tincq
regrette que les mots "chasteté, virginité
ou abstinence" soient si peu à la mode et fassent
rire dans les cours des lycées : "d'émissions
radios nocturnes pour adolescents en télé réalité,
il s'ensuit un discours décomplexé sur les conduites
sexuelles, mais convenu, vaguement cynique, dans lequel on ne
sait plus ce qui favorise ou non la relation, ce qui fait ou non
la norme".
Nous y voilà. Henri Tincq est trop intelligent pour combattre
officiellement ce qu'il appelle la "rupture du pacte conjugal",
le concubinage, les "aventures hors mariage", l'éclatement
des familles ou la monoparentalité mais il regrette ouvertement
la fin de la norme : "au nom de la 'privatisation' davantage
revendiquée des plaisirs sexuels, ces modes de vies ne
sont plus moralement hiérarchisés". Autant
vous dire que les pages suivantes sont truffées de citations
de Tony Anatrella, sobrement présenté comme un psychanalyste
spécialiste des adolescents alors qu'il s'agit surtout
du psy le plus homophobe du PAF, celui qui est monté au
créneau contre le PaCS au nom du catholicisme. Même
s'il juge que les slogans des manifestants anti-PaCS n'ont pas
toujours été très fins, on sent bien qu'Henri
Tincq se laisserait volontiers aller sur ce terrain si les pages
sociétés du Monde, notamment sous la plume de Pascale
Krémer, n'avaient pas été si fines et avant-gardistes
sur un dossier comme le PaCS. Car, vous l'aurez compris, c'est
bien une vision dogmatique et archaïque du catholicisme que
nous dévoile ce journaliste au fil des pages. Une vision
qui ne supporte rien moins que l'esprit critique. Il se déclare
même choqué de voir la religion malmenée par
des marques comme Benetton, montrant une religieuse et un prêtre
en train de s'embrasser, ou Volkswagen, coupable à ses
yeux d'avoir transgressé le mystère de l'eucharistie
lors d'une campagne retirée à la suite des protestations
d'associations catholiques. Il regrette le Bébête-show,
dont les parodies évitaient de "heurter le public
encore intégré au catholicisme", et reproche
aux Guignols de l'info de mener "une entreprise de désacralisation"
: "Les rituels chrétiens, des dogmes aussi fondamentaux
que l'incarnation, les sacrements, sont tournés en dérision."
Plus inquiétant encore est le début du chapitre
VI, "Dieu, bonnet d'âne à l'école",
où Tincq met en parallèle deux actualités
relatées par Le Monde du 23 septembre. D'un côté,
le meurtre commis par un jeune homme qui "voulait voir ce
que cela fait de tuer quelqu'un". De l'autre, un jugement
de la cour d'appel de Metz exigeant que l'on retire un tableau
représentant le Christ en Croix de la salle d'audience
au nom de la laïcité. Vous vous demandez quel peut
être le lien entre ses deux dépêches d'AFP
? Pour le journaliste du Monde, ce lien est évident : "Le
sens de ces deux informations, rapprochées par les hasards
de l'actualité et de la mise en page, saute aux yeux".
Ôtez les symboles chrétiens des cours de justice
et vous augmenterez le nombre de meurtres à force d'encourager
la perte des repères en privant les égarés
de l"accès au sens"
Et Henri Tincq de noter
que si Dieu est en disgrâce à cause de la laïcité,
le diable et le satanisme, eux, ne se sont jamais aussi bien portés.
Sans parler du taux de suicide et de la pédophilie qu'il
met en relation avec le déclin de la religiosité.
Bref, le journaliste du Monde n'en finit plus de pleurer sur ce
monde de l'après 68, sur la "perte des repères",
"la crise du sens", un monde de "matérialisme
et d'hédonisme sans limite" qui justifierait, selon
lui, le retour sur la scène médiatique des intellectuels
parlant au nom du christianisme. On sent chez lui une véritable
souffrance à endurer le discours des héritiers de
Jean-Paul Sartre dont il se demande : "L'histoire retiendra-t-elle
de Sartre qu'il fut un grand philosophe ou un militant acharné
et, ce faisant, un peu égaré ?" Sous sa plume,
les intellectuels laïques sont systématiquement traités
de "militants", de "laïcistes", tandis
que les partisans de la Nouvelle laïcité Jean
Baubérot, Danièle Hervieu-Léger ou René
Rémond sont présentés parmi les meilleurs
chercheurs qui soient. Même la revue Golias, des catholiques
de gauche, est nettement trop laïque au goût du journaliste
du Monde, qui ne semble guère apprécier ses enquêtes
critiques envers le pape et le Vatican.
Au final, tout cela ne serait pas si grave si ce parti pris ne
se retrouvait pas systématiquement dans les pages "religion"
du Monde où, sous couvert d'objectivité journalistique,
Henri Tincq dénonce, article après article, les
"fantasmes" de l'"extrémisme laïque".
Dans son livre, il regrette ouvertement que "le cri de révolte
d'une féministe ait plus d'échos auprès du
Premier ministre qu'une protestation du président de la
conférence des évêques". Il est donc
logique de voir que ces articles félicitent le projet de
constitution européenne lorsque celui-ci entérine
une mode de relation privilégiée entre la communauté
européenne et l'Église catholique. En revanche,
le journaliste sort de ses gonds face au refus de voir figurer
une invocatio Dei, une référence explicite à
Dieu, dans cette même constitution et sa colère se
retrouve dans ses articles consacrés à ce sujet.
C'est bien dans Le Monde et non plus dans son livre qu'il s'est
laissé aller à cette envolée : "On comprend
largument de ceux qui disent que lun des effets les
plus pervers de lextrémisme religieux est de renforcer
les tendances laïcistes" (sic)4. Ainsi ce nest
pas le terrorisme ou même le fanatisme que ce journaliste
semble déplorer dans lintégrisme, son principal
"effet pervers" est à ses yeux de renforcer un
danger autrement plus grand
"les tendances laïcistes"
!
Les "ayatollahs de la laïcité", par Xavier
Ternisien
Vous pensez peut-être qu'on ne peut pas aller plus loin
sur le mode du Monde à l'envers ? Vous n'avez pas encore
lu encore un article de Xavier Ternisien
L'autre journaliste
en charge des questions religieuses, françaises cette fois,
aurait pu être une bouée d'oxygène, l'occasion
d'un regard un peu moins partial sur l'actualité. Il n'en
est rien. Ternisien tient le même discours que Tincq et
sen prend systématiquement au "combat laïcard"
ou au "camp ultralaïque", auxquels il reproche
de mener une "croisade antivoile" (re-sic)5. Autant
cet ancien séminariste peut se montrer critique envers
l'intégrisme chrétien, autant certains de ses écrits
sont ambigus face au fondamentalisme musulman, qu'il n'est jamais
loin de considérer comme le véritable islam, l'"islam
d'en bas", face à l'"islam d'en haut" que
serait celui des musulmans libéraux ou laïques. C'est
en tout cas ce qui ressort de ses articles et surtout de son livre,
La France des Mosquées, cités comme un ouvrage de
référence par de multiples sites musulmans et islamistes.
Soyons honnêtes, cette enquête sont fouillée
et instructive. À certains moments, le journaliste a pris
soin de maintenir un équilibre apparent en relayant les
critiques adressées à des organisations comme l'UOIF
(l'Union des organisations islamiques de France). Il ne cache
pas leurs liens avec les Frères musulmans, même s'il
ne dit pas combien ce mouvement est dangereux. Fondé par
le grand-père de Tariq Ramadan, Hassan al-Banna, sa stratégie
a toujours été d'infiltrer un pays en envoyant des
émissaires calmes et pondérés, insistant
sur leur "réformisme", pour mieux dissimuler
des actions de prosélytisme au service d'un islam radical
et fondamentaliste. Or même s'il relate certains faits encombrants
pour l'UOIF, qui incarne l'idéologie des Frères
en France, Xavier Ternisien se contente un peu vite de ses démentis.
Il accepte notamment la version de son président lorsque
celui-ci lui affirme que l'organisation n'a plus aucun lien avec
le cheikh libanais Fayçal Mawlawi, le dirigeant de la Jamaat
Islamiyya libanaise [l'organisation des Frères impliquée
dans des attentats terroristes au Liban], alors qu'il est très
facile de prouver le contraire. En effet, Mawlawi intervient toujours
dans les séminaires de l'institut de l'UOIF et siège
toujours au Conseil européen de la fatwa, l'organe chargé
d'émettre des fatwas pour la branche Europe de l'UOIF.
En parlant du Conseil européen de la fatwa, Ternisien relève
bien qu'il est présidé par Youssef Qaradhawi, le
théologien servant de référence aux Frères
musulmans et à sa branche armée palestinienne (le
Hamas), mais son pedigree ne l'émeut pas outre mesure.
En réalité, le journaliste se contente de présenter
le Conseil européen de la fatwa comme un laboratoire de
pensée qui "mérite d'être encouragé".
À l'appui de sa thèse, l'auteur cite une poignée
de fatwa censées nous persuader du modernisme de ce conseil,
comme l'autorisation des prêts immobiliers ou l'autorisation
de consommer des aliments contenant des excipients à base
d'os de porc (comme la gélatine) et celle autorisant une
femme à rester mariée à un non-musulman.
Autant d'avis religieux ponctuels pouvant effectivement entrer
dans le cadre des réformes encouragées par les Frères
musulmans mais qui ne doivent pas cacher les multiples fatwa rendues
par ce même Conseil en faveur du port obligatoire du voile,
contre l'avortement, ou pour approuver les attentats kamikazes
! Question de priorité
or la priorité de Xavier
Ternisien est clairement affichée : "dédiaboliser"
par tous les moyens les penseurs proches des Frères musulmans,
comme Tariq Ramadan, et discréditer au maximum les musulmans
libéraux et laïques qui s'y opposent, comme Soheib
Bencheikh, la Mosquée de Paris ou Leïla Babès.
Le parti pris de La France des Mosquées
La France des Mosquées s'ouvre sur une introduction mettant
en garde contre les dangers de l'"islamophobie". Introduit
en France par Tariq Ramadan, ce terme tendant à faire passer
la critique de l'islam pour du racisme. En guise d'exemple de
l'"islamophobie ambiante", Xavier Ternisien cite les
réflexions de certains de ses collègues, qui semblent
se demander avec insistance s'il ne s'est pas converti à
l'islam
Ce qui ne serait pas grave ! Plus grave est la conclusion
de son livre, un plaidoyer en faveur de la reconnaissance des
forces vives de l'islam réformiste salafiste, accompagnée
d'une mise en garde contre la tentation d'utiliser le mot "intégriste"
ou le mot "fondamentaliste" à leur sujet. Au
motif de calquer un "terme occidental" sur l'islam,
cette ruse sémantique en réalité toute
politique permet d'éviter de mettre la pédagogie
entreprise face à l'intégrisme chrétien au
service d'une résistance face à l'intégrisme
musulman. Car en réalité, rien ne fait obstacle
à utiliser le mot "intégriste" ou le mot
"fondamentaliste" à propos des Frères
musulmans ou d'autres mouvements islamistes comme les wahhabites.
Même s'ils sont en concurrence pour gagner le leadership
du djihad mondial, ces deux mouvements ont en commun de mener
une entreprise de reconquête politique intégraliste
à partir de la religion (ce qui est très exactement
la définition du mot "intégrisme"), et
plus exactement au nom d'un islam "salafiste" (ce qui
signifie "retour aux fondements"). On peut donc s'étonner
de vouloir à tout prix éviter qu'on ne leur accole
les termes de "fondamentalistes" ou d'"intégristes",
surtout lorsque l'on sait à quel point Xavier Ternisien
n'a pas la même exigence sémantique à propos
des militants laïques ! Quand il ne parle pas lui-même
de "croisés de la laïcité" dans ses
articles pour Le Monde, Ternisien cite volontiers René
Rémond, historien et membre de la commission Stasi, traitant
ceux qui souhaitent appliquer les lois de 1905 à l'Alsace-Moselle
"d'intégristes et de fondamentalistes" de la
laïcité !6 Le journaliste est même allé
jusqu'à conclure un article consacré aux surs
Lévy en citant cette envolée de leur père
: "À travers cette affaire, je découvre la
folie hystérique de certains ayatollahs de la laïcité".
Gloups.
Le plus inquiétant n'est pas que ce journaliste entreprenne
de discréditer systématiquement ceux qui souhaitent
voir maintenue une certaine exigence en matière de laïcité,
le plus dangereux c'est lorsque cette disqualification s'opère
également à l'encontre de ceux qui résistent
aux intégristes musulmans, notamment vis-à-vis des
musulmans défendant un islam tolérant, rationaliste
et laïque. L'ouvrage de Xavier Ternisien égratigne
tous les acteurs musulmans faisant aujourd'hui barrage à
l'islam des Frères musulmans. Soheib Bencheikh, le mufti
de Marseille, est décrit comme un petit bourgeois parachuté,
sans Mosquée mais très médiatique. Quant
à la Mosquée de Paris, raillée parce qu'elle
"se veut le modèle d'un 'islam de paix et de tolérance'",
elle est présentée comme "la main d'Alger".
Il est vrai que la Mosquée de Paris est liée à
l'Algérie mais comme l'UOIF est liée intellectuellement
aux Frères musulmans et financièrement à
ses mécènes du Golfe, comme la Fédération
nationale des musulmans de France, l'autre coalition siègent
au Conseil français du culte musulman, est liée
au Maroc. Il est amusant de noter que cette influence étrangère
pose surtout problème lorsqu'il s'agit de discréditer
des musulmans laïques, qui souhaitent initier un véritable
islam à la française, et pas du tout lorsqu'il s'agit
d'islamistes allant chercher dans les pays du Golfe les moyens
de bâtir un réseau international destiné à
radicaliser les musulmans de France
Une telle exigence serait
en effet contradictoire avec la thèse politique défendue
par Xavier Ternisien. D'après lui, "la pire des choses
serait de diaboliser l'UOIF et de refuser toute négociation
avec elle, sous prétexte de ses liens, plus ou moins officiels,
avec les Frères musulmans" car, à ses yeux,
"l'UOIF peut se prévaloir désormais d'incarner
un véritable islam de France".
Seuls les radicaux sont dignes de représenter lislam
de France ?
Le parti pris de Ternisien est clair. Même si l'immense
majorité des musulmans de France est acquise aux idées
de la laïcité et pratique un islam traditionnel, culturel,
de rite malékite, Ternisien est persuadé que seuls
les plus radicaux sont dignes de les représenter. Il demande
clairement que l'on cesse de mettre en avant des personnalités
incarnant cet islam serein au profit des orateurs proposant le
retour à un islam fier mais archaïque en guise de
résistance à l'impérialisme et à la
modernité de l'Occident : "le travail d'un Tariq Ramadan,
qui a pris le risque, à de nombreuses reprises, de heurter
de front son jeune public, mérite d'être salué
et encouragé. Il en va de même pour l'action de Mamadou
Daffé, à Toulouse, l'un des rares imams africains
à diriger une mosquée fréquentée principalement
par des Maghrébins. Son charisme auprès des jeunes
du Mirail est indéniable. Malgré toutes ces qualités,
il n'a jamais bénéficié de la notoriété
médiatique d'un Soheib Bencheikh." Un discours que
l'on retrouve en conclusion de son livre : "Plutôt
que de diaboliser inutilement les jeunes musulmans qui se réclament
de Tariq Ramadan, il serait préférable d'encourager
le travail des éditions Tawhid de Lyon, qui tente de produire
et de proposer aux lecteurs musulmans des ouvrages réellement
adaptés au contexte dans lequel ils vivent. Plutôt
que de critiquer sans discernement l'UOIF, il vaudrait mieux valoriser
les personnalités les plus modérées qui uvrent
en son sein, comme Tareq Oubrou."
À noter toutefois, Xavier Ternisien ne fait plus guère
léloge de Tareq Oubrou depuis qu'il a pris ses distances
avec Tariq Ramadan... Publié le 1er mars 2003, l'un de
ses articles s'attache à comparer les deux options représentées
par Oubrou et Ramadan sous le titre "L'Islam de France :
entre gauche et conservatisme". Malgré sa proximité
avec l'UOIF, Tareq Oubrou a publié un livre d'entretien
avec Leïla Babès, une théologienne libérale
musulmane, dans lequel il reconnaît la nécessité
d'adapter l'Islam au contexte occidental, notamment sur la question
des droits des femmes7. On aurait donc pu s'attendre à
ce qu'il soit présenté comme le plus progressiste
des deux hommes
Pas du tout. Au contraire, cette vision
d'une "charia intégratrice qui ne se pose pas en rupture"
est présentée comme défendant une "charia
de minorité" une expression typiquement ramadienne
pour dénoncer tout mimétisme voire renoncement face
aux valeurs occidentales. Ternisien note bien qu'Oubrou cherche
à faire évoluer la place de la femme dans l'Islam
mais ce questionnement est à ses yeux moins prestigieux
et surtout moins révolutionnaire que celui mené
par Tariq Ramadan en faveur d'une "morale sociale" et
d'un "engagement dans la cité". Une vision qu'il
juge "dynamique et englobante" et qu'il décrit
comme une "synthèse originale entre la mouvance altermondialiste
et un islam réformiste, tenté par un retour aux
origines, que certains qualifieront un peu vite de fondamentaliste".
Toujours cette volonté d'empêcher les mots qui gênent
Il est vrai que souligner le fondamentalisme pourtant évident
du salafisme nuit au prestige d'une démarche que
Ternisien préfère qualifier "de type universaliste".
Il faut pourtant bien comprendre ce que recoupe ici cette notion
d'"universalisme", non pas une valeur propre à
tous nous émanciper tous mais bien un projet politique
islamique souhaitant conquérir le monde. Car pour Tariq
Ramadan l'islam ne doit jamais être une religion de minorité,
c'est une religion qui doit délivrer son message au monde
Ce qui l'amène notamment à vouloir islamiser la
laïcité plutôt que le contraire. Or cette démarche
n'a rien d'un message de paix universelle et surtout, contrairement
à ce que voudrait non faire croire Xavier Ternisien, elle
est hautement politique. Après avoir asséné
que Ramadan "prenait position contre le lobbying" au
nom de l'islam, le journaliste est bien obligé d'admettre
que l'enjeu se situe tout de même à un niveau politique.
Mais tout devient confus lorsqu'il pose cette question aux lecteurs
du Monde : "Oubrou tenant d'un islam de droite et Ramadan
promoteur d'un islam de gauche ?" On ne comprend décidément
pas pourquoi le journaliste a choisi de classer à droite
un Oubrou, qui souhaite améliorer le statut des femmes,
et à gauche un Ramadan qui souhaite investir le débat
public européen au nom d'un islam fondamentaliste, mais
on comprend bien à qui va sa préférence
Et de citer une fois de plus en exemple le travail remarquable
mené par les éditions Tawhid ou du Conseil européen
de la fatwa (UOIF).
C'est dire si le journaliste du Monde ne perd jamais une occasion
de "dédiaboliser" l'UOIF ou Tariq Ramadan, quitte
à systématiquement faire pâlir l'étoile
des leaders musulmans libéraux à leur profit. Car
le plus grave dans cette affaire n'est pas que Xavier Ternisien
ait un parti pris évident. Il pourrait la défendre
en tant qu'intellectuel ou en tant qu'auteur, nous aurions sûrement
de beaux débats en perspective. Plus gênant est de
voir ce point de vue défendu sans dire son nom, sous couvert
d'objectivité journalistique, par un chroniqueur en charge
de toutes les questions liées à l'islam et à
la laïcité dans les pages du journal Le Monde.
Lactualité passée au filtre de lintime
conviction
Rien n'est plus instructif que de relire d'une traite l'ensemble
des articles écrits par Xavier Ternisien depuis 2000. On
mesure alors le poids et l'impact de sa rubrique. On mesure surtout
la portée des dits et des non-dits, le poids des mots choisis,
celui de la hiérarchie des informations, le choix des chutes,
des citations mises en exergue, les acteurs interrogés
au détriment d'autres, ceux mis en avant et ceux disqualifiés,
bref tout ce qui fait la marge de manuvre d'un journaliste.
Un classique qui prend toutefois une dimension inquiétante
lorsqu'il s'agit d'un dossier aussi sensible, entre les mains
d'un journaliste aussi déterminé, dans un journal
aussi incontournable que Le Monde. Jugez plutôt.
Nous sommes en septembre 2000, un an avant les attentats du 11/09.
Il n'y a pas encore de raison de craindre une flambée de
racisme sous prétexte de combattre l'islamisme. Mais en
tant que spécialiste des questions religieuses, Xavier
Ternisien s'intéresse logiquement au succès de conférenciers
comme Tariq Ramadan. L'homme a déjà fait une intervention
médiatique remarquée sur le plateau de La Marche
du siècle, en 1994, mais sa notoriété est
stoppée net dès l'année suivante. Nous sommes
alors en pleine série d'"attentats islamistes"
et Jean-Louis Debré, ministre de l'Intérieur, s'inquiète
des manuvres de Ramadan au point de lui interdire le territoire
français. Un statut de martyr qui lui vaut ses premiers
alliés et aussi, déjà, une certaine réputation.
Depuis, Ramadan intervient régulièrement dans les
colonnes du Monde diplomatique, où il peut compter sur
son ami Alain Gresh, qui deviendra par la suite son co-auteur
et son co-conférencier8. Pour le reste, sa notoriété
est retombée lorsque Xavier Ternisien lui consacre un article
propre à le "stariser" : "Tariq Ramadan
l'énigmatique"9.
Tariq Ramadan lénigmatique
Le titre pourrait faire croire à un portrait critique.
En réalité, il s'agit surtout de montrer que Tariq
Ramadan dérange, ce qui lui donne un petit côté
sulfureux, intriguant et même séduisant. Bien sûr,
Xavier Ternisien agit en journaliste. Il n'omet aucun fait ni
aucune des mises en garde adressées depuis des années
par les musulmans libéraux, souvent pour mieux les balayer.
Il rappelle que Ramadan est le petit fils du fondateur des Frères
musulmans et que sa pensée est proche de celle d'Hassan
al-Banna mais le laisse affirmer qu'il sait la replacer dans un
certain contexte (sans dire en quoi) et qu'il n'a plus aucun lien
avec ce mouvement (sans le prouver). Il note que son prénom,
Tariq, ne doit rien au hasard puisqu'il évoque celui du
premier chef musulman à avoir conquis l'Espagne
Tariq Ibn Ziad , celui dont la mission était de conquérir
l'Europe. Mais Xavier Ternisien nous rassure : "dans la mémoire
familiale, le prénom de Tariq n'a pas ces accents belliqueux.
Il signifie simplement le deuil du retour, l'implantation définitive
au cur de l'Europe." Ca tombe bien, Tariq Ramadan veut
justement faire de l'Europe sa terre de témoignage, autrement
dit de prosélytisme. Ternisien vous dira que son message
est plutôt positif, même si la Ligue de l'enseignement
et bon nombre de ses ex-collaborateurs jugent son "approche
dangereuse". Le journaliste note bien que Tariq Ramadan enseigne
aux jeunes musulmans que le voile est "une obligation",
ce qui est une interprétation particulièrement sévère
du Coran puisque d'autres musulmans l'interprètent comme
une simple prescription, mais il vous dira que Ramadan ne souhaite
pas qu'il "soit l'objet d'une contrainte". Ce qui veut
tout dire, à moins que cela ne soit le contraire
Enfin, Xavier Ternisien pose une très bonne question :
"Tariq Ramadan est-il un 'musulman européen', un intellectuel
éclairé qui cherche à définir un modèle
musulman original, adapté à l'Occident ? Ou bien
est-il le continuateur de son grand-père, dont on cite
encore cette phrase : 'Dieu est notre but, le prophète
est notre modèle, le Coran est notre loi, la guerre sainte
est notre chemin, le martyre est notre souhait'" ? La question
est très bonne mais le journaliste n'y répond pas.
On
ne peut pas vraiment lui reprocher, chacun pourra y répondre
en fonction de ce qu'il a cru comprendre ou pas, ce qui reste
un compromis journalistique acceptable.
Une chose est sûre, Ramadan est revenu dans le débat
intellectuel français. Voilà qui tombe à
pic. Bientôt la droite revient au pouvoir et Sarkozy inaugure
en grandes pompes le CFCM, le Conseil français du culte
musulman que tous les ministres de l'Intérieur avant
lui avaient différé par peur de légitimer
les courants radicaux de l'islam. Sarkozy n'a pas les mêmes
scrupules. Il s'empresse de boucler l'affaire, quitte à
offrir le CFCM sur un plateau à l'UIOF, notamment grâce
à un découpage électoral pensé en
fonction des mètres carrés des mosquées propre
à favoriser un mouvement qui achète des hangars
en guise de lieux de cultes. Devant la commission Stasi, Sarkozy
reconnaîtra un peu plus tard que le CFCM "n'est peut-être
pas l'archétype de la bonne décision". Mais
il refuse que l'on considère l'UOIF comme "un bloc
monolithique". Autrement dit, ce qui est fait est fait. Après
la bourde sur la Corse, pas question de reconnaître qu'on
s'est planté sur ce dossier-là aussi. Moins de vagues
il y aura autour de l'UOIF, moins le CFCM de Sarkozy pâlira,
moins il perdra des chances de concurrencer Chirac aux prochaines
élections
Ça tombe bien, au Monde, il existe
un journaliste qui tient par-dessus tout à ne pas "diaboliser"
l'UOIF !
Ne surtout pas diaboliser lUOIF !
La couverture du CFCM par Xavier Ternisien est un modèle
du genre. Pas une ligne sur le fait que son Conseil européen
de la fatwa vient d'approuver les attentats kamikazes. En effet,
lors d'une session réunie à Stockholm en juillet
2003, ce conseil a émis une fatwa décrétant
que les opérations kamikazes étaient parfaitement
licites : Les opérations martyres perpétrées
par les factions palestiniennes pour résister à
loccupation sioniste nentrent en aucun cas dans le
cadre du terrorisme interdit, même sil se trouve des
civils parmi les victimes10. Parmi les raisons invoquées,
la branche européenne de lUOIF explique que de toute
façon "les soi-disant 'civils' sont des 'soldats'
de larmée des fils de Sion" et que "même
avec le temps, des soi-disant 'civils' [israéliens] ne
cessent pas dêtre des envahisseurs, des oppresseurs
malfaisants et tyranniques". Instructif, mais ne comptez
pas sur Le Monde pour vous l'apprendre. Ni pour critiquer la façon
dont se sont déroulées les élections du CFCM
(un tiers des sièges raflés par l'UOIF) et encore
moins pour relever que cette initiative a le tort indéniable
de faire croire que l'islamisme et l'islam libéral peuvent
cohabiter, quitte à légitimer les extrémistes
au détriment des musulmans qui, hier encore, représentaient
l'islam français. En réalité, ce que reproche
surtout Ternisien à Sarkozy, c'est d'avoir pris la précaution
de réserver la présidence du CFCM à la Mosquée
de Paris ! D'une façon générale, ses articles
ont discrètement mais sûrement disqualifié
tous les musulmans libéraux critiques vis-à-vis
du CFCM.
De nombreuses structures réunissant des musulmans laïques
sont nées en 2002 pour faire contre-poids au CFCM. Parmi
elles, le Mouvement des musulmans laïques de France dénonce
"lintégrisme islamique qui envahit les cités
tout en éclipsant la majorité des musulmans, cest-à-dire
les modérés". Fondée il y a plus longtemps,
une autre association, l'AIME, se bat pour défendre la
parole des athées et des laïques dans le monde arabo-musulman
mais aussi au nom des Français issus de l'immigration.
Ces voix sont intéressantes. Elles représentant
surtout un sentiment très répandu parmi les 5 à
6 millions de musulmans français, largement intégrés
et déconfessionalisés. Pourtant Le Monde ne vous
les fera pas entendre. Quand il ne les passe pas sous silence,
Xavier Ternisien va jusqu'à accuser d'apostasie certains
de ces leaders musulmans rationalistes et laïques. Aussi
ahurissant que cela puisse paraître, c'est bien ce qu'il
a fait à l'encontre de Rachid Kaci, fondateur du Conseil
français des musulmans laïques. Cette association
et son président ont perdu toute crédibilité
après qu'un article de Xavier Ternisien ait sous-entendu
à tort ! que Kaci s'était converti
au christianisme
Ce qui, au passage, est passible de la
peine de mort pour un musulman. Il est vrai que Kaci a un défaut
: il milite à droite. Est-ce une raison suffisante pour
le pointer du doigt comme apostat ? En fait, Kaci a un autre défaut
Il a témoigné contre Tariq Ramadan lors du procès
intenté aux Cahiers de l'Orient et à Antoine Sfeir,
un procès couvert par Xavier Ternisien pour Le Monde. Cette
attitude lui vaut sans doute des rancurs. En tous cas, sa
disgrâce a une conséquence. Plus aucune voix crédible
ne parvient à émerger pour mettre en garde contre
l'UOIF. Désormais, lorsque des journalistes souhaitent
avoir le sentiment du CFCM sur le voile, c'est souvent le président
de l'UOIF, Fouad Alaoui, que l'on retrouve au micro, sobrement
présenté comme vice-président du CFCM
Le même peut parader sur les plateaux de télévision
comme lors de l'émission Cultures et dépendances.
Autant dire qu'avec le temps, grâce à cette banalisation,
l'UOIF finira bien par faire son trou. La commission audiovisuelle
du CFCM, en charge de l'émission sur l'islam diffusée
le dimanche sur France 2, a failli tomber dans son escarcelle.
L'UOIF ne le cache pas, c'est ce qu'elle vise depuis le départ.
Entre autres. En attendant, acte I, la venue de Sarkozy au congrès
annuel de l'UOIF est tombée à pic pour relancer
le débat sur le voile et donc lui offrir une certaine visibilité.
Il ne manque plus que des héroïnes à la mesure
du rôle pour que l'acte II puisse commencer. C'est alors
qu'entrent en scène Alma et Lila Lévy !
Inespérées Surs Lévy...
Le casting est prodigieux, pour ne pas dire miraculeux. Qui pouvait
rêver mieux que deux filles, issues d'une mère kabyle
et d'un père juif athée (accessoirement avocat du
MRAP), pour incarner la cause des filles voilées ! Elles
sont parfaites, enfin presque. En tendant l'oreille, on entend
tout de même des ratés. Ainsi, juste avant de se
rendre au Conseil de discipline, voici ce que Lila Lévy
répond à une journaliste de France 3 qui lui demande
si elle et sa sur sont prêtes à faire des efforts
pour éviter l'exclusion : "Des efforts, on en a déjà
fait
Maintenant, les FRANÇAIS, c'est à eux
d'en faire !" Ah bon, parce que Lila et Alma ne se considèrent
pas comme françaises ? On croit à un dérapage
mais nouveau malaise sur le plateau de Thierry Ardisson, quelques
jours plus tard. L'animateur demande à Lila et Alma si
leur nom, Lévy, n'est pas trop difficile à porter.
Réponse d'Alma : "Non, non... ça va. Au contraire,
mon frère ça l'arrange quand il va chez le banquier
!" répond-elle avec un clin d'il et un sourire
entendu. Un beau cliché antisémite glissé
en douceur. Le père toussote un peu. Mouloud Aounit, le
président du MRAP, présent sur le plateau, ne dit
rien. Ardisson sourit et rigole. Bref, personne ne trouve à
redire. Tout le monde peut continuer à présenter
Lila et d'Alma peut comme des victimes du racisme. En tout cas
les frères Cohn-Bendit sont conquis. Et ils le disent dans
une tribune publiée dans Le Monde : "L'école
laïque voudrait soumettre, au nom de l'émancipation,
deux jeunes filles en révolte contre le père et
la mère. Elles refusent de se soumettre. Bravo !".
Un peu paternaliste, franchement niais même, mais quel sacre
! Faire en sorte que toutes les filles se sentent obligées
de porter le voile à l'école devient le nouveau
mai 68 ! Cours petite sur, lavant-garde est derrière
toi ! Qu'est-ce qu'elles m'ont raconté mes copines du MLF
déjà ? Ah, oui qu'elles avaient lancé le
mouvement en réaction au machisme de leurs camarades soixante-huitards,
lesquels pensaient que la libération des femmes pouvait
bien attendre le grand soir et que le "pouvoir était
au bout du phallus"
Le voile, acte III
Décidément, il y a comme un vent de régression
dans l'air. Et l'on ne voit pas bien ce qui pourrait l'arrêter.
Surtout qu'à en croire Xavier Ternisien, les députés
de la mission Debré chargé de proposer une loi contre
les signes religieux à l'école commenceraient à
douter. C'est en tout cas le titre de son article en date du 10
septembre 2003. À lintérieur, on apprend que
les membres "paraissent avoir nuancé leurs positions".
Bref, une loi ne serait peut-être pas une bonne idée.
Tout est au mieux dans le meilleur des Monde. Pardon, j'oubliais,
il y a encore quelques satanés laïques qui s'obstinent
à résister. Heureusement, pour les discréditer,
il existe un mot tout trouvé : "islamophobes".
Une trouvaille des islamistes, idéale pour faire passer
toute critique de l'islam voire de l'islamisme pour du racisme.
Un mot introduit en France par Tariq Ramadan et diffusé
depuis par Alain Gresh dans Le Monde diplomatique, Mouloud Aounit
du MRAP et, bien sûr, Xavier Ternisien dans Le Monde. Dans
un article en date du 11 mai 2002, Xavier Ternisien insiste sur
le danger de lislamophobie, moins dénoncé
selon lui que le danger judéophobe (un terme
tout aussi problématique) : "sans minimiser la gravité
de ces actes, il nest pas inutile de rappeler que les musulmans
restent les principales victimes dun racisme au quotidien,
explique-t-il dans un article ressemblant à une tribune.11
Les faits démentent cette affirmation. En effet, selon
la commission des droits de lhomme, en 2002, les actes antijuifs
ont été de loin les plus nombreux que les actes
antiarabes ou antimusulmans avec 193 faits et 731 menaces antisémites,
soit six fois plus quen 2001.12 Qu'importe. Le mot "islamophobie"
est là et il fait son effet. Il va notamment permettre
de jeter l'anathème sur ProChoix.
Nous sommes au moment de l'affaire des surs Lévy.
Pierre Tévanian et quelques autres militants favorables
à l'entrée du voile à l'école ont
organisé une manifestation de soutien. Le communiqué
appelant à manifester a notamment été publié
sur le site de l'UOIF. Xavier Ternisien couvre l'événement.
Son article, co-signé avec Caroline Monnot, est intitulé
"le voile divise l'extrême gauche"13. Je reçois
un coup de fil d'une amie. "Tu as lu Le Monde ?" Non.
"Tu as bien assise ?" Oui. "Xavier Ternisien a
encore frappé et devine qui est visé ?" Mon
petit doigt me dit qui
Je m'y attendais un peu, sachant
que Xavier Ternisien a reçu les épreuves de Tirs
Croisés, plutôt critique vis-à-vis des pages
"religions" du Monde, mais quand même ça
fait un choc. Pour l'avoir retracé dans le livre, je connais
l'histoire du mot "islamophobie". Je devrais le prendre
plutôt comme un hommage étant donné que Rushdie
et Taslima Nasreen ou encore Kate Millet l'ont subi avant ProChoix
mais quand même, j'ai le sentiment que la revue est salie.
Oubliées les années de lutte contre le FN et les
intégristes catholiques, celles passées à
dénoncer le sexisme, le racisme et l'homophobie, ProChoix
est désormais connue comme la "revue en pleine dérive
islamophobe". Un sacré soupçon, difficile à
encaisser pour des militants antiracistes, mais face auquel il
va bien falloir trouver la force de se défendre. Je suis
tout particulièrement en colère contre Femmes publiques,
l'association à qui Ternisien attribue cette citation.
Jamais entendu parler de cette association féministe. Je
tape leur nom sur internet. Non sans ironie, c'est un article
du Monde qui m'apprend qu'elle est toute récente et qu'elle
s'est fait connaître en critiquant toutes les autres associations
féministes. Le téléphone sonne. C'est un
militant de Femmes publiques. Il est contrit : "Je vous jure
que ni moi ni Malika n'avons jamais dit ça de ProChoix
!" Il semble que Xavier Ternisien leur ait tout particulièrement
demandé de s'exprimer sur ProChoix. Il aurait pris la liberté
de résumer leur échange et de mettre ces mots dans
leur bouche
Femmes publiques envoie aussitôt un rectificatif,
que Le Monde fera paraître en bas d'une page quelques jours
plus tard.
Entre-temps, Xavier Ternisien n'aura pas chômé. Le
lendemain de l'article accusant ProChoix de "dérive
islamophobe", il a publié un article intitulé
"du racisme antiarabes à l''islamophobie" pour
rendre compte du colloque du MRAP consacré à l'"islamophobie".
Le surlendemain, il écrit un papier qui prend à
mot couvert la défense de Tariq Ramadan. Sa tribune dénonce
les intellectuels juifs comme étant naturellement d'indécrottables
sionistes mais à lire Ternisien on se dit que les réactions
sont peut-être excessives et que Ramadan n'est pas forcément
antisémite. Le surlendemain encore, c'est le bouquet :
l'UOIF serait pour une loi interdisant le voile à l'école
! C'est en tout cas ce qu'affirme l'article de Xavier Ternisien,
qui semble avoir déniché un militant déclarant
en privé et donc de façon anonyme : "si le
foulard était interdit, il serait plus simple d'argumenter
auprès des jeunes filles, d'un point de vue théologique,
et de leur demander de l'enlever à la porte de l'école".
Étonnant et surtout assez peu représentatif quand
on sait que l'organisation milite depuis 1989 pour le voile à
l'école
mais si un militant anonyme interviewé
par Xavier Ternisien le dit ! Après trois jours d'embarras
toutefois, l'association finit par démentir. Pas dans Le
Monde dont les lecteurs croient toujours que l'UOIF veut
interdire le voile à l'école ! mais sur son
site internet, qui n'est lu que par une poignée d'intéressés.
C'est dire si la semaine a été riche en émotions.
Et je ne vous parle pas de la confusion qui règne alors
dans le débat public. Il faut une énergie démentielle
pour tenter de clarifier un peu les choses, notamment sur l'origine
du mot "islamophobie" et sur la personnalité
à double tranchant de Tariq Ramadan. Heureusement, sa présence
au FSE crée une actualité et certains médias
servent un peu d'antidote. Même les pages débat du
Monde ont accepté de passer la tribune de Bernard Henri-Lévy
sur le "vrai visage de Tariq Ramadan". Ce qui nous change
des tribunes comme la "charia incomprise", dans laquelle
Hani Ramadan (le frère) avait pu justifier la lapidation
des femmes et le sida comme un châtiment divin14. Un propos
à méditer, surtout lorsque l'on sait qu'Hani Ramadan
déclare former avec son frère les deux faces d'une
seule et même pièce. Autant dire qu'à terme
le charme de Tariq Ramadan a des chances de finir par s'évanouir..Hélas,
à peine Tariq Ramadan égratigné, Xavier Ternisien
semble avoir trouvé un nouveau héros à nous
proposer. Il s'appelle Amr Khalid et, bien sûr, ce n'est
pas un musulman laïque ou libéral mais l'un des prédicateurs
vedettes de l'UOIF. Même si Ternisien voit en lui "un
petit côté éthique protestant à la
Max Weber" !
Le même article vante les mérites de son site, islamonline.net,
dont on apprend qu'il est présidé par Youssouf al-Qaradawi.
L'article ne fait aucune précision susceptible d'éclaire
les non-initiés au sujet de ce personnage sulfureux. Il
aurait pourtant pu rappeler qu'il s'agit du théologien
vedette des Frères musulmans, celui qui incite ses fidèles
à battre leurs femmes si elles se montrent indociles, celui
aussi qui a délivré la fatwa autorisant les attentats
kamikazes mise en avant par le Hamas en guise de justification
théologique ! Mais non. Xavier Ternisien ne dit rien des
aspects gênants de l'UOIF. Au contraire, il a même
choisi de les présenter comme un modèle de tempérance
puisqu'il écrit : "L'Union des organisations islamiques
de France (UOIF), réputée proche des Frères
musulmans, faisait tout pour éviter que le conflit soit
interprété comme une guerre de religions".
À noter, l'UOIF n'est plus proche des Frères mais
simplement "réputée proche des Frères"
et surtout cette phrase ne veut rien dire (relisez-la, c'est un
modèle du genre), elle n'avance aucun fait ni aucune preuve,
mais elle fait son effet et elle donne le sentiment d'une organisation
modérée. C'est Nicolas Sarkozy qui va être
content ! Le journaliste et le ministre de l'Intérieur
semblent en effet d'accord pour estimer que l'adoption des Frères
musulmans tendance UOIF est la seule façon d'intégrer
les musulmans de France, quitte à confondre islam avec
islamisme et à ne gérer le dossier de l'intégration
que par la voie sécuritaire et religieuse.
Un seul choix : la peste ou le choléra ?
À ce sujet, la conclusion du dernier article en date de
Xavier Ternisien est proprement effrayante : "Beaucoup de
commentateurs occidentaux qui diabolisent aujourd'hui les nouveaux
intellectuels musulmans feraient bien d'y réfléchir
: à soutenir envers et contre tout un islam officiel largement
discrédité, ils pourraient bien faire le jeu du
pire, celui du salafisme d'inspiration wahhabite, qui a le vent
en poupe dans les banlieues françaises et ne demande qu'à
devenir la référence". Il y a tout dans cette
phrase. Les prédicateurs des Frères musulmans sont
devenus "les nouveaux intellectuels musulmans" et les
autres ne sont plus que de vieilles choses démodées.
L'islam officiel est enterré sans autre procès.
On le dit "largement discrédité", mais
par qui est-il discrédité ? Si ce n'est, depuis
des années, par ce même journaliste qui a décidé
aujourd'hui de lui porter un coup final. Vous hésitez encore
à les lâcher ? Xavier Ternisien sort l'argument de
choc. Que vous le vouliez ou non, les Frères musulmans
sont la seule alternative : c'est eux ou les Wahhabites. Pourtant
j'avoue qu'entre le salafisme à la sauce égyptienne
ou le salafisme à la sauce saoudienne, j'hésite
encore... Dans les deux cas, je ne suis pas sûre de digérer,
ni d'accepter cette vision apocalyptique tendant à faire
des banlieues des lieux irrécupérablement fanatiques.
De même que je refuse d'être considérée
comme une "occidentale" simplement parce que je crois
à un islam laïque ! Comme s'il y avait les banlieues
d'un côté et les occidentaux de l'autre
Je
comprends maintenant ce que voulait dire Lila Lévy par
"Les Français, c'est à eux de faire des efforts".
Mais je refuse qu'on nous enferme dans cette définition
raciste des identités. Désolée, monsieur
Ternisien, mais le choix que vous nous proposez est inacceptable.
Et nous nous y opposerons, avec nos amis musulmans libéraux,
pour sauver l'islam de France et pour sauver la laïcité,
quel qu'en soit le prix à payer.
Notre dernière enquête sur l'UOIF nous a déjà
valu des menaces, le plaisir d'être suivies dans la rue
et puis cet avertissement venu d'un vieux monsieur barrant la
route à Fiammetta Venner dans la rue : "Mademoiselle.
Arrêtez d'embêter les frères." Je ne sais
pas ce que nous coûtera ce nouveau numéro de ProChoix,
ni en terme de sécurité physique ni en terme de
visibilité dans les cénacles médiatiques
du grand quotidien du soir. Beaucoup de mes amis m'ont conseillé
d'arrondir les angles. Je n'y suis pas arrivée. Je refuse
d'y arriver. L'enjeu est trop important.
Il existe une alternative...
On ne sait jamais quoi faire face lorsqu'un quotidien aussi incontournable
que Le Monde semble parasité par un journalisme aussi partisan.
Il existe pourtant bien d'autres plumes, au sein de cet auguste
quotidien, comme celle de Philippe Bernard, qui connaît
le sujet et couvre depuis des années les luttes des musulmans
contre le fanatisme, mais ce n'est pas lui qui est en charge des
pages "religion" ! Moralité, tant que Xavier
Ternisien sera le seul filtre de l'actualité sur l'islam
de France au Monde, vous saurez ce qui vous reste à faire
: vous armer d'esprit critique !
Dans la conclusion de son livre sur la France des Mosquées,
Ternisien avoue s'interroger sur "ce que doit être
une attitude juste à l'égard de l'islam. Comment
éviter à la fois la tentation de la fascination
et celle, inverse, du dénigrement ?" Il semble avoir
trouvé une réponse : tout pardonner aux Frères
musulmans simplement parce qu'ils ont du succès, quitte
à leur faire la courte échelle pour conquérir
l'islam de France. Cette solution ne peut-être celle de
militants et d'intellectuels qui croient encore à la force
des idéaux de liberté découlant de la laïcité
et qui sont allergiques aux idées totalitaires, qu'elles
soient nazies, staliniennes, intégristes chrétiennes
ou islamistes. Avec Fiammetta Venner, nous nous sommes posé
exactement la même question que Xavier Ternisien mais nous
n'avons visiblement pas trouvé la même réponse.
Nous avons choisi de tout faire pour dédiaboliser l'islam
en tant que religion tout en ne faisant aucun cadeau à
l'islamisme. Le résultat s'appelle Tirs Croisés
: la laïcité à l'épreuve des intégrismes
juif, chrétien et musulman. Il défend la thèse
selon laquelle l'islam n'est pas une religion pire qu'une autre
et revendique une critique radicale envers tous les intégrismes.
Voilà un moyen de défendre la laïcité
sans stigmatiser une catégorie de croyants ! Il faut résister
à ceux qui voudraient nous faire croire à un choc
des civilisations ou même des religions mais pas au prix
d'abandonner notre esprit critique envers les intégristes.
Car le débat en cours n'oppose pas des promusulmans et
des racistes, ni même des chrétiens et des musulmans
mais bien des conscients et des inconscients. Or il est temps
d'avoir conscience que la ligne de partage doit se situer entre
les laïques et les intégristes de toutes les religions,
tous fondamentalement d'accord pour s'opposer à une loi
contre les signes religieux à l'école et prendre
la laïcité sous leurs tirs croisés ! Que pensez
de cette dépêche dans laquelle Christine Boutin se
dit favorable au voile, à l'école et au travail
? Ou de cette autre annonçant que l'association de Bernard
Antony (FN), Chrétienté et solidarité, organise
une manifestation pour protester contre une loi interdisant les
signes religieux à l'école. Finalement, Tincq avait
raison
C'est bon de retrouver ses repères ! En l'occurrence
de vieux ennemis, chrétiens, qui n'ont pas été
plus tendres que ne s'apprêtent à l'être les
islamistes français. Au moins, en ce temps-là, toute
la gauche et l'extrême gauche faisaient corps contre les
"croisés de l'ordre moral". Tandis qu'aujourd'hui,
ce sont les laïques qui se font traiter de "croisés".
Vous me direz, à force de défendre la laïcité
face à autant d'ennemis, l'armure finit par s'imposer !
Puisque la résistance est à ce prix
Caroline Fourest
§Notes
1 " La concorde fait rage : sur le nouveau
pacte laïque », Les Temps Modernes, août-sept.
1999, n° 605.
2 Pena-Ruiz Henri , Qu'est-ce que la laïcité ? , Paris
2003, Folio, 350 p.
3 Tincq Henri, Dieu en France. Mort et résurrection du
catholicisme, Calmann-Lévy, 2003, 302 p.
4 Tincq Henri, « Europe : Dieu en disgrâce ? »,
Le Monde, 12 juin 2003.
5 Ternisien Xavier, « Pourquoi la polémique sur le
foulard à lécole ? », Le Monde, 17 juin
2003.
6 Malgré la discrétion dont il est censé
faire preuve en raison de sa participation à la commission
Stasi, René Rémond a tenu ces propos devant les
évêques de France, réunis en assemblée
plénière à Lourdes, et Xavier Ternisien y
a consacré tout un article dans le Monde du 6/11/03.
7 Babès Leïla, Oubrou Tareq, Loi dAllah, loi
des hommes. Liberté, égalité et femmes en
islam, Paris, Albin Michel, 2002, 364 pages.
8 Alain Gresh et Tariq Ramadan ont écrit des livres ensemble
et font régulièrement des conférences communes.
Gresh Alain, Ramadan Tariq, LIslam en questions, Arles,
Actes Sud, 2002, 344 pages. Voir aussi Après le 11
septembre, vers quel dialogue des civilisations ?, une conférence
éditée sous forme de cassette vidéo par les
éditions Tawhid.
9 Le Monde du 29/09/00.
10 Qaradhawi favorable aux opérations suicides lors
dune conférence islamique en Suède,
MEMRI (Institut de recherche médiatique du Moyen-Orient),
dépêche spéciale n°542, 28 juillet 2003.
11 Xavier Ternisien, Le danger de lIslamophobie,
Le Monde, 11 mai 2002.
12 UEJF, SOS Racisme, Les Antifeujs. Le livre blanc des violences
antisémites en France depuis septembre 2000, Paris, Calmann-Lévy,
2002, 232 pages.
13 Le Monde du 9 octobre 2003.
14 Le 22 septembre 2001, le même a pu profiter du lectorat
du Monde pour relativiser, tout en les justifiant, les châtiments
corporels contenus dans la loi islamique. Le directeur du Centre
islamique de Genève congédié de linstruction
publique suisse pour son extrémisme a notamment
publié un livre édifiant sur La Femme en islam.
Contrairement à son frère, il y dévoile une
conception très clairement antilaïque et antiféministe
: Le voile, en islam, est le signe de la soumission de la
croyance aux commandements divins. Pourquoi donc vouloir empêcher
une jeune lycéenne dexprimer sa conviction ? La contraindre
à se dévoiler, nest-ce pas refaire le geste
de linquisition impitoyable et des bourreaux communistes
? Et de conclure : Contre les extrémistes laïcs,
lislam restera en tous les cas une école de sagesse
et de tolérance : « Pas de contrainte en religion
», dit le Coran (2 ; 256). Leçon que les tortionnaires
laïcs ne nous ont pas apprise !