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| Nos
procès contre Présent |
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Une de Présent
du 16 mars 1999
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Action n° 1 :
le CGL poursuit Présent
Le 16 mars 99, le journal Présent (proche du FN, tendance
catholique traditionaliste) publiait un dessin particulièrement
ignoble. Etalée en première page, une caricature dun
couple dhommes les montrait entrain de tendre les bras à
un petit garçon avec pour dialogue : Viens mon petit, nous
allons taccueillir... à draps ouverts. Lassimilation
de lhomosexualité à de la pédophilie est un
sport très pratiqué par ce journal également habitué
à déraper contre les arabes ou les juifs. Présent
a plusieurs fois été condamné pour incitation à
la haine raciste et antisémite. Mais jamais pour homophobie. Cette
fois pourtant, ProChoix-FLH a décidé dalerter une
association homosexuelle représentative, et donc succeptible dêtre
la meilleure partie civile possible : le Centre gai et lesbien de Paris.
Sur nos conseils, grâce à nos premiers fonds et en collaboration
avec lavocate du Fonds de lutte, Agnès Tricoire, le Centre
gai et lesbien a pu porter plainte pour diffamation en juin dernier. Une
première qui na pas fini de faire enrager Présent...
Il nest jamais agréable de se faire réveiller par
un huissier, surtout par des gens qui nont aucun droit. Furieux,
le journal a étalé sa colère à la une de son
numéro du 17 juin. Un article entier y est consacré à
la plainte du CGL sous le titre : Pour imposer le PaCS. En
illustration, un autre dessin montre deux hommes faisant semblant de sinterroger
sur le mal quil y a à confondre homosexuel et pédophile.
Ben quoi, cest comme si on confondait anormal
et pervers ? explique lun deux. Bien sûr,
le Centre gai et lesbien a porté plainte à nouveau, avec
dautant plus de joie que cette fois il y est personnellement nommé
! Rendez-vous le 26 novembre pour un procès historique !
Coût de lopération : au 1er août
8 000F soit 2 000F dhuissiers + 6 000F davocats + 8 000 sup.
pour la 2ème plainte, soit 16 000 F au total.
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Récit du 1er procès contre Présent
(extrait de ProChoix n°12 )
A 14h30, vendredi 26 novembre, Jean Madiran, théoricien
de la droite catholique traditionaliste, devait comparaître au Tribunal
de Grande Instance de Paris (17e chambre) pour sexpliquer suite
à la parution dun dessin homophobe dans son journal, Présent.
La loi ne donnant pas la possibilité aux associations homosexuelles
de se porter partie civile dans les cas de diffamation envers les homosexuels
en général, lattitude du tribunal était attendue
avec impatience. Loin de rejeter la recevabilité du Centre gai
et lesbien, la Cour a permis aux parties de plaider.
Interrogé par la juge, Jean Madiran a tenté dexpliquer
que ce dessin nétait rien dautre que lexpression
du débat intellectuel très vif au moment du PaCS, quil
reflétait une morale vieille de plusieurs milliers dannées.
Morale au nom de laquelle, son journal proteste contre la promotion
de linstitutionalisation de lhomosexualité. Lorsque
la juge a insité : Navez-vous pas le sentiment davoir
dépassé les limites? Il a répondu que ce nétait
quune caricature, parmi dautres. Moins violentes, selon lui,
que celles que lon produirait aujourdhui sur le mariage que
lon dit maintenant hétéro-sexuel. Enfin, sûr
de son bon droit, Jean Madiran a rappellé que ce dessin ne visait
aucun particulier et que ce que les homosexuels appelaient homo-phobie
nétait pas à ce jour un délit.
Sexprimant juste après, Caroline Fourest, présidente
du Centre gai et lesbien, a commencé par dire quelle
navait décidément pas la même notion du débat
intellectuel que monsieur Madiran, que ce dessin avait beaucoup
choqué et ému autour delle. Au Centre gai et
lesbien, nous sommes tous les jours confrontés aux conséquences
très concrètes de ce type de caricatures. Des pères
et des mères homos à qui lon retire la garde de leurs
enfants parce que plane ce soupçon de pédophilie... à
cause de ce genre de dessins !. Enfin, elle a dénoncé
le flou juridique permettant à des publications comme Présent
dattaquer les homosexuels dans leur ensemble en toute impunité.
Avant que lavocat de Jean Madiran, Me George-Paul Wagner (auteur
dun article dans Présent particulièrement homophobe
et que notre avocate ne sest pas privée de lire à
la barre) ne plaide, Me Tricoire, avocate du Fonds de lutte contre lhomophobie
a défendu la recevabilité du Centre gai et lesbien. Celle-ci
étant lune des principales associations pouvant se reconnaître
dans le terme lobby homosexuel. Sincèrement révoltée,
elle a dénoncé lamalgame entre pédophilie et
homosexualité fait systématiquement par Présent comme
relevant dune démarche paranoïque et coupable
intolérable.
Loin de prôner lirrecevabilité, le procureur de la
République, Michel Lernoul, a estimé que si le CGL ne pouvait
agir au nom des homosexuels en létat actuel de la législation,
il pouvait en revanche se sentir visé par le titre lobby
homosexuel et donc être jugé recevale dans son action
à lencontre dun dessin à lévidence
diffamatoire.
Dans la salle, de nombreux lecteurs de Présent, des personalités
anti-choix comme Xavier Dor (créateur des commandos anti-IVG) mais
aussi des personnes qui blessés par un an de prosélytisme
homophobe étaient venus écouter laudience. A la sortie,
tous avaient au moins en commun le sentiment quon ne pourrait plus
jamais parler des homosexuels de la même manière après
une telle journée.
Jugement le 7 janvier 2000
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Jugement du 1er procès
(extrait du jugement)
A propos du premier procès qui opposait le Centre gai
et lesbien au journal Présent pour son numéro 4299
daté du mardi 16 mars 1999 :
« PACS : la contre attaque du lobby homosexuel »,
« Lintox sur les
« familles homoparentales », et un dessin signé
CHARD représentant deux hommes tendant les bras à un petit
garçon suçant son pouce, lun des hommes disant : «
NAIE PAS PEUR, TU VOIS BIEN QUON TE RECOIS... , lautre
ajoutant : « A DRAPS OUVERTS. » Le Tribunal de la XVIIème
chambre correctionnelle de Paris a estimé :
Sur la recevabilité de la constitution de partie civile du CENTRE
GAI ET LESBIEN au nom de ses adhérents : « Le CENTRE GAI
ET LESBIEN est une association déclarée, régie par
la loi du 1er juillet 1901, qui a notamment pour objet, selon ses statuts,
« la lutte contre toute exclusion ou discrimination sociale, professionnelle,
ou de toute autre nature, fondsée sur lorientation, lidentité,
les moeurs ou les pratiques ». Aucun texte de portée générale
ne confère aux associations les droits reconnus à la partie
civile à raison des faits délictueux qui leur porteraient
un préjudice indirect, tel le préjudice moral causé
à lensemble de ses membres. (...) En outre, larticle
2-6 du Code de Procédure Pénale permait aux associations
se proposant de combattre les discriminations fondées sur le sexe
ou les moeurs dexercer les droits reconnus à la partie civile
seulement en ce qui concerne certaines infractions limitativement énumérées
par ce texte, dont la diffamation ne fait pas partie ».
Sur laction de lassociation à titre personnel : «
Laction du CENTRE GAI ET LESBIEN est en revanche recevable en ce
que cette association se prétend personnellement diffamée,
comme faisant partie, selon la une de PRESENT, du « lobby homosexuel
» soutenant le PACS et invoque à cet égard, un préjudice
personnel. (...) Le CENTRE GAI ET LESBIEN, qui nest que lune
des associations de défense des droits des homosexuels, parmi dautres,
nest ni nommé, ni particulièrement identifiable dans
les titres et dessin figurant en première page du journal PRESENT,
de même que les deux articles annoncés et publiés
en page 3. Nétant pas personnellement visé par la
publication quil incrimine, le CENTRE GAI ET LESBIEN ne saurait
se prétendre atteint dans son honneur et sa considération
; le délit de diffamation nest donc pas constitué
».
PAR CES MOTIFS : (....) « DECLARE lassociation CENTRE GAI
ET LESBIEN irrecevable en sa constitution de partie civile formée
au nom de ses adhérents. LA DECLARE recevable en sa constitution
de partie civile à titre personnel, RELAXE Jean ARFEL dit Jean
MADIRAN des fins de la poursuite, DEBOUTE le CENTRE GAI ET LESBIEN de
ses demandes présentées à titre personnel ».
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2ème procès contre Présent
(extrait de ProChoix n°13 )
Aussitôt informé du premier procès qui lui
était intenté, Présent sétait pas précipité
pour commettre un second article. Encore plus diffamatoire. Mais où,
cette fois, le Centre gai et lesbien était nommément visé.
Furieux dêtre traîné en justice par une association
dhomosexuels qui plus est une association dont lun
des slogans est : Dieu est une lesbienne noire ! il consacrait
sa « une » à la plainte. Sous un titre général
« Pour imposer le PaCS » et un sous-titre « Poursuites
contre Présent ». Une série de trois dessins, également
signés par Chard, accompagnaient, bien entendu, le tout. Le premier
représente deux hommes en train de s'interroger sur le rapport
entre homosexualité et pédophilie : au fond « cest
comme si on confondait anormal et pervers » samuse lun
deux. Dans larticle, sel développe tout un argumentaire
laissant à penser que le Centre gai et lesbien avait poursuivi
Présent pour « délit de blasphème contre le
PaCS, lhomosexualité et la pédophilie ».
Cest insoutenable !
Invitée à sexprimer à la barre, Caroline Fourest,
présidente du CGL et membre de ProChoix-Paris, na pu que
dénoncer cette tentative pour renverser les faits : « Présent
veut faire croire que nous lui intentons un procès pour lempêcher
de lutter contre la pédophilie, ce qui nous fait passer pour des
défenseurs du viol des enfants ». Au contraire, a-t-elle
expliqué « Quitte à propager la haine et à
monter certaines catégories de citoyens contre dautres, autant
que ce soit pour lutter contre les pédophiles... Mais les vrais
! Puisque Présent est un journal catholique, pourquoi nenquête-il
pas sur certains viols denfants pratiqués par des prêtres
que couvre la hiérarchie catholique ! » Il est vrai que nous
étions en plein procès de labbé Maurel, sur
lequel Présent a visiblement bien moins à dire... Après
avoir rappelé que la première cause de pédophilie,
linceste, se pratiquait dans des familles parfaitement hétérosexuelles,
la présidente du CGL a insisté sur le fait quassimiler
les gays et les lesbiennes (dont certains pouvaient dailleurs avoir
été victimes dinceste) à des violeurs denfants
au motif quils aimaient quelquun du même sexe était
non seulement absurde mais particulièrement insuportable. Elle
a dénoncé lavalanche darticles qui, depuis un
an, incitent les lecteurs de Présent à la haine envers les
homosexuels. « Ce journal vient souvent devant votre tribunal pour
des articles racistes et antisémites » a-t-elle fait observer
« A propos des homosexuels, il se surpassent parce quils se
sentent protégés. Ils savent que, contrairement à
la LiCRA ou le MRAP, une association dhomosexuels n a pas
les moyens juridiques de porter plainte pour incitation à la haine
». « Ca nest plus tolérable ! »
Prenant la parole, à sa suite, Jean Madiran, visiblement ébranlé
par tout ce quil venait dentendre, a eu bien du mal à
répondre aux questions qui lui étaient posées par
la juge. Pour la première fois, il sest senti obligé
de démentir, affirmant que Présent navait jamais écrit
que tous les homosexuels étaient pédophiles (« nous
n'avons jamais dit cette absurdité »). « Mais tout
de même que veulent dire ces dessins ? » lui a alors demandé
la juge. « Cest une caricature... » sest-il contenté
de bafouiller. « Je ne peux pas savoir la pensée du dessinateur
! » Dommage, en tant que directeur de la publication, Mr Madiran
est responsable de tout ce qui est publié dans son journal. Il
lui ne reste plus quà expliquer quil ne voit pas non
plus, à quel titre, le CGL, association « extrémiste
» (« par rapport à d'autres organisations beaucoup
moins hargneuses »), pouvait se sentir visé. En résumé,
malgré l'assimilation de l'homosexualité à la pédophilie,
le représentant de Présent estime navoir fait quun
article d'idées générales défendant une conception
traditionaliste et catholique de la famille.
Une argumentation reprise par son conseil, Me Wagner (également
avocat de Jean-Marie Le Pen), qui une fois de plus fut tenté de
faire croire à un article polémique, justifié par
les débats sur le PaCS et le risque de voir ce texte déboucher
sur ladoption denfants par des couples homosexuels. Débat
dans lequel Présent ne ferait que défendre « une vieille
conception familiale, plurimillénaire : la morale chrétienne
». Laquelle juge que l'adoption homosexuelle n'est pas « normalement
dans la nature ». Un sentiment tellement partagé quil
en veut pour preuve labsence des députés socialistes
le 9 octobre 1999. Selon lui, l'expression « c'est le comble de
l'inversion » utilisée à propos de la revendication
des homosexuels, est légitimée par le fait quelle
« décrit une certaine conception de la vie qui n'a jamais
souhaité avec autant de force, à travers le temps, à
travers l'histoire, un changement imposé à une conception
traditionaliste ». Pour le reste, « On nous reproche des choses
de langage », « des griefs dérisoires ». «
Nous sentons la volonté de nous limiter à coups de poursuites
».
Effectivement, Me Tricoire, avocate du Fonds de lutte contre l'homophobie
et du CGL, a plaidé qu'il était « temps d'arrêter
de désigner un groupe de gens à la haine ». Reconnaissant
que rien, hélas, ne permettait dans le Code de procédure
pénale de retenir laction du CGL contre lhomophobie
en général, elle a fait remarquer que plusieurs passages
incriminaient toutefois nommément le Centre gay et lesbien, qualifié
ironiquement d « honorable institution », accusée
à mi-mots de prendre la défense de la pédophilie,
et dont les sympathisants sont tantôt appelés des «
sectateurs » (ce qui nest pas sans rappeler le mot secte),
tantôt des « homophiles » (ce qui a lavantage
de rimer avec pédophiles).
Quant au procureur, une femme, elle sest dit dans lobligation
de rappeler le droit, lequel ne prévoit pas de permettre à
des associations de se porter partie civile au nom des homosexuels contre
lincitation à la haine, comme dans le cas des dessins et
de certains passages de larticle. En conséquence de quoi,
elle na pu inviter le tribunal quà retenir deux passage
sur les sept poursuivis.
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