Une loi contre l'homophobie
En collaboration avec le Centre gai et lesbien et AIDES, Act Up-Paris
et SOS homophobie, ProChoix-Fonds de lutte contre l'homophobie a rédigé
un projet de proposition loi contre lincitation à la haine
homophobe. Présenté le 17 novembre, le projet a connu un
franc succès. En présence de deux députés
(Jean-Pierre Michel et Guy Hascoët), Caroline Fourest (présidente
alors du CGL), Fiammetta Venner (présidente de ProChoix-Paris),
Agnès Tricoire (avocate) et Daniel Borrillo (juriste) ont initié
un débat sur le projet de criminaliser lincitation à
la haine homophobe et sexiste en permettant à des associations
depuis plus de cinq ans et ayant dans leurs statuts la lutte contre le
sexisme et lhomophobie de se porter partie civile en cas dincitation
à la haine en raison du sexe ou de lorientation sexuelle,
vrais ou supposés. Depuis, plus de 1700 personnes ont signé
le manifeste contre lhomophobie. Le dossier, contenant le projet
de loi, le manifeste et le plan de prévention contre lhomophobie
(gaiphobie et lesbophobie) a été envoyé à
tous les parlementaires. Reste la question de la volonté politique.
Si tous les partis, ou presque, ont émis le souhait de porter une
proposition de loi allant dans ce sens, aucun nannonce déchéance
précise. Pourtant, la haine homophobe ne connaît pas de calendrier,
et pendant ce temps, nous ne pouvons toujours pas nous défendre...
Extraits du projet interassociatif de pénalisation de l'homophobie
(Texte proposé par Act Up-Paris, Aides, CGL, ProChoix-FLH, SOS homophobie)
Le texte que nous proposons de rajouter est en gras, le reste existe déjà dans le Code de procédure pénal:
Partie civile
Art. 1. Modification de larticle 2-6 du code de procédure pénale :
Toute association régulièrement déclarée depuis
au moins cinq ans à la date des faits, se proposant par ses statuts
de combattre les discriminations fondées sur le sexe, sur les moeurs,
sur l'identité sexuelle ou sur l'orientation sexuelle, vrais ou
supposés, peut exercer les droits reconnus à la partie
civile en ce qui concerne, d'une part les discriminations réprimées
par les articles 225-2 et 432-7 du code pénal, d'autre part,
les atteintes volontaires à la vie et à l'intégrité
de la personne et les destructions, dégradations réprimées
par les articles 221-1 à 221-4, 222-1 à 222-18 et 322-1
à 322-13 du code pénal, lorsqu'elles ont été
commises en raison du sexe, de la situation de famille, des moeurs, de
l'identité sexuelle ou de l'orientation sexuelle de la victime
; et par l'article L 123-1 du code du travail.
Diffamation
Art. 4 : Modification de larticle 32 de la loi du 29 juillet 1881 :
La diffamation commise envers les particuliers par l'un des moyens
énoncés en l'article 23 sera punie d'un emprisonnement de
6 mois et d'une amende de 80 000 F, ou de l'une de ces deux peines seulement.
La diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne
ou une groupe de personne à raison de leur origine ou de leur appartenance
ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation, une race
ou une religion déterminée, de leur sexe, de leur identité
sexuelle ou de leur orientation sexuelle, vrais ou supposés,
sera punie d'un emprisonnement d'un an et d'une amende de 300 000 F ou
de l'une de ces deux peines seulement. En cas de condamnation pour l'un
des faits prévus par l'alinéa précédent, le
tribunal pourra en outre ordonner : l'affichage ou la diffusion de la
décision prononcée dans les conditions prévues par
l'article 131-35 du code pénal.
Injure
Art. 5 : Modification de larticle 33 alinéa 3 et 4 de
la loi du 29 juillet 1881 :
L'injure commise par les mêmes moyens envers les corps ou les
personnes désignés par les articles 3 et 31 de la présente
loi sera punie d'un emprisonnement de trois mois et d'une amende de 80
000 F ou de l'une de ces deux peines seulement.
Le maximum de la peine d'emprisonnement sera de six mois et celui de l'amende
de 150 000 F si l'injure a été commise, dans les conditions
prévues à l'alinéa précédent envers
une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine
ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie,
une nation, une race ou une religion déterminée, de leur
sexe, de leur identité sexuelle ou de leur orientation sexuelle,
vrais ou supposés.
Extraits du programme de prévention
de l'homophobie
Parce que la repression ne suffira jamais à faire diparaître
les réflexes de haine et de rejet conditionnées par des
siècles de tradition homophobe parce que nous voulons lutter en
profondeur contre tout ce qui mène à lexclusion, nous
demandons au gouvernement dengager une véritable politique
de lutte contre lhomophobie (que ce soit la gaiphobie ou la lesbophobie),
le racisme, lantisémitisme et le sexisme. Ce qui suppose
des moyens et une réelle ambition. Voici des solutions auxquelles
nous réfléchissons depuis des années dans nos associations :
1) Organiser des campagnes nationales
contre lhomophobie. Soit par le biais dun ministère,
soit en donnant les moyens à des associations, lEtat doit
encourager des spots de lutte contre lhomophobie : gaiphobie (préjugés
envers les gays) comme lesbophobie (préjugés envers les
lesbiennes).
2) Accorder lasile politique aux victimes de persécutions sexistes et homophobes
3) Sensibiliser et former les travailleurs
sociaux, les professeurs et les policiers à lhomophobie comme
forme de racisme. Ces professions remplissent un rôle crucial. Leur
attitude homophobe peut avoir des conséquences particulièrement
graves. Il suffirait pourtant dorganiser des cycles de conférences,
de séminaires ou de simples réunions pour tenter de les
sensibiliser à leur mission de respect et de protection vis-à-vis
de tout individu, quel que soit son origine, son sexe ou son orientation
sexuelle.
4) Actions spécifiques auprès des jeunes gays et lesbiennes.
Nous savons combien la découverte
de son homosexualité, dans une société profondément
homophobe, fragilise les adolescents dont le taux de tentatives de suicide
est important. Lun des moyens de réduire les risques consiste
notamment à encourager des représentations positives de
gais ou de lesbiennes dans tout ce qui leur sert didentification
: les média, le cinéma, les séries TV... Mais aussi
et surtout, il faut travailler sur la politique de lEducation nationale.
5) Pour une Education nationale repensée.
LEducation nationale est sans doute le lieu le plus important où
doit intervenir des réformes. Où sont passées les
2 heures dinformation sur la prévention, la santé
et la sexualité que devait obligatoirement recevoir chaque élève.
Disparues sous la pression dassociations familialistes dans plusieurs
lysées. Cette attitude est totalement irresponsable. Non seulement,
il faut réintroduire deux heures déducation sur le
VIH, ses risques et tous les risques liés à la sexualité
mais il est temps de déconstruire lhétérocentrisme
à la base de tant de tensions sociales et de tentatives de suicide
en parlant de sexualité incluant plusieurs sexualités :
hétéro, homo ou bi sexualité. Dexpliquer la
différence entre sexualité, identité sexuelle, genre
et sexe. De désamorcer les à priori qui conduisent tous
les jours des adolescents à traiter de sales pédés
le moindre de leur camarade, qui si il savère homosexuel,
ne loubliera jamais dans sa construction identitaire. Pourquoi ny
a-t-il rien dans les manuels scolaires sur lhistoire des minorités
de ce pays, lhistoire des mouvements de femmes, dimmigrés
et dhomosexuels ? Où est passée linstruction
civique qui, à défaut dhistoire, pourrait être
repensée comme de linstruction à la citoyenneté
vivante et enseigne le principe dégalité, non plus
comme une valeur abstraite mais comme une valeur fondamentale, acquise
avec des luttes et qui, lorsquelle nest pas appliquée,
opprime.
6) Soutenir les associations qui luttent
contre lhomophobie et aux lignes téléphoniques daide
aux victimes. Des structures commes le Centre gai et lesbien, SOS Homophobie
ou la Ligne Azur remplissent des missions de service public irremplaçables
en écoutant et accueillant chaque jour des victimes dagressions
homophobes. Pour cela, elles ne reçoivent aucune aide de lEtat
concernant ces missions. Résultat, certaines sont en très
grande difficultés financières et risquent de fermer.
7) Favoriser le développement détudes
gaies et lesbiennes en France. Il existe déjà des séminaires
de réflexion sur la question de lidentité sexuelle,
de lhomosexualité et des genres à travers lhistoire.
Mais, contrairement aux USA ou en Angleterre, ces productions ne sont
pas reconnues par le monde universitaire et elles connaissent des difficultés
pour être publiées. Il faut réfléchir aux moyens
de subventionner des études, thèses et mémoires sur
la question.
8) Crééer un Observatoire
chargé de cooordonner des actions contre les discriminations et
lincitation à la haine.
Manifeste contre l'homophobie
(paru dans Libération le 3 décembre 1999)
Les pédés au bûcher ! Cest
un des appels à la haine entendus parmi dautres lors dune
manifestation anti-PaCS organisée à Paris le 31 janvier
1999. « Pratique de la contamination sidaïque », cest
la traduction du mot PaCs qua proposé le sénateur
Emmanuel Hamel lors du passage du texte au Palais Bourbon. Des injures
proférées par des manifestants aux courriers envoyés
par Avenir de la Culture au Premier ministre en passant par les plaisanteries
douteuses imaginées par certains députés et sénateurs
de lopposition, lannée 1999 aura été
riche en injures et incitations à la haine homophobes. Jamais homophobie
naura été si clairement énoncée. Elle
qui allait de soi au point dêtre silencieuse il y a encore
quelques mois, fût soudain criée, imprimée et brandit
comme lultime valeur en péril dun ordre moral en voie
de marginalisation. Pourquoi se priver ?
Contrairement au racisme et à lantisémitisme, lhomophobie
est un « sport » parfaitement légal. Là où
lEtat use de sa force symbolique pour tracer la frontière
de linexcusable et intimider ceux qui tiennent des discours de haine
anti-étrangers ou anti-juifs, sa jurisprudence semble donner raison
à ceux qui promettent les homosexuels au bûcher. Contrairement
à la LICRA ou au MRAP, aucune association représentative
homosexuelle na la possibilité de se porter partie civile
lorsquun journal, une organisation ou un groupe tient un discours
homophobe. Seul un individu, nommément attaqué, a la possibilité
de porter plainte pour diffamation ou injure. Que faire alors contre ces
affiches « PaCS = pédés » collées le
long des manifestations anti-PaCS ? Que faire contre ce dessin du journal
Présent (proche du FN, tendance catholique traditionaliste) montrant
en première page une caricature dun couple dhommes
entrain de tendre les bras à un petit garçon sur le thème
: Viens mon petit, nous allons taccueillir... à draps
ouverts. Ici, comme toujours, personne nest cité nommément.
Ce sont tous les homosexuels que ce journal accuse dêtre pédophiles.
Pour quune association les représentant puisse se porter
partie civile sans craindre dêtre jugée irrecevable,
il faut modifer la loi.
Cest pourquoi nous proposons délargir la loi du 29
juillet 1881, ainsi que les articles du Code de procédure pénale
sy rapportant, dans ce sens : « Toute association régulièrement
déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits
qui se propose par ses statuts de combattre le sexisme ou l'homophobie,
ou d'assister les victimes de discriminations fondées sur leur
sexe ou leur orientation sexuelle, peut exercer les droits reconnus à
la partie civile, en ce qui concerne les articles 24 alinéa 6,
article 32 alinéa 2 et article 33 alinéa 3 » A savoir
tout ce qui concerne linjure, lincitation à la haine,
les ateintes à lintégrité ou les discriminations
en raison du sexe ou de lorientation sexuelle.
Bien sûr, nous sommes conscients du pouvoir limité de toute
législation allant dans le sens dune répression du
discours haineux. De même que les lois antiracistes nont pas
fait disparaître le racisme, les lois permettant aux assocations
homosexuelles de porter plainte ne mettront pas fin à lhomophobie.
Les discours dexclusion, les réflexes discriminatoires, les
a priori et les préjugés font partie dune mécanique
redoutablement plus complexe. Permettre à ceux qui en sont victimes
de se défendre nous paraît indispensable mais en aucun cas
suffisant. Cela reviendrait à soigner les symptômes dun
mal sans sattaquer à leur cause. A limage de pays qui
ont entrepris de faire leur auto-critique, nous pensons quil est
temps que la France réfléchisse en profondeur aux moyens
de lutter contre la haine sous toutes ses formes. Éduquer, former,
sensibiliser. Voilà les maîtres mots dun programme
qui permettrait à des générations dapprendre
à ne plus fonctionner sur le prinicpe de lexclusion, de la
méfiance vis à vis de lautre. Mais une telle ambition
suppose des moyens. La création dune autorité qui
réfléchisse à une stratégie nationale de lutte
contre la haine et les discriminations. Des campagnes nationales pour
interpeller, expliquer, et enfin déconstruire ce qui génère
de lhomophobie, du sexisme, de lantisémitisme et toute
forme de racisme. Des prgrammes de formation destinés à
sensibiliser différents corps professionnels amenés à
être en contact et donc à agir dans un sens soit négatif
soit positif sur toutes ces questions : les policiers, les travailleurs
sociaux, les professeurs, etc. Sans parler des moyens nécessaires
pour permettre aux associations qui font déjà un travail
daccueil et découte capital de continuer et de remplir
leur mission dans de bonnes conditions.
Ce que nos demandons, ce nest pas une simple mesure de protection
vis à vis de lhomophobie. Ce que nous voulons, cest
une véritable stratégierépressive et préventivecontre
lincitation à la haine et les discriminations. Pour en finir
avec le rejet, lintolérance et le mépris. Pour ne
plus laisser les victimes de lhomophobie seules avec leur lutte.
Et dire enfin clairement ceci : lhomophobie nest pas le problème
des homosexuels. Cest celui des homophobes.
sont
les partis politiques ? Liens
avec l'Interrassociatif de lutte contre l'homophobie
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