Les déclarations
de l'imam de Vénissieux, Abdelkader Bouziane, ont à juste
titre déclenché une vive émotion. Interrogé
par le journal Lyon Mag, ce leader religieux salafiste a reconnu prêcher
dans le sens de la haine des valeurs de "la société
occidentale", par exemple contre la musique et le sexe. Pour lui,
le verset du Coran incitant à battre sa femme si elle se montre
indisciplinée est toujours d'actualité. Il encourage aussi
la polygamie.
Ces déclarations ont largement été dénoncées
par la classe politique, l'imam a été expulsé. La
réaction a donc été efficace. Par contre, l'analyse
quant aux racines du mal laisse présager de belles erreurs à
venir. Ainsi certains journaux télévisés, celui de
France 2, ont attribué ce type de dérapage au fait que peu
d'imams étaient formés en France. Son reportage s'est même
terminé sur une formidable publicité pour le "seul
institut de formation d'imams existant en France", à savoir
celui de Château-Chinon... Sans indiquer qu'il s'agissait de l'Institut
de formation des imams de l'UOIF, une organisation musulmane radicale
se posant en rempart contre le salafisme... mais qui est elle-même
salafiste (un classique bien connu des spécialistes de l'islamisme)
!
Malheureusement, peu de journalistes ont cette information. Résultat,
le reportage de France 2 a omis d'indiquer que le formateur vedette de
l'Institut présenté comme antidote s'appelle Youssef al-Qaradawi
et qu'il prône
une lecture salafiste et sexiste du Coran. Qaradawi écrit qu'il
est licite de battre sa femme dans un ouvrage sur "Le Licite et l'illicite
en islam" : "Quand le mari voit chez sa femme des signes de
fierté ou d'insubordination, il lui appartient d'essayer d'arranger
la situation avec tous les moyens possibles en commençant par la
bonne parole, le discours convainquant et les sages conseils. Si cette
méthode ne donne aucun résultat, il doit la bouder au lit
dans le but de réveiller en elle l'instinct féminin et l'amener
ainsi à lui obéir pour que leurs relations redeviennent
sereines. Si cela s'avère inutile, il essaie de la corriger avec
la main tout en évitant de la frapper durement et en épargnant
son visage'".
C'est dire si, loin de développer une ouverture d'esprit, la formation
des imams à Château-Chinon peut enfermer toute une génération
d'imams français dans une vision de l'islam parfaitement fondamentaliste,
radicale, et tout aussi dangereuse que s'ils avaient fait leurs études
à l'étranger. Il ne faut pas tomber dans le piège
de penser régler la formation des imams en fonction de la nationalité
et non en fonction de leurs idées.
Soheib Bencheikh
est né au Caire. Il est issu d'une famille de religieux non francophones
et il a été étudiant en religion à l'institut
islamique d'Alger puis à El Azhar, berceau des fondamentalistes
égyptiens. Pourtant il défend un islam respectant la laïcité.
A l'inverse, partir de l'idée que des imams seront plus modérés
parce qu'ils seront nés et formés en France sous-estime
la capacité d'embrigadement communautaire de toute entreprise politique.
Or il ne faut pas négliger le risque de voir des subventions destinées
à former des imams radicaux.
Autrement
dit, il ne faudrait pas que les dérapages de certains imams étrangers
incitent l'Etat français à se précipiter pour donner
des subventions à l'Institut de formation de l'UOIF, ce qui reviendrait
à former des imams salafistes avec l'argent de l'État français
! Le remède serait pire que le mal.
Caroline
FOUREST
du 1/04/04
La horde et la
honte
Jai assisté,
mercredi soir 31 mars, à lInstitut du monde arabe (IMA),
à une véritable séance de « lapidation ».
Caroline Fourest et Fiammetta Venner avaient été invitées
au « café littéraire » de cet institut pour
présenter leur livre, Tirs croisés, la laïcité
à lépreuve des intégrismes juif, chrétien
et musulman (Calmann-Lévy). La haine, la violence et lobscurantisme
de leur « comité daccueil » navaient rien
à envier aux pierres que lon jette sur ceux ou celles qui
ont « péché ». Le « modérateur
» de cette soirée a attaqué, bille en tête :
selon lui, le livre « est ouvertement pro-israélien »,
et met en cause, « de façon scandaleuse », des groupes
islamistes comme les Frères musulmans. Puis, jouant sur lidée
« littéraire » quun livre, une fois publié,
nappartient plus à ses auteurs mais à son public,
il livra en pâture les deux jeunes auteurs, donnant, lui-même,
le signal dune agression soigneusement préparée :
chacun ou chacune avait son papier et faisait état de citations
tronquées, le plus souvent sans référence de page,
délestant louvrage de sa portée universelle, à
savoir le totalitarisme que charrie lintégrisme quelle que
soit la religion considérée. De la « fille à
foulard islamique » au « baathiste progressiste », de
l« immigré victime de lislamophobie » à
l« islamo-nationaliste », sans oublier le « démocrate
altermondialiste » et le « gauchiste laïque » :
toutes les composantes de la « sainte alliance », ardemment
souhaitée par Tariq Ramadan, étaient convoquées.
Les auteurs navaient pas droit à la parole, et se voyaient
accusées de tous les maux, en particulier celui d«
islamophobie » le maître mot de cette soirée.
Tewfik
Allal
du 1/04/04
Débat piégé
Caroline Fourest
et Fiammetta Venner ont été invitées à intervenir
dans le cadre des cafés littéraires de l'Institut du Monde
Arabe ce 31 mars en soirée. Elles ont répondu présentes
bien que des consignes circulassent depuis plusieurs jours sur des listes
de diffusion islamistes pour leur réserver un accueil digne de
ce nom.
Depuis son face à face avec Ramadan à Campus, Caroline Fourest
agace dans ces milieux. Lundi soir, dans le cadre de l'émission
Mots Croisés d'Arlette Chabot, elle a encore fait très fort
en faisant tomber le masque d'un représentant de l'UOIF, Amar Lasfar,
qui disait condamner le terrorisme. Jusqu'à ce que Caroline lui
fasse avouer que son organisation avait émis une fatwa approuvant
les attentats kamikazes ! C'est dire si elle était attendue. Mais
ce à quoi ne s'attendaient pas les auteures, c'est la façon
particulièrement infecte dont Badr-Eddin Arodaky, le commercial
de l'Institut du Monde arabe (selon l'organigramme), a conduit les débats.
Sans les avoir prévenues des règles du jeu, il a commencé
lui même par attaquer le livre, « énervé »
de voir que des groupes islamistes comme les Frères musulmans étaient
critiqués. Il n'a pas non plus accepté que les auteures
écrivent que, même grignoté par les intégristes
juifs, Israël restait à ce jour un état démocratique.
Place au débat, si
l'on veut appeler un débat des injectives, de longues citations
tronquées destinées à mettre les auteures en accusation
dans une ambiance d'une agressivité rare. Car en fait de débat,
le café littéraire a tourné au procès et même
aux menaces. Tout en reconnaissant qu'ils n'avaient pas lu le livre, des
militants particulièrement excités sont venus tour à
tour exiger des auteures qu'elles s'excusent pour avoir critiqué
Tariq Ramadan puis les Frères musulmans à qualifié
de «mouvement de libération populaire » par l'un des
intervenants. Elles ont été sommées de s'expliquer
sur ce qu'elles pensaient du conflit Israëlo Palestinien, bien que
ce ne soit absolument pas l'objet de leur livre. Et lorsque les auteures
ont expliqué que leur livre dénonçait la présence
de colonies peuplées notamment par des intégristes juifs
bloquant le processus de Paix, tout en appelant de leurs voeux la création
d'un Etat Palestinien à côté de l'état Israélien,
des gens de la salle sont intervenus en cascade pour les
accuser d'être à la solde de la propagande Israélienne
!
Caroline et
Fiammetta ont exigé que les accusateurs se présentent et
on a fini par apprendre que la plupart des gens dans la salle étaient
des partisans du Hezbollah. L'un des accusateurs n'était autre
que le correspondant en France de la chaîne française du
Hezbollah, Al-Manar, qui diffuse un feuilleton inspiré des Protocoles
des Sages de Sion. L'homme a déclaré « il n'y a pas
d'intégristes en Islam, les islamistes sont des libérateurs
». Ce qui a fait exploser de colère un algérien assis
à côté, qui s'est levé pour parti en lui lançant
« monsieur, je suis algérien, je ne peux pas vous laisser
dire ça ! Vous soutenez les égorgeurs ! »
C'est dire
si l'ambiance était tendue et même franchement inquiétante.
Les deux oratrices n'ont quasiment pas eu la parole, le modérateur
a prévenu d'entrée qu'il se permettrait d'agir en dictateur
et il n'a pas déçu. Toute personne qui prenait la parole
en leur faveur était immédiatement coupé et ne pouvait
plus reparler, ce qui n'était pas le cas de ceux qui insultaient
les oratrices, qui, eux, pouvaient ré-intervenir. Si bien que les
accusateurs pouvaient mentir et faire de fausses citations du livre sans
être contredits. Incroyablement grossier envers ses hôtes,
le président de séance semblait ravi du jeu de massacre,
auquel participaient des islamistes mais aussi notre islamo-gauchiste
préféré, Pierre Tévanian, ridiculisé
une fois de plus par Caroline. Car vu le climat, les deux auteures s'en
sont incroyablement bien tirées. Elles ont même convaincu
une partie de l'auditoire et il fallait le faire. Dans la salle nous avons
été quelques-uns uns à intervenir en positif par
rapport aux explications données par Fiammetta et Caroline. Je
passerai sur la mienne pour revenir sur celle de Patrice Leguérinais
qui a montré en quoi elles avaient raison de préférer
le mot « racisme » au « mot islamophobie », à
moins de reconnaître que l'on refuse toute critique de l'Islam,
même si elle n'est pas raciste, et alors que Caroline et Fiammetta
ont rappelé combien ce mot permettait à des gens effectivement
racistes, comme Oriana Fallacci, de passer pour des héros de la
laïcité ! Un jeune musulman de l'AIME, qui défend le
droit d'Arabes à être athées, est intervenu courageusement
dans ce sens, endurant des réflexions homophobes et sexistes tenus
en demi-aparté par deux jeunes femmes extrémistes.
J'ai eu droit aussi dans le fond de la salle à une menace de «
cassage de gueule » non suivie d'effet malgré le fait que
je sois resté dans les derniers pour voir et surtout parce que
les menaces de ce type me donnent de l'énergie. Le même type,
particulièrement excité, a montré du doigt les auteures
en leur faisant comprendre qu'elles auraient droit à une explication
en aparté. Caroline l'a dénoncé au micro, ce qui
a fait redoubler les hurlements. Fiammetta a regretté de ne pas
avoir pu débattre avec les gens de bonne volonté, une moitié
de salle totalement pris en otage par les extrémistes, tout en
assumant clairement le fait que Tirs Croisés puisse mettre hors
d'eux les fanatiques de tous bords. Elle a proposé de continuer
à discuter sur internet en donnant son email.
Caroline a maintenu
que ce qui venait de se passer ce soir confirmait la thèse de Tirs
croisés, à savoir qu'il existait non pas une guerre entre
l'Orient et l'Occident mais entre partisans des fanatiques et partisans
de la raison et des libertés individuelles : « visiblement,
nous ne sommes pas tous dans le même camp ce soir ». Les deux
conférencières ont dû sortir escortées par
des policiers appelés en renfort. Bravo à elles pour leur
courage !
Jean-François CHALOT
du 8/04/04
Merci par
Fiammetta Venner
Je tenais à vous remercier pour les nombreux messages de soutien
que nous avons reçus suite au traquenard du 31 mars dernier à
l'Institut du Monde Arabe. Si je ne me suis pas exprimée plus tôt,
c'est par réelle incapacité.
La violence du moment
a mis du temps à se tranformer en quelque chose de non destructeur.
La connivence du représentant de l'Institut du monde arabe avec
le Hezbollah m'a fait tomber de haut. Les injures racistes sexistes et
homophobes proférées par le petit commando ne m'ont pas
autant fait mal que le visage atterré de quelques participants
qui écoutaient les larmes aux yeux dire que "Al Qaïda
était un groupe insignifiant" ou que "les Frères
musulmans étaient un parti de libération populaire"
ou encore que les partisans de deux Etats, un Etat palestinien et un Etat
israélien étaient "à la solde de l'état-major
israélien". Aux citations tronquées de notre livre
ont succédées de véritables menaces physiques. Ce
qui s'est passé n'avait rien avoir avec un débat. D'ailleurs
le représentant de l'Institut du monde arabe nous l'avait signifié,
en nous expliquant que nous ne pouvions pas présenter le livre
mais que nous devions écouter ce que "ses" amis avaient
à nous dire. Ce qui s'était passé n'avait même
pas les avantages d'une rixe où mes quelques bases d'art martiaux
auraient pu me libérer de cette mauvaise page. Au lieu de celà,
j'ai dû me résoudre à faire putching ball, en attendant
d'être escortée vers la sortie.
Les douze premières heures ont été difficiles à
vivre. Les moments de fureur ont succédé à la crainte
physique et aux pleurs nerveux avec en voix off ma propre culpabilité.
Pourquoi me suis-je fourrée dans cette situation ? J'avais vu les
listes de diffusion pro-islamistes diffuser l'appel à la réunion.
Pourquoi ne me suis-je pas levée au bout de cinq minutes ? J'ai
eu envie de tout laisser, de faire ma valise et de laisser ce pays aux
mains de ces gens-là. Au fond, n'ai-je pas déjà assez
fait ? J'ai enfin compris la lettre de démission envoyée
par Bétoule Fékar Lambiotte à Nicolas Sarkozy au
moment du CFCM, lorsqu'il a offert l'islam de France à l'UOIF.
Elle expliquait qu'elle ne pouvait pas participer en France à ce
qui avait tué l'Algérie...
Le lendemain, bien
que n'ayant toujours pas dormi, plusieurs participants nous ont appelées.
Ils étaient atterrés de ce qui s'était passé.
Deux d'entre eux, Tewfik Allal et Jean-François Chalot, ont raconté
ce qu'ils avaient vu et vécu. Je les en remercie. Il nous était
impossible de le faire. Nous n'avions pas encore récupéré.
Suite à leur témoignages, vos encouragements sont arrivés,
nombreux, chaleureux, inquiets mais aussi nous demandant de continuer.
Il est impossible
de continuer comme si rien ne s'était passé. Depuis que
Caroline [Fourest] et moi avons décidé d'assumer de combattre
simultanément les intégrismes juif, chrétien et musulman*,
les choses ne sont plus aussi faciles que quand nous ne combattions que
l'intégrisme chrétien. Nous avions, à Prochoix, décidé
de répondre par l'écrit mais les attaques ont redoublé.
Et nous ne sommes pas les seules. Les membres de la commission Stasi qui
ont pris des positions courageuses se sont vus menacer de mort. Une infirmière
bien connue des quartiers, qui a témoigné à la commission
Stasi, s'est vue signifier qu'elle "finirait dans une cave".
Plusieurs participantes de Ni putes ni soumises se sont vues insultées.
Des militants nationalistes arabes qui les soutiennent se sont fait traiter
d' "arabes enjuivés". Localement des militants antiracistes
d'origine algérienne ou iranienne, réfugiés parcequ'ils
ont fui les intégristes dans leur pays, ont vu leurs amis soutenir
les partisans du GIA en France.
Face à cela,
il y a deux solutions : baisser la tête en attendant qu'on nous
la coupe (et j'avoue que le 31 au soir, j'y ai pensé) ou résister,
ensemble, systématiquement. Une phrase me revenait en tête
comme un regret, dans les jours qui ont suivi : au moins dans une guerre
civile, tous les combattants ont une arme... là, je ne peux pas
tirer.
Une semaine plus
tard, je réalise que ce n'est pas tout à fait vrai. Nous
avons des stylos, et des ordinateurs, des sites internet, une revue, des
téléphones et des fax. Contrairement aux résistants
à l'islamisme dans les pays musulmans, nous ne sommes pas entre
l'enclume et le marteau. La liberté d'expression existe. Désormais,
nous appliquerons, à la lettre, la méthode que nous avons
employé contre les intégristes chrétiens.
1- Nous parlerons par tous les moyens, de tout exemple de personne diffamée,
injuriée, attaquée,
2- Nous dénoncerons toute collusion entre l'extrême droite
religieuse (chrétienne, musulmane ou juive) les associations et
les individus qui n'en font pas encore partie. Nous demanderons des explications
à toutes les associations et leurs soutiens dont certains membres
ont été impliqués dans ces collusions et nous publierons
leurs réactions,
3- Nous n'hésiterons plus à poursuivre en justice tout acte
diffamatoire, injurieux ou menacant à notre égard. En octobre,
nous ne l'avons pas fait contre une association qui démarrait une
campagne de diffamation à l'égard de Prochoix. Nous le regrettons
aujourd'hui. Nous porterons systématiquement plainte, car il faut
remettre du droit dans toute cette folie.
Fiammetta
Venner,
directrice de publication de ProChoix
* Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Tirs croisés. La laicité
à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien
et musulman, Calmann-Levy, 2003 (Pour
en savoir plus)