du 1 er novembre 2003

UNE ALTERMONDIALISATION LAÏQUE EST-ELLE POSSIBLE AVEC TARIQ RAMADAN ?

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Tariq Ramadan n'est pas dangereux parce qu'il est le petit fils d'Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans à l'origine d'un islam politique qui a fait des ravages aux quatre coins du monde, mais parce qu'il n'a jamais pris ses distances avec l'héritage idéologique de cet homme. Il continue de le présenter comme le “plus influent des réformistes musulmans de ce siècle ” , alors que ce réformisme consiste à vouloir revenir aux fondements de la charia.

Tariq Ramadan n'est pas inquiétant parce qu'il est le frère d'Hani Ramadan, théoricien islamiste qui approuve la lapidation pour adultère et considère le Sida comme un châtiment divin, mais parce qu'il juge lui même qu'on ne peut être musulman et homosexuel, même s'il ne recommande pas de punir les homosexuels par des châtiments physiques. "Dieu a voulu un ordre. Et cet ordre, c'est l''homme pour la femme' et la 'femme pour l'homme'" explique-t-il lors de ses conférences devant des jeunes musulmans . En reprenant le Coran de façon littéraliste, il approuve la doctrine de l'ordre naturel et divin que nous n'accepterions pas de la part d'un intégriste chrétien.

Incité à se distinguer de son frère, Tariq Ramadan ne le fait qu'avec de lourdes ambiguïtés. Au lieu de condamner les châtiments corporels et d'exiger leur abolition, il se contente de proposer un "moratoire total et absolu, pour nous donner le temps de revenir à nos textes fondamentaux (…) et de déterminer strictement les conditions requises". Il ne remet pas non plus en cause le droit d'un homme à user de la violence conjugale, même s'il souligne que le Coran l'envisage en "dernier recours" .

Tariq Ramadan reconnaît bien l'égalité des hommes et des femmes devant Dieu mais croit en une complémentarité — et donc en une différence — des sexes sur le plan social et familial : “ L’islam offre un cadre de référence dans lequel se dessine une conception globale de l’être humain, de l’homme, de la femme, et de la famille. Deux principes sont essentiels : le premier fonde l’idée d’une égalité entre l’homme et la femme devant Dieu, le second celui de leur complémentarité sur le plan social. Selon cette conception, c’est l’homme qui est responsable de la gestion de l’espace familial mais le rôle de la mère y est central . ”

Tariq Ramadan est un leader fondamentaliste, qui souhaite revenir aux fondements du Coran. Ses prises de position sont certes préférables aux recommandations clairement fanatiques de certains islamistes. Mais il se situe cependant dans une perspective en soi réactionnaire, incompatible avec une altermondialisation progressiste, car il s’agit de vouloir faire vivre les hommes et les femmes en fonction d'un livre sacralisé et jugé intemporel alors qu'il a été écrit il y a plus de 14 siècles. Il existe des courants musulmans laïques et progressistes, alors pourquoi offrir à Tariq Ramadan un statut de représentant de l’islam et des musulmans européens ?

Tariq Ramadan se dit laïque, mais il définit la laïcité comme un espace neutre, devant accueillir toutes les confessions et tous les cultes. C'est aussi la définition de Christine Boutin. Mais ce ne peut-être celle de militant/es luttant pour un monde émancipé du fanatisme et donc pour une laïcité assumée en tant que valeur positive.

Tariq Ramadan ne cache pas son dégoût pour le rationalisme et la modernité, même s'il prend soin de le déguiser en discours anticapitaliste : “ À force de privilégier la rationalité, l’efficacité et le rendement pour plus de progrès, nos sociétés sont au bord du gouffre ” explique-t-il dans son livre sur Le Face-à-face des civilisations : quel projet pour quelle modernité ? Il faut bien comprendre que sa hantise de la modernité ne concerne pas seulement la marchandisation mais aussi l'évolution des mentalités sur la famille, à propos de laquelle il explique : “ Si la modernité est à ce prix, on comprendra que tant le Coran que la Sunna affichent une fin de non recevoir à l’actualisation de cette modernisation. ”

Tariq Ramadan n'est pas antisémite mais il donne des listes d'intellectuels juifs (ou supposés tels) qu'il accuse d'être fanatiquement pro-Israël en raison de leur identité juive… Que penserait-on de quelqu'un qui souhaiterait disqualifier les défenseurs des Palestiniens au motif qu'ils sont "arabes" ou "musulmans" ?

Nous luttons contre le racisme et nous refusons le terme d’“ islamophobie ” introduit en France par Tariq Ramadan. Il s'agit d'un concept inventé par les islamistes pour disqualifier les féministes, les musulmans libéraux et tous ceux qui tentent de laïciser l'Islam en les faisant passer pour des racistes alors qu'ils sont simplement laïques et/ou critiques vis-à-vis des dogmes religieux. Nous revendiquons le droit d'être antiracistes et critiques vis-à-vis des religions. Les religions sont des idéologies humaines. La plupart du temps, elles ont servi à légitimer l’inégalité sociale et à opprimer les humains, tout particulièrement les femmes. Pour toutes ces raisons, nous refusons de considérer Tariq Ramadan comme un allié et nous continuerons à défendre une altermondialisation égalitaire, féministe, rationnelle, moderne et laïque.

Collectif féministe pour une altermondialisation laïque
Contact : altermondialisationlaique@yahoo.fr

À lire :
Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Tirs croisés. La laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Paris, Calmann-Lévy, 2003
Leila Babès, “L’identité islamique européenne d’après Tariq Ramadan”, Islam de France, n°8.

 

du 12 novembre 2003

ISLAMOPHOBIE ?!

Le mot "islamophobie" est aujourd'hui très largement repris, du MRAP à Jean-Pierre Raffarin, et plus maladroitement encore par Claude Imbert du Point. Il est dans l'air d'un temps où l'on s'obstine à vouloir réduire la question du racisme et de l'intégration à une question confessionnelle, comme si tous français originaires du Maghreb étaient tous musulmans pratiquants et comme si l'enclavement des banlieues n'était plus qu'une question de choc des religions. En cela, le remplacement du mot "racisme" par "islamophobie" correspond bien à la politique menée par Nicolas Sarkozy. La création artificielle d'un Conseil français du culte musulman n'a pas eu seulement pour effet désastreux d'amalgamer les musulmans libéraux et les musulmans extrémistes de l'UOIF, elle donne surtout le sentiment de vouloir traiter le dossier de l'exclusion sociale uniquement par le biais de l'intégration religieuse : les banlieusards révoltés par les bavures n'ont qu'à adresser leurs réclamations à des imams puisque le retour à la religion semble être la seule médiation possible proposée par le ministère de l'intérieur…

Plus inquiétant, de plus en plus de militants de gauche, y compris antiracistes, participent à cet amalgame en faisant de la question du foulard islamique une question de "racisme" et non plus une question d'"intégrisme". Comme s'il n'était plus possible d'être à la fois antiraciste et opposé aux interprétations sexistes du Coran sous peine de se voir traités d'"islamophobes". Les militants laïques, ceux qui ne souhaitent pas voir de signes religieux ostentatoires et prosélytes entrer à l'école, ceux qui s'opposent aux diktats de la religion des extrémistes, sont aussitôt soupçonnés de racisme. Comment en est-on arrivé là ? Par quel retournement de situation hallucinant, le débat public français a-t-il pu être piégé et verrouillé à ce point ? La réponse tient en un seul mot : "ISLAMOPHOBIE".

Ce mot a une histoire, qu'il vaut mieux connaître avant de l'utiliser à la légère. Il a pour la première fois été utilisé en 1979, par les mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de "mauvaises musulmanes" en les accusant d'être "islamophobes". Il a été réactivité au lendemain de l'affaire Rushdie, par des associations islamistes londoniennes comme Al Muhajiroun ou la Islamic Human Rights Commission dont les statuts prévoient de « recueillir les informations sur les abus des droits de Dieu ». De fait, la lutte contre l'islamophobie rentre bien dans cette catégorie puisqu'elle englobe tous les atteintes à la morale intégriste (homosexualité, adultère, blasphème etc). Les premières victimes de l'islamophobie sont à leurs yeux les Talibans, tandis que les "islamophobes" les plus souvent cités par ces groupes s'appellent Salman Rushdie ou Taslima Nasreen ! En réalité, loin de désigner un quelconque racisme, le mot islamophobie est clairement pensé pour disqualifier ceux qui résistent aux intégristes : à commencer par les féministes et les musulmans libéraux.

Au même moment, en France, les intégristes chrétiens ont d'ailleurs entamé très exactement la même démarche. L'AGRIF, l'association de Bernard Antony (FN) qui s'est beaucoup impliqué dans les campagnes contre Scorsese, ont imaginé un moyen beaucoup plus efficace de lutter contre le blasphème : faire des procès pour "racisme anti-chrétien". La seule différence entre les deux démarches tient aux contre-feux qu'ils rencontrent. En effet, personne n'est dupe lorsque l'Agrif fait des procès pour "racisme anti-chrétien". Tout le monde sait qu'il s'agit en réalité de lutter contre toute critique de la religion. En revanche, tout le monde est tombé dans le panneau de l'"islamophobie". Après avoir gagné les associations antiracistes anglaises, le mot a été intronisé en France par Tariq Ramadan, dont la double casquette de musulman réformiste fondamentaliste et de militant tiersmondiste a permis sa diffusion rapide vers l'extrême gauche. Depuis, il piège nos débats ne mettant systématiquement en situation d'accusés, mieux que ne l'aurait fait une fatwa, toutes celles et tous ceux qui osent résister aux interprétations politiques et radicales de l'Islam… Un livre sur La nouvelle islamophobie, de Vincent Geisser, ne vient-il pas de qualifier de "facilitateurs d'islamophobie" pêle-mêle les associations comme SOS racisme, les recteurs et les imams libéraux proches de la Mosquée de Paris et les journalistes d'investigation enquêtant sur le terrorisme islamiste ? La boucle est bouclée. Qui osera encore s'opposer au voile ou aux autres interprétations archaïques de l'Islam sans avoir peur d'être traités d'"islamophobes" ?

Hier encore, à l'occasion de l'affaire Rushdie ou Scorsese, la presse et les associations de droits de l'homme se soudaient pour dire non aux "croisés de l'ordre moral" que sont les intégristes… Aujourd'hui, c'est tout le contraire. Les opposants au voile sont traités de "croisés de la laïcité" voire "d'ayatollahs de la laïcité" dans les pages du Monde (sic). Tandis que les militants et les militantes intégristes de l'UOIF (une organisation dont le Conseil européen de la Fatwa approuve les attentats kamikazes) sont invités sur tous les plateaux télé pour y jouer les victimes… Preuve que le mot a tenu toutes ses promesses.

Non seulement, il sert merveilleusement la lutte contre le blasphème mais il évacue totalement la question du racisme. Car c'est de "brulôt islamophobe" et non de "brulôt raciste" que le MRAP a traité le livre d'Oriana Fallacci. Au lieu de poursuivre les passage clairement racistes (et il y en avait), l'association a préféré poursuivre également les passages simplement critiques envers l'islam. Résultat, le MRAP a été débouté et l'auteure peut parader. Pire, La Ligue des droits de l'homme, qui jadis soutenait Salman Rusdhie, s'est récemment jointe aux associations musulmanes qui avaient attaqué les Versets Satanniques. Leur cible commune ? Une phrase de Houellebecq disant "quand on lit le Coran, on est effondré". Rien de très alarmant, du moins si l'on considère que l'on peut toujours critiquer la religion et surtout que Houellebecq n'est pas tendre avec les autres religions. Voilà bien la situation intenable dans laquelle nous a conduit le concept d'"islamophobie". Plus personne ne parle de racisme (le seul vrai fléau qu'il faut combattre) mais si Salman Rushdie sortait aujoud'hui ses Versets satanniques, certaine associations antiracistes seraient aux côtés des islamistes pour le traiter d''"islamophobe" !

Caroline Fourest et Fiammetta Venner,
Fondatrices de la revue ProChoix et auteures de Tirs Croisés, la laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (éd. Calmann-Lévy).

 

du 21 octobre 2003

TIRS CROISÉS

La laïcté à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman par Caroline FOURESt et Fiammetta VENNER

Depuis le 11 septembre 2001, le monde vit dans la hantise du terrorisme musulman. Mais ce traumatisme n'a pas permis une réflexion en profondeur sur la source à l'origine de ce terrorisme : l'intégrisme. Quand il l'a fait, le monde occidental a voulu se persuader que seul l'islam pouvait susciter la barbarie. Ce qui a le mérite de rassurer et d'accréditer la thèse du "Choc des civilisations".

Caroline Fourest et Fiammetta Venner se sont plongées dans les documents, les témoignages, les interviews et les textes sacrés. Elles apportent un cinglant démenti à cette illusion en démontrant que sur bien des points (comme les droits des femmes, la sexualité, l'intolérance culturelle ou la violence), le monde dont rêvent les intégristes musulmans ressemble à s'y méprendre à celui dont rêvent les intégristes juifs et chrétiens. Mieux, malgré les apparences d'un choc des religions, leurs actions convergent vers un monde toujours plus instable et de moins en moins sécularisé dont tous profitent.

La véritable ligne de fracture, loin de séparer l’Islam du « reste du monde», pourrait surtout séparer partout dans le monde les démocrates des théocrates — autrement dit les partisans d’une cité ouverte, tolérante et protectrice des libertés individuelles, des fanatiques — fondamentalement d’accord pour prendre la laïcité sous les tirs croisés de leurs fanatismes. Ce livre analytique par son ton et sa méthode, mais explosif par les questions qu’il soulève et les réponses qu’il apporte, est un signal d’alarme pour tous les défenseurs des libertés et de la laïcité.

Parmi les sujets abordés

- L'islam est-il plus sexiste que le judaïsme ou le christianisme ?
- Loin des fantasmes, quels sont les facteurs géopolitiques pouvant expliquer en quoi l'Islamisme présente une menace autrement plus globale
malgré les ressemblances existant entre les trois intégrismes ?
- Le voile est-il une prescription religieuse ou une obligation intégriste ?
- Quel rôle joue l'"accusation d'islamophobie" dans le débat public ?
Comment ce concept, pensé par des intégristes contre des féministes, a-t-il atteri à gauche — quitte à censurer toute critique laïque de l'Islam ?
- Qui est TARIQ RAMADAN ? Pourquoi séduit-il autant ?
- Que veut l'UOIF et son Conseil européen de la Fatwa, présenté comme modéré mais qui approuve les attentats kamikazes !?
- Les islamistes ont-ils le monopole de la violence et des attentats- suicides ? Quels sont leurs atouts et pourquoi bénéficient-ils d'alliés à l'extrême droite comme à l'extrême gauche ?
- Les intégristes des trois religions sont-ils en guerre ou convergent-ils vers un monde toujours plus fanatique ?
- La laïcité est-elle réellement en danger ? Comment résister ?

Comment se procurer le livre ?

Toutes les réponses à ces questions sont dans TIRS CROISÉS (Ed.
Calmann-Lévy, 426 pages), disponible dans toutes les bonnes librairies à
partir du 21 octobre ou sur amazon.

Format 150x230 / Codification : 5174941
ISBN : 2702133045 EAN : 9782702133040

du 28/11/03

Garaud veut créér un délit d'interruption involontaire de grossesse

L'Assemblée nationale a créé jeudi 27 novembre un délit d'interruption involontaire de grossesse, au terme d'un débat qui a vivement opposé la droite à la gauche, lors de l'examen en deuxième lecture du projet de loi sur la grande criminalité.
Présenté par Jean-Paul Garraud (UMP, Gironde), cet amendement punit d'un an de prison et 15.000 euros d'amende une interruption de grossesse provoquée par une maladresse, une imprudence, une inattention, une négligence ou un manquement à une obligation de sécurité. Ces peines sont doublées en cas de "violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement".

Cet amendement a donné lieu à un débat passionné, la gauche accusant M. Garraud de remettre ainsi en cause le droit à l'avortement. M. Garraud a déclaré qu'il existait un "vide juridique constaté par la Cour de cassation" qui "crée une véritable injustice". Evoquant les multiples critiques soulevées par son initiative, M. Garraud a affirmé n'être "téléguidé par personne", ajoutant qu'il agissait "par conviction". Démentant l'existence d'un vide juridique, Jean-Yves Le Bouillonnec (PS, Val-de-Marne) a déclaré que la création de ce délit "remet en cause le droit à l'avortement des femmes" car "il sous-tend l'attribution d'une affectation juridique au foetus".Comparant la "tactique" de M. Garraud à celle des "groupes pro-life
(anti-avortement)", Jean-Marie Le Guen (PS, Paris) a accusé la majorité de vouloir "faire plaisir à la frange intégriste" de son électorat.
Jacqueline Fraysse (PCF, Hauts-de-Seine) a souligné pour sa part que cet amendement "extrêmement dangereux" était vivement combattu par les associations de défense des droits des femmes. Affirmant que l'objet de l'amendement "n'est en aucun cas de débattre d'un statut du foetus", le rapporteur du texte, Jean-Luc Warsmann (UMP, Ardennes) a fait adopter un sous-amendement qui stipule que cette disposition ne peut "en aucun cas faire obstacle au droit de la femme
enceinte de recourir" à une IVG.
Le président de la commission des Lois, Pascal Clément (UMP, Loire) a également affirmé qu'il s'agissait de "la protection de la femme enceinte, pas de l'enfant qu'elle attend".
Le ministre de la Justice Dominique Perben s'est également déclaré favorable à l'amendement de M. Garraud que dans la mesure où "il ne remet en rien en cause la législation sur l'avortement".
M. Garraud avait déjà présenté cet amendement au cours de l'examen du projet de loi contre la violence routière, lors de la précédente session. Adopté par les députés en première lecture, il avait été supprimé au Sénat et retiré en deuxième lecture à l'Assemblée, M. Perben ayant alors déclaré que cette mesure devait faire l'objet d'un texte législatif distinct.


COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU MFPF (Mouvement Français pour le Planing Familial)

Non au délit d'interruption involontaire de grossesse

Un nouvel amendement déposé hier mardi 25 novembre 2003 par M. Garraud sera discuté à l'Assemblée nationale dans la nuit du 27 au 28 novembre 2003, dans le cadre du projet de loi de l'Adaptation de la Justice aux Évolutions de la Criminalité. Ainsi cet amendement crée un délit d'interruption involontaire de grossesse, « par imprudence, inattention, négligence, ou
manquement à une obligation de sécurité ou de prudence » en affichant la protection de la femme enceinte.

Ce nouvel amendement prévoit d'insérer deux articles supplémentaires : un au code pénal et l'autre au code de la santé publique.
Il s'agit en fait d‚un deuxième essai pour M. Garraud de mettre en échec le droit à l‚IVG et par ce même biais, de donner un statut au f„tus et à l‚embryon. Le 27 mai 2003 le Sénat s‚était courageusement opposé à un amendement similaire déposé par M. Garraud dans le cadre de la loi sur la sécurité routière.

Ne s'agit-il pas, par le biais d‚un amendement « sauvage » au projet de loi sur l'Adaptation de la Justice aux Évolutions de la Criminalité, de "sanctionner la mort d'un foetus", en le caractérisant d'"homicide involontaire" et en donnant insidieusement au foetus le statut juridique de "personne" ?
Or, donner à l'embryon le statut juridique de „ personne ‰ est un acte juridique et politique qui pourrait, demain, remettre en question le droit à l'avortement.
Alors que les différentes instances de la société civile et des institutions de la République ont toujours eu la sagesse de refuser ce piège, une large droite réactionnaire cherche par tous les moyens à faire reconnaître l'embryon comme "personne", ce qui lui confèrera des droits juridiques venant s'opposer à l'IVG et aux droits des femmes.
Par le biais très détourné d'un projet de loi renforçant la lutte contre la criminalité, nous voyons donc s'afficher la disparition programmée du droit à l'avortement.
Nous sommes déterminées à lutter contre toute tentative de remise en question de ce droit fondamental pour toutes les femmes.
Paris, le 26 novembre 2003

Mouvement Français pour le Planning Familial
Contact : maite.albagly@planning-familial.org
Tél : 01 48 07 29 10

du 21/11/03

TARIQ RAMADAN ET NICOLAS SARKOZY SUR FRANCE 2 HIER SOIR


Juste un commentaire sur l'émission "100 minutes pour convaincre", diffusée hier soir sur France 2. Nicolas Sarkozy a reconnu qu'il avait été "naïf" sur la Corse... il aurait pu en dire autant à propos du Conseil français du culte musulman. Au lieu de cela, il nous a prouvé qu'il confondait toujours "intégration" avec "religion", "musulman avec arabe", comme lorsqu'il a lâché ce très joli "Étre musulman ça se voit sur la figure !".
Après quoi, il pouvait toujours tenter d'extirper des excuses ou une parole claire à Tariq Ramadan, on restait sur notre faim. Ramadan a reconnu une maladresse à propos de sa tribune sur les intellectuels juifs mais il n'a pas présenté d'excuses. Remarquez c'est peut-être un vrai mea culpa quand on sait qu'il qualifie également de "maladresse" l'action du FIS en Algérie (sic) dans son livre "Etre musulman européen".
Pour le reste, il considère qu'on ne peut s'opposer clairement à la lapidation pour adutère sous peine de froisser la communauté musulmane (drôle de caricature des musulmas européens). Il propose donc un moratoire.
Il ne souhaite pas non plus encourager les jeunes filles à se dévoiler pour aller à l'école. Logique puisque, contrairement aux musulmans libéraux, il estime que le "voile est une obligation". En revanche, nous avons très bien compris qu'il entendait faire tout son possible que la loi de 1905 soit interprétée de façon à s'adapter à l'islam tel qu'il entend. C'est à dire un islam réformé sur certains points mais fondamentaliste et donc archaïque sur tout le reste. En effet, le réformisme salafiste (signifiant "retour aux fondements") souhaite faire table rase des 13 siècles de jurisprudence islamique permettant à l'islam de s'adapter à la modernité et aux besoins contemporains de ses fidèles au profit d'une lecture quasi littérale du
Coran. De beaux abus de pouvoir en perspective...
Caroline Fourest,
co-auteure avec Fiammetta Venner de TIRS CROISÉS, la laïcité à l'épreuve des
intégrismes juif, chrétien et musulman (ED. Calmann-Lévy)
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2702133045/tirscroises-21



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