News du 21/11/02
Si on va par là, Poilâne était
des nôtres
Le réseau ProChoix, association de lutte contre l'extrême
droite, tenait à rendre hommage à l'un de ses mécènes,
Lionel Poilâne, décédé il y a peu, et dont
le FN tente lamentablement de salir la mémoire. Quelques jours
à peine après le décès du célèbre
boulanger, l'extrême droite (toujours en quête de respectabilité)
a réussi à se faire un joli coup de publicité en
affirmant, dans les colonnes de National Hebdo, que Lionel Poilâne
était l'un des leurs.
Aucune preuve à l'appui si ce n'est quelques vagues souvenirs,
comme le fait que Lionel Poilâne aurait (il y a plus de vingt ans)
apporté des chaussons aux pommes à Yves Daoudal à
la rédaction de Présent ou encore que l'entreprise Poilâne
aurait donné des petits pains pour l'arbre de Noël d'une association
d'enfants proche du FN. Deux anecdotes aujourd'hui amplifiées par
une rumeur véhiculée par Max Poilâne, le frère
ennemi de Lionel Poilâne, et qui ont été reprises
(sans contre-investigation) dans un article de Libération en date
du 21 novembre. Ce qui accrédite une fois de plus la thèse
que Poilâne aurait été l'un des financiers du FN.
Militantes antifascistes et journalistes d'investigation, Caroline Fourest
et Fiammetta Venner (rédactrice en chef et présidente de
ProChoix) ont déjà eu l'occasion de démentir cette
rumeur.
Après avoir passé au peigne fin plus de 8000 entreprises
soupçonnées de collusion avec le FN pour leur livre sur
Les Sponsors du FN (Éd. Castells, 1998), elles ont prolongé
l'enquête dans les comptes de la société Poilâne
à la demande de l'Événement du Jeudi, en 1999. Tout
en notant que Lionel Poilâne avait eu le tort d'accepter le Prix
de l'économie décerné par le Cercle Renaissance (un
cercle dont il a démissionné dès qu'il a eu connaissance
de ses accointances avec le FN), les deux journalistes ont pu mesurer
combien Lionel Poilâne était loin des valeurs défendues
par le parti de Jean-Marie Le Pen. Si l'on en est à compter les
petits déjeuners offerts par la société Poilâne,
nous avons le regret d'informer Présent que les réunions
de l'association ProChoix qu'il exècre ont aussi
bénéficié, gratuitement, des viennoiseries de Lionel
Poilâne. À titre personnel, Lionel se sentait proche de la
défense des libertés individuelles, à tel point qu'il
nous avait proposé de financer l'encart annonçant dans Libération
le lancement de l'Observatoire du PaCS (30 000 F). Il a aussi participé
financièrement aux campagnes de Prochoix.
Profondément affecté par les rumeurs faisant de lui un
financier du FN, il tenait à ce que ce soutien, maintes fois renouvelé,
à la défense des libertés individuelles reste discret.
Pourtant, devant la tentative de récupération dont sa dépouille
fait l'objet, nous ne pouvions décemment pas oublier de le remercier
pour son soutien. De même que nous ne pouvons laisser le Front national
profiter de sa mort pour récupérer une fois de plus l'image
de la société Poilâne, comme si ce parti voulait nous
faire croire que "Le FN, c'est bon comme du bon pain". Les consommateurs
n'ont rien à gagner dans ce traquenard. Le boycott citoyen est
une arme que nous défendons et même que nous revendiquons
contre toute entreprise susceptible de détourner l'argent du consommateur
au profit d'une cause sinistre ou d'une politique salariale indigne. Ce
n'est pas le cas de Poilâne. Cette rumeur ne fait que servir les
intérêts du FN. En tant que réseau d'information citoyenne
et antifasciste, nous refusons de laisser passer cette intox qui décrédibilise
le boycott citoyen et renforce le prestige d'un parti indigeste.
Contact Presse : ProChoix (01 43 73 35 25)
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