N°3
février
1998, 12 p. (20F)
Le
révisionnisme provie
On connait bien les dérapages provie tendant à assimiler
les foetus à des personnes... Ce que lon sait moins, cest
que ce postulat est loin dêtre un simple argument de lutte
contre lavortement. En fait, il sert surtout la soupe à
un relativisme historique de premier ordre. Car une fois les foetus
assimilés à des personnes et donc les foetus avortés
à des enfants assassinés, les provie ont très tôt
developpé des comparaisons systématiques entre leur sort
et celui connu par les juifs sous le nazisme. Or si les foetus avortés
sont des juifs, les foetus non avortés deviennent dès
lors des « survivants », les provie défendant les
foetus des « résistants » et les partisans de lavortement,
des nazis. Après quoi, les mécanismes bien huilés
du relativisme semballe un peu plus... Aboutissant comme souvent
à une banalisation et parfois même à une négation
de la Shoah au profit du « plus grand crime contre lhumanité
» : lavortement. La rhétorique et le champ lexical
développés par les provie constitue à ce jour lun
des laboratoires les plus vivaces du négationisme. En 20 ans,
elle a su faire basculer un nombre considérable dopposants
à lIVG dans lantisémitisme et le relativisme.
1) Lassimilation foetus/enfant
Première escroquerie au coeur de lidéologie provie,
lassimilation foetus/enfant constitue le point de départ
dun glissement lexical qui nira quen empirant. Les
militants contre le droit à l'avortement construisent tous leurs
discours autour de la victimisation des ftus (qu'ils prétendent
représenter dans le monde vivant). Les termes « ftus
» ou « embryon » sont systématiquement remplacés
par « enfant » ou « tout petit » afin de les
personnaliser, de les inscrire dans la communauté des humains.
Les exemples sont innombrables et chaque occasion est prétexte
à un dérapage. L'attitude de Claire Fontana, convoquée
le 24 mars 1994 devant le tribunal de Tours pour expliquer sa présence
lors d'un commando, est à cet égard très significative.
Le jour de laudience, elle a tenu à témoigner en
portant dans ses bras son dernier né, Maximilien. Pourquoi le
faire ainsi comparaître ? Tout simplement parcequétant
enceinte de Maximilien au moment dudit commando, le 18 novembre 1993,
Claire Fontana considère son fils dalors comme y ayant
participé. Lair de rien, elle obtient que Maximilien enfant
comparaisse pour répondre des actes de Maximilien foetus... Et
donc dune certaine façon, la reconnaissance par le tribunal
que les foetus sont bien des personnes à part entière
! Le deuxième dérapage, directement issu du premier, conduit
évidement à faire des foetus avortés des enfants
assassinés (comme sils étaient nés). Les
provie nont pas de comparaisons assez dures pour expliquer la
guerre impitoyable que leur livre, selon eux, la civilisation moderne.
Toutes les « armes » y passe. Les méthodes contraceptives
sont un « gazage » et font uvre de « pesticide
anti-humains », d' « aspirateur d'enfants ». Le RU
486 la pilule abortive fait figure de « Zyklon B
moderne » ; l'IVG d« holocauste des enfants français
» ; les nouvelles techniques de reproductions de « déportations
contre nature » et les ftus sont « scientifiquement
et arbitrairement envoyés à la mort ». Le champ
lexical utilisé est clair. Pour illustrer leur martyr, les provie
nont rien trouver de plus parlant que de comparer lavortement
à un génocide. Et pas à nimporte lequel :
celui des juifs par les nazis.
2) Lassimilation victime de lavortement / victime du nazisme
Dans son ouvrage, The Abortion Holocaust. Todays final solution,
William Brennan nhésite pas à dresser une série
de tableaux comparant les persécutions des juifs européens
à celle des « enfants à naître ». Bien
que publié aux États-Unis en 1983, ce livre connait un
fort succès en France et en Allemagne au début des années
1990. La thèse de Brennan est que les ftus sont les «
nouvelles victimes » du « nouvel holocauste ». Pour
démontrer que les nazis ont réduit les juifs au rang de
« non humains », de « parasites », d'«
ordures » comme les partisans de l'avortement ont réduit
les enfants à naître, il compare inlassablement des citations
de nazis à celles de personnes favorables à l'avortement.
Dans la colonne de gauche, réservée au sort des juifs
européens, on peut ainsi lire : « Adolphe Hitler (1923)
: Les juifs sont sans doute une race, mais pas des humains ».
Ce à quoi répond dans la colonne de droite, réservée
aux ftus, la citation dun certain « Dr Benjamin Thamrong
(1978) : le ftus n'est pas un être humain ». L'auteur
poursuit en démontrant que les enfants à naître/ftus,
sont considérés comme des parasites comme le furent les
juifs par le régime nazi. Dans la colonne de gauche, il cite
« Adolphe Hitler, Mein Kampf (1925) : des parasites dans le corps
des autres peuples » et dans la colonne de droite, « Groupe
féministe de Boston (1973) : un parasite dans le corps des femmes
». Et ainsi de suite. Au chapitre : similitudes de conditions
de destruction et à la rubrique « déchets »,
il cite côté gauche « Treblinka (1942) : Que voulez-vous
qu'on fasse de ces déchets » et côté droit,
« Dr Martti Kekomaki (1980) : un ftus avorté est
juste un déchet et c'est là qu'il doit finir ».
Même topo concernant le « langage de la médecine
exterminatrice ». Dans la colonne de gauche, réservée
au sort des juifs européens, on peut lire : « lassassinat
dêtres humains dans les camps de concentration devient une
opération médicale daprès un
ancien médecin des camp de la mort ». Dans la colonne de
droite, réservée aux ftus, il est écrit :
« lassassinat denfants non nés dans les hôpitaux
et les cliniques devient une petite opération chirurgicale
: Dr Carl O Rice (1973) ». L'auteur poursuit en montrant que lon
emploie les mêmes termes pour les juifs sous le nazisme que pour
les ftus. Les deux groupes seraient à cinquante ans de
distance traités d« infection », de «
gangrène », et leur élimination d« organisation
charitable ». Au total, Brennan dresse 18 tableaux de comparaisons
entre l'avortement et la « solution finale » tout entier
destiné à démontrer la similitude entre les deux
évènements. Toutes les méthodes conviennent pour
frapper les imaginations. Aux tableaux comparatifs sajoutent des
comparaisons photographiques. Des montages mêlant vraies et fausses
photos d'archives sont divisés en deux séries de «
documents » comparés. La première série représente
des cadavres empilés photographiés lors de la libération
des camps d'extermination nazis, l'autre prétend montrer des
ftus avortés, sanguinolents à souhait. Il s'agit
en fait de poupées et d'enfants mort-nés, disposés
pour la mise en scène dans la même position que les corps
des victimes du nazisme. L'identification des ftus aux victimes
juives du nazisme se fait aussi lors de « spectacles » organisés
pour dramatiser un colloque ou une manifestation publique. Ces petits
sketches interprétés par de jeunes enfants ont des scénarios
relativement similaires dune rencontre à lautre.
Un conférencier lit un texte pendant qu'une vingtaine d'enfants
miment ses paroles. Le conférencier, d'une voix suave, raconte
l'histoire de la rencontre entre un homme et une femme, de leur union
bénie par Dieu, des premiers mouvements du ftus qui s'éveille
à la vie ; les enfants sourient et gambadent ensemble en riant.
Mais, soudain, les enfants prennent peur, le conférencier a modifié
le ton de sa voix pour annoncer une triste nouvelle : « La marâtre
a décidé d'exterminer l'enfant... » Les petits acteurs
portent la main à leur coeur comme sils avaient été
poignardés, puis se laissent tomber sur le sol. Le conférencier
poursuit : « Très peu survivent... embrassons les rescapés
du camp de la mort ». Des adultes relèvent quelques enfants
qui se mettent à pleurer en regardant leurs camarades restés
par terre qui font semblant d'agoniser.
3) Les partisans de l'avortement et des NTR sont des nazis
Une fois ce nouvel amalgame instauré, il va de soi pour les militants
provie que, puisque les ftus sont des juifs persécutés,
ceux qui tentent de les sauver sont tout naturellement des « résistants
», voire même des « Justes », pour reprendre
le titre décerné à Jérôme Lejeune
lors de son décès, les foetus non avortés des survivants
(voire p. 6) et les partisans de lavortement... des nazis. Ces
derniers ne sont jamais désignés par leur statut social
mais par des métaphores les stigmatisant. Les centres d'interruption
volontaire de grossesse et les locaux du Planning familial sont décrits
comme des abattoirs. La similitude sonore et sémantique entre
« avorteur » et « tueur », « avortoir
» et « abattoir » ou « mouroir » est même
sous-tendue par l'expression qualifiant les médecins de «
bouchers avorteurs ». Les femmes qui ont avorté sont des
victimes, mais récalcitrantes à se laisser convaincre
par les « opérations sauvetage » (actions commandos),
elles deviennent des « marâtres », des « nazies-féministes
», des « SS ». Les partisans du droit des femmes,
féministes ou médecins, sont affublés de qualificatifs
suggérant un côté obsessionnel : « meurtriers
de sang-froid », « bourreaux fanatiques ». L'identification
des partisans de l'avortement aux nazis ne se fait pas seulement sur
le registre de la dénonciation verbale. Certains militants provie
sont allés jusquà entreprendre une réécriture
de l'histoire du Planning familial. Rappelons quau début
du siècle, Margaret Sanger, sage-femme dans le Lower East Side,
lun des quartiers les plus pauvres de New York, s'intéresse
au néomalthusianisme et fonde l'American Birth Control où
elle prône un contrôle des naissances pour favoriser la
naissance d'enfants sains. En 1948, elle change le nom de son organisation
qui devient l'International Planned Parenthood Federation. L'eugénisme
que Sanger partageait avec bon nombre de ses contemporains nen
est pas moins nazifié et dénoncé comme l'attitude
d'« une fervente admiratrice d'Hitler ». Dans le même
esprit, une affiche-phare du MFPF est détournée. L'affiche
originale, datant de 1979, montre trois femmes de génération
différente qui regardent l'avenir sous le slogan : « Un
enfant... si je veux... quand je veux... ». Recomposée
par la Trêve de Dieu, la nouvelle affiche montre sous le même
slogan, les mêmes femmes encadrées cette fois par Karl
Marx et Adolf Hitler. Fort de cette complexe ascendance, le Planning
familial devient ainsi une « organisation criminelle d'inspiration
nazie ». Thierry Lefèvre (Trêve de Dieu) s'est également
évertué à chercher quels liens pouvaient bien exister
entre Roussel Uclaf et le nazisme. Il a fini par découvrir que
le laboratoire était contrôlé par le groupe Hoechst,
créé à partir d'IG Farben, holding chimique allemand
dont une des filiales, Degesh, avait livré autrefois du Zyklon
B aux nazis. L'amalgame est immédiat : si Roussel est ainsi apparenté
à Degesh qui livrait du Zyklon B c'est donc que le RU 486 est
un dérivé du Zyklon B ! Ce raisonnement simpliste a apparemment
beaucoup convaincu puisque toutes les associations provie lont
repris à leur compte.
4) Lavortement est la pire génocide de tous les temps
Les militants « provie » ne rêvent que dune
chose : poursuivre pénalement l'avortement comme crime contre
l'humanité. L'objectif social de la Trêve de Dieu est «
de dénoncer l'avortement légalisé comme un crime
contre l'humanité, par tous les moyens autorisés par la
loi, notamment par des poursuites engagées à titre de
partie civile contre les auteurs, complices et propagandistes de ce
crime contre l'humanité. » Pour l'instant, sur le conseil
des avocats du mouvement, aucune plainte n'a encore été
déposée, mais l'accusation de crime contre l'humanité
reste très présente dans les plaidoiries lorsque des assaillants
sont inculpés pour entrave à l'IVG. En attendant, le mouvement
contre le droit à l'avortement porte le deuil. Des messes sont
consacrées aux victimes contre lavortement, une minute
de silence précède les réunions. Quelques-uns font
même le trajet jusqu'à Auschwitz pour leur rendre un dernier
hommage. Comme l'indique W. Wuermeling, président de l'Union
des nations de l'Europe chrétienne (UNEC) : « Nous avons
décidé d'organiser ce pelerinage à [...] Auschwitz
afin de faire prendre conscience aux européens qu'un génocide
encore plus monstrueux quant aux nombres de ses victimes est actuellement
en cours [...]. Le RU 486 a succédé au gaz Zyklon B, utilisé
à Auschwitz comme pesticide humain. Partout en Europe la machine
de l'extermination est de nouveau imperturbablement en route ».
« Encore plus monstrueux », le mot est lâché...
En disant que l'IVG est le plus grand génocide de tous les temps,
on insinue par la même occasion qu'aucun autre massacre, et surtout
pas ceux perpétrés durant la seconde guerre mondiale,
n'a eu cette ampleur. Le Dr Tremblay, actuel président de Laissez-les-vivre,
en estimant, lors dune manifestation au Trocadéro à
12 milliards (!) le nombre des victimes de lavortement dans le
monde, relativise ainsi celui des victimes du nazisme. Ainsi, pour les
opposants à l'avortement, les juifs persécutés
sont d'anciennes victimes d'un génocide dépassé.
Les nouvelles victimes du nouveau génocide, i.e. les ftus
victimes de l'avortement, sont persécutées par de nouveaux
nazis les partisans de l'avortement. Par le nombre de ses victimes
les chiffres sont variables mais doivent être un multiple
de six ce nouvel holocauste relativise l'ancien. Damalgames
en comparaisons abusive, voilà bien la trogne du relativisme
faire son apparition. Ne manquait plus que sa compagne de route, la
négation.
5) Dailleurs les avorteurs sont des juifs que lon na
jamais exterminés
Ultime étape, après avoir marcher sur les plate-bandes
des victimes du nazisme, les provie ne tardent pas à piétiner
la mémoire. Ce qui leur sert de base théorique, à
savoir que les foetus connaissent le même sort que les juifs sous
le nazisme, semballe et se renverse au mépris de toute
logique. Car qui, les provie désignent-ils le plus souvent comme
les responsables du complot ourdi contre la famille. De préférence
des juifs. A limage de Simone Veil, que les provie caricaturent
en croqueuse denfants. Observons le raisonnement : si les partisans
de l'avortement sont juifs, l'avortement est donc un génocide
perpétré par les juifs contre la race blanche (sic) ;
si les juifs sont en position de persécuter une nouvelle catégorie
de victimes, c'est donc qu'ils ont survécu ; s'ils ont survécu,
c'est donc qu'ils n'ont pas été exterminés... Et
que donc, les nazis n'ont pas tué de juifs. . Rattrapé
par un antisémitisme viscéral, les provie réussissent
lextraordinaire pari dassimiler les foetus avortés
à des juifs non exterminés.
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