Xavier 'dort' enfin en prison !
par Caroline FOUREST



Après avoir inventé le principe des commandos anti-IVG (une idée lumineuse qu’il exporte avec le succès que l’on sait aux Etats-Unis en 1986), après avoir participé à plus de deux cent actions de ce type en France, le président de SOS-tous petits a goûté aux charmes de l’ascèse carcérale pour avoir organisé une manifestation interdite devant le centre hospitalier André Mignot au Chesnay le samedi 8 novembre. Oh ! Pas de quoi entamer une cure de repos digne de ce nom... Mais assez pour susciter l’émoi du monde provie et d’extrême droite où mister Dor a plus d’une relation. Habitué des banquets de l’Action française, membre des instances dirigeantes de l’Agrif, il est aussi, selon son propre aveu, un fidèle des infrastructures du Front national — toujours à sa disposition pour le soutenir dans sa propagande... Aussi à peine a-t-il posé le pied en cellule que son club de fans s'est mis en ébullition.

Que d’émotions !
Bruno Gollnish, secrétaire général du FN, Bernard Anthony, président de l’Agrif, Jean-Marie Le Chevallier, député-maire de Toulon FN, Christine Boutin; députée provie UDF et ambassadrice du Vatican.... Rares sont les VIP provie à avoir manqué ce concert d’indignation. Côté associations : l’ensemble du mouvement provie, de Laissez-les-vivre-SOS futures mères au Cercle Renaissance en passant par les AFC (Associations familiales catholiques), a manifesté son soutien. Seule exception notable : la soeur ennemie et concurrente de SOS tout-petits, la Trêve de Dieu de Claire Fontana. Côté médias : Présent, le journal de l’Agrif, Monde et Vie, Mondial Vie Info, Radio Courtoisie et bien d’autres relais de la propagande nationaliste se sont fait l’écho de l’émoi général. Enfin, plus concrètement, une Coordination pour la libération du docteur Dor a aussitôt été créée et prise en main par Isabelle Dor, avocate et fille de son père. Après une conférence de presse et un meeting de protestation auprès des évêques et des députés, la coordination a appelé à manifester le 15 novembre devant la prison de Bois d’Arcy où Xavier Dor était détenu. Une manifestation au cours de laquelle plusieurs élus du Front national tels que Myriam Backeroot, Jacques Lecaillon ou Olivier Pichon n’ont pas manqué d’y tenir le haut du pavé... Dans le même temps, des milliers de tracts, sortis des rotatives de l’imprimeur attitré du FN, se sont mis à recouvrir les murs de Paris. Mais la colle n’a pas eu le temps de sécher que Xavier Dor respirait à nouveau l’air libre de l’État Républicain ennemi.
Après onze jours de détention, il est libéré provisoirement le 19 novembre. Juste à temps pour entendre le jugement de la cour d’appel de Rennes—qui vient d’annuler les dix mois de prison avec sursis dont il avait écopé en correctionnelle pour avoir occupé le CHR d’orthogénie de la ville— et assez tôt pour envisager de participer à une manifestation contre l’avortement et son emprisonnement prévu pour le 22 novembre. Egalement interdite, cette manifestation débouche sur l’interpellation de 97 provie réunis en fanfare devant le parvis de Notre-Dame de Paris... Manque de chance, Xavier Dor avait finalement décidé de rester chez lui ce jour-là... Qu’importe, ce n’est que partie remise.
Le 9 décembre, il comparaît aux côtés de ses compagnons de route, Ludovic Eymerie et Rolande Birgy, devant la sixième chambre du tribunal de Versailles, pour un autre délit d’entrave à l’IVG survenu le 7 juin dernier devant le centre hospitalier du Chesnay. Cette fois, il n’est pas le seul à jouir de l’impunité puisque le procureur de la République décide de ne pas poursuivre Rolande Birgy en raison de son grand âge. Passons. Alors qu’il s’apprête enfin à passer son plus long séjour à l’ombre, Dr Dor nous réserve un rebondissement de dernière minute... Convoqué le 11 décembre à se présenter au centre de semi-liberté de Villejuif pour une durée d’un mois, celui que ses admirateurs ont baptisé «Docteur Courage»—mais qu’il aurait peut-être été plus juste d’appeler «Docteur Courage Fuyons» — loupe une fois de plus l’entrée de la prison pour se réfugier à la nonciature où il demande l’Asile politique au Vatican...

Le commando à la nonciature vu par Présent
Journal des catholiques traditionalistes par excellence, Présent, n’a jamais perdu une occasion de soutenir le Docteur Dor (par ailleurs pigiste occasionnel) dans sa croisade. Depuis le début de ses ennuis carcéraux, il a fait la majorité des unes du quotidien d’extrême droite. Mais le meilleur moment reste le récit de son commando à la nonciature en compagnie d’une des plumes les plus affûtées du journal, Jeanne Smith. Extraits : « Discret rendez-vous devant un café de Paris, 14h 15. Le Dr Dor, à la veille de sa première incarcération en vertu de la loi Neiertz qui protège les avortements en France, a décidé de jouer son va-tout. Nous ne le saurons un journaliste d’agence et moi-même, qu’en nous engouffrant dans un taxi à ses côtés : il va demander l’asile à la nonciature (...) Mercredi donc, 14h30, le Dr Dor, fidèle à lui même, nous demande de participer à une courte prière. Puis il prend son sac—il a tout prévu, pyjama, linge, brosse à dents, une liasse de papier blanc pour travailler...—et sonne à la grille du petit hôtel particulier qui abrite la légation vaticane : « Je voudrais remettre un pli au secrétaire du Nonce... » C’est le moment crucial. La grille s’ouvre. Nous nous précipitons dans le jardinet qui déjà, bénéficie du privilège d’extra-territorialité. « C’est miraculeux, merci Notre Dame ! » s’écrie le docteur Dor. Miraculeux, en effet, car le pauvre gardien qui a fait entrer notre petit groupe sait qu’il sera bien difficile de nous faire repartir, et il craint déjà les remontrances de ses patrons : « Il faut prendre rendez-vous par téléphone. La secrétaire du Nonce ne peut pas vous recevoir comme ça. Il faut que vous alliez l’appeler, vous reviendrez après (...) » Mais le Dr Dor préfère rester dans le jardinet, appeler par portable « Je suis le dr Dor... Catholique pratiquant... Non, je ne peux pas être là demain... À neuf heures, vous savez je dois être en prison ! » (Présent du 12/12/97) En fait, il n’y sera que bien plus tard, après plusieurs heures de palabres avec le staff de la nonciature dont Mgr Fana. Nonce auprès de l’UNESCO, Mgr Fana reconnaît bien une «admiration » personnelle pour le combat du Dr Dor, mais il ne peut prendre la responsabilité de le dérober aux lois de son pays. Une nuance dont l’hypocrisie n’échappe pas à Xavier Dor : « Vous savez (...) je condamne seulement l’avortement, et je m’y oppose comme le Saint Père le demande». Car aujourd’hui comme les autres jours, le Vatican n’a pas besoin d’accorder l’Asile politique au Docteur Dor pour commettre une ingérence vis-à-vis des lois françaises et des femmes de ce pays... Mais il trouve tout de même plus sage de ne pas faire de vagues.

Pourquoi s’est-il constitué prisonnier ?
Le lendemain, toujours dans Présent, et profitant de sa permission journalière, Xavier Dor nous raconte comment, devant « l’hostilité croissante des conseillers de la nonciature » il a décidé de se constituer prisonnier : « J’ai réalisé que j’étais vraiment persona non grata comme je l’étais depuis mon arrivée. La veille, on m’avait proposé une voiture pour me rendre à la prison. Puis, bizarrement, je n’ai plus vu personne. Je me suis alors senti abandonné de Dieu et des hommes. (...) Je sentais que l’on voulait me mettre dehors, mais je ne savais même pas comment sortir : le gardien était absent et, comme j’ai beaucoup de difficulté pour voir, je ne savais même pas où se trouvait le bouton pour ouvrir la porte. C’est alors que le gardien est revenu. (...) J’ai dit au gardien : « Je ne vois personne. Dites-leur que je leur pardonne ». J’ai pris un taxi. Ce dont je suis sûr aujourd’hui, c’est que l’on est mieux accueilli dans les geôles de la République que dans la nonciature». Quel mélo! De quoi arracher une larme au moindre catho pas encore intégriste ! Car ne nous y trompons pas... Sous l’apparence d’un vieux fou persécuté, le martyr le plus politicien de l’extrême droite provie a offert à l’Eglise conciliaire l’un des plus beaux cadeaux empoisonnés dont pouvaient rêver ses amis lefebvristes ! Un argument qu’ils ne manqueront pas d’exploiter pour convaincre de la lâcheté de l’Eglise non intégriste... En attendant, Xavier Dor a bien raison de se sentir bien accueilli dans les « geôles de la République », puisqu’avec des centaines d’actions commandos à son actif, il n’y séjournera qu’à temps partiel jusqu’à la fin janvier. Pas de quoi lui passer le goût de partir à l’assaut des cliniques... Dès le 10 janvier, il reprenait gaiement le chemin de la clinique Ordener...


Caroline Fourest

Paru dans ProChoix n°2 (janvier 1998)


N°2
(janvier 1998) 12 p. (20F)
A commander à ProChoix
(chèque de 20 F + 8 F de port à l'ordre de ProChoix, 177 av Ledru-Rollin 75011 Paris)








































































































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