Le 19 octobre 2013, a été diffusée sur Twitter une fatwa désignant certains médias et journalistes comme des “ennemis des moudjahidines”.

“Reporters sans frontières condamne cette menace explicite et ciblée à l’encontre des professionnels des médias qui met grandement en péril leur sécurité, déjà précaire. Nous appelons les autorités à renforcer les dispositifs de protection des médias et journalistes concernés par la fatwa. Les auteurs de ces menaces doivent être mis hors d’état de nuire”, a déclaré l’association.

Déjà diffusée il y a un an lors de l’attaque subie par la jeune Malala Yousafzai, cette fatwa a été revendiquée par un groupe proche de l’organisation terroriste Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), qui s’en est toutefois désolidarisé. Elle désigne comme cibles Dewa Radio, Mishal Radio, Azadi Radio, Radio Aap ki Dunya, la BBC, et comporte les photos de deux journalistes nationaux : Hamid Mir, présentateur de l’émission “Capital talk” sur la chaîne Geo News et Hasan Nisar, éditorialiste et chroniqueur télé sur la même chaîne.

“Exposer de cette manière les photos de Hamid Mir et de Hasan Nisar encourage les sympathisants de l’organisation TTP à s’en prendre physiquement à ces deux journalistes”, se sont inquiétés des confrères des journalistes ciblés auprès de Reporters sans frontières.

D’après les auteurs de la fatwa, les personnels des médias devraient en premier lieu “recevoir un avertissement puis être pardonnés s’ils mettent un terme à leur ‘hostilité envers l’Islam’ et à la propagande anti-musulmans. Toutefois, des actions conformes à la politique moudjahidine doivent être mises en place à l’encontre de ceux qui persistent à accomplir leur travail”.

La fatwa assimile les médias et journalistes qu’elle vise à des promoteurs de la laïcité et de l’Occident dans leur couverture de la guerre contre la terreur. En leur refusant le qualificatif de “martyr”, les médias présenteraient les taliban comme des terroristes et des ennemis de la paix. Cette publication intervient alors que la couverture médiatique autour de Malala est au plus haut après que cette dernière a reçu le prix Sakharov le 10 octobre 2013.

Le Conseil pakistanais des éditeurs de journaux (CNPE) a tenu à souligner qu’en dépit des menaces exprimées, il poursuivrait sa mission d’information du grand public.

Le Pakistan se situe à la 159ème position sur 179 selon le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.