Le 25 mai 2011, la commission des Lois de l’Assemblée nationale a examiné à huis clos une proposition socialiste pour « ouvrir le mariage aux couples de même sexe ». Cette réunion d’étude a visiblement été le moment pour la députée UMP Brigitte Barèges, membre du collectif La Droite populaire, de faire connaître son opposition à cette progression. Dans des termes on-ne-peut-plus-douteux : « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? Ou la polygamie ». Face aux protestations d’élus de gauche pendant le débat, B. Barèges s’est alors déclarée « favorable à tous types de relations sexuelles entre adultes consentants » et invoqua la plaisanterie. Sur proposition de Jean-Luc Warsmann (1) (UMP), présidant cette commission, les propos ont été retirés du compte-rendu de la réunion. Plusieurs députés scandalisés dont Bruno Le Roux (PS) et George Pau-Langevin (PS) ont alors relayé l’information auprès de l’AFP.

Le « point de bétail » qui revient au galop

« Depuis quelques années, l'UMP laisse nombre de ses parlementaires tenir des propos mettant en cause les personnes LGBT (lesbienne, gay, bi et transsexuelle) à l'image de Christian Vanneste (2) qui n'a jamais été sanctionné par son parti pour avoir notamment estimé que les homosexuels étaient inférieurs aux hétérosexuels », précise Jean-Luc Romero, conseiller régional PS d'Ile-de-France, et président de l'association Elus Locaux Contre le Sida. « Dans un grand élan de vulgarité et de bêtise, Brigitte Barèges a comparé le mariage des personnes de même sexe à une union entre animaux et l’a assimilé à la polygamie. Nous voilà revenus aux dérapages des débats sur le Pacs de 98. Mme Barèges, inconnue des Français, recherche sans doute la publicité », note Christophe Girard, adjoint au maire de Paris. « Les déclarations de Brigitte Barèges illustrent bien toute la subtilité et la délicatesse dont elle est capable », s’exclame Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical de Gauche (PRG). « Ce sont des propos honteux, ignobles, que je condamne fermement », avait affirmé le député UMP Franck Riester, tandis que Jean-François Copé exprimait une sorte de blâme pour « ces propos inacceptables » qui « ne sont évidemment en rien le reflet d'une quelconque position de l'UMP ». Tout en prenant acte des excuses formulées par la députée-maire de Montauban, dont les propos « animaliers » évoquent les élucubrations de Dominique Dord (3), alors député Démocratie libérale en 1998 qui proposait de signer les Pacs dans « les services vétérinaires ».

Une « vaine polémique »

Dans un long communiqué (4), Barèges argue avoir « posé la question de la pertinence d'adapter systématiquement la loi et les institutions à l'évolution des mœurs » et aurait « poursuivi son raisonnement par l'absurde en se demandant s'il faudrait aussi institutionnaliser un jour le mariage avec les animaux ». Ainsi « Brigitte Barèges regrette néanmoins que cet échange serve de contre-feu aux députés socialistes pour détourner l'attention des déchirements qui traversent leur parti et des pérégrinations judiciaires de leur ex-futur héraut (…) La députée conteste fermement que ses propos « maladroits » soient homophobes. Et comme le font maintenant tous ceux qui tiennent des propos pouvant leur causer du tort, elle « souhaite s'excuser auprès de ceux qu'ils auraient pu blesser car telle n'était pas son intention ».
Brigitte Barèges dépeint enfin « cette vaine polémique » comme un élément à charge contre son soutien à l’appel antisexiste où la députée UMP s’adressa « aux députés socialistes leur silence coupable la semaine dernière au plus fort de l’affaire DSK pour défendre la cause des femmes ». L’UMP Etienne Blanc a pour sa part conclue qu' «avec le Pacs, de nouveaux droits ont été consentis » aux homosexuel(le)s et qu'« ils répondent suffisamment aux besoins ».

In fine, la proposition de loi PS relative au mariage homosexuel étudiée lors de cette réunion a été rejetée par la commission des Lois. Le texte sera néanmoins évalué en séance publique le 6 juin prochain.

Barèges, la « gauloiserie » à géométrie variable et la droite populaire

Membre du courant La Droite Populaire lancé en juillet 2010 et incarné par Laurent Wauquiez, Brigitte Barèges est une avocate de formation qui aime à dénoncer « le politiquement correct » (5). Au sujet du sexisme ambiant en France, elle déplorait « que les mentalités n'aient pas évolué » concernant les affaires d’agressions sexuelles et pointait « cette culture gauloise, certainement responsable du fait qu'encore aujourd'hui, les femmes se sentent culpabilisées». Aussi remarquera-t-on récemment combien la « tentation gauloise» ne l’a pas épargnée, elle aussi, dans ses représentations sociales.

La député-maire de Montauban et les 43 autres députés membres du collectif « La Droite Populaire » comptent repositionner l’UMP à droite contre ce qu’ils estiment être une dérive vers le centre-gauche et ambitionnent de réactiver de manière décomplexée les valeurs de droite : l’ordre, la sécurité, le nationalisme, la politique familiale, la liberté d'entreprise, la rigueur budgétaire. Et d’apporter un soutien sans faille au Président de la République et à sa campagne de 2007 de maintes manières (6), dont l’action parlementaire est privilégiée à coups d’amendements des plus droitiers. Pour exemples, deux projets de loi ont été proposés par La Droite Populaire dans la discussion actuelle sur « Immigration, intégration et nationalité » : pour supprimer l’automaticité de la naturalisation des jeunes étrangers astreints à une demande écrite d’une part, pour mettre en place une sorte d’examen portant sur la France pour les candidats à la naturalisation d’autre part. Des suggestions refusées par le Sénat, ce qui ne décourage pas le collectif de penser répondre aux aspirations de français en attente de résultats et de poursuivre ses opérations sur d’autres thèmes.

Nathalie Szuchendler

(1) Jean-Luc Warsmann , rapporteur d’un amendement proposé par J.P Garraud (UMP)à l’Assemblée nationale en novembre 2003, portant sur un « délit » d’interruption de grossesse provoquée par une maladresse, une imprudence, une inattention, une négligence ou un manquement à une obligation de sécurité. Punissable d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

In http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2003/11/28/56-garaud-veut-creer-un-delit-dinterruption-involontaire-de-grossesse




(2) Les propos du député Vanneste qualifiés par cette cour de “litigieux” pendant les débats et le vote de la loi du 30 décembre 2004, ne seront pas considérés comme un délit homophobe. Ainsi que ses déclarations au journal local "La Voix du Nord" selon lesquelles “l'homosexualité est inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel, ce serait dangereux pour l'humanité (...) S'ils étaient représentants d'un syndicat, je les recevrais volontiers. Mais là ils ne représentent rien”. SOS homophobie, ACT-UP Paris et le S.N.E.G., constitués en partie civile, avaient fait citer Vanneste en avril 2005 devant le Tribunal correctionnel de Lille pour injures homophobes. Condamné en janvier 2006 à 3.000 euros d'amende et à 2.000 euros de dommages et intérêts à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays (S.N.E.G.), C. Vanneste s’était pourvu en cassation après la décision prise par la cour de rejeter l'appel, considérant qu' “un parlementaire est investi d'une parcelle de la souveraineté nationale” et que “sa liberté d'expression est une condition de la démocratie et de l'Etat de droit”. Aujourd’hui, il qualifie les associations de défense des homosexuels de “fascistes” et pointe le caractère “philosophique” de son “point de vue”. Or au nom de la liberté d’expression, c’est l’ensemble de la procédure qui est balayée et l’atteinte à la dignité des homosexuels qui est ainsi permise. Mais pour le député U.M.P., “cela prouve que nous sommes en France, la patrie de Voltaire, où on peut exprimer ses idées sans avoir sur le dos un lobby harcelant et une justice mal informée”.

“Le respect du principe fondamental de la liberté d'expression tel qu'il est défini par l'article 10 de la convention européenne des droits de l'homme ne saurait en aucune manière justifier une atteinte intolérable à la dignité de la personne des homosexuel/les” indique Me Mecary, avocate des trois associations parties civiles. “Nous ne pouvons que déplorer l'analyse de la Cour de cassation qui ne paraît pas conforme à l'esprit de la loi du 30 décembre 2004 permettant la poursuite des injures homophobes”.

In http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/11/13/2094-le-depute-homophobe-vanneste-disculpe-en-cassation

Voir:

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/01/16/1884-sarkozy-absout-le-depute-integriste-et-homophobe-vanneste

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/?q=vanneste

Christian Vanneste est aussi l’un des rares représentants UMP à émettre un avis favorable aux accords électoraux avec le FN.

In http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2010/10/28/jerome-fourquet-ifop-on-est-revenu-au-niveau-des-tres-hautes-eaux-du-fn/




(3) du groupe parlementaire « Osez la famille » dans les années 1998.

- Dans une tribune du Figaro (10/9/98) intitulée "PaCS : un mauvais projet", Dominique Dord ne badine pas avec l’amour : «Si le PaCS était instauré au nom de l'égalité entre les citoyens, il deviendrait alors très vite impossible, incohérent, voire illégal de refuser aux contractants d'un PaCS la possibilité d'accueillir et d'élever des enfants (...) On sacrifierait alors le droit de l'enfant au profit d'un droit à l'enfant, comme si nous ne mesurions pas tous les jours les dégâts causés, chez de nombreux pré et post-adolescents, par l'absence d'image du père ou par la désintégration des familles. Dans un siècle où tout devient possible, même les choix les plus déraisonnables, ne jouons pas les apprentis sorciers ; ne déstabilisons pas les principes fondamentaux du développement social et les symboles les plus forts de notre civilisation».

In http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2002/01/02/680-dominique-dord

- D. Dord est l’un des 280 parlementaires qui ont signé le Manifeste contre l’homoparentalité en avril 2006, dit « Manifeste parlementaire pour la défense du droit fondamental de l'enfant d'être accueilli et de s'épanouir dans une famille composée d'un père et d'une mère ».

In http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/04/18/478-280-parlementaires-opposes-a-lhomoparentalite




(4)http://www.brigittebareges.com/Actualite/2791/Propos_sur_le_mariage_homosexuel___Brigitte_Bareges_s_explique.html %




(5) « Jusqu’à quand le politiquement correct ? » « C’est ainsi que la semaine dernière, sous la pression centriste, nous avons été contraints de renoncer à une des mesures du projet de loi sur l’immigration prévoyant la déchéance de la nationalité française pour les assassins de policiers ».

In http://www.brigittebareges.com/Actualite/2763/Jusqu_a_quand_le_politiquement_correct_.html?th=44




(6) T. Mariani : “avec les valeurs de 2007, Sarkozy gagnera 2012“

In http://ladroitepopulaire.com/demo/wp-content/uploads/Paris-Match-1-06-2011.pdf

Mariani a voté contre le PaCs, a voté contre la réforme de l'IVG et de la contraception du 05/12/2000. Lors du premier tour des élections présidentielles 2002, il conseille à ses élus de soutenir Nicolas Miguet, ancien proche de Jean-Marie Le Pen, dans sa quête des 500 signatures.

In http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2002/01/02/660-thierry-mariani

Mariani et l’amendement sur les statistiques ethniques : http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/11/17/1830-les-statistiques-ethniques-auraient-fait-reculer-la-lutte-antiraciste