Michèle Causse a choisi de dé/naître
Le 29 juillet 2010, Michèle Causse a choisi de dé/naître dans une clinique Suisse, où ce droit est accordé.

Grande figure littéraire du lesbianisme politique, elle a passé une partie de sa vie à réinventer une langue non sexiste. En 1996, nous avons créer une petite maison d’édition, Cyprine, pour éditer son petit livre rouge, Quelle lesbienne êtes-vous ? (dont le titre initial était "Taximonie portative"). Comme souvent chez Michèle, il maniait l'humour dé/constructeur, de façon radicalement politique. Elle a fait partie des premières marraines de la revue ProChoix et tenait beaucoup à ce que nous défendions le droit de mourir dans la dignité comme un choix. Elle nous a aidé à participer à la conférence de Durban I lorsque les finances de la revue ne le permettaient pas. Un tournant décisif pour nos travaux. Ces dernières années, nos échanges étaient plus électroniques. Michèle se demandait parfois si nous avions trahi la radicalité qui nous liait et guidait sa vie, puis se ravisait, et nous parlait de son envie de réussir sa mort. Elle l'a réussie, jusque dans l'invention du terme dé/naître que le "Carnet" du Monde hésite à publier... Car il n'est pas le dictionnaire. Pas encore. Il le sera un jour, comme le dernier leg inventif d'une femme qui n'a jamais plié devant aucune norme, surtout pas langagière.
A toi, Caroline Fourest & Fiammetta Venner
samedi 31 juillet 2010
L'écrivain Michèle Causse a choisi de partir
Par Ursula Del Aguila Chef de rubrique Têtue.com
Une praticienne de l'écriture lesbienne politique majeure s'en est allée hier, jeudi 29 juillet. Elle a choisi elle-même de partir. TÊTUE lui rend hommage en rappelant son œuvre.
Née, sur les Causses du Lot, le 29 juillet 1936 à Martel, Michèle Causse vient de nous quitter, a annoncé la Coordination lesbienne en France. Elle a choisi elle-même de partir hier, 29 juillet, auprès de l'association Dignitas à Zurich et ses cendres seront ultérieurement dispersées dans le vieux cimetière de Montvalent, au-dessus de la Dordogne. Elle avait accepté de témoigner en faveur de la mort choisie dans une émission de la télévision suisse romande Temps présent qui sera diffusée à l'automne 2010 en Europe.
Après avoir obtenu un diplôme de traductrice à l'Université de Paris (Sorbonne), Michèle Causse a enseigné brièvement en Tunisie, vécu dix ans à Rome où elle a étudié le chinois et écrit un essai sur la condition des caméristes-concubines-courtisanes dans les romans Ming (inédit). Rentrée en France, elle a écrit L'encontre dont Monique Wittig fut la première lectrice. Elle a vécu pendant huit ans en Martinique et écrit, pour le compte du ministère des Droits des femmes, une étude sur la stratification ethno-sociale des femmes en Martinique, puis dans la même île, deux ouvrages, Lettres à Omphale, et ( ).
Elle a ensuite brièvement vécu à New York où elle a rencontré Djuna Barnes, Jill Johnston, Catherine Stimpson, Joan Nestlé, Kate Millett. En Floride, elle a séjourné pendant un an dans la communauté de Barbara Deming où elle a pu côtoyer Sonia Johnson (ex-candidate à la présidence des USA). Puis elle a émigré au Canada où elle a publié quatre de ses principaux ouvrages. Rentrée en France, elle a publié Contre le sexage (Balland, 2003). Une praticienne lesbienne politique de l'écriture
Michèle Causse a contribué à faire connaître la culture lesbienne mondiale en traduisant de l'anglais et de l'italien une trentaine de romans (Melville, Gertrude Stein, Djuna Barnes, Mary Daly, Silone, Pavese, Natalia Ginzburg, Alice Ceresa, Luigi Malerba, etc.).
Elle a été professeure invitée à Rome (chaire d'éducation des adultes), consultante à l'Unesco (département d'alphabétisation, où elle a utilisé la méthodologie créée par Alice Ceresa "l'Unité de bibliothèque"), professeure invitée à Montréal à l'Université Concordia.»
Mais surtout en praticienne lesbienne politique de l'écriture, elle a écrit une œuvre prolifique, des essais, des fictions, des nouvelles et poèmes, où elle élabore une lecture et critique radicales du monde patriarcal ou phallogocentrisme: «Comment mon texte peut-il entrer dans votre contexte?» demandent de plus en plus nombreuses certaines «je» mauvais sujets. (...) nous c'est-à-dire cette pluralité de «je» radicales actives dans la négation du «on» (homme) qui nous régit et veut nous nier.» Changer la langue pour changer le monde Elle cherche une langue («l'Alphalecte») car pour changer le monde, il faut changer la langue, où l'égalité des sexes serait effective et pour cela elle déconstruit la langue réelle que nous parlons en termes matérialistes politiques: («L'androlecte/le sexolecte»). Elle déplace les genres, les préfixes, les suffixes, la grammaire tout entière pour déconstruire l'assujettissement des femmes (qu'elle appelle les «sex©isées») et montrer en quoi elles «font universel», elles sont aussi l'universel -ce que les hommes (ou «Sexeur dominant»), les sciences humaines, la psychanalyse, la société ne veulent pas entendre.
Elle décode ainsi l'oppression langagière (la langue utilisée est en fait la langue de l'ennemi, "l'androlecte"), symbolique, et politique du patriarcat et conçoit une utopie lesbienne, une terre originaire d'avant l'oppression qu'elle essaie d'atteindre par l'art et la littérature, seul salut pour les lesbiennes.
Voici son épitaphe revue et corrigée par elle:
«Morte à plusieurs reprises, je ne suis pas sûre d'être née. Ce pourquoi toute notice biographique me semble une imposture. Irréelle, voire empruntée à une autre. Ce que je n'ai pas fait m'importe infiniment plus que ce que j'ai fait. Ainsi de ce qui ne m'est pas arrivé. J'ai néanmoins une histoire, laquelle ressemble à une carte de géographie (France, Tunisie, Italie, Etats-Unis, Antilles, Canada), autant de topoï, espaces vibratoires d'intensités variables, qui renvoient des images de mon existence migratoire. Mais à quoi bon en parler? Qu'on me lise plutôt. Pour démentir mon épitaphe «Ni lue ni approuvée».
Reprenant Deleuze, qui dit «Il y a une affinité fondamentale entre l'œuvre d'art et l'acte de résistance», elle a ouvert un chemin de lutte à travers le langage pour libérer les femmes. N'oublions pas de la lire et de transmettre son œuvre à la nouvelle génération.
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