Le dimanche 2 mai à 11h du matin, les militants du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (Mali) se sont donné rendez-vous près de la fontaine aux pigeons, au centre-ville de Casablanca, pour faire un sit-in pacifique contre le harcèlement sexuel qui sévit dans les villes du royaume. La manifestation prévoyait des slogans humoristiques et s'adressait directement aux jeunes pour les sensibiliser au respect de la femme et à sa liberté d'occuper l'espace public.

A quelques mètres des lieux, les deux co-fondatrices du Mali, Ibtissame Lachgar et Zineb El Rhazoui, sont interpellées par des dizaines de policiers en civil. Elles étaient accompagnées par Pauline Beugnies, photographe de nationalité belge qui travaille pour le Monde magazine. Les deux jeunes femmes portaient les banderoles prévues pour le sit-in dans un sac, elles n'avaient même pas encore tenté de les déployer. Sans décliner leur identité, les policiers se sont rués vers elles, ils ont brutalement arraché le sac, ainsi que l'appareil photo de Pauline Beugnies. Celle-ci a protesté, elle a réclamé la restitution immédiate de son appareil, elle a demandé des explications. Pour toute réponse, elle a été molestée par les policiers, qui ont refusé de restituer l'appareil et qui lui ont également arraché son téléphone portable. "Ferme ta gueule putain de merde!" lui ont crié les policiers.

Ensuite, trois d'entre eux l'ont portée et jetée dans un fourgon de police. Entre temps, Ibtissame Lachgar et Zineb El Rhazoui étaient également molestées, insultées et brutalisées par les policiers. Ibtissame s'est vu arracher son portable et a été forcée, avec coup de pied aux fesses, de monter dans le fourgon. Lorsque les policiers ont commencé à la molester, elle les a prévenus de son handicap à l'épaule gauche où elle porte une prothèse. C'est justement cette épaule qui a été visée par les policiers pour qu'elle s'asseye dans le fourgon. Zineb El Rhazoui a été traitée de "salope mal élevée" par un policier en uniforme. Une fois les trois jeunes femmes dans le fourgon, elles ont été conduites à la préfecture de Police, Bd Zerktouni à Casablanca.

Sur place, elles ont été conduites dans le hall, empêchées de téléphoner. D'autres policiers les attendaient. Ils ont fouillé le sac de banderoles, vérifié les deux téléphones confisqués, l'appareil photo, et noté les slogans. Après avoir relevé leurs identités, les trois jeunes femmes ont été relâchées, et suivies par des voitures de police jusqu'au domicile de Zineb El Rhazoui. Le militant Rahime Mouktafi, ainsi que d'autres, présents à la fontaine aux pigeons, ont vu se dérouler la scène de loin. D'autres militants présents sur les lieux ont été contrôlés et empêchés de rester sur place. Pour toute explication, la police leur a simplement dit qu'il y avait "un problème".

Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles
Casablanca, dimanche 2 mai 2010