Le Parlement a adopté jeudi 17 décembre par 185 voix contre 158 le projet de loi qui permettra aux femmes espagnoles une meilleure maîtrise de la maternité. Le texte approuvé par le gouvernement socialiste Zapatero avait fait l’objet d’une contestation en Espagne. Révisant la loi de 1985, il prévoit notamment une libération totale de l’interruption volontaire de grossesse jusqu’à 14 semaines. L’Espagne était encore l’un des pays européens les moins libéraux en ce qui concerne les droits reproductifs, puisqu’il n’autorisait l’avortement qu’en cas de viol (jusqu’à 12 semaines), de malformation du fœtus (22 semaines) ou ”de danger pour la santé physique ou psychique de la mère”. Plus de 90 % des Espagnoles invoquaient cette dernière clause pour pouvoir interrompre leur grossesse. Il aligne ainsi sa législation sur la plupart des règles en vigueur en Europe qui permet un délai de 12 semaines voire plus dans certains cas. La polémique se situerait actuellement dans la permission faite aux adolescentes de 16 et 17 ans de pouvoir avorter librement sans avertir leurs parents.

Un texte décrié par les prolife

Au mois de mai 2009, le gouvernement avait présenté en Conseil des ministres un projet porté par la ministre de l’Egalité Bibiana Aido. Ce texte “donne plus de garanties, il est plus équilibré, plus moderne et nous rapproche plus de l’Europe” avait-elle précisé. Il envisage de rendre l’avortement totalement libre jusqu’à la 14e semaine de grossesse et sous conditions jusqu’à la 22e semaine – risque pour la santé de la mère, malformation du fœtus. Les femmes pourront également avorter si des anomalies sont décelées sur le fœtus après la 22e semaine et attestent d’une maladie extrêmement grave et incurable.

Contre le projet Aido, quelques 120 000 participants provie guidés par les mouvements catholiques et la droite avaient déjà cheminé sur Madrid. “Le 17 octobre à Madrid retentira la clameur de toute l’Espagne pour défendre les plus innocents et les plus vulnérables, les enfants dans le ventre de leur mère”, avait affirmé l’organisation Derecho a Vivir (Droit à Vivre). Une précédente manifestation avait déjà eu lieu fin mars, réunissant à Madrid des milliers de personnes pour le “droit à la vie”.

Opinions croisées contre les droits féminins

Dans une Espagne très catholique, les provie s’était rassemblé en masse imposante contre l’ensemble du projet et s’accordaient avec une partie de l’électorat de gauche pour décrier la possibilité qui est donnée aux filles de 16 à 18 ans de recourir à un IVG sans l’accord obligatoire des parents. Tous les moyens étant mis en œuvre, des associations provies ont été jusqu’à réaliser et faire diffuser des spots télévisés mettant en scène des exécutions d’enfants.

L’agence Fides les avait relayés en citant “un sondage réalisé par Sigma 2 et présenté par la Plateforme ‘Droit de Vivre’ “, selon lequel cette “loi est refusée par une nette majorité des citoyens”. ”L’étude de Sigma 2, avec une erreur possible de 3,16%, démontre qu’il n’existe pas de demande sociale pour cette réforme, refusée par la majorité des citoyens ; elle indique aussi que l’initiative suscite un fort refus parmi les femmes, alors qu’elle trouve l’appui des hommes, allant ainsi à l’encontre de la propagande gouvernementale qui veut en faire une loi au bénéfice des femmes” soulignait l’agence vaticane.

N. Szuchendler