Le ministère de la Santé a désigné, dans la semaine du 8 décembre, Xavier Dousseau en tant que directeur de l'Établissement public de santé mentale de la Marne (EPSMM) pour succéder à Claude Haudier. La nomination doit prendre effet le 1er janvier 2010 et inquiète l’ensemble des salariés marnais au vue du passé judiciaire et anti-déontologique de leur futur manager.



Enchaîné dans une salle d’intervention
Le 16 octobre 1995, X. Dousseau et neuf membres d'un commando anti avortement s'enchaînaient dans une salle d'intervention de l'hôpital de Valencienne où il exerçait les fonctions de directeur des ressources humaines. Le tribunal correctionnel de la ville avait alors condamné le 15 janvier 1996 ce directeur adjoint à dix-huit mois de prison, dont neuf mois fermes, et à 20.000 francs d’amende. Parmi les fanatiques de son groupuscule, quatre prévenus ont été condamnés à dix-huit mois de prison, dont six fermes, et à 20.000 francs d’amende, cinq autres à dix-huit mois de prison avec sursis et à 10.000 francs d’amende. Les condamnés devaient aussi verser solidairement 100.000 francs de dommages et intérêts à l’Union des femmes françaises (UFF) et 10.000 francs à la Confédération du mouvement français du planning familial, qui s’étaient portées parties civiles. On Notera que le directeur du centre hospitalier, Philippe Domy, qui avait porté plainte contre son adjoint et l’ensemble du commando, ne s’était pas porté partie civile. Quant au procureur de la République, Eric de Montgolfier, il n’avait commandé qu’une sanction administrative contre le leader Dousseau. Les procédés de Dousseau et ses acolytes étaient réglés. Le chef ouvrait la marche puis le groupe accompagné d’un photographe de l’agence Gamma le rejoignait et pénètrait dans la salle d’intervention du service. Tout ce petit monde s’était attaché les uns-les autres à l’aide d’antivol de moto autour du cou. La police fera place aux pompiers pour les sortir de la salle, les clés ayant disparu et les serrures écrasé. Parmi les neuf délinquants, on compta le beau-frère de Dousseau et un prêtre du diocèse de Lyon. Le premier, Emmanuel Cousin, était ingénieur et impliqué dans une échauffourée semblable trois mois auparavant et le père Matteo Logioco, 29 ans, avait déjà été condamné à deux reprises pour la même raison. Quant aux autres militants anti avortement, quatre femmes et trois hommes, ils étaient de statut social différencié : interne, étudiants (médecine, théologie, musique), plâtrier, demandeur d'emploi, mère de famille.



Une “objection de conscience” anti-avortement
“Je réclame, pour les personnels hospitaliers, le même droit à l'objection de conscience que pour les médecins “ expliquait le leader ex-membre du Pain de vie, une communauté caritative inspirée du père de Foucauld. Dans ses diverses activités associatives, il distribuait régulièrement des tracts contre l'avortement. Professionnellement, il s’était fermement indigné lorsque le centre IVG avait été rattaché au service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital et s’était opposé à la demande de crédit pour l’achat d’un appareil d’échographie. Il préférait proposer les services d’associations se consacrant aux enfants abandonnés, conseils qu’il prodiguait depuis 1986 alors qu’il était en poste à Epinal jusqu’en 1993. A cette époque, il s’activait dans l'association Mère de miséricorde, elle-même liée aux Béatitudes qui gèrent des centres d'accueil pour futures mères en difficulté. Dousseau était aussi en contact avec un “groupe de soutien juridique“ dirigé par l’ancienne présidente de La Trêve de Dieu, Claire Fontana, qui se distingua en s'enchaînant dans un centre d'IVG tourangeau en 1993. "Mon client a choisi de franchir la barrière de la légalité pour rejoindre la justice, car il pense que la loi Veil est contraire à la justice" déclara pour sa défense l’avocat de Dousseau, Alexandre Varault. Puisque “La loi Veil a été votée sous la pression du Planning familial, qui faisait des avortements illégaux. C'est ce dernier qui a agi le premier contre la loi“…



Béatitudes et Renouveau charismatique
D’après le Rapport de l'UNADFI sur les Béatitudes (2002), la communauté des Béatitudes compte 1450 membres répartis dans 24 diocèses en France et à l'étranger. Son statut d'association de fidèles n’a pas de reconnaissance pontificale, tandis qu’elle propose retraite et accompagnement psycho-spirituel dans ses entreprises de formation. Ses maisons d’édition publient ouvrages, revues, cassettes, et son institution fait fonction de séminaire et de foyer artistique. Quant au Renouveau charismatique dont les Béatitudes font parti, il se veut comme un retour vers le rôle de l'Esprit Saint dans la vie de chacun et dans les communautés chrétiennes, comme au temps des premiers chrétiens mais soutenu par une liturgie exaltante et communicative. Les Béatitudes, elles, se revendiquent "à l'image de la communauté primitive: partage des biens, pauvreté volontaire, vie sacramentelle et liturgique intense, évangélisation, ouverture aux charismes...".



Des interrogations légitimes
Condamné en première instance à 18 mois de prison dont 9 avec sursis et 3 000 € d'amende, Dousseau a vu sa peine réduite 18 mois avec sursis en appel. Après deux années en Afrique, il a passé dix ans en tant que gestionnaire de l’hôpital psychiatrique de Saint-Dizier (550 salariés) avant cette nomination récente. Outre les personnels du EPSMM, Danielle Bousquet (PS), vice-présidente et députée des Côtes d'Armor, s'inquiète de la nomination de Xavier Dousseau, qui "doit être effective au 1er janvier" et qui "envoie un très mauvais signal à tous ceux et toutes celles qui se battent encore aujourd'hui sur le terrain pour la défense du droit à l'avortement". D. Bousquet exhorte Roselyne Bachelot à demander "formellement à l'intéressé de s'engager expressément à renoncer à tout prosélytisme anti-avortement dans le cadre de ses fonctions et à l'extérieur, et à reconnaître ce droit irréfragable et irrépressible", faute de quoi "sa nomination devrait être annulée". "Comment est-il possible qu'un membre de commando, condamné par la justice pour ses actions anti-IVG, se voit confier la direction d'un hôpital psychiatrique ?" s’étonne Marie-George Buffet. "Au moment même où de lourdes incertitudes pèsent sur l'existence de certains centres IVG à Paris et dans toute la France, Mme Bachelot, en faisant les yeux doux à cet activiste anti-avortement, considère-telle que ces actions ne sont pas graves ?"

Nathalie Szuchendler

Voir :

Les Marchands d'âmes. Enquête au coeur des Béatitudes
Béatitudes : Une secte au sein de l’Eglise catholique ?
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/?q=+anti+avortement
http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2001/06/01/112-prochoix-n-18-ete-2001