Ils s'appellent Nadir, Sébastien, Dialo, Nadia... Ils sont blacks, blancs ou beurs. Certains rasent les murs, le regard fuyant. D'autres se la jouent viril et vont même jusqu'à casser du pédé à l'occasion. Mais tous ont en commun le mensonge et la schizophrénie liés à leur double vie et à la peur d'être démasqués. Ce sont les homos des cités.

Pour obtenir leurs témoignages, il a fallu deux années d'enquête à Franck Chaumont. Deux ans de rendez-vous manqués, de téléphone raccroché au nez, d'attentes vaines dans des bars ou des gares... Car, en parlant, ils risquaient tout. Leur honneur, bien sûr. Mais aussi leur vie. Si certains ont osé, c'est dans l'espoir que nous sachions... Que les politiques, les citoyens, les notabilités homosexuelles dans les centres-villes sachent qu'à deux ou trois stations de RER, la République française a abandonné certains de ses enfants : être un garçon ou une fille homo dans les cités de France est un crime passible des pires châtiments. Les gays et lesbiennes des cités ghettos de France sont aujourd'hui les clandestins de notre République ! Au-delà du cri de détresse d'une population souvent exclue, victime du chômage et des discriminations, ce livre dresse un portrait terrifiant de nos banlieues gangrenées par la misère sociale, éducative, affective et sexuelle.

Pour Franck Chaumont, l'auteur, "La communauté homosexuelle marche à deux vitesses. Il y a les homos bien installés des centres-villes et puis, de l'autre côté du périphérique, ceux qui vivent un véritable calvaire et dont personne ne parle. Ils sont victimes à la fois du rejet de la cité et de leur famille. Tous subissent la méfiance, les insultes et la violence, jusqu'aux passages à tabac et aux viols. J'ai recueilli des témoignages terribles de filles à qui on avait lancé des pierres, de garçons expulsés de chez eux… Les chiffres produits par SOS Homophobie en 2006 sont éloquents : il y a quatre fois plus d'agressions physiques homophobes en banlieue qu'ailleurs, 54% d'entre elles étant le fait de bandes de jeunes et 49% provenant de l'entourage immédiat. Comme le dit Majid, l'un de mes témoins, «c'est du trash, la vie des pédés dans les cités ».