Notre ami Simon Blumenthal - que beaucoup de républicains et de défenseurs de la laïcité connaissent - s'est éteint aujourd'hui. Lui le militant sincère, le combattant infatigable et l'homme de convictions a mené son ultime bataille contre cette terrible maladie qui l'avait quelque peu éloigné de la société civile au cours de ces dernières années.

Je ne suis pas particulièrement doué lorsqu'il s'agit de rendre hommage et je ne saurais certainement pas trouver les mots pour parler de cet ami, de ce grand frère avec lequel je partageais tant de valeurs. Militant antifasciste, contre tous les fascismes, je l'avais connu au début des années 1990 quand les démocrates, les femmes, les journalistes et les intellectuels algériens se faisaient massacrer par les hordes sauvages du GIA. Il avait tenu à marquer son soutien à cette société algérienne meurtrie et à laquelle il était très attaché. Il créa alors « Algérie ensemble Â», une association de solidarité avec tous ceux que l'islamisme voulait assassinait. Et c'est un dernier clin d'œil qu'il a voulu faire à cette Algérie qu'il aimait tant en nous quittant un 5 juillet, le jour de la fête nationale algérienne.

Avec l'Algérie, Simon Blumenthal avait une longue histoire. Anticolonialiste, cet ancien syndicaliste communiste, membre des réseaux des "porteurs de valise", emprisonné en pleine guerre d'Algérie, n'a pourtant pas eu la reconnaissance qu'il aurait dû avoir de la part des différents dirigeants algériens qui se sont succédé depuis l'indépendance. Seuls Mohamed Boudiaf, assassiné après cinq mois de présidence, et dont il était l'ami personnel, et quelques autres responsables - peu nombreux - sauront le traiter à sa juste valeur. Au début des années 1980, il fut même refoulé de l'aéroport d'Alger sur ordre du pouvoir de l'époque. Mais l'homme qui ne connaissait ni les rancunes ni les revanches saura pardonner toutes ces « idioties Â», comme il les qualifiait, et me répétait qu'il était d'abord l'ami des Algériens et notamment des démocrates d'entre eux.

Il faudrait des pages et des pages, probablement des livres, pour raconter Simon Blumenthal et son parcours extraordinaire. Je ne le ferai pas pour respecter sa pudeur légendaire et la discrétion qui a de tout temps été la sienne. Je voulais à travers ses quelques lignes informer ses amis et ceux qui l'ont connu, aimé et côtoyé et ceux qui, comme moi, ont une admiration pour cet homme formidable. Je tenais aussi présenter mes sincères condoléances à l'ensemble de sa famille, notamment à ses enfants, à ses petits-enfants, à ses frères et sœurs et à Anna Blumenthal, son épouse, qui a su être toujours là, à ses côtés dans les bons et mauvais moments et surtout lors de ces dernières années quand il se battait contre cette terrible maladie qui l'a emportée.

Repose en paix, l'ami. Repose en paix, grand frère !

Mohamed Sifaoui