Il nous a semblé important de reproduire l'article paru dans L'Orient le Jour. Il apporte quelques éclairages sur l'état d'esprit en cours aujourd'hui au Liban.

"L'Orient-Le Jour - Samedi 24 janvier 2009

La rubrique d’Anne-Marie el-Hage



La communauté homosexuelle libanaise est en colère aujourd’hui. De même, sont indignées les associations des droits de l’homme. Indignées contre les pratiques moyenâgeuses des autorités à l’égard des homosexuels qui affichent ouvertement leur tendance.



Le fait, rapporté par l’association ALEF pour les droits de l’homme, remonte à la soirée de jeudi dernier, lorsque deux homosexuels, aussi imprudents qu’inconscients, se livraient à des ébats amoureux, dans l’entrée d’un immeuble inhabité, place Sassine, à Achrafieh, se croyant à l’abri des regards.



Découvrant les deux hommes en pleine action, les soldats de l’armée libanaise postés dans le quartier les soumettent à un véritable tabassage, en pleine rue. Rien n’est assez fort pour les deux coupables pris en faute, coups de poing, coups de pied, coups de crosse, insultes, humiliations. L’un, à moitié nu, est même exhibé aux badauds attirés par le spectacle, juste pour le plaisir.



Sourds aux supplications des deux hommes pris en faute, les militaires s’en donnent à cœur joie. Tout le quartier est dans la rue. Toute la clientèle des cafés du coin assiste à la scène. Les deux hommes sont ensanglantés, mais cela ne diminue pas la détermination et la sauvagerie des nouveaux préposés à la moralité publique. Fort heureusement, des voix de réprobation s’élèvent parmi la foule, prise de pitié à la vue de la scène. Le passage à tabac prend fin. Les deux homosexuels sont embarqués, manu militari, malgré les implorations de l’un d’entre eux qui craint pour sa réputation, marié, père de famille, jouissant d’une certaine notoriété.



Détenus toute la nuit par la troupe, les deux hommes ont été transférés, hier, à la caserne Hobeiche, sur ordre du procureur général. Une caserne connue pour ne pas être particulièrement tendre envers les détenus.



Comme il se doit, l’affaire sera camouflée. Voilà d’ailleurs une bien belle habitude libanaise pour éviter de mettre le doigt sur la plaie. La plaie en question étant la réaction barbare et inadmissible des soldats face à l’homosexualité affichée.



Certes, les deux hommes avaient péché par imprudence, par bêtise même.



Mais fallait-il les battre et les traiter de la sorte ?



Fallait-il rameuter tout le quartier et les humilier ?



Fallait-il les montrer du doigt comme deux malfrats ?



Il est grand temps que les législateurs du pays se penchent sur une loi obsolète, ridicule et totalement d’une autre ère, qui condamne et punit encore l’homosexualité au Liban. À l’heure où le mariage homosexuel est autorisé dans de nombreux pays, les autorités continuent, elles, de refuser hypocritement la plus simple manifestation d’une réalité qui les dépasse, mais qu’elles devront bien affronter, un jour ou l’autre."