C'est la première fois, depuis le procès des caricatures sur Mahomet, que Charlie Hebdo est attaqué pour "provocation à la discrimination religieuse". La plainte porte la griffe bien connue de... l'AGRIF.

Elle se présente comme une association dont l"objet statutaire est de faire pièce à toutes les configurations du racisme y compris antifrançais et antichrétien" mais aussi de défendre les "intérêt moraux de la civilisation occidentale".

Elle porte plainte contre le numéro "Spécial pape". Selon les termes de sa citation, "l'obscénité le dispute à la lourdeur". Sont en cause des "petits libelles" qui "apparaissent comme éminemment toxiques et imprévisibles". A en croire l'AGRIF, "lesdits textes recèlent à tout le moins une exhortation au mépris, voir au passage à l'acte à l'endroit de l'Eglise et de ses fidèles". La même citation rappelle que le pape Jean-Paul II a été victime d'un attentat et feint donc de croire que la lecture de Charlie Hebdo peut inciter au meurtre voire au terrorisme envers l'Eglise.

Elle en veut pour preuve un extrait du numéro qui feindrait d'"assimiler '"l'évangile selon saint Marc à un ouvrage pornographique et d'autres passages visés qui "présentent les chrétiens comme les thuriféraires d'un pervers aux moeurs dénaturés". En vertu de quoi, l'AGRIF demande des dommages et intérêts pour un montant total de 20 000 euros, plus le droit d'imprimer le jugement dans trois journaux à notre charge, et surtout de faire condamner le directeur de publication de Charlie Hebdo comme étant "coupable du délit de provocation à la discrimination religieuse."

L'AGRIF a souvent attaqué Charlie Hebdo et perdu la plupart de ses procès. Mais c'est la première fois qu'elle ose porter plainte depuis l'affaire des caricatures de Mahomet. Comme les musulmans sans humour, les chrétiens sans humour tentent de détourner les lois antiracistes au profit d'une pénalisation du blasphème.

Caroline Fourest