La journée de mobilisation du 20 novembre contre la politique menée par Xavier Darcos et Valérie Pécresse, avec plus de 40 000 manifestants à Paris, 10 000 à Marseille et à Nantes, et 5 000 à Strasbourg, s'est déroulée sans la participation de l'association SOS Education. Motifs invoqués : " le non-respect du "service minimum d'accueil à l'école en cas de grève des enseignants" et le caractère jugé "catégoriel" des revendications syndicales".
Créée en 2001 par des parents d'élèves, SOS Education se donne quatre missions essentielles : informer les citoyens des aléas du niveau scolaire, donner des solutions à la crise éducative, interpeller les politiques pour une rénovation du secteur éducatif, lutter contre les groupes de pression.



Le service minimum d’accueil comme une garderie
La loi de juillet 2008 instaure un “droit d'accueil pour les élèves des écoles maternelles et élémentaires publiques pendant le temps scolaire obligatoire” (1), ce que le ministre Darcos appelle “le service minimum d’accueil” et ce que SOS Education considère comme “ inférieure à ce que seraient en droit d'attendre les parents”. Cette loi a été rendue publique le 15 mai dernier par Nicolas Sarkozy, définitivement adoptée par le Parlement le 23 juillet et publiée le jeudi 21 août au Journal officiel, l’objectif étant de faire employer par les mairies, sur la base du volontariat, des agents extérieurs à l’Education Nationale pour assurer l’accueil des élèves dans chaque école dès lors qu’on y comptabilise 25% d’enseignants grévistes. Le 28 août, quatre maires et le président de la Communauté de Communes de l’Agglomération Creilloise ont contesté le fait “de réquisitionner du personnel communal pour remplacer les enseignants grévistes ou de recruter des personnes non qualifiées pour encadrer des enfants” (2). Paradoxalement, SOS Education reproche à la mairie de Paris et à “plus d’une centaine d'entre elles” de ne pas appliquer la loi tout en indiquant que ce service “s'apparente à un service de garderie, alors que la vraie mission de l'Education nationale consiste à instruire les enfants.” Curieusement aussi, elle soutient Xavier Darcos dans la missive qu’il lance aux mairies d’assurer ce service d’accueil tout en le jugeant insatisfaisant.



La réforme Darcos : des mesures encore très insuffisantes
La politique du gouvernement en matière d’éducation serait, d’après SOS Education, empruntée aux réflexions pédagogiques de Philippe Meirieu, le "pape de l’utopie “pédagogiste” qui conduit depuis trente ans l’Education nationale à l'échec”, ce qui n’empêche pas l’association d’applaudir la disparition de la carte scolaire programmée par Darcos tout en jugeant sa réforme “catastrophique”. Ainsi considère-t-elle qu’il faut radicalement en finir avec le collège unique, “remettre en place une sélection à l’entrée en sixième, pour permettre aux élèves les plus doués et les plus méritants de poursuivre leurs études secondaires dans de bonnes conditions, et à ceux qui ne sont pas destinés aux études supérieures d’intégrer un enseignement professionnel rénové et préparant vraiment à un métier”. Cette association se vante d'ailleurs d'avoir obtenu “que Dominique de Villepin légalise l'apprentissage d'un métier dès 14 ans, le 7 novembre 2005” dans le cadre de l’une de ses actions. (3)



«Seul compte l’intérêt des élèves»
Toujours inspirée par l’intérêt porté aux adolescents, SOS Education a soutenu Eric Raoult dans sa lettre de juin 2006 au ministère de l’E.N., s’agissant de la “tenue correcte” que doivent revêtir tous les élèves de France. Ce courrier faisant suite à une réunion dans le collège du Raincy (Seine-Saint-Denis) à laquelle avait été convié le maire Raoult. La manière dont les filles s’habillaient l’offusqua au point d’en faire la description suivante “j'ai pu voir des adolescentes arriver les fesses apparentes et un string derrière leur jeans, d'autres avec un tout petit tee-shirt laissant voir le ventre et quasiment le pubis avec un piercing !" Entre autres actions, SOS Education mit en accusation des sujets de baccalauréat – session 2005 – concernant des élèves de section littéraire et technologique, et demanda des sanctions immédiates pour les auteurs des thèmes en question. En jugeant qu’un article du journal "Le Monde" sur la célébration des 30 ans de la loi Veil en annexe d’un sujet et que la chanson "Lily" de Pierre Perret comme support d’une autre épreuve portaient “atteinte au principe de neutralité de l'école, les candidats étant explicitement appelés à exprimer dans leur réponse des convictions politiques et morales qu'ils étaient en droit de ne pas partager"…



De campagnes en lynchages
SOS Education se targue d’une totale autonomie idéologique et catégorielle. Selon leur statuts, "aucun dirigeant de l'association ne peut avoir de mandat électif autre que municipal, ni être membre d'un parti politique". On notera que si elle dénonce ce qu’on appelle communément les "lobbys", cette association de type 1901 fait régulièrement appel à des politiques pour faire pression sur le gouvernement à diverses occasions. Par exemple, trois députés U.M.P. de la région Alpes - Michèle Tabarot, Jérôme Rivière et Lionel Luca – sont intervenus en mars 2006 à la demande de l’association pour faire annuler les activités d’un centre de loisirs de Grasses jugées prosélytes. D’une campagne contre cinq ouvrages scolaires dits "les pires livres de classe" en novembre 2005 à l’organisation de la "résistance" contre une exposition de 2007 à la Villette sur le thème du "zizi sexuel" inspiré de la B.D. Titeuf, SOS Education use de délations qu’elle fait passer pour des alertes à l’opinion publique. Ainsi des enseignants sont-ils pointés du doigt quand ils sont titulaires-remplaçants parce que soit disant "sans élèves", les syndicalistes accusés d’agir par intérêts financiers, des recteurs dénoncés comme prosélytes…
Avec l’argument d’agir dans l’intérêt de l’enfance, SOS Education non seulement vilipende des fonctionnaires mais demande aussi auprès du ministère des sanctions à leur encontre qui sont en général des licenciements.



Nathalie Szuchendler



(1) http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/droit_accueil_ecole.asp



(2) http://www.cc-agglocreilloise.fr/content/download/2170/29798/file/cp_serviceminimumscolaire_v2%20(2).pdf



(3) http://www.soseducation.com/nous.php?p=6