Notre République est un singulier mélange composé d'idéaux politiques, de principes moraux et de valeurs sociales, porté à sa base par un triptyque émancipateur (Liberté, Egalité, Fraternité) qui a réellement pris corps aux XVIIIème siècle. Ce lointain siècle critique des Lumières nous a légué cette lourde charge - raisonnée et émotionnelle - sur laquelle s'est érigé, au-delà des abstractions idéologiques, tout un ensemble de constructions institutionnelles, évolutives, qui n'ont pas toujours été à la hauteur des espérances et des utopies d'une fraternelle République universelle souhaité par ses fondateurs-constructeurs se voulant éclairés. La République nous sensibiliserait-elle encore ?

La République – que l'on ne confondra pas avec la démocratie – a souvent été mise, par incantation ou propagande, à toute les sauces – même les plus anti-démocratiques – lui faisant perdre cette fonction rêvée d'affranchissement des intérêts égoïstes oppressifs (ou collectifs niveleurs). La chose publique pouvait se trouver sans difficulté au service de structures dominantes privées particulières (politiques, religieuses, économiques, etc.) détournant ses fonctions promises, totalement ou en partie. Détournée, instrumentalisée, manipulée, absolutisée, essentialisée, idéalisée, la République n'en finissait pas de désespérer ses premiers amours sincères et terminait de mobiliser les indécis. Le désenchantement contemporain, qui semble atteindre la notion de République, vide cette dernière de son contenu tout à la fois pluraliste et libéral, philosophique et pratique. Incolore et inodore, slogan publicitaire, marqueur identitaire, logo commercial à valeur ajoutée, simple mot sans contenu précis (« tous républicains Â», de l'extrême-droite à l'extrême gauche), la République semble être vouée à rester confinée dans les livres d'histoires (genre « la République de papa Â»), sans avenir effectif. Faute majeure, elle ne serait plus à la mode à l'époque de l'alter-mondialisation marchande.
Comment une République qui aurait comme fondement le souci de l'intérêt général (sans être anti-individualiste), le bien commun respectueux, s'associant avec la justice sociale, la solidarité, l'instruction et la laïcité, pourrait être si facilement évacuée d'un revers de manche, tombant au champ de bataille du relativisme généralisée à tous les étages, à l'oubli de ses racines et de ses histoires (de ses côtés clairs comme obscurs) ? Aurait-on épuisé l'exploration de ses voies (voix) potentielles ? Au risque de paraître à contre-courant, pas assez « révolutionnaire Â» ou « conservateur Â», elle semble être non seulement d'actualité mais encore mobilisatrice de fortes prospections. Pas à vous ?

Valéry RASPLUS

L'auteur vient de publier « Des Lumières aux nouvelles Lumières Â» dans la revue Des lois et des hommes, n° 6, année 2008.