Le Conseil des droits de l'homme commencé, ce matin, l'examen des questions relatives au racisme, à la discrimination raciale, à la xénophobie et à l'intolérance qui y est associée, en portant son attention en particulier sur un rapport concernant les manifestations de la diffamation des religions préparé par M. Doudou Diène, ancien Rapporteur spécial sur ces questions. Le Conseil a en outre conclu, en début de séance, son débat général sur le suivi et l'application de la Déclaration et du Programme d'action de Vienne.

Pr√©sentant le rapport r√©dig√© par son pr√©d√©cesseur, sur ¬ęles manifestations de la diffamation des religions et en particulier sur les incidences graves de l'islamophobie sur la jouissance de tous les droits¬Ľ, le nouveau Rapporteur sp√©cial, M. Githu Muigai, a soulign√© que ce rapport lance un appel clair aux √Čtats membres afin qu'ils abordent la discussion actuelle dans les instances internationales non plus √† partir de l'id√©e de ¬ędiffamation des religions¬Ľ, mais √† partir du concept juridique d'¬ęincitation √† la haine, √† l'hostilit√© ou √† la violence nationales, raciales et religieuses¬Ľ, qui trouve un fondement dans les instruments juridiques internationaux. Dans toute discussion concernant les limitations susceptibles d'√™tre apport√©es √† un droit fondamental tel que le droit √† la libert√© d'opinion et d'expression, il est essentiel de se demander constamment si le rem√®de que nous cherchons √† apporter √† un mal ne cr√©e pas un mal plus grand encore, a par ailleurs soulign√© le Rapporteur sp√©cial. Le Conseil √©tait √©galement saisi d'un rapport de la Haut-Commissaire portant sur la lutte contre la diffamation des religions et d'une √©tude qu'elle a men√©e sur la l√©gislation existante et la jurisprudence relative √† la diffamation des religions.

Plusieurs d√©l√©gations ont souscrit √† la proposition du Rapporteur sp√©cial et de la Haut-Commissaire que le Conseil s'attache √† l'examen de ces questions sur la base du concept juridique d'¬ęincitation √† la haine, √† l'hostilit√© ou √† la violence nationales, raciales et religieuses¬Ľ, et non de la notion, de nature sociologique, de ¬ędiffamation des religions¬Ľ. D'autres ont exprim√© des r√©serves √† cet √©gard, soulignant notamment que la libert√© d'expression conna√ģt des limites pr√©vues par nombre d'instruments juridiques internationaux. Des voix se sont fait entendre pour que commencent les travaux sur un instrument juridique contraignant contre la diffamation des religions ou, √† tout le moins, contre la discrimination religieuse.

Des d√©clarations dans le cadre de l'examen des rapports sur la diffamation des religions ont √©t√© faites par les d√©l√©gations suivantes: Chili, Norv√®ge, Alg√©rie, Pakistan (au nom de l'Organisation de la Conf√©rence islamique), France (au nom de l'Union europ√©enne), Belgique, Syrie, Maroc, Australie, Venezuela, Afrique du Sud, Azerba√Įdjan, Turquie, Djibouti et Ordre souverain militaire de Malte.

Achevant en d√©but de s√©ance son d√©bat sur le suivi et l'application de la D√©claration et du Programme d'action de Vienne, le Conseil a entendu des d√©clarations des √Čtats membres suivants: Pays-Bas, F√©d√©ration de Russie, Suisse, Chili, Nig√©ria, Slov√©nie, Bangladesh, Indon√©sie et Br√©sil. L'Alg√©rie, la G√©orgie, le Costa Rica, la Tha√Įlande, l'Autriche, le Maroc et la Syrie ont √©galement pris la parole, ainsi que les repr√©sentants du Comit√© international de coordination des institutions nationales et de onze organisations non gouvernementales. L'Iran et l'Alg√©rie ont exerc√© le droit de r√©ponse s'agissant d'interventions qui ont √©t√© faites au cours de ce d√©bat.

Cet après-midi, à 15 heures, le Conseil doit se pencher sur les préparatifs de la Conférence d'examen sur le racisme et la discrimination raciale, avant d'ouvrir le débat général sur les questions relatives au racisme. Il est également prévu qu'il engage des dialogues interactifs avec les titulaires de mandat des procédures spéciales chargées de la situation des droits de l'homme au Burundi, au Libéria et en Somalie, respectivement.

Suite du débat sur le suivi et l'application de la Déclaration et du Programme d'action de Vienne

MME NYNKE WIJMENGA (Pays-Bas) a d√©clar√© que ces quinze derni√®res ann√©es, d'importants progr√®s ont √©t√© r√©alis√©s en mati√®re de mise en œuvre du Programme de Vienne. Tous les √™tre humains ont le droit de vivre sans discrimination. Partant de ce principe, les Pays-Bas estiment que le Conseil devrait accorder davantage d'attention √† la question de la discrimination. Les Pays-Bas f√©licitent les autorit√©s indiennes des mesures prises pour √©liminer le tri manuel des d√©chets, le Gouvernement de l'Inde donne l'exemple en investissant dans l'assainissement. La repr√©sentante n√©erlandaise a par ailleurs soulign√© que les principes d'universalit√© et de non-discrimination impliquent que les personnes qui ont une orientation sexuelle diff√©rente devraient avoir les m√™mes droits que les autres. Les Pays-Bas aimeraient que les proc√©dures sp√©ciales du Conseil accordent une attention sp√©ciale aux violations des droits de l'homme relatives √† l'orientation sexuelle.

M. ALEXEY GOLTYAEV (F√©d√©ration de Russie) a d√©clar√© que depuis l'adoption de la D√©claration universelle des droits de l'homme, les normes et instruments des droits de l'homme se sont largement d√©velopp√©s. Toutefois, la mise en œuvre s'av√®re beaucoup plus √©pineuse et il est indispensable de faire encore plus d'effort pour y parvenir. Nous disposons d√©j√† du cadre conf√©r√© par la D√©claration de Vienne et de son Programme d'action. La clef de la solution est de faire comprendre que les droits de l'homme appartiennent √† tous et qu'il ne s'agit pas de valeurs impos√©es par l'√©tranger. Le repr√©sentant russe a cons√©quemment encourag√© tout un chacun √† r√©fl√©chir √† la mani√®re dont le foss√© imaginaire entre les valeurs traditionnelles et les droits de l'homme peut √™tre surmont√©.

MME MURIEL BERSET (Suisse) a rappel√© que le d√©but des ann√©es 1990 √©tait habit√© par la certitude que la nouvelle donne dans les relations internationales allait permettre la construction d'un monde plus pacifique, avec pour toile de fond un respect des droits de l'homme dont les valeurs √©taient d√©sormais partag√©es par la communaut√© internationale dans son ensemble. √Ä l'heure du bilan, quinze ans apr√®s la Conf√©rence de Vienne, la Suisse est d'avis que depuis cette Conf√©rence, la promotion et la protection des droits de l'homme se sont vues renforc√©es. Avant tout, la Conf√©rence de Vienne a insuffl√© un nouvel esprit en mati√®re de droits de l'homme, a insist√© la repr√©sentante suisse. En outre, la D√©claration de Vienne a √©galement donn√© une impulsion d√©cisive dans le domaine de l'√©ducation aux droits de l'homme, a-t-elle poursuivi. Elle a appel√© les √Čtats √† redoubler d'efforts pour mettre en œuvre leurs obligations et donner suite aux recommandations de la Conf√©rence de Vienne.

M. CARLOS PORTALES (Chili) a soulign√© l'importance de rappeler que le comit√© de r√©daction de la D√©claration universelle des droits de l'homme, adopt√©e en 1948, √©tait form√© de diff√©rents pays et de diff√©rentes cultures. Les droits de l'homme de tous √©taient vis√©s sans aucune distinction. En 1993, √† Vienne, les √Čtats ont ratifi√© par consensus le caract√®re universel et indivisible des droits de l'homme. Aujourd'hui, le travail des Nations Unies aux fins de la promotion et de la protection des droits de l'homme est fond√© sur les principes fondamentaux de la D√©claration universelle des droits de l'homme. Les organisations non gouvernementales ont √©galement une contribution pr√©cieuse et fondamentale √† apporter √† cette t√Ęche. Le Chili reste profond√©ment pr√©occup√© par les diff√©rentes formes de violence et de discrimination auxquelles les femmes sont soumises dans le monde. En tant que communaut√© internationale, il convient de relever le d√©fi d'avancer dans la mise en œuvre des instruments internationaux dans le domaine des droits de l'homme.

M. OSITADINMA ANAEDU (Nig√©ria) a d√©clar√© que la D√©claration de Vienne est un outil utile pour faire avancer les droits de l'homme de mani√®re √©quilibr√©e en tenant compte des droits √©conomiques, sociaux et culturels. Il a insist√© sur l'universalit√© des droits et a rappel√© que les instruments qui ont √©t√© mis en œuvre pour combler les lacunes dans le respect des droits de l'homme restent indispensables.

M. ANDREJ LOGAR (Slovénie) a rappelé que cette année marque le quinzième anniversaire de l'adoption de la Déclaration et du Programme d'action de Vienne. Il a rappelé que l'un des résultats de la Conférence de Vienne avait été la création du Haut-Commissariat aux droits de l'homme. Les tentatives visant à saper ou réinterpréter les normes de droits de l'homme nous poussent à une vigilance constante en matière de promotion et de protection des droits de l'homme, a-t-il souligné. Le représentant slovène a rappelé que la Déclaration et le Programme d'action de Vienne ont fermement réaffirmé l'universalité des droits de l'homme. Le manque d'universalité des droits de l'homme du point de vue de leur application dans la pratique saute aux yeux au regard des discriminations qui se poursuivent de par le monde. Il est de notre devoir, du devoir du Conseil, de lutter contre ces discriminations pour défendre les droits de l'homme de tous les individus, a souligné le représentant. Le travail du Conseil est directement pertinent du point de vue de l'application de l'important principe de l'obligation de protection dont les dirigeants du monde ont affirmé l'universalité lors du Sommet mondial de 2005 à New York, a-t-il ajouté.

M. MUSTAFIZUR RAHMAN (Bangladesh) a d√©clar√© que son pays attache une grande importance √† la mise en œuvre du Programme d'action de Vienne. Il convient de prendre des mesures suppl√©mentaires pour parvenir √† l'objectif global, c'est-√†-dire faire respecter les droits de l'homme dans le monde entier. Le droit au d√©veloppement est un droit inali√©nable, mais la pauvret√© emp√™che la jouissance pleine et enti√®re des droits de l'homme. La communaut√© internationale doit donc promouvoir la coop√©ration pour parvenir √† ce droit. Les institutions nationales ont un grand r√īle √† jouer dans cette entreprise.

M. KAMAPRADIPTA ISNOMO (Indon√©sie) a d√©clar√© que le d√©bat d'aujourd'hui couvre un large √©ventail de questions ayant trait au respect et √† la protection de droits de l'homme tels qu'ils figurent dans la D√©claration et le Programme d'action de Vienne. Ce m√©canisme porte le signe d'avoir √©t√© adopt√© peu de temps apr√®s l'abolition de l'apartheid, et fournit un bon exemple de la mani√®re dont le progr√®s peut √™tre atteint par des moyens pacifiques. Il a insist√© sur l'importance de chercher √† promouvoir les droits de l'homme d'une mani√®re non politis√©e et en √©vitant les confrontations, tout en restant universel, non s√©lectif et objectif et en liant les questions de s√©curit√©, de d√©veloppement et de droits de l'homme entre elles. Le repr√©sentant indon√©sien a conclu en r√©it√©rant sa foi dans la capacit√© de Conseil √† jouer pleinement son r√īle.

MME MARIANA BENEVIDES (Br√©sil) a soulign√© que son pays pr√©side actuellement par int√©rim le MERCOSUR. Elle a rappel√© que l'ann√©e 2008 marque le soixanti√®me anniversaire de la D√©claration universelle des droits de l'homme ainsi que le quinzi√®me anniversaire de l'adoption de la D√©claration et du Programme d'action de Vienne, et que la Conf√©rence de Vienne avait permis de r√©affirmer, en pr√©sence de plus de 175 pays, l'universalit√© de tous les droits de l'homme. Le MERCOSUR et les pays associ√©s restent engag√©s en faveur de tous les droits de l'homme, compte tenu de leur universalit√©, de leur indivisibilit√© et de leur interd√©pendance, a poursuivi la repr√©sentante br√©silienne. Elle a rappel√© qu'en 2005, la Commission des droits de l'homme avait adopt√© une premi√®re r√©solution sur le droit √† la v√©rit√©. Gr√Ęce √† l'adoption de la Convention sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forc√©es, la communaut√© internationale dispose d'un premier instrument international juridiquement contraignant qui reconna√ģt le droit √† la v√©rit√© dans le contexte des disparitions de personnes, s'est f√©licit√©e la repr√©sentante br√©silienne. Elle a par ailleurs appel√© √† la reconnaissance, par tous les pays, de l'apport des populations migrantes dans les pays de destination. Les pays d√©velopp√©s doivent adopter les politiques n√©cessaires pour rem√©dier aux asym√©tries du syst√®me √©conomique international, qui ne font qu'aggraver les causes d'√©migration, a-t-elle ajout√©.

Observateurs

M. IDRISS JAZA√ŹRY (Alg√©rie) a rappel√© que la Conf√©rence mondiale sur les droits de l'homme a marqu√© une √©tape historique dans l'engagement collectif de la communaut√© internationale √† promouvoir et √† respecter tous les droits de l'homme. Parmi les droits r√©affirm√©s par la D√©claration et le Programme d'action de Vienne, l'Alg√©rie r√©it√®re son attachement ind√©fectible au principe sacro-saint du respect du droit √† l'autod√©termination des peuples soumis √† la domination coloniale ou √† d'autres formes de domination. La communaut√© internationale s'√©vertue √† ignorer ce droit consacr√© par la Charte des Nations Unies et par la grande majorit√© des instruments internationaux des droits de l'homme. Nous n'avons pas le droit, au sein du Conseil des droits de l'homme, d'ignorer ces dispositions et encore moins le droit d'√™tre s√©lectifs, a ajout√© le repr√©sentant alg√©rien.

MME TAMAR TAMASHVILI (Géorgie) a rappelé que la Déclaration du Vienne montre la complémentarité entre le droit humanitaire international et les droits de l'homme. En effet, l'applicabilité des droits de l'homme ne s'arrête pas en temps de guerre. Ces deux droits constituent les deux faces d'une même pièce et évoluent de concert. Le Programme d'action de Vienne confirme par ailleurs l'applicabilité des droits de l'homme sans discrimination. La Géorgie tient à rappeler que la promotion et la protection des droits de l'homme ont été l'objectif principal des Nations Unies et continue de représenter l'objectif principal de la communauté internationale.

MME LAURA THOMPSON CHAC√ďN (Costa Rica) a remerci√© le Haut Commissariat aux droits de l'homme pour le rapport qu'il a pr√©sent√© concernant le Programme mondial sur l'√©ducation dans le domaine des droits de l'homme. Elle a souhait√© savoir si le Haut Commissariat avait l'intention de publier, comme il l'a fait pour d'autres r√©gions, comme l'Asie, l'Europe et l'Am√©rique du Nord, un recueil de bonnes pratiques en la mati√®re s'agissant de l'Am√©rique latine. La repr√©sentante costaricienne a rappel√© que son pays avait particip√©, conjointement avec l'Italie, le Maroc et la Suisse, √† la mise en place du p√īle informel sur l'√©ducation et la formation aux droits de l'homme, dans le but de promouvoir ce th√®me au sein du Conseil des droits de l'homme.

MME LADA PHUMAS (Tha√Įlande) a indiqu√© que l'ann√©e 2008 est particuli√®re car nous f√™tons les soixante ans de la D√©claration universelle des droits de l'homme et le quinzi√®me anniversaire de la D√©claration et du Programme d'action de Vienne. Le Gouvernement tha√Įlandais est toujours attach√© √† la cause des droits de l'homme. La preuve en est notamment avec la contribution financi√®re fournie par le gouvernement au Haut-Commissariat pour promouvoir l'application de la D√©claration universelle des droits de l'homme. Par ailleurs, la Tha√Įlande estime que l'√©ducation en mati√®re des droits de l'homme est tr√®s importante pour promouvoir et renforcer les droits de l'homme. Toutes les parties prenantes doivent donc continuer √† promouvoir cette question dans tout le syst√®me des Nations Unies.

M. CHRISTIAN STROHAL (Autriche) a attir√© l'attention sur une r√©union qui a √©t√© organis√©e √† Vienne les 28 et 29 ao√Ľt 2008 qui a port√© sur les normes internationales et les moyens d'action au niveau local, qui a r√©uni un large √©ventail de repr√©sentants de la communaut√© des droits de l'homme dans le but d'examiner les progr√®s accomplis et difficult√©s rencontr√©es dans la mise en œuvre du Programme d'action de 1993. Il en est ressorti que le cadre de droits de l'homme √©tait satisfaisant, mais que la difficult√© majeure se situe dans le foss√© existant entre les normes et leur respect sur le terrain. Les participants ont analys√© les causes sous-jacentes: parmi les causes identifi√©es, il a cit√© le fait que tous les √Čtats ne ratifient pas l'ensemble des trait√©s, le manque de connaissance des personnes sur leurs droits et le manque de traduction des observations et recommandations des m√©canismes de suivi internationaux dans les langues nationales, la manque d'institutions ind√©pendantes au niveau national dont le mandat serait de veiller au respect des droits de l'homme, le manque d'int√©gration des m√©canismes de droits de l'homme des Nations Unies dans ses activit√©s sur le terrain, et finalement le nombre insuffisant, au sein des Nations unies, d'acteurs ayant un ancrage local.

M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a rappel√© que la D√©claration et le Programme d'action de Vienne ont incontestablement constitu√© une √©tape marquante dans la promotion de l'indivisibilit√© et de l'universalit√© des droits de l'homme. Ce r√©f√©rentiel a amplement contribu√© √† la progression de l'exercice de tous les droits de l'homme de par le monde. Aujourd'hui, ils gardent toute leur pertinence. Force est de constater que seuls la volont√© politique et l'engagement sinc√®re peuvent assurer que le respect des droits de l'homme soit une r√©alit√© pour tous; ceci est vrai tant pour les droits civils et politiques que pour les droits √©conomiques, sociaux et culturels. La notion de d√©veloppement se trouve au centre de cette seconde cat√©gorie de droits, a rappel√© le repr√©sentant marocain. L'indivisibilit√© et l'universalit√© de tous les droits de l'homme ne sauraient √™tre instrumentalis√©s pour accorder √† un droit une quelconque pr√©√©minence sur un autre, a-t-il soulign√©. Si les instruments internationaux reconnaissent le principe du droit √† l'autod√©termination, ils n'omettent pas de pr√©venir les effets pervers et mal intentionn√©s de ce principe en insistant sur celui du respect de l'int√©grit√© et de l'unit√© nationale des √Čtats, a fait observer le repr√©sentant marocain.

M. ABDULMONEM ANNAN (Syrie) a d√©clar√© que quinze ans apr√®s l'adoption de la D√©claration et du Programme d'action de Vienne, les droits de l'homme sont toujours l'otage de diff√©rentes manipulations. Il convient aujourd'hui de r√©fl√©chir √† l'universalit√© et √† l'indivisibilit√© de tous les droits, au droit √† l'autod√©termination, au droit au d√©veloppement et √† la discrimination raciale. O√Ļ en sommes-nous dans l'application de tous ces principes id√©aux car de millions de personnes souffrent encore de la faim, de d√©placement et d'autres formes brutales de privation? Ces violations √©pouvantables augmentent actuellement. Il est clair que nous avons encore beaucoup de travail.

MME KATHARINA ROSE (Comit√© international de coordination des institutions nationales) a soulign√© que la D√©claration de Vienne insiste sur le r√īle jou√© par les institutions nationales des droits de l'homme cr√©√©es selon les Principes de Paris, qui garantit leur ind√©pendance et leur efficacit√©. La repr√©sentante a indiqu√© que le Comit√© de coordination est devenu un r√©seau √©tendu qui permet de veiller au respect des droits de l'homme. Elle a toutefois soulign√© que certaines de ces institutions nationales font l'objet de menaces, et il serait utile que le Conseil contribue √† instaurer un climat propice pour leur permettre de mener leurs activit√©s de mani√®re efficace. Le r√īle de ces institutions des droits de l'homme doit encore √™tre renforc√© avec l'aide et la coop√©ration des Nations Unies.

M. KAZUNARI FUJI (Soka Gakkai International, au nom de plusieurs organisations non gouvernementales1) a rappel√© qu'un rapport du Haut Commissariat aux droits de l'homme pr√©conisait une action accrue des gouvernements aux fins de l'application des mesures d'√©ducation aux droits de l'homme. La seconde phase du Programme mondial d'√©ducation aux droits de l'homme doit d√©buter en 2010 et il va maintenant falloir d√©terminer un th√®me pour cette seconde phase, a-t-il fait observer. Le repr√©sentant s'est f√©licit√© de l'initiative prise par quatre gouvernements (Costa-Rica, Suisse, Italie et Maroc) qui ont mis en place, au sein du Conseil, un p√īle informel sur cette th√©matique de l'√©ducation aux droits de l'homme.

M. ROY BROWN (Union internationale humaniste et la√Įque, au nom √©galement de Centre for Inquiry) a rappel√© que les femmes doivent faire l'objet d'une plus grande attention de la part du Conseil, tout comme la lutte pour supprimer le mariage des enfants. Par ailleurs, le repr√©sentant a not√© que le nombre de crimes d'honneur augmente au Pakistan. Des d√©fenseurs des droits de l'homme ont √©galement disparu. Aucun √Čtat ne doit √™tre autoris√© √† se masquer derri√®re la religion ou la culture pour violer les droits de l'homme.

M. DAVID LITTMAN (Association pour l'éducation d'un point de vue mondial) a attiré l'attention sur les violations des droits des femmes, tels que les mutilations génitales subies par 3 millions de filles par an selon l'UNICEF et qui se pratiquent même en Europe, y compris en Suisse, par des populations immigrées. Les crimes d'honneurs sont en augmentation dans le monde entier et se pratiquent aussi par des personnes appartenant à la deuxième génération d'immigrés en Europe. La lapidation de femmes qui se sont rendues coupables de mauvaise conduite sexuelle continue dans certains pays, ainsi que la pratique de jeter de l'acide au visage d'une femme lorsqu'un homme se sent bafoué, comme cela se produit au Pakistan, en Inde et en Afghanistan. En Iran, les filles sont jugées juridiquement responsables dès 9 ans, mais les garçons seulement à 15 ans, et les mariages de petites filles de 8-9 ans se pratique toujours.

M. PETER SPLINTER (Amnesty International) a rappel√© que la D√©claration et le Programme d'action de Vienne insistent sur l'importance qu'il y a √† apporter des recours suffisants aux victimes de violations constantes des droits de l'homme. Aussi, le repr√©sentant d'Amnesty International a-t-il attir√© l'attention sur la situation des droits de l'homme des r√©sidents des anciennes r√©publiques de l'ancienne Yougoslavie qui vivent en Slov√©nie et dont le statut de r√©sident permanent dans ce pays a √©t√© ill√©galement et de fa√ßon discriminatoire r√©voqu√© par les autorit√©s slov√®nes en 1992; ces personnes sont commun√©ment appel√©es ¬ęles effac√©s¬Ľ. Cette situation concerne plus de 18 000 personnes qui, aujourd'hui encore, subissent les cons√©quences n√©fastes de cet ¬ęeffacement¬Ľ, m√™me si certaines d'entre elles sont parvenues √† voir leur statut r√©gularis√© depuis 1992. Le Gouvernement slov√®ne cherche actuellement √† faire adopter un projet de loi constitutionnelle qui, si elle √©tait adopt√©e en l'√©tat, aggraverait encore davantage la situation de ces ¬ęeffac√©s¬Ľ. Aussi, Amnesty International demande-t-elle que ce projet de loi soit retir√©.

M. HILLEL NEUER (United Nations Watch) a d√©clar√© qu'il convenait de rendre hommage aux personnes qui ont cr√©√© les Nations Unies et de r√©affirmer les principes de la D√©claration universelle des droits de l'homme. Le repr√©sentant a soulign√© l'importance de s'opposer au ¬ęrelativisme¬Ľ des droits de l'homme si l'on veut pr√©server l'universalit√© des droits de l'homme.

M. EL GALAUI (Interfaith International) a affirmé que le respect de chacun doit prévaloir. Bien que le droit à l'autodétermination soit garanti par le droit international, certaines situations ne doivent pays être exploitées pour déstabiliser certains pays. Par ailleurs, il est vrai que des situations non résolues peuvent déboucher sur des drames humains et que toute personne a droit à une vie digne.

MME PRAMILA SRIVASTAVA (International Institute for Non-Aligned Studies) a dénoncé les disparités entre les sexes, qui donnent lieu à des discriminations, notamment s'agissant de l'inégalité des salaires entre hommes et femmes. La violence contre les femmes est de plus en plus fréquente, a en outre déploré la représentante. Dans certains pays, les crimes patriarcaux restent impunis, a-t-elle poursuivi. La question des droits humains des femmes doit rester prioritaire, a-t-elle insisté.

M. HUGO ESTRELLA TAMPIERI (Centre for Inquiry, au nom √©galement de l'Union internationale humaniste et la√Įque et l'Association pour l'√©ducation d'un point de vue mondial) a soulign√© le manque du respect dans le monde √† l'√©gard du droit des femmes de disposer d'elles-m√™mes et du droit g√©n√©sique. Il a pris pour exemple le cas de l'Argentine o√Ļ une femme a √©t√© oblig√©e de porter un b√©b√© handicap√© mentalement et le cas de l'Italie o√Ļ une objection de conscience permet aux gyn√©cologues de refuser l'avortement, for√ßant ainsi des femmes √† recourir √† des services priv√©s. Tous les gouvernements doivent faire des efforts pour emp√™cher que les progr√®s r√©alis√©s pour les droits des femmes soient r√©duits √† n√©ant.

MME SAADANI MAOLAININE (Union de l’action f√©minine) a d√©clar√© que la promotion des droits de femmes doit rester une priorit√©. Les droits se renforcent les uns les autres, mais la promotion des droits de l'homme ne doit aucunement servir √† d√©stabiliser les √Čtats. En insistant sans discernement sur le droit √† l'autod√©termination, on risque d√©stabiliser des r√©gions et de provoquer des souffrances pour un grand nombre de personnes.

M. LUKAS MACHON (Commission internationale de juristes) a d√©nonc√© l'impunit√© qui pr√©vaut au Mexique et aboutit √† la militarisation du pays. Le Gouvernement de M. Calder√≥n a men√© de nombreuses op√©rations militaires sous pr√©texte de lutte contre la criminalit√©, a-t-il d√©clar√©. Des t√Ęches qui devraient √™tre confi√©es √† la police sont confi√©es √† des militaires et donnent lieu √† des abus. Le recours √† la force est souvent excessif, surtout lorsqu'il s'inscrit dans le cadre de manifestations de revendications sociales. Les militaires enqu√™tent sur des affaires qui ne concernent en aucun cas des militaires et rel√®vent d'affaires civiles, a insist√© le repr√©sentant.

M. ABDELWAHAB HANI (Commission arabe des droits de l'homme) a indiqu√© que depuis Vienne, des aspects n√©gatifs sont apparus qui risquent d'affaiblir la protection des droits de l'homme. Nous assistons √† une tentative de r√©duction du champ d'action des droits de l'homme et d√©plorons la persistance d'une attitude de non-coop√©ration de la part des √Čtats, notamment dans la r√©gion arabe. Il conviendrait de renforcer les capacit√©s humaines et mat√©rielles du Haut-Commissariat aux droits de l'homme pour renforcer la protection des droits de l'homme.

Droit de réponse

M. MOHAMMAD REZA GHAEBI (Iran) s'est élevé contre les fausses allégations proférées par certaines organisations non gouvernementales. Il a insisté sur le fait que la protection de droits de l'homme, y compris ceux des femmes, reste une priorité pour le Gouvernement iranien. D'importants efforts sont déployés pour protéger les femmes et l'institution de la famille. Ces efforts se sont traduits dans l'adoption récente d'une loi après consultation avec de larges pans de la société, afin d'assurer qu'elle reflète bien les préoccupations de la population.

M. IDRISS JAZA√ŹRY (Alg√©rie), en r√©ponse √† la d√©claration de la Commission arabe des droits de l'homme, a soulign√© que cette organisation a attaqu√© un pays fr√®re du Maghreb en pronon√ßant des propos qui √©taient hors sujet. Le repr√©sentant de cette organisation non gouvernementale a attaqu√© le Code de conduite pourtant adopt√© √† l'unanimit√© par le Conseil puis par l'Assembl√©e g√©n√©rale. Il est hors de propos de demander √† un organe qui a adopt√© un instrument de l'abroger ou de le modifier, a ajout√© le repr√©sentant alg√©rien.

Débat sur les questions relatives au racisme, à la discrimination raciale, à la xénophobie et à l'intolérance qui y est associée

M. GITHU MUIGAI, le nouveau Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, a présenté un rapport sur la diffamation des religions préparé par son prédécesseur, M. Doudou Diène, et dont la rédaction avait été demandée par le Conseil en mars 2008. M. Muigai a indiqué que ce rapport rappelle les notions de contexte politique et met en relief des questions centrales comme l'intégration d'idées racistes et xénophobes par des partis politiques dans des pays démocratiques et la poursuite de tentatives de donner une forme légitime aux idées racistes et xénophobes. Le rapport examine certaines formes de discrimination religieuse, telle que l'islamophobie, et aborde les questions de la discrimination intrareligieuses, des sectes, des minorités religieuses et des nouveaux mouvements religieux. Le rapport demande une approche universelle conséquente pour aborder tous ces problèmes au plan mondial.

Le rapport appelle clairement les √Čtats membres √† faire passer la discussion actuelle bas√©e sur le concept de ¬ędiffamation des religions¬Ľ vers la norme juridique de ¬ęnon-incitation √† la haine nationale, raciale ou religieuse¬Ľ sur la base des dispositions juridiques √©nonc√©es dans les instruments internationaux en mati√®re de droits de l'homme. Le Rapporteur sp√©cial a pr√©cis√© qu'il ne s'agit pas de savoir s'il existe des limitations permissives mais plut√īt de savoir quel serait le seuil pour ces limites. √Ä cet √©gard, il convient d'encourager le Comit√© des droits de l'homme √† formuler un nouveau commentaire g√©n√©ral sur l'Article 20 du Pacte international sur les droits civils et politiques. Par ailleurs, le Comit√© peut √©galement aider les tribunaux nationaux √† appliquer le Pacte de mani√®re plus efficace.

Le nouveau Rapporteur spécial a souligné qu'au cours de son mandat, il attachera une attention particulière à la surveillance de l'incitation à la haine raciale. Pour ceci, une relation de travail très étroite sera mise en place avec des organisations nationales qui recueillent des discours haineux afin de dresser une analyse empirique sur ce genre de phénomènes.

M. Muigai a soulign√© que les d√©bats sur les ¬ędiscours prot√©g√©s et non prot√©g√©s¬Ľ ont cours dans de nombreuses instances. Les l√©gislations nationales varient beaucoup en ce qui concerne l'incitation √† la haine. Toutefois, les jurisprudences apportent beaucoup d'informations. Quand il s'agit de limiter un droit fondamental, telles la libert√© d'opinion ou la libert√© d'expression, il est essentiel de toujours se poser la question de savoir si le rem√®de que nous cherchons ne cause pas un tort plus grand. Il faut conna√ģtre les limites qui doivent √™tre tr√®s bien d√©finies pour ne pas menacer l'exercice du droit lui-m√™me, a pr√©cis√© le Rapporteur sp√©cial. Ainsi, quelles sont les mani√®res les plus efficaces de prot√©ger les individus du plaidoyer pour la haine et la violence? Une solution juridique n'est pas suffisante. Le discours haineux est simplement un sympt√īme. Il y a aussi l'intol√©rance qui est plus enracin√©e. Il ne faut pas s'attaquer aux seuls sympt√īmes. Il convient d'opposer √©galement des discours pr√™chant la tol√©rance aux discours haineux et c'est ainsi que nous pourrons √©touffer les ennemis de la tol√©rance et de la non-discrimination, a conclu le Rapporteur sp√©cial.

Le rapport sur les manifestations de la diffamation des religions et en particulier sur les incidences graves de l'islamophobie sur la jouissance de tous les droits (A/HCR/9/12) porte sur toutes les manifestations de la diffamation des religions et toutes les formes de discrimination pour des motifs religieux. Le Rapporteur spécial a traité en particulier, conformément à la demande du Conseil, les incidences graves de l'islamophobie sur la jouissance de tous les droits. Le rapporteur spécial a noté une tendance de légitimation intellectuelle du racisme, de la xénophobie et de la haine religieuse qui se nourrit du refus profond du multiculturalisme et de la diversité, et qui est souvent porté ou exploité par des milieux politiques.

Le concept manichéen d'un choc des civilisations et des religions, basé sur la hiérarchisation implicite des cultures et renforcé par le contexte international de lutte contre le terrorisme, constitue un nouveau terreau idéologique d'élites politiques et intellectuelles. Il augmente davantage le risque de polarisation idéologique et d'enfermement identitaire et tend à encourager la banalisation des pratiques discriminatoires institutionnalisées (devoir d'enregistrement par exemple) ou d'agressions contre les adeptes d'une religion, qui peuvent prendre la forme d'attaques contre les lieux de culte et de culture et l'expression d'intolérance contre les signes religieux. L'islamophobie est ainsi en hausse partout dans le monde, particulièrement après les événements du 11 septembre 2001, que cela soit sous la forme de législations nationales qui stigmatisation les minorités musulmanes (difficulté à établir des lieux de culte et à observer leurs pratiques religieuses, telles que les régimes alimentaires et rites funéraires) ou sous forme d'actes individuels de rejet et de violence contre les musulmans. L'Islam est ainsi associé à la violence et au terrorisme et l'inéluctabilité d'un conflit de civilisations et de religions. De manière générale, les groupes religieux minoritaires sont vulnérables à l'intolérance, à la discrimination et aux propos diffamatoires. En dernière analyse, le rapporteur spécial conclue à une érosion grave de la liberté de religion et à un durcissement des schémas identitaires, basés sur l'appartenance religieuse.

Le Rapporteur sp√©cial recommande vivement au Conseil des droits de l'homme de promouvoir un d√©placement du concept sociologique de ¬ędiffamation des religions¬Ľ vers la norme juridique de non-incitation √† la haine nationale, raciale ou religieuse sur la base des dispositions juridiques √©nonc√©es dans les instruments internationaux en mati√®re de droits de l'homme, notamment l'article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et l'article 4 de la Convention internationale sur l'√©limination de toutes les formes de discrimination raciale. Il invite aussi le Conseil des droits de l'homme √† tenir compte dans le combat contre le racisme et la discrimination de l'imbrication grandissante des facteurs de race, d'ethnie, de culture et de religion, qu'il est urgent de d√©construire, et d'autre part de la mont√©e g√©n√©rale de la discrimination religieuse Les gouvernements devraient √™tre invit√©s √† se conformer pleinement, dans leur lutte contre l'intol√©rance raciale et religieuse, √† leurs obligations en mati√®re de libert√© d'expression de libert√© et de religion, de compl√©ter les mesures d'ordre juridique par une d√©marche intellectuelle et √©thique sur les repr√©sentations qui sont la cause profonde des manifestations discriminatoires et cr√©er les conditions propices √† la rencontre et au dialogue afin de promouvoir la paix sociale.

Le Conseil est √©galement saisi du rapport de la Haut-Commissaire sur la lutte contre la diffamation des religions (A/HRC/9/7, √† para√ģtre en fran√ßais) et de l'√©tude du Haut-Commissaire sur la l√©gislation existante et la jurisprudence relative √† la diffamation des religions (A/HRC/9/25, √† para√ģtre).

Débat

M. CARLOS PORTALES (Chili) a d√©clar√© que le sujet est extr√™mement complexe et qu'il faudrait tenir compte aussi d'autres points de vue afin de se faire une id√©e √©quilibr√©e sur la question. La libert√© de pens√©e et de conviction est certes garantie par les trait√©s internationaux, mais personne ne saurait √™tre victime d'actes coercitifs dans ce domaine, et les pratiques religieuses ne sauraient s'opposer √† la paix et √† la sant√© d'autrui. Toute apologie de la haine et de violence doit √™tre interdite par la loi. Voil√† quelles sont les racines des textes qui r√©gissent le droit sur les convictions. Cela soul√®ve des r√©flexions sur la relation entre la la√Įcit√© et la religion. Au Chili, a-t-il poursuivi, on consid√®re ainsi que la libert√© de convictions est plus proche de la libert√© d'expression que de la libert√© de culte. Il a conclu en rappelant que la D√©claration universelle des droits de l'homme et la D√©claration de Vienne fournissent la pierre angulaire sur laquelle toute la r√©flexion sur ces questions doit s'appuyer.

MME BEATE STIR√ė (Norv√®ge) a remerci√© le Rapporteur sp√©cial sur les formes contemporaines de racisme pour son rapport. Elle a regrett√© que ce rapport ait √©t√© pr√©sent√© avec retard et ne soit pas encore disponible dans d'autres langues que le fran√ßais. L'intol√©rance, l'exclusion, la x√©nophobie et la discrimination figurent au nombre des principaux probl√®mes qui se posent du point de vue des formes contemporaines de racisme, a-t-elle dit. Ces ph√©nom√®nes se produisent tant √† l'int√©rieur qu'√† l'ext√©rieur des religions, a-t-elle fait observer. Plaidant en faveur d'une action visant √† supprimer les causes du racisme culturel, elle a insist√© sur la n√©cessit√©, non seulement de promouvoir le dialogue entre les cultures et les religions, comme le pr√©conise le rapport du Rapporteur sp√©cial, mais aussi de promouvoir ce dialogue au sein des cultures et des religions elles-m√™mes. Il ne peut y avoir v√©ritablement de libert√© de religion sans libert√© d'expression, a soulign√© la repr√©sentante norv√©gienne, faisant observer qu'il n'est donc pas pertinent d'opposer ces deux libert√©s.

M. IDRISS JAZA√ŹRY (Alg√©rie) a d√©clar√© que le rapport soul√®ve que, bien souvent, ce n'est pas la religion qui fait l'objet de diffamation, mais les fid√®les, et que l'islamophobie, ciblant les musulmans, a pris le relais de l'antis√©mitisme, qui est devenu politiquement incorrecte dans bien des pays riches. Il a regrett√© que la libert√© d'expression soit utilis√©e pour envenimer les rapports intercommunautaires. Il faudrait que le Rapporteur sp√©cial puisse approfondir ce rapport avec le Rapporteur sp√©cial qui a travaill√© sur le th√®me de la promotion et la protection du droit √† la libert√© d'opinion et d'expression et la Rapporteuse sp√©ciale sur la libert√© de religion ou de conviction.

MME TEHMINA JANJUA (Pakistan, au nom de l'Organisation de la Conf√©rence islamique) a remerci√© l'ancien Rapporteur sp√©cial sur les formes contemporaines de racisme, M. Doudou Di√®ne, pour son engagement sans rel√Ęche dans les questions relevant de son mandat. Il faut esp√©rer que ses recommandations serviront de base pour une protection des minorit√©s pers√©cut√©es en raison de leur appartenance religieuse, a ajout√© la repr√©sentante pakistanaise. Un centre de recherche √† √©tabli que les musulmans √©taient per√ßus n√©gativement dans sept pays occidentaux √©tudi√©s, a-t-elle poursuivi. Le climat intellectuel est marqu√© par une tendance tr√®s p√©jorative √† diaboliser l'islam, a-t-elle en outre d√©clar√©. Elle a en outre fait observer que les victimes du terrorisme sont surtout des musulmans eux-m√™mes. L'Organisation de la Conf√©rence islamique esp√®re que les travaux que m√®neront le Haut-Commissariat aux droits de l'homme et le Rapporteur sp√©cial sur les formes contemporaines de racisme renforceront l'importance de mettre au point des normes internationales pour combattre la diffamation des religions.

M. JEAN-BAPTISTE MATT√ČI (France au nom de l'Union europ√©enne) a rappel√© que l'Union europ√©enne croit fermement √† la tol√©rance, √† la non-discrimination, √† la libert√© d'expression, de pens√©e, de conscience, de religion ou de conviction. L'Union europ√©enne consid√®re que la libert√© d'expression et la libert√© de religion ou de conviction sont compl√©mentaires. Le droit √† la libert√© d'expression est un √©l√©ment essentiel et l'essence m√™me de la manifestation de la libert√© de pens√©e et de conscience. Il est donc fondamental d'√©tablir la distinction entre la critique des religions et l'incitation √† la haine religieuse. Seule l'incitation √† la haine religieuse devrait √™tre interdite car le respect et la pratique du pluralisme religieux doivent comporter le droit pour chacun de critiquer les valeurs et les convictions, d'en discuter et de les contester.

L'√©limination de l'intol√©rance requiert une approche globale qui combine des mesures pr√©ventives, le dialogue, l'√©ducation, la promotion de la tol√©rance et du pluralisme. L'Union europ√©enne salue le fait que les deux rapports (celui du Rapporteur sp√©cial et celui de la Haut-Commissaire) recommandent vivement de promouvoir un d√©placement du concept sociologique de ¬ędiffamation des religions¬Ľ vers la norme juridique de non-incitation √† la haine raciale, nationale ou religieuse. Les l√©gislations en mati√®re de discours haineux sont suffisantes. Il n'est donc pas besoin de normes suppl√©mentaires sur la question. L'Union europ√©enne est pr√™te √† continuer √† aborder la question de la lutte contre l'incitation √† la haine religieuse d'une mani√®re globale. Cependant, dans les situations o√Ļ des droits fondamentaux peuvent sembler en conflit, seul un tribunal est habilit√© √† rappeler les limites √† l'exercice d'un droit sp√©cifique, qui ne peuvent venir que de la loi. Par cons√©quent, toute discussion sur l'incitation √† la haine ne doit pas se placer sur le terrain politique, mais sur le plan juridique. L'Union europ√©enne rappelle clairement qu'elle n'acceptera pas que la notion de ¬ędiffamation des religions¬Ľ soit int√©gr√©e dans le cadre relatif aux droits de l'homme. L'Union europ√©enne est convaincue que la notion de ¬ędiffamation des religions¬Ľ n'est pas compatible avec un discours sur les droits de l'homme.

MME NATHALIE RONDEUX (Belgique) s'est félicitée que les deux rapports recommandent un déplacement du concept de diffamation des religions vers la norme juridique de non-incitation à la haine raciale. En effet, les droits de l'homme ont pour but de protéger les individus non pas de protéger les religions ou les idées. À la différence des individus, les religions n'ont pas de droits, a rappelé la représentante belge. Afin d'assurer la tolérance et le pluralisme, il faut permettre que les religions puissent faire l'objet de débats et être critiquées. La représentante a souligné l'importance de ne pas de faire de distinction entre les différentes discrimination et a rappelé que les personnes sans religion ont également droit à la même protection.

M. ABDULMONEM ANNAN (Syrie) a relev√© que diff√©rentes r√©solutions ont √©t√© adopt√©es, de nombreuses r√©unions internationales tenues et de nombreuses initiatives multilat√©rales entreprises sans que ne cesse pour autant la campagne non d√©clar√©e contre certaines religions et ce, en d√©pit de tous les appels en faveur de la tol√©rance et de la mod√©ration. Le repr√©sentant syrien a par ailleurs d√©nonc√© ceux qui d√©tournent les dispositions relatives √† la libert√© d'expression pour diaboliser et rendre antagonistes certains groupes religieux et individus. Il faut bien comprendre que chaque libert√© a des limites, a-t-il d√©clar√©. Il est paradoxal de constater qu'alors que le droit √† la libert√© d'expression est exclusivement confin√© √† la diffamation de l'islam, un embargo √©troit est maintenu sur ce droit lorsqu'il s'agit d'autres questions bien sp√©cifiques en rapport avec d'autres religions ou avec des √©v√©nements historiques du si√®cle dernier. Il est √©galement troublant de constater que l'opinion des champions du droit √† la libert√© d'expression dispara√ģt lorsqu'il est question de sujets tels que le si√®ge de Gaza ou les meurtres massifs de civils par des puissances occupantes dans diff√©rentes parties du monde. La Syrie aimerait que le Rapporteur sp√©cial clarifie les b√©n√©fices pratiques qu'il y aurait, selon lui, √† modifier le concept sociologique de ¬ędiffamation des religions¬Ľ en lui donnant un autre √©nonc√©.

M. MOHAMMED LOULICHKI (Maroc) a déclaré que le Maroc réprouve la propension à mettre en place des politiques et des législations nationales discriminatoires à l'égard des minorités musulmanes, la mise en place du profilage religieux ainsi que diverses formes de discrimination et d'intolérance contre les musulmans. Le Maroc partage l'avis du Rapporteur spécial quant à la nécessité qui incombe aux gouvernements d'empêcher l'exploitation de la discrimination et de la xénophobie à des fins politiques. Il convient de réaffirmer le principe fondamental que l'éradication de la culture raciste, xénophobe et intolérante est le pilier le plus puissant de la sécurité des nations. Les gouvernements doivent se conformer pleinement, dans leur lutte contre l'intolérance raciale et religieuse, à leurs obligations en matière de liberté d'expression et de liberté de religion en tenant compte des dispositions de l'article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Le dialogue doit atténuer les divergences et non les exacerber.

M. GUY O'BRIEN (Australie) a attiré l'attention sur le fait que le nombre de cas de violation de la liberté d'expression n'a pas diminué et que, dans de nombreux pays, les personnes qui cherchent à exercer ce droit sont victimes de persécutions ou de discrimination. Ces persécutions s'exercent parfois au nom de la protection contre la diffamation des religions ou du blasphème. Il s'est déclaré en faveur d'approfondir cette question fort complexe et controversée et s'est félicité de voir le résultat de l'enquête portant sur les liens entre la liberté d'expression et l'incitation à la haine religieuse.

M. FELIX PE√ĎA RAMOS (Venezuela) a soulign√© que son pays se consid√®re comme une soci√©t√© multiethnique et multiculturelle o√Ļ toute personne a le droit de professer sa foi religieuse et son culte et √† manifester ses convictions, que ce soit en public ou en priv√©. Nous sommes en pr√©sence de profonds d√©saccords en ce qui concerne les points de vues au sujet de la diffamation des religions, en particulier √† travers l'instrumentalisation de la libert√© d'expression – laquelle, loin d'√™tre un droit absolu, conna√ģt des limites, conform√©ment √† nombre d'instruments juridiques internationaux, a poursuivi le repr√©sentant v√©n√©zu√©lien. Il a plaid√© en faveur d'un commencement des travaux visant l'√©laboration d'un instrument juridique contraignant en mati√®re de discrimination religieuse et de toute forme d'intol√©rance violant les droits fondamentaux de la personne.

MME GLAUDINE J. MTSHALI (Afrique du Sud) a d√©clar√© que sa d√©l√©gation reste pr√©occup√©e par la recherche d'oppositions et de frictions sous pr√©texte de diff√©rences culturelles. L'Afrique du Sud consid√®re qu'un dialogue en profondeur serait tr√®s utile pour mieux comprendre le probl√®me et trouver des solutions. Les √Čtats doivent redoubler d'efforts pour favoriser le dialogue visant √† parvenir √† la compr√©hension et √† la tol√©rance.

M. HABIB MIKAYILLI (Azerba√Įdjan) a exprim√© sa pr√©occupation concernant la mont√©e des formes contemporaines de racisme, notamment de celle qui touche les religions. Il a relev√© que la diffamation religieuse, comme l'islamophobie, est utilis√©e de plus en plus √† des fins politiques, ce qui constitue Haut Commissariat une grave menace pour la d√©mocratie et les droits de l'homme. Il a appel√© chaque √Čtat √† combattre toute diffamation et √©viter la hi√©rarchisation de discrimination, en reconnaissant que l'antis√©mitisme et la christianophobie se r√©pandent √©galement. Sans nier la valeur de la libert√© d'expression pour la d√©mocratie, celle-ci ne devrait par pouvoir √™tre invoqu√©e pour diffamer des religions et pr√™cher la haine religieuse. Il a conclu qu'il existe un vide juridique en la mati√®re qu'il est important de le combler rapidement.

M. ALI ONANER (Turquie) a insisté sur l'importance que revêt l'éducation aux droits de l'homme, laquelle, a-t-il souligné, est de nature à contribuer au renforcement de la compréhension, du respect et de la tolérance entre les individus. Parallèlement, il convient toutefois de combattre activement les préjugés et les stéréotypes dans les discours publics et politiques, a-t-il souligné. Le représentant turc a rappelé l'initiative d'Alliance des civilisations prise conjointement par son pays et par l'Espagne, appelant le Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme à collaborer avec ce processus. Il a également rappelé qu'un séminaire organisé par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme allait se tenir prochainement sur les liens entre les articles 19 et 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

M. AHMED MOHAMED ABRO (Djibouti) a d√©clar√© qu'il est temps de renouveler l'engagement commun pour lutter contre le fl√©au du racisme. L'examen de la Conf√©rence de Durban doit cr√©er un cadre favorable permettant aux √Čtats d'engager des r√©formes constitutionnelles, institutionnelles et des normes ad√©quates pour √©radiquer le racisme, a soulign√© le repr√©sentant.

MME MARIE TH√ČR√ąSE PICTET- ALTHANN (Ordre souverain militaire de Malte) a d√©clar√© que la libert√© religieuse et la libert√© d'expression sont essentielles pour promouvoir la tol√©rance et le respect d'autrui. Quotidiennement, on constate les ravages terribles qu'entra√ģne la haine religieuse. Afin de renforcer le dialogue interreligieux et interculturel, l'Ordre de Malte souscrit √† la recommandation portant sur l'√©galit√© √† donner √† toute forme de discrimination. Les instruments juridiques, œuvrant dans ce sens, doivent √™tre compl√©t√©s par l'√©ducation; les m√©dias et la soci√©t√© civile ont un r√īle important √† jouer, ainsi que chacun d'entre nous, dans notre sph√®re priv√©e comme dans la vie publique. L'impartialit√© et l'ind√©pendance font partie des principes de fond de l'Ordre, qui œuvre pour la protection de la dignit√© humaine. L'Ordre de Malte est bien d'inspiration chr√©tienne, a-t-elle conclu, mais il œuvre pour toute personne n√©cessiteuse, ind√©pendamment de sa confession religieuse.

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1D√©claration conjointe: Soka Gakkai International; Organisation internationale pour le d√©veloppement de la libert√© d'enseignement (OIDEL); F√©d√©ration internationale des assistants sociaux et des assistantes sociales; Interfaith International; F√©d√©ration universelle des associations chr√©tiennes d'√©tudiants; Conseil international des femmes; Bureau international catholique de l'enfance; Forum asiatique pour les droits de l'homme et le d√©veloppement; Mouvement international contre toutes les formes de discrimination; Pax Romana; Organisation internationale pour l'√©limination de toutes les formes de discrimination raciale; Institut pour une synth√®se plan√©taire; F√©d√©ration mondiale des associations pour les Nations Unies; F√©d√©ration internationale des femmes dipl√īm√©es des universit√©s; et l'Alliance internationale des femmes. __

Rectificatif

Dans notre communiqu√© de presse HRC/08/99 du 18 septembre (apr√®s-midi), la d√©claration de la repr√©sentante de l'Organisation internationale de la Francophonie aurait d√Ľ se lire comme suit:

MME SANDRA COULIBALY LEROY (Organisation internationale de la Francophonie) a fait part de la tenue d'un premier séminaire sur l'Examen périodique universel pour les pays francophones qui s'est déroulé en février à Rabat dans un esprit de dialogue constructif. Ce séminaire a permis d'identifier les difficultés rencontrées et expériences acquises lors des premiers exercices de l'Examen périodique universel. Les organisations non gouvernementales ainsi que les institutions nationales des droits de l'homme ont ainsi été vivement encouragées à participer à la préparation de l'Examen. La représentante a également souligné que l'Examen périodique universel est un processus évolutif qui doit renforcer la solidarité et la cohésion au sein de la société. La Francophonie propose ses services pour fournir un accompagnement des pays qui s'engagent dans cet exercice et pour élaborer un manuel contenant les expériences déjà acquises dans divers pays francophones. __

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel