Ce dimanche et le 22 juin prochain, le CFCM est censé renouveler ses instances. Mais la Grande Mosquée de Paris ne participera pas au scrutin. En 2005, sur 43 sièges, elle avait obtenu 10 sièges, à égalité avec l'UOIF. Loin derrière la FNMF, plus proche du Maroc, qui obtenait 19 sièges. Car si les musulmans originaires d'Algérie sont plus nombreux en France, ils sont aussi moins pratiquants que les Marocains, qui gèrent 40% des lieux de culte.

D'année en année, grâce à ses généreux mécènes, l'UOIF gagne aussi du terrain en agrandissant ses Mosquées pour peser sur le scrutin (comme à Asnières), basé sur le nombre de mètres carrés. En effet, au CFCM, le nombre des délégués est fonction de la surface des lieux de culte : une salle de prière de 100 m2 donne droit à un délégué, une mosquée de 301 à 400 m2 "vaut" 5 délégués, de 601 à 700 m2 8 délégués, une grande mosquée de plus de 800 m2 15 délégués.

Jusqu'ici, l'Islam traditionnel incarné par la Mosquée de Paris n'a pu sauver les apparences que grâce aux négociations Place Beauvau et à quelques irrégularités constatées lors des élections. Mais cette année, à force d'apathie et de gestion calamiteuse, le ministère de l'intérieur semble vouloir "alterner" en donnant la présidence à Mohamed Moussaoui du Rassemblement des Musulmans de France, suscité par le Maroc pour remplacer la FNMF, tombée en disgrâce à cause de la personnalité de Mohamed Béchari. L'UOIF, quant à elle, avait accepté de se retirer de certaines régions pour ne pas triompher au niveau national, tout en obtenant les régions qui lui tenaient à cœur grâce à des listes de coalition (PACA, Ile de France, Le Nord pas de Calais et Rhône-Alpes). Seules 1039 Mosquée sur 1890 vont participer au scrutin.

C'est donc à une véritable mascarade que nous allons une fois de plus assister. Comme l'avait expliqué Fiammetta Venner dans OPA sur l'Islam de France, le fait de "marier" des musulmans traditionalistes désorganisés avec des musulmans intégristes organisés ne peut que tourner à l'avantage des plus durs. Et pendant ce temps, aucun des dossiers sur lesquels le CFCM pouvait jouer un rôle positif (carrés confessionnels dans les cimetières, abattage rituel des moutons pour l'Aïd, formation des imams, pèlerinage à la Mecque) n'a réellement avancé.

Si les Mosquées se construisent bien à un rythme étonnant (plus de 16 par an), la formation des imams à l'Institut catholique de Paris commence à susciter des remous. L'Institut al-Ghazâli est critiqué par l'UAM 93 pour avoir osé poser cette question lors des examens : "Vous êtes imam, et un membre de votre famille vient recruter un jeune de votre mosquée pour l'envoyer en Irak ou en Afghanistan, quelle est votre réaction? " C'est dire la susceptibilité des religieux quand le politique se mêle de sa formation... Pendant ce temps, la formation des aumôniers reste hasardeuse. Les élus locaux jouent de plus en plus avec le feu du communautariste religieux via les CRCM (les Conseils régionaux du culte musulman) où l’UOIF sera plus représenté que jamais. Et les sympathisants de l'UOIF se rapprochent de nouveau de Tariq Ramadan ou de prédicateurs encore plus radicaux donnant le sentiment d'être restés "indépendants" de l'État Français.

C'est confirmé : le CFCM est un échec. Une belle illustration de ce que l'on récolte quand on joue à mélanger le religieux et le politique.

Caroline Fourest