Où s'arrête la liberté d'expression, peut-on rire de tout, quelle rôle joue la communauté musulmane en France ? Ces questions semblent bien sérieuses parmi les strass de la Croisette. Elles ont pourtant été posées samedi 17 mai au festival de Cannes lors de la montée des marches de l'équipe de Charlie Hebdo pour le film «C'est dur d'être aimé par des cons» de Daniel Leconte. Revenant sur l'affaire des caricatures de Mahomet qui avait déclenché de violentes réactions partout dans le monde, le réalisateur et journaliste français, malgré un parti-pris assumé, livre un documentaire pertinent.

Sa caméra suit l'équipe de Charlie durant le procès qui oppose Philippe Val, le rédacteur en chef, au recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur et à l'UOIF. La projection au palais du festival a réuni le journaliste et son équipe, dont les dessinateurs Cabu et Cavanna, les avocats de l'hebdomadaire, maîtres Richard Malka et Georges Kiejman, Saïd Saïdi, leader de l'opposition algérienne et du parti des Musulmans laïcs, et l'avocat de Dalil Boubakeur, maître Szpiner. Mais aussi Claude Lanzmann, Bernard Henri-Lévy et Michael Moore, le réalisateur/militant américain, lauréat de la palme d'Or. Jour après jour, le spectateur découvre les étapes, les témoignages et les plaidoiries d'un combat aussi politique que juridique.

Le SMS de Ségolène

Du sérieux donc, mais une ambiance détendue. A la conférence de presse, l'équipe, ravie d'être là, explique que le film permet de comprendre les arcanes et les enjeux de l'affaire et fait valoir la liberté d'expression comme droit fondamental de la République. Ils ont gagné un beau et important procès et ne cachent pas leur joie. Pour la journaliste Caroline Fourest, «le jugement final a été républicain, si l'on avait perdu, l'atmosphère aujourd'hui serait très différente». «C'est une victoire contre le racisme et l'intégrisme, Charlie a toujours incarné ce combat» précise Philippe Val.

Maître Szpiner, le «méchant» dans le film, assure en être satisfait. Selon lui, il met en valeur l'héritage de la Révolution française qu'est le débat public. Tous, même les représentants de la partie adverse, jubilent. Les spectateurs également, à plusieurs reprises ils applaudissent les témoignages. Le film revient, entre autres, sur le rôle des politiques lors du procès. Seuls François Hollande et François Bayrou viennent témoigner à la barre. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, envoie un fax de soutien au journal, document probablement décisif dans la décision des juges. Ségolène Royal, elle, se contente d'envoyer un SMS à Philippe Val, message que celui-ci montre longuement à la caméra et où elle lui souhaite bonne chance. «Ne prendre aucune position, c'est une position et donc c'est grave» déclare à ce sujet le journaliste. «Interdire ces caricatures, c'est induire que les Musulmans ne sont pas capables d'ironie et d'humour». Voilà le message essentiel délivré par le documentaire de Daniel Leconte où Philippe Val y brandit sa victoire, comme un vaillant petit soldat défenseur de la République sur fond de musique à la Star Wars. Un regard engagé qui malgré tout a le mérite de poser une question indispensable au débat sur la liberté d'expression.

Lundi 19 Mai 2008 - 00:07
Pauline Delassus

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