Le film de Amy Berg, ''Délivrez-nous du mal'', est à voir absolument. Il raconte l’histoire du père Oliver O'Grady, un prédateur d’enfants systématiquement protégé par ses supérieurs. Au lieu de le dénoncer aux autorités des hommes, ils l’ont déplacé de paroisse en paroisse, lui permettant de faire de nouvelles victimes, alors même que les plaintes contre lui s’accumulaient.

Il faut voir le regard éberlué d’un de ses supérieurs lorsqu’un tribunal lui demande enfin des comptes. « Je n’avais pas fait la connexion. Dans un cas, il s’agissait d’une petite fille. Dans l’autre, d’un petit garçon. Donc je n’ai pas fait le lien… » Comprenez qu’un viol sur une petite fille est naturel, tandis qu’un viol sur un petit garçon relève de l’« homosexualité », et qu’il est donc « contre-nature » aux yeux de cet évêque. Derrière le costume sacralisé perce le vieux célibataire pétri de certitudes sur la morale sexuelle. Ses connaissances sont si brumeuses qu’il est incapable de faire la différence entre homosexualité et pédophilie, et plus encore entre le consentement et le viol… Il ne faut pas s’étonner qu’avec des serviteurs aussi qualifiés, l’Église soit partie en guerre contre l’homosexualité, tout en organisant le viol tournant de prêtres pédophiles.

Cette succession d’abus sexuels n’est pas seulement un scandale, elle pose la question du fonctionnement tout entier de l’Église catholique. Comment ne pas provoquer de tels drames lorsqu’on envoie de jeunes hommes immatures — parfois violés au séminaire — prêcher au cœur même de familles où ils ont un statut de « demi-dieux », et donc la tentation de reproduire l’abus dont ils ont eux-mêmes été victimes ? Ces familles les perçoivent comme d’autant plus inoffensifs qu’ils sont à leurs yeux « asexués ». Alors qu’ils évoluent depuis leur plus jeune âge dans un monde masculin où le tabou sexuel et le devoir de chasteté les tendent comme une corde prête à rompre.

Pendant son séjour aux États-Unis, Benoît XVI n’a pas voulu regarder en face cette machine infernale, fabriquant une chaîne de violeurs potentiels depuis si longtemps. Il a parlé de « honte », de ses propres défaillances, pour mieux rendre responsable la « pornographie » qui sévit à la télévision… C’est bien connu, au Vème siècle déjà, des prêtres violaient des enfants parce qu’ils regardaient trop de pornos sur le câble.

* Diffusé dans quelques bonnes salles, comme le Reflet Médicis, à Paris.

Pour voir des extraits : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18806501&cfilm=117976.html