Le mouvement dit "loubavitch" est très minoritaire dans le judaïsme, y compris en France. Mais si ses adeptes ne cherchent pas à recruter du côté de ceux qu’ils nomment les  "non-juifs", ils essayent de devenir influents. Les Loubavitchs tentent ainsi leur chance tant auprès des institutions qu’en direction de personne d’origine juive (athée, libérale, agnostique). Selon les informations prodiguées par loubavitch.fr, le judaïsme se compose de plusieurs écoles dont le mouvement religieux hassidique haredim (ultra-orthodoxe). Les loubavitchs se présentent alors volontiers comme la "branche intellectuelle" du hassidisme, avec un mode de vie marginalisé dans les sociétés laïques occidentales. Ils revendiquent la transmission de valeurs et de pratiques millénaires en tant que gardiens de la tradition religieuse, tout en utilisant des techniques d’information et de communication on-ne-peut-plus modernes. En somme, le devoir de perpétrer les 613 commandements ("mitzvot") passe par internet, y compris entre deux périodes de fête comme pourim et pessa’h. La fête de "Pourim" dite du "jeune d'Esther" en date du 21 mars 2008 (14 Adar 5768 selon le calendrier hébraïque) se place dans les 30 jours précédant celle de "Pessa'h" (du 20 au 27 avril 2008).



Du principe de la destinée

Pourim rappelle la victoire d'Esther et de Mordékhaï sur Amane et la délivrance juive du joug monarchique persan qui avait prévu, d’après le livre d’Esther (Meguila) leur extermination. Ce cérémonial se caractérise par son côté festif, le déguisement, la musique, la danse, la distribution d’aliments et de boissons, de dons aux amis ainsi qu’aux démunis, et de festins de célébration. Selon loubavitch.fr (1), "cette fête joyeuse révèle la main de Dieu cachée dans les évènements des hommes. C’est un jour que toute la famille doit célébrer, non seulement les adultes mais aussi les enfants, garçons et filles, qui eux aussi doivent être encouragés à accomplir les Mitsvot de la fête." Ainsi "l’éducation de l’enfant commence très tôt, même avant sa conception, à travers l’observance, par le couple, des lois de pureté familiale. (…) L'éducation d’un jeune enfant est comparable à la plantation d’une semence. Mais il ne s’agit pas de la culture facile d’une simple plante. Cela correspond plutôt à élever des arbres fruitiers potentiels, qui produiront générations sur générations de leur propre espèce".
Pessa'h commence le 15 Nissan (qui correspond à la veille du 20 avril 2008) au 22 Nissan (27 avril), et commémore l’Exode des Hébreux hors d'Egypte. Les ancêtres des Juifs ont été libérés du joug pharaonique et rendus libres de suivre les voies et prescriptions de Dieu, qui fit don de la Torah à Moise sur le mont Sinaï. Ce qui peut signifier qu’il faille rester vigilant quant à un avenir qui pourrait être aussi terrible qu’un Pharaon. Mais chaque génération juive doit-elle se considérer comme sortie d’Egypte ? Le rabbin de Loubavitch en fut convaincu puisque "cela nous enseigne que la leçon de Pessa'h porte toujours un message actuel pour chaque Juif." (2) Menahem Mendel Schneerson (1902 – 1994), plus connu sous le nom de Rabbi de Loubavitch, fut le septième dirigeant spirituel du mouvement hassidique "Habad" (sagesse-compréhension-savoir) et aussi le descendant du rav Zalman de Liadi, fondateur du courant loubavitch. Signifiant en russe "la ville de l'amour fraternel", Loubavitch fut celle où avait été planté le quartier général du rav Zalman pendant près d'un siècle. Durant les huit jours de Pessah, la consommation de nourriture levée ("hametz"), comme du pain, des pâtes et certains gâteaux, est totalement interdite. Selon l’explication la plus courante, il s’agit de rappeler le pain que les Hébreux n’avaient pas eu le temps de laisser lever dans leur hâte de quitter l’Egypte, et qu’il mangèrent sous forme de pain azyme ("matza") pendant l’Exode.

Le guide des bénédictions

Si chaque culte se dote de recommandations et d’interdictions, les rites de croyances peuvent susciter leur lot de grâces. Loubavitch.fr en présente un "guide" concocté par le rav Yehouda Leib Newman, via le tribunal rabbinique de Crown Heights (Brooklyn). A chaque aliment "cacher" correspond une bénédiction observée de manière très précise. Même l’absorption d’aspirine est réglementée selon si elle est avalée avec de l’eau quand on est assoiffé ou du jus d’orange pour le plaisir du goût ! Cependant le doute est au rendez-vous en ce qui concerne la banane dont la bénédiction, "Haadama", serait plutôt réservée aux légumes. Partant du principe qu’avant de consommer un fruit on dit "Haets", loubavitch.fr recommande : "Peut-être faut-il dire Haets en mangeant une banane. En conséquence, si l'on consomme un autre fruit dont la bénédiction est Haets, on procédera de la façon suivante, afin de se libérer du doute. Après avoir dit Haets et mangé ce fruit, on prendra, avant de consommer la banane, un autre aliment dont la bénédiction est Haadama et l'on dira cette bénédiction avec l'intention de la réciter également pour la banane. Toutefois, si l'on désire manger la banane avant l'autre fruit, on dira Haadama avec l'intention de ne pas inclure dans cette bénédiction l'autre fruit, pour lequel il faudra dire Haets". Quant aux boissons chocolatées et au café, tous deux bénis par "Chéhakol", "la bénédiction finale Boré Nefachot, après une boisson au chocolat ou un café, est récitée uniquement dans la mesure où l'on en a bu environ un huitième de litre (Reviit) en six minutes (A'hilat Prass)". Lorsqu'on passe aux friandises comme la glace, "si le cornet de glace n'a pas de goût, aucune bénédiction n'est récitée, le concernant, car il n'a alors qu'un rôle accessoire, par rapport à la glace et il n'a pas d'autre but que de la tenir".(3)
Ainsi qu'on soit migraineux, boulimique ou psychoactif en milieu loubavitch ou orthodoxe (4), la bouche et le palais bénéficient, en tout cas, de sacrées faveurs.

Nathalie Szuchendler

(1) http://www.loubavitch.fr/pages/chirlamaalot.asp
(2) http://www.lerabbi.net/Pessah/Pessah_Mot_du_Rabbi.htm


(3) http://www.loubavitch.fr/pages/benediction.asp
(4) NB : Les règles mentionnées dans l'article ci-dessus sont celles observées par la majeure partie des juifs religieux.