Ayaan Hirsi Ali, ancienne députée néerlandaise, est menacée de mort pour avoir osé exercer sa liberté de pensée et d'expression. Le gouvernement néerlandais a décidé de ne plus assurer sa protection, sous prétexte qu'elle réside aux Etats-Unis, ce qui l'oblige à financer sur ses propres deniers la protection dont elle a un besoin vital. Sa situation devient de plus en plus précaire.

J'ai pris l'initiative de proposer à la signature de mes collègues députés européens une déclaration écrite demandant la prise en charge par l'UE de la protection d'Ayaan Hirsi Ali. Le délai de signature de cette déclaration a expiré hier, et avec 144 signatures elle est malheureusement très en deçà de la majorité simple des députés (393) exigée pour que le texte devienne une résolution officielle du Parlement.

Je tiens avant tout à remercier les signataires, issus de tous les Etats membres et de tous les groupes politiques, qui ont ainsi démontré leur attachement à la défense concrète des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mes remerciements vont également les trois élus UMP (sur 18) qui ont eu le courage de signer cette déclaration, d'évidence en leur nom propre plutôt qu'au nom de leur parti. Je suis obligé de constater que le parti du Président Sarkozy, qui a assuré à plusieurs reprises Ayaan Hirsi Ali de son soutien, a manqué une opportunité pour transformer en action cette bonne volonté affichée.

Je regrette l'inertie des Présidents des groupes politiques au Parlement Européen, notamment Daniel Cohn-Bendit (verts), Joseph Daul (PPE, UMP) et Martin Schulz (PSE), qui ont choisi de ne pas s'engager ni même de répondre aux courriers que je leur ai adressé sur le sujet.

Quant au Président du Parlement, Hans-Gert Pöttering, qui a reçu Mme Ayaan Hirsi Ali lors de sa visite au Parlement Européen, je déplore que son appui ne se soit pas matérialisé au-delà d'un simple rendez-vous et d'une séance photo.

Manifestement, il s'agit pour le Parlement Européen d'une occasion manquée pour démontrer qu'il est capable de passer à l'acte en matière de défense des droits de l'homme et des droits fondamentaux, au-delà des simples déclarations et autres proclamations solennelles.

Le Commissaire Frattini a déclaré avoir obtenu le soutien unanime des ministres UE sur un principe de reconnaissance mutuelle entre Etats Membres qui pourrait permettre aux citoyens dans la même situation que Ayaan Hirsi Ali de se déplacer à l'intérieur de l'Union. Il a également affirmé vouloir saisir de la question le gouvernement des Etats-Unis en vue d'un accord bilatéral UE - USA sur la question.

Ces premières avancées sont bienvenues, et démontrent que la mobilisation en faveur de Ayaan Hirsi Ali commence à porter ses fruits. Il y a cependant encore beaucoup trop d'incertitudes sur ce qui a effectivement été décidé.

Je saisirai la présidence slovène ainsi que la présidence française pour que ce dossier figure parmi les priorités du Conseil en 2008.

L'Union Européenne a proclamé solennellement la Charte des droits fondamentaux, et parmi ces droits figurent le droit à la vie, à la sûreté, à la liberté de pensée et d'expression. Il est urgent que ces droits s'appliquent à tous, sans ambiguïtés, notamment aux citoyens qui, comme Ayaan Hirsi Ali sont menacés de mort pour avoir osé s'exprimer d'une façon qui ne plait pas à tout le monde. Ces citoyens doivent être protégés, et demeurer libres de s'exprimer et de se déplacer.

Benoît Hamon Communiqué de presse du 27/3/2008