Des versets du Coran suivis d’images du 11 septembre, de prêches enflammés contre les Juifs et les homosexuels, parfois tenus aux Pays-Bas, pour finir par cette question, « l’avenir des Pays Bas ? », sur fond d’images de femmes, de gays et d’enfants martyrisés.

Le clip de Wilders ne méritait ni la publicité du gouvernement néérlandais (à force de vouloir l’empêcher de sortir), ni l’émotion feinte de certains pays islamiques pratiquant la censure envers le religieux mais l'incitation à la haine raciste à longueur de journées. Il ne méritait pas non plus d’être censuré par un diffuseur sur internet. ''Fitna'' est clip émotionnel, qui fait appel à l’instinct et non à la réflexion. Il a donc bien sa place sur internet, où l’on trouve déjà des milliers de clips de ce genre, réalisé par des djihadistes ou des paranoïques nous expliquant que le 11 septembre est un complot américain.

Bizarrement, d’ailleurs, les sites de partage de vidéo en ligne comme Daily motion rangent le film de Wilders dans la catégorie « inapproprié » (il faut vous enregistrer pour le voir), alors que les films complotistes sur le 11 septembre sont en libre accès. Pourtant, ces films-là contiennent des informations erronées et des manipulations qui peuvent vraiment induire un internaute en erreur. Alors que le film de Wilders, malheureusement, n’a même pas eu besoin de recourir à ce type de stratagème.

Il se contente d’aligner les images d’horreurs commises au nom de l’Islam ces dernières années. Sans les jihadistes et les intégristes, ce film n’existerait donc pas, puisque Wilders n’aurait aucune image à montrer.

Bien que minimal, le commentaire n’en demeure pas moins problématique. Vers la 10ème minute, Wilders fait le lien entre ces images de haine et le nombre grandissant de musulmans aux Pays-Bas, pour finir par dénoncer l’« islamisation ». Son film ne vise donc ni l’islamisme ni même l’Islam en tant qu’idéologie religieuse, mais le fait qu’il y a trop de musulmans en Europe. C’est un message xénophobe. En cela, le film de Wilders est très différent de ''Soumission'', écrit par Ayaan Hirsi Ali et réalisé par Théo Van Gogh, qui s’attaquait aux versets sexistes du Coran de façon féministe et anti-religieuse. C’est un message opposé à celui de ''Charlie Hebdo'', relaxé de l’accusation d’incitation à la haine, puisque notre traitement de l’affaire des caricatures de Mahomet visait clairement les intégristes, et non les musulmans.

Kurt Westergaard, le dessinateur danois ayant représenté Mahomet avec une bombe dans son turban, envisage d'ailleurs de porter plainte pour utilisation hors contexte de son dessin. Le dessinateur Danois a fait une caricature symbolisant l'instrumentalisation de Mahomet par des poseurs de bombes pour dénoncer la censure. Wilders a voulu faire de ce dessin un présage animé, au service d'un film amalgamant tous les Musulmans vivant en Europe avec des poseurs de bombes prêts à exploser. L'objet, un film et non une caricature, le contexte mais aussi l'intention changent le sens du dessin. Le dessinateur Danois a donc raison de protester.

C’est à ce genre de nuance que l’on distingue un engagement sincère, destiné à éveiller l’esprit critique d’un acte de propagande visant à éveiller l’instinct. Wilders fait plutôt partie de la seconde catégorie, comme les islamistes. Ils n’ont aucune leçon à lui donner. Puisqu’ils utilisent exactement les mêmes procédés pour accréditer l’idée d’un complot de l’Occident contre l’Islam, à partir de dessins ou de phrases sorties de leur contexte. Mais en prime, leurs films incitant à la haine trouvent des mains pour tuer. Ce qui fait tout de même une sacrée différence.

Caroline Fourest