Dans le cadre du plan "Espoir banlieues" annoncé par Sarkozy le 08 février dernier, un fonds destiné à l'ouverture de cinquante classes issues d'établissements privés en ZEP vient d'être mis en place.
Avec les dispositions de la loi Debré de 1959 s’applique le principe obligatoire du "forfait externat". Les pouvoirs publics représentés par les collectivités territoriales depuis la décentralisation des années 80, en l’occurrence les communes, départements ou régions, versent aux établissements privés une subvention de fonctionnement proportionnelle au nombre d'enfants inscrits en qualité d' "externes". Le montant du forfait est ajusté au coût de la scolarité d’un élève dans le public.
Avec les "lois Rocard" de 1984 sur l’enseignement, les sections agricoles des lycées professionnels (LP) et de centre de formation d’apprentissage (CFA) sous contrat privé bénéficient d’une allocation pour héberger les usagers n’habitant pas "sur place", et peuvent ainsi intégrer les internats d'établissements publics du secondaire s'il y a lieu. Avec le plan "Espoir banlieues", l'Etat versera une subvention d'internat pour les élèves de toute filière des établissements privés, logés hors domicile familial, quel que soit le motif de l’hébergement.
La loi Debré instaure aussi une sorte de quota coutumier dit des "80-20" pour les enseignants, garantissant un statu quo au niveau de l’emploi. Dans l'ensemble du système éducatif, pour 80% des personnels employés dans le secteur public, 20% sont alloués au privé. Dans l’optique d’une suppression de 11.200 postes publics à la rentrée prochaine, le nombre de postes privés d’enseignants devrait diminuer proportionnellement à cette baisse annoncée. Or le fonds d’intervention spécifique pour le privé viendra alors majorer les 20% traditionnels et augmenter l’effectif des personnels de ce secteur, tandis que se poursuivra la destruction pure et simple du secteur public par la liquidation progressive des postes d’enseignants …

En attendant la liste des ouvertures de classe, la direction de l'enseignement catholique a reçu 180 propositions des diocèses ou congrégations, après appel à candidatures. Fernand Girard, chargé du dossier auprès du secrétaire national à l’enseignement catholique Eric de Labarre, aurait choisi des structures pédagogiques privées en direction d'élèves décrocheurs, comme les "Orphelins apprentis d'Auteuil" du diocèse d'Auteuil ou les "Ecoles de production " d'obédience jésuite, espérant demander au ministère de revoir le plafond des 50 classes pour la rentrée 2008 !! Pour Xavier Darcos, il s'agit d'un effort demandé au privé "dans le cadre de sa participation au service public d'éducation", de lutter contre les inégalités et de favoriser la mixité sociale … On rappellera qu’en 2006 à l’occasion d’une convention UMP dédiée à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l'éducation, la directrice des études du parti Emmanuelle Mignon entendait "trouver un moyen pour que les familles de banlieue puissent bénéficier des savoir-faire des établissements catholiques et d'un vrai choix entre école privée ou publique". Le concept aura fait son chemin - de croix, de bois ou autres – et trouvé place dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy. Mignon était alors sa conseillère technique au ministère de l’intérieur. L’implantation de "pédagogique" privé et notamment confessionnel dans l’éducation nationale à partir des banlieues, sous prétexte de restructuration des jeunes et des familles ou de choix d’éducation, risque encore de mettre le feu au poudre.

Nathalie Szuchendler


Voir http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/02/24/1963-emmanuelle-mignon-l-eminence-de-sarkozy
Voir http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/?q=sarkozy+religion