Une vague d'homophobie s'est emparée du Sénégal et s’ajoute à la législation répressive qui visent les gays et lesbiennes du pays. L'article 3.913 du code pénal sénégalais punis en effet les actes homosexuels d'un emprisonnement allant de un à cinq ans et d'une amende pouvant atteindre 2 300 euros. L'arsenal légal justifie alors la délation dont tout citoyen sénégalais peut faire l'objet. D'après la revue afrik.com, c'est dans ces conditions qu’environ dix personnes ont été placées pendant trois jours en garde à vue à Dakar, le 08 février 2008, dans le cadre d'une enquête sur un supposé mariage gay il y a un an et demie. L'origine de cette détention serait due en partie au témoignage de Mansour Dieng, directeur de publication du magazine people "Icône". La revue a produit en février un dossier sur l'homosexualité dont elle a dénoncé le caractère pernicieux, tandis que l’éditorial était centré sur l’escalade du phénomène chez les jeunes. Le dossier ainsi construit avec photos du mariage à l’appui, références au code de la famille et suspicion de prostitution, aurait "irrité" les personnes concernées. Des menaces à l'encontre de l'éditorialiste et son dépôt de plainte auraient conduit la police dans ce qu'on nomme une "maison de rencontres" où des gays ont été appréhendés par la Division des investigations criminelles (DIC).
Conspués dès la fin de leur détention, ils se sont heurtés à la vindicte populaire et aux actions homophobes qui ont embrasé la capitale. Une pétition nationale a été lancée le 17 février par un comité de suivi sur la "dégradation des mœurs et le non-respect des valeurs religieuses dans les médias", relayée par des responsables religieux comme le pasteur Waly Sarr, président de la Fraternité évangélique du Sénégal, et l'imam Mbaye Niang lui-même député du Mouvement de la réforme pour le développement social. Abdou Latif Guèye, secrétaire général du Rassemblement démocratique Sénégalais (opposition) a estimé que "le combat contre l’homosexualité et toutes les déviances qui déshumanisent l’individu est un combat légitime et moral, mais aussi hautement civique et patriotique". Un constat qui a force de croisade "envers une pratique abjecte condamnée irrémédiablement par la loi de Dieu et celles des hommes" quand il émane d'un opposant au gouvernement Wade qui oeuvre, à ses heures perdues, à la présidence de l’organisation non gouvernementale islamique Jamra. Le 15 février, l'imam Mbaye Niang organisait une manifestation à Dakar pour combattre "la dépravation des moeurs et la libération d’homosexuels". Le 07 février, le Collectif des Associations Islamiques du Sénégal (CAIS) apportait leur soutien au journal "Icône" tout en dénonçant la menace que représente le complot homosexuel. (1)

Plusieurs associations (2) ont fait entendre leur voix pour dénoncer les entorses aux droits fondamentaux pratiquées au Sénégal. “Certains d’entre nous se cachent et d’autres ont fui le pays” précise un militant de l'International Gay and Lesbian Rights Commission (IGLHRC). “Le traitement inhumain des homosexuels et des lesbiennes doit s’arrêter. Nous demandons à la communauté internationale de renforcer le droit humanitaire international” a déclaré Paula Ettelbrick, directrice exécutive de l’IGLHRC. Bien qu'il ait mis en place depuis 2005 un plan de lutte contre le Sida comprenant des mesures pour lutter contre le VIH en milieu gay, le Sénégal apparaît encore comme l’un des rares pays africains francophones à pénaliser l’homosexualité et à stigmatiser socialement les personnes LGBT. Membre de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) dont il doit d'ailleurs accueillir l'un des sommets en mars 2008, le Sénégal doit aussi recevoir la Conférence Internationale sur le SIDA et les IST en Afrique (ICASA) en décembre 2008. Dans l'homophobie qui règne sur la capitale depuis l'éclatement de l'affaire "des gordjiguens", le climat semble peu propice à l'accueil des intervenants représentatifs des associations lesbiennes et gays pour cette discussion. “Nous espérons plus d’un pays avancé comme le Sénégal” déclare Danilo da Silva, un co-responsable de Pan-Africa ILGA.

Nathalie Szuchendler

(1) in http://www.sudonline.sn/spip.php?article8845
(2) communiqué de presse de Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), Organisation nationale des droits de l’Homme (ONDH), l’Union interafricaine des droits de l’Homme (UIDH), Amnesty International Sénégal (AI), Pan Africa ILGA, Association Internationale Gay et Lesbienne (ILGA) du 8 février 2008, in http://www.inter-lgbt.org/spip.php?article802