T.E.R.R.A. (Travaux, Etudes, Recherches sur les Réfugiés et l'Asile) est un réseau de chercheurs travaillant sur les problématiques liées à l’asile politique. Il s’agit aussi d’un réseau militant impliquant plusieurs associations telles que la CIMADE, RESF ou encore le GISTI pour ne citer que les plus connues. A ce titre, TERRA diffuse, auprès de ses abonnés – dont je fais partie depuis environ trois ans –, plusieurs e-mails quotidiens qui traitent essentiellement des difficultés rencontrées par ceux qui ont été conduits à quitter leur pays, de leurs parcours d’exil mais aussi des politiques nationales et européennes mises en œuvre pour gérer les flux migratoires.

Les e-mails qui me sont envoyés par TERRA m’informent généralement de la tenue d’une conférence, d’une réunion publique, d’une action militante ou me signalent la publication d’un ouvrage. Il n’est pas rare qu’une contribution extraite d’une revue scientifique ou qu’un article paru dans la presse nationale y soient reproduits. Or, quelle ne fût pas ma surprise lorsque hier matin, lundi 11 février, je reçois, via la liste de diffusion de TERRA, un texte particulièrement violent dirigé contre… Ayaan Hirsi Ali ! Le texte, extrait du site des Indigènes de la République, a déjà été repris par Bellacio, Indymedia/Paris Ile-de-France, ou encore le site antisémite et conspirationniste alterinfo.net.

A coups de citations tronquées, l’atrabilaire auteur de ce torchon brosse un portrait infamant de la dissidente de l’islamisme, à qui la nationalité néerlandaise a failli être retirée. Traitée d’opportuniste et d’islamophobe, Ayaan Hirsi Ali y est présentée comme une « Rastignac somalienne » et qualifiée de « traître sordide » (sic). Y est également rappelé, afin de mieux la disqualifier, que l’ex-députée néerlandaise a menti sur la réalité de son pays d’origine lors de sa demande de reconnaissance du statut de réfugiée aux Pays-Bas – point sur lequel elle s’est exprimée de son propre chef. L’auteur ne s’interroge même pas sur le bien-fondé éventuel de sa demande de protection internationale. Un comble lorsqu’on sait que la spécificité du réseau TERRA est, précisément, d’être engagé – et avec quelle largesse – aux côtés de tous les exilés, qu’ils craignent d’être persécutés en cas de retour dans leurs pays ou même qu’ils soient des réfugiés écologiques !

Cependant, ce n’est pas là le plus grave. Le summum de l’abjection est atteint avec la phrase conclusive de l’article, un appel au meurtre à peine camouflé. A l’adresse d’Ayaan Hirsi Ali, l’auteur écrit ainsi : « Il lui suffisait de lire ses classiques pourtant, pour savoir que le traître, qu’il soit sublime ou sordide, et c’est ce qui fait son charme, finit toujours mal, en général... »

Alors que se passe-t-il ? TERRA assume-t-il les propos tenus dans ce texte scandaleux ? Ou ne s’agit-il que d’un dérapage regrettable ?

Rudy Reichstadt