Juno, réalisé par Jason Reitman et produit par Fox Searchlight, la filiale « films d’auteurs » de la Fox, est sorti sur les écrans français le 6 février dernier. Le pitch en est plutôt simple : une jeune ado plutôt « white trash » tombe accidentellement enceinte. Elle choisit de mener sa grossesse à terme et de confier l’enfant à un jeune couple, pas si parfait, des beaux quartiers.

Il n’en fallait pas plus aux anti-avortement pour y voir une promotion de leur opposition au droit de choisir comme le rapporte le site de la très catholique Fondation de service politique. Malheureusement pour Philippe de Saint-Germain qui signe l’article pour le site de la Fondation, il aurait été plus prudent de voir le film avant d’écrire qu’« elle pense à l’avortement mais hésite après en avoir parlé avec un conseiller pro-vie. » En guise de conseiller pro-vie, Juno rencontre une de ses camarades de classe (plutôt ridiculisée) qui manifeste seule devant le centre de planification familiale. Et en guise d’arguments contre l’avortement, l’adolescente apprend à son amie que son fœtus a des ongles ! La belle-mère de Juno étant elle-même manucure de profession, il n’est pas nécessaire de décrire les gags qui suivront !

La Fondation de service politique, qui rapporte les analyses de Daniel Allott de l’institut American Values sur le film, en profite pour faire un état de lieux du soutien à l’avortement chez la jeunesse américaine, plutôt mal en point (un sondage de l'institut Harris Poll donnerait 55% des 18-30 ans « opposés à l'avortement »). Et d’en conclure aussitôt qu’un film comme Juno marquerait l’intérêt des studios pour la cible anti-avortement. L’analyse de Daniel Dallot, reprise par de nombreux sites internet opposés à l’avortement, va même jusqu’à décrire un effet mécanique dans le développement de l’opposition à l’avortement, appelé « Roe effect » : les partisans de l’avortement ayant avorté, ils auraient moins d’enfants… donc, la jeunesse actuelle serait plus largement issue de familles « pro-vie » et par conséquent elle-même plus opposée au droit de choisir.
Malgré les déclarations de Jason Reitman et d’Ellen Page (l’actrice principale du film) refusant la récupération de leur film par des groupes de pression opposés au droit de choisir comme l’Institut American Values, plusieurs films « indépendants » traitant du sujet de la grossesse non désirée (dont Waitress d’Adrienne Shelly) sont proclamés comme « pro-vie ». Comme si le choix de ne pas avorter, ressort dramatique de ces productions, était en soi une position « pro-vie » ! Sans vouloir récupérer pour notre compte ces films, on pourrait plutôt percevoir un message défendant la possibilité de choisir de mener ou non une grossesse à terme. Bref un message « prochoix ».

Au contraire, le film de Christian Mungiu, 4 mois, 3 semaines, 2 jours, qui a reçu la Palme d’or et le prix de l’Education nationale à Cannes en 2007, avait été perçu comme une promotion inacceptable de l’avortement pour les associations familiales françaises qui avaient demandé au ministère de l’Éducation d’interdire sa diffusion dans les classes. Film dur et violent sur l’interdiction d’avorter dans la Roumanie de Ceaucescu, Xavier Darcos avait tout d’abord refusé la réalisation d’un DVD pédagogique autour du film avant de revenir en arrière à la rentrée 2007, sous la pression d’association comme la Société des Réalisateurs de films (Lire). Faut-il en conclure qu’il serait plus facile pour les anti-avortement d’annexer les comédies parlant de grossesses non désirées dans une société où existe le choix que de se saisir de films « réalistes » traitant de la condition des femmes dans celles où l’avortement est passible de prison ?




Alexandre Lassalle