Dans un article publié sur Rue 89 le 25 janvier, intitulé "Les médias français boycottent injustement les catholiques" (1) , un opposant à l’avortement se paye une tribune sur ce média participatif pourtant orienté à gauche. Sous couvert de dénoncer le silence des médias sur la marche pour la vie qui réunissait la fine fleur des opposants au droit des femmes à avorter (seul La Croix a parlé de la manifestation dans un article partisan du 21 janvier Les pro-vie reprennent espoir), Quentin Thomasset nous explique entre autres que « la France est un pays catholique, culturellement et historiquement, le nier serait du pur révisionnisme. » Il expose aussi sa vision de la laïcité qu’il définit comme l’exercice de la liberté religieuse, en oubliant la notion de séparation de l’Etat et de la religion, définie alors comme relevant de la sphère privée. On peut d’ailleurs s’interroger sur le terme de « laïcs catholiques » dont l’auteur semble se revendiquer.
S’agit-il du même courant dont se réclame un groupe présent à la Marche pour la vie mais non signataire du collectif « 30 ans, ça suffit » : l’Institut Civitas ? Sur son site internet (2), l’Institut Civitas se présente en effet comme « un mouvement politique inspiré par le droit naturel et la doctrine sociale de l'Église et regroupant des laïcs catholiques engagés dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier. » Faut-il comprendre dans l’expression « laïcs catholiques » du texte publié sur le site de Rue 89 la désignation de catholiques investis dans la vie politique et ayant pour but de « restaurer la France chrétienne » ? Sans aller jusqu’à de telles affirmations, on peut néanmoins remarquer que la volonté d’attirer le débat sur la question d’un statut de l’embryon est au cœur de ce texte bien plus idéologique que journalistique : « On refuse d'amener le débat sur la question fondamentale du bien-fondé moral de l'avortement, de savoir si le foetus peut être ou non considéré comme une personne à part entière (…). » Or c’est précisément en ramenant en permanence la question de l’avortement sur des débats relevant bien plus de morale que de la politique que les anti-ivg tentent peu à peu de remettre en cause le droit des femmes. Et quand ils n’opposent pas frontalement les droits du fœtus (pour lesquels ils militent activement) aux droits des femmes, ils tentent de faire passer cette fameuse question du commencement de la vie humaine comme la problématique centrale du droit à l’avortement. Il suffit d’ailleurs de lire les commentaires laissés sur le site de Rue 89 pour voir à quel point ce débat est piégé pour les défenseurs des libertés individuelles. Alors qu’aux Etats Unis, où l’arrêt Roe vs Wade a autorisé l’IVG il y a 35 ans, les anti-avortements organisaient à Washington leur « Marche pour la vie », on voit combien il est important de ne pas perdre de vue que c’est avant tout de droit des femmes, en premier lieu, à maîtriser la reproduction qui est au cœur du débat. Car au-delà de l’avortement, ce sont aussi certaines techniques de contraception, comme le stérilet ou la pilule du lendemain, qu’ils qualifient « d’abortives », que les anti-avortement souhaitent interdire. Pour conclure son appel, Quentin Thomasset « exige, de tous ceux qui s'appellent ‘journalistes’, une plus grande ouverture d'esprit, une plus grande tolérance, une remise en question de leur jugement. » Nous leur demanderons seulement un peu plus de vigilance.

Alexandre Lassalle

En octobre 2007, Rue 89 avait permis à François Gèze, sans filet d'expliquer que les attentats en Algérie étaient en fait l’instrument d’un clan algérien pro-américain au service d’une lutte de pouvoir visant à contrôler les ressources hydrocarbures du pays. Lire l'article, François Gèze et la théorie du complot (Antoine Vitkine)
(1) http://www.rue89.com/2008/01/25/les-medias-francais-boycottent-injustement-les-catholiques
(2) http://www.civitas-institut.com/component/option,com_frontpage/Itemid,1/