10 000 ! C’est le chiffre que ne cessaient de proclamer les animateurs de la Marche pour la vie, organisée le 20 janvier à Paris, afin de motiver leurs manifestants. Vraisemblablement dopé par leur succès relatif, le site du collectif « 30 ans, ça suffit » annonce aujourd’hui jusqu’à 20 000 participants (selon le compte de leur service d’ordre – la police avance le chiffre de 2 500). Le chiffre de 10 000 semble toutefois bien plus réaliste. Le collectif, créé en 2005 à l’occasion des 30 ans de la loi Veil, regroupe la crème du mouvement anti-avortement en France : La Trêve de Dieu (dont Christine Boutin était la marraine), SOS Tout Petits, Laissez-les vivre-SOS Futures Mères, Choisir la Vie ou encore le Comité pour sauver l’enfant à naître. On compte aussi parmi les signataires l’Association des Chrétiens Protestants et Evangélique pour le Respect de la Vie-SOS Maternité, la Coordination pour la vie Saône et Loire, Promouvoir, Renaissance Catholique et, enfin, RIVAGE.

La manifestation, qui a quitté la place de la République aux alentours de 15h, a bien tenté de se donner des airs bon enfant avec ballons colorés, disco tonitruante, chorégraphie d’enfants et reprise d’une chanson de Yannick Noah. Malheureusement il n’a pas suffi pour eux de travestir les paroles de la chanson écolo Aux Arbres Citoyens en quelque chose comme « Puisqu’il faut changer les choses/En marche, citoyens/un parti pro-vie s’impose/Pour demain » pour s’attirer la sympathie des passants. Et pour ceux qui n’auraient pas compris à qui ils avaient à faire, les deux cortèges fermant la marche venaient répondre à toutes les questions. Le premier, en rang serré derrière les banderoles de l’Institut Civitas et de France Jeunesse Civitas, avait en grande partie échangé les pancartes colorées réclamant « des lois pour la vie » pour des drapeaux français ornés du sacré-cœur. Juste derrière, le cortège plus clairsemé de SOS Tout Petits préférait comme à son habitude les chants religieux au tube disco It’s Raining Men.

Comme le déclarait Jean-Bernard Grenouilleau, fondateur de « Laissez-les vivre », au journal La Croix du 21 janvier (sous le titre « Les pro-vie reprennent espoir »), les anti-avortement ont conscience que leur combat « est très minoritaire ». Ils ont compris qu’il n’était pas encore temps de s’opposer frontalement à la loi Veil. Aussi, les mots d’ordre de la marche laissent transparaître, d’une part, le souci de paraître respectable (par exemple, on n’entendra pas de comparison de la dépénalisation de l’avortement avec l’holocauste) et d’autre part, l’objectif de diffusion de certains messages dans l’opinion publique. Il s’agit par exemple d’aborder les questions démographiques à travers un slogan comme « Pas d’enfants, pas de retraites » ou de promouvoir leur volonté d’inscrire le « respect de la vie de sa conception à sa mort naturelle » dans la constitution avec une banderole réclamant un statut de l’embryon. Mais surtout il s’agit d’opposer le droit des femmes à celui des enfants. Les discours de la tribune sont ainsi très clairs : quand les femmes n’avortent pas dans le dos des pères, elles sont accusées d’avorter parce que le sexe de l’enfant n’est pas celui attendu. Le chiffre de 18%, repris sur un édito de Cécile Edel du bulletin de l’association Choisir la Vie, est même avancé. Ce chiffre provient en réalité d’un sondage sur l’intérêt d’un nouveau test permettant de connaître le sexe du futur enfant dès 6 semaines de grosses. Le sondage, publié dans Elle le 8 octobre 2007, a été effectué à partir de 610 réponses collectées sur un forum internet.

Hormis la présence de Bruno Gollnisch et de Martine le Hideux, la manifestation avait reçu pour unique soutien politique celui de Jean-Marie Le Pen lui souhaitant « le plus grand succès » à travers un communiqué de presse du 18 janvier. Il ajoutait : « Seule une forte mobilisation est susceptible d’ouvrir les yeux et les cœurs des autorités civiles, morales et religieuses, et de préparer la voie à une nécessaire politique de soutien à la vie, qui donnerait son sens à une authentique « politique de civilisation » et de redressement national. » Si la référence à « la politique de civilisation » de Nicolas Sarkozy était aussi de mise sur quelques pancartes du cortège (Sarkozy n’étant pas, malgré ses récentes déclarations, en odeur de sainteté chez les anti-avortements ne lui pardonnant pas, entre autres, d’avoir déclaré en Arabie Saoudite vouloir faciliter la construction de mosquée), c’est surtout le Planning familial qui a été la cible des attaques des anti-avortement l’accusant de faire pression sur les femmes enceintes. Au rappel de la campagne d’affichage lancée par le Planning familial le 18 janvier en Ile-de-France (sexualité, contraception, avortement/un droit, mon choix, notre liberté), les manifestants ont, poliment tout de même, émis de sonores protestations.




Alexandre Lassalle