Alors qu’en Afrique du sud 29,1 % des femmes enceintes vivent avec le VIH, Monseigneur Hugh Slattery, évêque de Tzaneen, fait la promotion d’un documentaire qu’il a réalisé sur l’épidémie de sida dans son pays. Pour lui, le préservatif ne protège pas du sida. Il constate au contraire que l’Afrique du sud est à la fois un des pays qui connaît la plus forte prévalence du virus au monde et un de ceux qui a le plus fort taux de distribution de préservatif. Il en conclut donc que « plus de préservatifs signifient plus de cas de SIDA et plus de morts ». Mais « il est bien sûr ‘politiquement incorrect', aussi bien ici que dans le monde occidental, d'envisager l'éventualité que le préservatif puisse en réalité alimenter cette maladie mortelle au lieu de la freiner », ajoute-t-il. Il ne s’arrête pas là. Le documentaire explique que la propagation du sida dans le pays est essentiellement due à trois facteurs : un manque de suivi des jeunes de la part des parents, une politique non adaptée et l'influence de groupes d'intérêt externes. Par « l’influence de groupes d’intérêt externes », il désigne bien sûr l’industrie du préservatif, mais aussi les ONG favorisant l'éducation à la prévention des MST ou les droits des femmes, comme l’avortement. Ce qui n’est pas sans rappeler les récentes attaques de Benoît XVI contre ces mêmes ONG coupable de défendre le droit à l’avortement et le contrôle des naissances. Ce premier documentaire d’une série de trois films, qui a remporté le grand prix du 22e festival international multimédia catholique « Niepokalanow 2007 », a pour ambition de révéler la vérité sur le sida aux Africains du sud. Comme le déclare Slattery, « il y a (en Afrique du sud) une croyance largement répandue selon laquelle les personnes qui meurent du SIDA ont été ensorcelées ». Mais plutôt que de contribuer à l’éducation à la prévention, il préfère mettre en cause la démocratie (« La transition à la démocratie dans ce pays a apporté la liberté, mais il y a eu un prix à payer, spécialement au niveau des jeunes. ») et les droits de l’homme (« On a promu de manière agressive une culture des droits de l'homme pour tous, y compris pour les enfants. Les parents ont l'impression de n'avoir plus aucune autorité sur leurs enfants et les laissent faire ce qu'ils veulent. »).
Au contraire de Desmond Tutu, prix nobel de la paix en 1984 et fondateur de la Desmond Tutu HIV/Aids Foundation luttant pour l'accès aux traitements anti-rétroviraux et pour le préservatif, Hugh Slattery se rapproche des politiques gouvernementales oscillant entre déni et désinformation. En effet, si Thabo Mbeki, le président d’Afrique du sud, a pu être applaudi par les militants de la lutte contre le sida pour avoir défendu la production de médicaments génériques moins coûteux par les pays les moins fortunés et remporté le procès entrepris par des sociétés pharmaceutiques multinationales en avril 2001, il a aussi été sévèrement critiqué par une personnalité comme Desmond Tutu pour avoir par exemple demandé en 2000 la création d’un groupe de recherche remettant en cause le lien entre VIH et sida. Si des avancées sur le terrain de la prise en charge de l’épidémie ont été réalisées par l'ex-vice-ministre de la santé Nozizwe Madlala-Routledge, notamment sur le terrain de la prévention et de l’accès aux traitements, son limogeage en août 2007 peut être interprété comme un retour aux positions antérieurs de sa ministre de tutelle. Manto Tshabalala-Msimang, ministre de la Santé depuis décembre 2000, est en effet hostile aux anti-rétroviraux et propose la consommation de fruits et légumes pour lutter contre le virus. Avec l’élection en décembre 2007 de Jacob Zuma à la présidence de l’ANC, et donc sa probable élection à la présidence de l’Afrique du sud en 2009, la situation du sida en Afrique du sud ne devrait pas connaître d’amélioration. Chrétien entaché par de nombreux scandales financiers, Zuma a été accusé en 2006 du viol d’une jeune femme séropositive. Relaxé, il a néanmoins affirmé s’être protégé d’une possible contamination en ayant pris « une douche complète ».



Alexandre Lassalle