En un mot, Nicolas Sarkozy a ruiné tous les efforts des associations antiracistes féministes et laïques luttant contre la confessionnalisation des identités et du débat public.

Le 29 novembre dernier, lors de son intervention télévisée, il réagissait aux propos antisémites du ministre algérien des anciens combattants en expliquant qu'il était résolu à combattre l'"antisémitisme et l'islamophobie". Il vient de récidiver lors de son séjour en Algérie.

L'utilisation de mot — contre laquelle Fiammetta Venner et moi-même n'avons cessé de mettre en garde depuis 2003 — est grave. Par sa portée anti-laïque, le mot "islamophobie" assimile la critique de la religion et de l'idéologie islamique à du racisme envers les musulmans. En vertu de quoi, il est utilisé par les associations intégristes pour faire taire tout esprit libre, à commencer par les musulmans laïques — souvent traités d'"islamophobes" par ces intégristes.

En donnant une aura présidentielle à ce mot pensé par les intégristes pour faire passer le blasphème pour du racisme, Nicolas Sarkozy trahit la lettre de soutien qu'il avait adressée à Charlie Hebdo lors du procès des caricatures intenté par des organisations comme l'UOIF — qui prétendait confondre la publication de caricatures avec du racisme "islamophobe".

Inconscience ? En réalité, l'utilisation de ce mot s'inscrit très logiquement dans l'approche communautariste et complaisante envers l'intégrisme qui a toujours guidé l'action de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur. Il a toujours été persuadé qu'il fallait être dur avec les délinquants et les immigrés mais tendre avec les communautés religieuses pour équilibrer. D'où la place de choix accordée à l'UOIF au sein de l'Islam de France.

Mais cela correspond aussi à sa vision religieuse des identités. On se souvient qu'il avait nommé un préfet en le désignant comme "musulman" (il avait même déclaré : "être musulman cela se voit sur la figure). Certains pensaient que son accession au poste suprême freinerait cette dérive. C'est faux. Elle ne fait qu'empirer.

Caroline Fourest