Un responsable algérien a accusé Sarkozy d’être le relais du “lobby juif” lundi dernier auprès de “El Khabar”, le principal quotidien du pays. “Vous connaissez les origines du président français et ceux qui l’ont amené au pouvoir” a sous-entendu Mohamed Chérif Abbas, ministre algérien des Anciens Combattants (“Moudjahidines”), l’accusant aussi d’être un agent sioniste. Et d’ajouter sans complexe : “Pourquoi Bernard Kouchner, une personnalité de gauche, a-t-il décidé de sauter le pas ? Cela ne s’est pas fait pour des croyances personnelles. C’était le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France”. Dans la même interview, M.C. Abbas juge que “la venue d’Enrico Macias est une provocation”. La participation annoncée du musicien d'influences arabo-andalouses au trip présidentiel a déclenché une salve de violentes polémiques de la part des milieux islamistes, le qualifiant d’ “agent à la solde d’Israël”.

Un antisémitisme récurent

Le thème du “noyautage du lobby juif” est récurrent au niveau du gouvernement algérien. Pendant une visite à Alger l’année dernière, un responsable socialiste français a “joui” de remarques sur la “présence des juifs” dans les instances dirigeantes de son parti. Issu des rangs du Rassemblement national des démocrates (RND), un parti de l’alliance soutenant Abdelaziz Bouteflika, Abbas s’était affolé de l’état du P.S français : “Monsieur Hollande, on dit que l’influence des juifs est extrêmement forte dans votre parti. Comment comptez-vous faire pour la réduire ?” Bouteflika lui-même a recours à la rhétorique antisémite. Selon les révélations du Canard Enchaîné du 30 août 2006 qui n’ont d’ailleurs été jamais démenties, le premier secrétaire du P.S lors de sa visite en Algérie avait été confronté aux propos du président affirmant que “les chambres à gaz utilisées par les nazis contre les juifs étaient beaucoup plus propres que les fours à chaux utilisés par l’armée française contre les fellagas”. M.C. Abbas rejoint les dénonciations de Le Pen à propos des origines de Sarkozy (les "trois grands-parents étrangers") et de la nationalité de Rachida Dati. Face au scandale diplomatique, le président algérien, élu au choix des généraux, a corrigé les propos de son ministre. Le dérapage de Mohamed Cherif Abbas n’a pas provoqué de désapprobation de la part des milieux politiques algériens. Seul s’est offusqué le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), un petit parti d’opposition. Sans démentir la teneur de ses propos, M.C. Abbas a fait part de son étonnement et de son mécontentement face à l’article du quotidien algérien, soutenu dans ses raisonnements par "la famille révolutionnaire", c’est-à-dire les mouvements et associations se réclamant de l'héritage direct de la guerre d'indépendance de 1954-62.

Des placements en perspective

Escorté par huit ministres et secrétaire d'Etat, Sarkozy est arrivé à Alger "en ami", où l’attend la signature de contrats dont le montant est estimé à cinq milliards de dollars. Le groupe pétrolier Total doit investir 1,5 milliard de dollars dans un vapocraqueur à Arzew (Algérie-ouest) en partenariat avec le groupe public algérien Sonatrach, Gaz de France doit débourser un milliard de dollars pour un gisement gazier et reconduire jusqu'en 2019 ses contrats d'approvisionnement en gaz algérien. Après la Norvège et les Pays Bas et avant la Russie, l'Algérie est le 3e fournisseur de gaz de la France. Un contrat sur le nucléaire civil concernant la formation et les échanges d'expériences en matière de sécurité devrait être également signé. Tandis que le président du Forum des chefs d'entreprises (FCE, un des principaux syndicats patronaux algériens), Réda Hamiani, souhaite la création d'une "zone franche industrielle" pour favoriser l'investissement industriel français en Algérie.

Les disparus de 1990

Ammnesty International demande au président français de "rappeler au gouvernement algérien qu'il est tenu de faire toute la lumière sur le sort de milliers de personnes 'disparues' lors du conflit des années 1990". "Si le phénomène des disparitions en Algérie a aujourd'hui perdu de son ampleur (...), il n'en continue pas moins", explique l’organisation, citant notamment dans un communiqué les cas de Mohamed Fatmia, Mohamed Rahmouni, Kamal Akkache, qui ont été "arrêtés cet été par le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) et ne sont pas réapparus depuis". Le gouvernement Bouteflika a signé la "Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées" à Paris le 6 février 2007. Il s’agit donc de "rappeler ses obligations à l'Algérie: abrogation des mesures qui accordent l'impunité aux forces de sécurité, établissement d'un registre public qui puisse recenser le nom des 'disparus' et les circonstances de leur 'disparition', ouverture d'enquêtes approfondies sur les milliers de disparitions forcées suivies de poursuites judiciaires à l'encontre des responsables présumés".

Nathalie Szuchendler