La ville de Ksar El Kébir a retrouvé son calme, après le singulier scandale qui a secoué le pays et le délire homophobe qui a embrasé la petite ville au nord du Maroc vendredi dernier. Une fête privée donnée le 19 novembre n'a pas été du goût des autorités et des habitants qui ont visiblement pris le cérémonial en question pour un ... mariage gay !

Le scandale a été d'autant plus grand que les familles des "mariés" assistaient à la fête. Tandis que les intégristes islamiques ont dénoncé une union "contre-nature", les plus libéraux y ont vu une manipulation des religieux travestissant ainsi une simple fête locale en une suprême perversion...

Quelque soit la véracité de l'affaire, une centaine de personnes se sont rendues au domicile des "hommes à abattre" pour leur faire la peau. On apprend aussi que des lycéens avaient projeté de faire un sit-in pour "dénoncer le mariage homosexuel". Le ministère public, lui, n'a pas hésité à faire arrêter huit personnes pour avoir commis "des actes contraires à la loi".

Selon la presse marocaine, les fêtards en questions s'éclataient à une "soirée gnanoua". Aux dires du quotidien Aujourd'hui le Maroc, "l'organisateur de la fête a précisé aux enquêteurs qu'il voulait juste "réaliser une vision" dans laquelle "une femme leur aurait demandé de s'habiller comme elle et d'offrir un présent au saint Sayed Al Madloum". Cette fête semble correspondre à un cérémonial saisonnier, dont la liturgie ressemble au vaudou haïtien et à d'autres rites de même type, au cours desquels des adeptes en état de transe sont vus comme possédés par des entités surnaturelles. Le ministre de l'Intérieur Chakib Benmoussa a confirmé le lien entre cette cérémonie et les "rituels de charlatanisme", même s' "il n'a pas été établi à ce jour qu'il s'agit d'un mariage entre pervertis sexuels".

En vertu du code pénal marocain, seul l'acte homosexuel est pénalisé d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende allant de 120 à 1.000 Dirhams. "Et jusqu’à preuve du contraire, organiser une fête privée n’est pas constitutif d’un délit ou d’un outrage aux bonnes mœurs" ajoute le quotidien. Ce qui n'a pas empêché la Chambre des conseillers de poser le mariage entre deux hommes à Ksar El Kébir comme une «question d’actualité».

On rappellera que selon les normes internationales, pratiquer sa sexualité comme on l'entend demeure l'un des droits fondamentaux.

Nathalie Szuchendler