Celle qu’on a nommée la "fille d’Al Qatif" a été condamnée à une peine de six mois de prison et 200 coups de fouet par le Conseil suprême de la Justice saoudienne. Cette décision fait suite au réexamen du premier jugement, qui avait prononcé à l'encontre de la jeune femme une peine de flagellation... pour avoir rencontré un homme dont elle n'était pas parente. Agée de dix-huit ans lors des faits, la jeune saoudienne victime d’un maître -chanteur avait rencontré son escroc dans une voiture à la demande de celui-ci. Une bande composée de sept inconnus avaient kidnappé le couple et s’en étaient pris à leur victime féminine. Celle-ci avait porté plainte pour viol et rendu l’affaire officielle. Mais c’était sans compter l'interprétation saoudienne de la loi islamique qui interdit à un homme et une femme non-mariés ou n'ayant pas de liens de parenté de communiquer en public.
Les juges de la ville de Qatif avaient décidé de condamner la femme et l'homme à des coups de fouet pour s'être retrouvés seuls dans une voiture, tandis que deux des sept criminels avaient été acquittés et cinq autres condamnés à des peines de prison allant de 10 mois à cinq ans. Considérant que la victime tentait "d’envenimer la situation et d’influencer l’appareil judiciaire par l’entremise des médias", la plus haute cour saoudienne a doublé la peine... Elle a aussi retiré à l'avocat, militant des droits de l'homme, l'autorisation d'exercer et l'a convoqué à comparaître début décembre devant une commission de discipline. "La décision d’interdire à l’avocat de la victime de viol de continuer à s’occuper du dossier illustre le peu de respect qu’ont les autorités saoudiennes pour la profession d’avocat ou pour la loi en général" a souligné Sarah Leah Whitson, directrice à la division Moyen-Orient de Human Rights Watch (organisation de défense des droits humains à travers le monde).
Cette sentence illustre les multiples interdits dont les femmes font l'objet en Arabie Saoudite, qui abrite les deux principaux lieux saints de l'islam à La Mecque et à Médine, et gouverne selon les principes du wahhabisme imposant une séparation totale des sexes au nom de loi islamique. La prohibition basique interdit à une femme de se trouver en compagnie d'un homme n'appartenant pas à sa famille proche, c'est-à-dire son grand-père, son père, son oncle, son mari, un fils, un frère. Une Saoudienne, quel que soit son âge, ne peut obtenir de passeport sans la présence d'un "Mahram" (gardien ou tuteur), son mari ou un membre de sa très proche famille. Les femmes sont également tenues de se vêtir "de manière modeste", couvertes des pieds à la tête par une "abaya" (longue tunique noire) qui ne mette pas en valeur leurs formes. En outre, la quasi-totalité des Saoudiennes portent non seulement un "hijab" (voile) pour cacher leurs cheveux, mais aussi un "niqab" (masque) sur le visage qui ne laisse apparaître que les yeux. Elles n'ont pas le droit non plus de manger seules dans les restaurants, qui sont divisés en deux parties : une pour les familles (pour les femmes accompagnées de leurs maris ou d'un "Mahram") et une autre pour les hommes. Les femmes n'ont pas non plus le droit de conduire. L'application de ces règles revient à la Commission pour la Promotion de la Vertu et la Prévention du Vice, une police religieuse de plusieurs milliers d'hommes ("moutawas") dont la mission est de faire respecter l'ordre moral dans le royaume. Il n’existe ni parti politique, ni élection, ni Parlement autonome, ni magistrature indépendante, ni syndicat, ni organisation vouée à la défense des droits humains. Les abus de pouvoir sont favorisés par l’absence de tout contrôle judiciaire au moment de l’arrestation et de la détention. Amnesty International a souligné ce type de manquements de la justice, et estime que le fait de considérer la "Khilwa" (adultère) comme une infraction est contraire aux normes internationales en matière de droits humains, notamment le droit à la vie privée. Les poursuites engagées contre ces personnes doivent donc être déclarées nulles et non avenues.
La communauté internationale s’abstient régulièrement d’examiner de près la situation des droits fondamentaux dans cette dictature monarchique et théocratique. "Nous demandons à ceux qui portent des accusations contre le royaume de donner leurs preuves. Nous accueillons volontiers ceux qui veulent connaître la réalité, car nous n’avons rien à cacher" aurait déclaré le ministre de l’intérieur saoudien. Frances Townsend, conseillère de George W. Bush pour la Sécurité intérieure et la lutte antiterroriste, a refusé de s'en prendre au gouvernement saoudien dans cette affaire, alors qu'Hillary Clinton dénonce en terme de "honte" la décision de la cour saoudienne. Elle a également appelé G. W. Bush à demander au roi Abdallah d'annuler les poursuites contre la jeune femme. Joseph Biden, autre candidat démocrate à la présidence, a lui-même déclaré être "indigné par la décision de la cour saoudienne de punir la victime d'un viol collectif".

Nathalie Szuchendler