Autant, on peut légitimement être déçu par le peu de « réserves » émis par le Conseil constitutionnel concernant les tests ADN, autant la censure de l’article 63 autorisant le recours à des statistiques ethniques est une victoire que l’on ne mesure pas assez. Si cet amendement était passé, le modèle français d’intégration aurait tout simplement pris la voie du modèle anglo-saxon. Pour le pire et non pour le meilleur. Le meilleur, c’est lorsque des minorités utilisent leur savoir-faire pour mettre en lumière la violence des discriminations dont elles sont l’objet, en vue d'exiger l’égalité. Le pire, c’est lorsque cette demande dérive vers une demande de compensation, au titre de victime, que le politique pèse et sous-pèse en fonction du poids démographique de chaque « communauté ». Une tentation qui séduit comme jamais la classe politique française. Les statistiques ethniques auraient accru cette tentation, dont même les Usa reviennent.

En contrepartie, les partisans des « statistiques de la diversité » disent espérer mieux mesurer les discriminations et donc les combattre. Mais faut-il vraiment classer les gens par catégorie ethno-raciales et payer des Instituts de sondage pour savoir qu’il est plus dur de trouver un logement ou un travail lorsqu’on est noir ou d’origine arabe dans ce pays ? Les études permettant de mesurer le poids des discriminations, le ressenti ou de « tester » les préjugés racistes existent déjà. L’Observatoire des discriminations, par exemple, a prouvé que les CV portant un nom maghrébin ont trois fois moins de chance de déboucher sur un premier entretien que les autres à compétences égales voires meilleures…

Alors pourquoi vouloir aller plus loin dans la mesure de la « diversité »et de l’ « intégration » au sein d’une loi régulant l’immigration ? Faut-il le préciser, cet amendement a été déposé par le fameux Thierry Mariani qui souhaite autant ces statistiques pour combattre les discriminations qu’il souhaite les tests ADN pour faciliter le regroupement familial… En réalité, il s’agit de classer les Français en fonction de leurs « différences » en vue de doser. Pour le meilleur comme pour le pire. Or, au mieux, ces études permettront d’orienter la lutte contre les discriminations vers un « dosage cosmétique », où chaque quota de minorités visibles respecté masquera la panne massive de l’égalité des chances et des « possibles ».

Pour signer l’appel lancé par SOS Racime (déjà plus de 80 000 signatures) : http://www.fichepasmonpote.com/

Pour voir la vidéo qui tourne en dérision les statistiques ethniques : http://www.dailymotion.com/relevance/search/sos+racisme/video/x3hc64_statistique-ethnique-sos-racisme

Caroline Fourest