C'est par la voix de Fadela Amara, hier au 20h de France 2, que le gouvernement a fait connaître ses premiers projets en matière d'aménagement de la ville.

Tout en prônant une "culture du résultat" (sic) concernant les politiques de la ville (comment évalue-t-on des politiques sociales ? En mesurant le taux de délinquance ?), Fadela Amara a jugé qu'il y avait "trop de sigles" pour parler des quartiers et a donc proposé de remplacer le découpage des quartiers populaires en ZEP (Zone d'Education prioritaire) ou ZUS (zones urbaine sensible) par une classification sous forme de "couleurs" : "rouge" pour les quartiers "très sensibles", orange pour les quartiers sensibles et jaune pour les quartiers un peu sensibles.

Ce passage de sigles déjà jugés stigmatisants à des couleurs classant les quartiers en fonction de leur degré de risque pour la sécurité est gravissime. On imagine le poids de la stigmatisation qui pèsera sur les épaules de ceux qui vont aller demain chercher du travail en disant venir d'une zone "rouge". Sans parler de l'impact psychologique ni de l'effet désastreux sur l'immobilier.

Cette seule mesure, si elle est appliquée, va ruiner des années de pédagogie et rendre impossible toute valorisation — déjà difficile ! — des quartiers populaires. À travers cette annonce, toutes les craintes de ceux qui mettaient en garde Fadela Amara contre sa présence alibi au service d'une politique dessinée par Nicolas Sarkozy et Christine Boutin sur le dos des quartiers populaires se trouvent — hélas— confirmées.

Caroline Fourest