La décision est prise par la commission de lecture du ministère des Affaires religieuses, estimant que ces ouvrages font l’apologie du terrorisme et prônent une vision de l’islam qui n’est pas conforme au rite malékite.
Des titres subversifs viennent d’être interdits du Salon international du livre qui s’ouvre demain à la Safex des Pins- Maritimes d’Alger. Ce sont les commissions de lecture du Livre saint et du livre religieux mises sur pied par le ministère des Affaires religieuses, travaillant à la préparation de cette manifestation internationale depuis juin 2007, qui a remis en cause la participation de ces titres au salon. C’est ce que révélera une source proche de ce dossier précisant qu’il y a “1 191 livres que le ministère des Affaires religieuses a interdits et sur lesquels il a émis des réserves sur la base d’arguments prouvant que ces titres contiennent d’énormes insuffisances en ce sens qu’ils font de la propagande”.
Provenant de pays arabo-musulmans à l’image de la Syrie, du Liban, de l’Égypte, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite, de l’Iran et des Émirats arabes unis, ces titres sont interdits au motif qu’ils font “l’apologie du terrorisme, du racisme, du crime, ils portent atteinte à l’unité nationale, à la sécurité et à l’unité territoriale, tout comme certains d’entre eux portent atteinte aux éléments constitutifs de l’identité nationale, de même qu’ils s’en prennent aux mœurs, à Dieu et aux différents prophètes”. Notre source ajoute que ces livres représentent un danger dans la mesure où ils contiennent des procédés de fabrication des armes. “Cela en plus du fait qu’ils s’autorisent des fetwas dans le domaine de la religion avec comme référence d’autres courants que le malékite.”
Parmi ces titres exclus du Salon international, notre interlocuteur citera, à titre d’exemple, Ben Laden, el hakika el mamnouaâ (Ben Laden, la vérité interdite), Achhar el mounadhamate el irhabiya (les organisations terroristes les plus connues), Siyassiyoun harabou el islam (des politiciens ayant combattu l’islam), el maoussouaa el djoughafia (l’encyclopédie géographique, el maoussoua el djinsiya (l’encyclopédie sexuelle), el thawra el wahhabia (la révolution wahhabite), El rassaiil el moutafadjira (les lettre explosives), Mouhadjamate el sahaba (l’attaque des compagnons du Prophète), Fatawi el nissaa (les fetwas des femmes), Massaiil wa fatawi des kadaya mouhima (des questions et des fetwas dans des situations importantes), Chariyate el irhab (la légitimité du terrorisme) et El kabr yatakalem (la tombe parle). Expliquant les insuffisances de chaque titre, notre source évoquera, par exemple, le cas de l’Encyclopédie géographique dont l’auteur s’est autorisé d’éliminer carrément de la carte géographiques certains pays au motifs qu’“ils sont en guerre avec eux”. Le cas de l’Encyclopédie sexuelle est également édifiant à ce propos puisqu’il s’agit d’un “livre pornographique”, nous dit-on. Aussi, dans L’Attaque des prophètes, son auteur s’est “permis de dénigrer les prophètes”, nous dit-on. La légitimité du terrorisme est aussi un titre qui justifie le recours des terroristes aux armes.
Aussi, quinze maisons d’éditions étrangères ont été interdites du salon pour une raison simple : “elle s’appuie sur d’autres courants que le rite malékite dans ses références”, note notre source précisant qu’elle a recours “au wahhabisme et à la chi’ia”.
Par ailleurs, et hormis ces interdictions, le ministère des Affaires religieuses a autorisé l’exposition des titres provenant de 700 maisons d’édition : 290 étrangères (Lybie, Arabie Saoudite, Syrie, Egypte…) 160 algériennes.
Il a été exigé aux maisons d’édition algériennes d’exposer uniquement les titres inventoriés. C’est-à-dire la liste des titres examinés et étudiés au préalable par les commissions de lecture. “C’est pour éviter que ces maisons d’édition n’exposent d’autres titres que ceux sur lesquels l’inventaire a été fait”, note notre source.
Quoi qu’il en soit, la démarche tout comme la rigueur dont s’est entouré le ministère des Affaires religieuses par rapport à cette manifestation internationale a été dictée par le souci de soustraire la religion à toute sorte de manipulation et de perversion. C’est une démarche inscrite, nous dit-on, dans le cahier des charges du département de Abdallah Ghoulamallah.

Nadia Mellal

Liberté, 30 octobre 2007
www.liberte-algerie.com