En plus de la pétition lancée il y a quelques semaines en anglais, j'ai signé cette semaine une pétition demandant au gouvernement français d'accorder la citoyenneté d’honneur à Ayaan Hirsi Ali.

Elle le mérite. Cette figure de la résistance à l’intégrisme est menacée de mort à cause de ses positions courageuses contre la religion et l'intégrisme. Notamment pour avoir écrit le scénario du court métrage "Soumission" mis en scène par Théo Van Gogh. L'an dernier, en pleine crispation xénophobe, sous prétexte de résister à l'islamisme, la ministre de l'intérieur hollandaise Rita Verdonk avait menacé de lui retirer la nationalité hollandaise.

Bien qu'élue du même parti, Ayaan Hirsi Ali contestait sa politique de fermeture des frontières en rappellant qu'elle avait elle-même dû mentir lors de son entrée aux-Pays Bas pour obtenir son statut de réfugiée. Lequel peut s'obtenir si l'on fuit un pays en guerre mais pas si l'on fuit les traditions religieuses ou patriarcales comme un mariage forcé, ce qui était le cas de Ayaan Hirsi Ali... Le gouvernement hollandais refuse maintenant de continuer à financer sa protection physique aux Etats-Unis.

La France pourrait symboliquement montrer l’exemple en prenant en charge une partie de cette protection (le reste pouvant être financé collectivement dans le cadre de l’Union européenne). Mais elle devrait surtout songer à ne pas prendre le chemin des pays européens fermant leurs portes aux nez de ceux qui, comme Ayaan Hirsi Ali, ont fui la tyrannie pour vivre libre en Europe. Or c’est très exactement ce que fait le gouvernement et le projet des lois Hortefeux.

La Constituante a consacré le droit d’asile comme un droit élémentaire dès le 24 juin 1793 : « le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté, il le refuse aux tyrans. » Pour la première fois depuis, le droit d’asile n’est plus sous la tutelle du ministère des affaires étrangères mais sous celle du ministère de l’ « identité nationale et de l’immigration ». Autrement dit, le droit d’asile n’est accordé en fonction du danger pesant au niveau international sur les demandeurs mais en fonction du risque que fait peser leur entrée sur « l’identité nationale ». Ce qui modifie totalement l’esprit du droit d’asile.

Depuis que l’OFPRA — l’office français de protection des réfugiés et des apatrides chargé de traiter les demandes d’asile — est passé sous la tutelle de ce nouveau ministère, le taux de statuts de réfugiés accordé a chuté de 50%. Alors qu’il était stable depuis des années, malgré les changements de gouvernement. Les lois Hortefeux, amendées par Thierry Mariani, prévoient de rendre ces refus très difficiles à contester : en réduisant le délai d’appel de 1 mois à 15 jours. Ce qui revient à bloquer 80% des appels, souvent déposé les derniers jours.

Alors oui, décidémment la France s’honorerait à accorder la citoyenneté d’honneur et sa protection à Ayaan Hirsi Ali. Mais elle s’honorerait encore plus à ne pas prendre le chemin des Pays-Bas, coincé entre une troublante complaisance à l’égard des islamistes au nom du multiculturalisme et une politique xénophobe refusant de protéger ceux qui cherchent à fuir la guerre, les traditions et l’intégrisme. Ce sont toutes ces femmes et hommes, ces esprits libres d’Irak, d’Iran, d’Algérie, d’Afghanistan, d’Afrique et d’ailleurs qu’il faut protéger. Au nom de la France et des droits de l’homme. Au lieu de leur tourner le dos au nom de l’ « identité nationale ».

Caroline Fourest