Suite à la réaction sur des forums — où des internautes se demandent si "Caroline Fourest devient folle" — je me permets d'ajouter encore cette petite clarification...

Beaucoup de féministes peuvent s'identifier à Fanny Truchelut et estimer qu'elle a agi comme nous aimerions toutes le faire : régler le problème de voile en l'ôtant de sa vue. Dans la rue, elle a parfaitement le droit de dire à une femme voilée que son voile l'agresse, puisqu'il lui jette à la figure cette frontière entre femmes pures (qui adhérent à la soumission) et femmes impures. Cela relève de sa liberté de pensée. En revanche, si elle profite de son statut de proprétaire d'un commerce (en l'occurence d'un gîte) pour imposer ses idées à ses clientes, cela s'appelle de la "discrimination".

La loi du 25 février 2003 est sans ambiguïté :

Art.2

Paragraphe 1er. Il y a discrimination directe si une différence de traitement qui manque de justification objective et raisonnable est directement fondée sur le sexe, une prétendue race, la couleur, l'ascendance, l'origine nationale ou ethnique, l'orientation sexuelle, l'état civil, la naissance, la fortune, l'âge, la conviction religieuse ou philosophique, l'état de santé actuel ou futur, un handicap ou une caractéristique physique.

Paragraphe 2. Il y a discrimination indirecte lorsqu'une disposition, un critère ou une pratique apparemment neutre a en tant que tel un résultat dommageable pour des personnes auxquelles s'applique un des motifs de discrimination visés au § 1er, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne repose sur une justification objective et raisonnable. (...) Paragraphe 4. Toute discrimination directe ou indirecte est interdite, lorsqu'elle porte sur la fourniture ou la mise à la disposition du public de biens et de services;

La personne reconnue coupable de discrimination encourt : une sanction disciplinaire, s'il s'agit d'un salarié de l'entreprise, des sanctions pénales (trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende). Les personnes morales peuvent aussi être déclarées responsables pénalement d'actes de discriminations. Les peines encourues sont l'amende et l'interdiction d'activité.

C'est à ce titre que Fanny Truchelut a été condamnée. Parce que sa réaction était illégale. On peut la comprendre mais la justifier revient à encourager le fait de se faire justice soi-même. On imagine aisément les abus auxquels pourrait donner lieu cette interprétation, surtout dans le climat actuel.

Caroline Fourest