Cinq séminaristes traditionalistes ont été à l’honneur le samedi 22 septembre à l’église Saint-Eloi de Bordeaux. Sportivement ventre à terre en ce moment fort d’ordination panoramique retransmis sur grand écran, ces étudiants sont entrés dans l’ordre de la prêtrise sous la houlette du cardinal Castrillon Hoyos, président de la commission Ecclesia Dei et chargé du rapprochement avec les traditionalistes par le Vatican.

Un lieu symbolique
L’abbé Laguérie a exercé son ministère à l’Eglise Saint-Eloi grâce à une convention signée avec Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des Evêques de France et figure emblématique du catholicisme traditionaliste. L’Institut Bon Pasteur crée par Laguérie, dont les statuts ont été reconnus par Benoît XVI en septembre 2006 avec l’appellation canonique de “société de vie apostolique”, est directement liée à ce lieu de culte. Ses six membres fondateurs – cinq prêtres et un diacre – sont issus de la Fraternité Saint-Pie X, créée en 1970 par feu Marcel Lefebvre. La mission primordiale de Bon Pasteur : “répandre parmi les nations la bonne odeur de Jésus-Christ”. A ne pas douter de la bonne foi du sens olfactif !
L’Institut se développe rapidement, aussi trouve-t-on un district créé pour l’Amérique latine dont le siège à Santiago du Chili est dirigé par Padre Raphael Navas, ancien de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Établissement de droit pontifical attaché aux rites liturgiques et aux valeurs antérieures au Concile Vatican II, Bon Pasteur est actuellement l’un des représentants du courant traditionaliste en France.
“Si l’Institut de Bon Pasteur reçoit cinq nouveaux prêtres, c’est toute l’église catholique qui les reçoit” clame le curé lefebvriste Laguérie, pour lequel le retour de la messe en latin (motu proprio) constitue une avancée sans précédent pour les rites grégoriens. Les cinq nouveaux prêtres ne s’étant engagés à ne célébrer que la messe en latin…
Au nom de Saint-Eloi se mêle celui de Pétain. Le félon maréchal fait l’objet d’un culte à l’église bordelaise, où l’on célèbre une messe annuelle pour le repos de son âme, tandis que l’extrême droite française attribue l’origine de la devise “travail, famille, patrie” à Saint-Eloi lui-même.

Bon Pasteur, la FSSPX et l’extrême -droite

Comme beaucoup de leurs confrères, les cinq prêtres consacrés furent des membres de la Fraternité Saint-Pie X, ou FSSPX, à savoir une société de prêtres catholiques romains qui fonde ses rites sur la théologie de Saint Thomas d’Aquin. Ses buts avoués sont “de former des prêtres et créer des séminaires”. Fondée en 1970 par Marcel Lefebvre, elle est officialisée en 1975 et dissolue en 1988. Un accord avait été alors signé entre le cardinal Ratzinger et Lefebvre pour tenter de normaliser la situation de la FSSPX, à l’époque. Cet accord reconnaissait le principe de l'ordination d'un évêque, le maintien de “la discipline spéciale concédée à la Fraternité par une loi particulière”. Bien qu’étant revenu sur sa signature, Lefebvre avait décidé de procéder à des sacres d'évêques sans l'accord de Rome, qui l’excommunia. “Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues” précise-t-il dans son manifeste intégriste. En France, l'une des implantations les plus connues est l'église Saint-Nicolas du Chardonnet, dans le Vème arrondissement de Paris, dont l'occupation a été obtenue auprès de la justice française par la force en 1977.
Ces fidèles ne militent que dans des mouvements ou partis qui sont en accord avec la doctrine morale de l'Église. L'abbé Laguérie, membre de la FSSPX jusqu'en 2004, avait reconnu en 1991 le Front national comme “le parti le moins éloigné du droit naturel”. En France et en Belgique, un certain nombre d'associations d’extrême - droite, telle Belgique et Chrétienté, se réclament de cette doctrine sociale de l'Église telle qu'elle est prônée par la FSSPX.

Une autre catégorie de frères branchés sur la liturgie grégorienne

La fraternité Saint Pierre a été fondée par plusieurs membres de la Fraternité Saint-Pie X qui refusaient le schisme suite à l’excommunication de Mgr Lefebvre. C’est une communauté de prêtres catholiques traditionalistes qui utilise la liturgie de Saint-Pie V (1570), missel, rituel, pontifical et bréviaire romains pré-Vatican II. Reconnue par Rome, elle a été officialisée en octobre 1988 par la lettre apostolique Ecclesia Dei de Jean Paul II. Son siège est à Fribourg en Suisse. Par son statut de droit pontifical, elle a pouvoir de sanctifier les prêtres. Elle regroupe des instituts, des monastères, des associations de fidèles et de prêtres séculiers inclus dans les diocèses qui acceptent de les accueillir. Ses séminaristes sont formés dans deux séminaires, l'un en Allemagne et l'autre aux États unis. La Fraternité Saint Pierre essaime la foi traditionaliste dans une vingtaine de pays, principalement en Europe, en Amérique du nord, en Australie, en Afrique et en Amérique du sud. En septembre 2006, elle réunit 180 prêtres dont 46 prêtres en France, 13 diacres et 120 séminaristes.

L’intégrisme décentralisé
Avec plus de 160 communautés dans 55 pays desservis par environs 440 prêtres, dont plus d'un tiers sont français, la Fraternité Saint-Pie X dispose de plus en plus de moyens pour perpétuer la Tradition et distribuer la Vérité immuable loin des « pièges de la dialectique Â».
En France, la Fraternité dirige un séminaire à Flavigny-sur-Ozerain, un institut universitaire, 11 écoles secondaires, 20 écoles primaires sans compter l'aumônerie de plusieurs écoles de filles tenues par des Sœurs Dominicaines, ainsi qu'une maison de personnes âgées. C'est au total plus de trente communautés, de nombreuses chapelles et un total d’environ 120 prêtres. Et quelques 120 messes sont célébrées chaque semaine selon le rite ancien. Les intégristes lefebvristes ont ainsi leur place dans la société française depuis leur réintégration par Benoît XVI, qui peut se targuer de réunir enfin la chrétienté en toute communion avec le divin. Ainsi soit la devise de Bon Pasteur : “Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent”.

Nathalie Szuchendler

Voir aussi http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2005/02/02303-mgr-lefebvre-est-mort-mais-il-prie-encore Et http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2006/11/01/977-extreme-france-les-mouvements-frontistes-nationaux-radicaux-royalistes-catholiques-traditionalistes-et-pro-vie-en-france